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Un putsch est en cours contre le Pape ?

Dernière mise à jour, le 1 septembre 2018 à 07:46

La virulente attaque est en tout cas tombée à point nommé, en pleine visite déjà très acrobatique du pape François en Irlande, un pays meurtri dans le passé par des abus de pouvoir du clergé et d’institutions religieuses. L’archevêque conservateur Carlo Maria Vigano, l’accuse dans une lettre ouverte de onze pages rendue publique samedi d’avoir sciemment ignoré pendant son pontificat les signalements concernant les agissements du cardinal américain Theodore McCarrick, présenté comme un prédateur sexuel notoire jetant son dévolu sur de jeunes séminaristes et des prêtres. Il va même dans ce pamphlet jusqu’à réclamer la démission du pape François. Le cardinal McCarrick a finalement été démis par le pape de toutes ses fonctions en juillet à la suite d’une enquête sur des accusations d’agressions sexuelles commises il y a plusieurs décennies à l’encontre d’un adolescent de 16 ans. Les Etats-Unis sont l’un des pays les plus touchés par les scandales de sévices sexuels infligés par des membres du clergé, qui ont aussi défrayé la chronique ces derniers mois en Australie et au Chili.

L’attaque frontale contre le pape par un ancien ambassadeur du Vatican l’accusant d’avoir couvert un cardinal américain homosexuel soupçonné d’agressions sexuelles, a réveillé lundi l’hypothèse d’une cabale des ultra-conservateurs, selon certains observateurs.

« Pas d’erreur : ceci est une attaque coordonnée visant le pape François », peut-on par exemple lire dans une tribune publiée sur le site internet du National Catholic Reporter, un hebdomadaire américain progressiste.

« Un putsch est en cours et si les évêques américains ne défendent pas en bloc le Saint-Père dans les prochaines vingt-quatre heures, nous glisserons vers un schisme aux Etats-Unis », s’alarme l’éditorialiste Michael Sean Winters. « Les ennemis de François ont déclaré la guerre », analyse-t-il.

Nicolas Senèze, un vaticaniste du quotidien français La Croix, relève de son côté « une évidente volonté d’attaquer François ». « On est passé à un stade supérieur : les gens qui pensent que François est dangereux pour l’Eglise n’ont plus de limites », dit-il à l’AFP.

En Italie, le site internet spécialisé Il Sismografo, qui réalise une revue de presse mondiale sur l’actualité de l’Eglise, est sorti de ses gonds. « L’opération a été montée » par l’ex-ambassadeur du Vatican à Washington Carlo Maria Vigano, « un personnage obscur, menteur, ambitieux et intrigant », assène-t-il.

Mgr Vigano est surtout « un ex-employé aigri » du Vatican, qui se venge faute d’avoir eu la fin de carrière dont il rêvait, juge encore le National Catholic Reporter.

La virulente attaque est en tout cas tombée à point nommé, en pleine visite déjà très acrobatique du pape François en Irlande, un pays meurtri dans le passé par des abus de pouvoir du clergé et d’institutions religieuses.

L’archevêque conservateur Carlo Maria Vigano, l’accuse dans une lettre ouverte de onze pages rendue publique samedi d’avoir sciemment ignoré pendant son pontificat les signalements concernant les agissements du cardinal américain Theodore McCarrick, présenté comme un prédateur sexuel notoire jetant son dévolu sur de jeunes séminaristes et des prêtres. Il va même dans ce pamphlet jusqu’à réclamer la démission du pape François.

Le cardinal McCarrick a finalement été démis par le pape argentin de toutes ses fonctions en juillet à la suite d’une enquête sur des accusations d’agressions sexuelles commises il y a plusieurs décennies à l’encontre d’un adolescent de 16 ans.

Les Etats-Unis sont l’un des pays les plus touchés par les scandales de sévices sexuels infligés par des membres du clergé, qui ont aussi défrayé la chronique ces derniers mois en Australie et au Chili.

En 2015, le pape François avait accepté la démission de deux évêques américains accusés d’avoir fermé les yeux sur de telles agressions : l’archevêque de Saint Paul et Minneapolis (Minnesota), Mgr John Clayton Nienstedt, et son adjoint, Mgr Lee Anthony Piché.

Or toute la presse américaine relevait lundi que Mgr Vigano est soupçonné d’avoir encouragé Mgr Piché à détruire des documents compromettants sur son supérieur.

Pas un inconnu

Mgr Vigano n’est pas un inconnu. Il fut secrétaire général du gouvernorat -sorte de maire gérant l’Etat du Vatican-, une position dans laquelle il avait découvert et dénoncé la corruption en vigueur dans l’administration du Saint-Siège.

Ses alertes l’avaient toutefois conduit, à sa grande déception, a être nommé loin de Rome au poste de nonce apostolique (ambassadeur) à Washington. Ce prélat de 77 ans y est resté entre 2011 et 2016 avant de prendre sa retraite.

En janvier 2012, deux quotidiens italiens avaient fait scandale en publiant des extraits de ses lettres internes révélant les rivalités et la corruption à l’intérieur du Vatican (scandale « Vatileaks »).

Dans sa lettre au vitriol, Mgr Vigano avance que le pape Benoît XVI avait fini par sanctionner tardivement le cardinal Theodore McCarrick, vers 2009-2010, en lui interdisant notamment toute apparition publique et en lui demandant de quitter le séminaire où il vivait. Aucun document public ne fait toutefois état de cette sanction.

Il accuse le pape François d’avoir de facto annulé cette sanction, malgré ses propres avertissements en juin 2013 peu après le début de son pontificat.

Le cardinal américain a-t-il été discrètement sanctionné par un pape, puis réhabilité par son successeur ?

L’éditeur de la revue jésuite America, Matt Malone, a posté de son côté une troublante série de photos sur son compte Twitter montrant des apparitions du pape Benoît XVI en compagnie du cardinal McCarrick, qui jettent un doute sur les sanctions prises selon Mgr Vigano par Joseph Ratzinger.

Dans sa lettre, l’ex-nonce s’attaque également avec virulence au « courant homosexuel » qui domine selon lui la haute hiérarchie de l’Eglise, donnant une longue liste de noms. Il s’en prend aussi à ceux dans l’Eglise qui ne mettent pas sur un même plan homosexualité et pédophilie.

Depuis le début de son pontificat, le pape argentin a essuyé plusieurs violentes attaques de la part de certains cardinaux, souvent orchestrées par l’Américain Raymond Burke, outré qu’il ait proposé aux évêques d’accepter au cas par cas la communion de divorcés remariés.

LES PROPOS « INDÉFENDABLES » DU PAPE

Le gouvernement, par la voix de Marlène Schiappa, a fustigé lundi les propos « incompréhensibles et indéfendables » du pape François recommandant le recours à la psychiatrie pour les enfants homosexuels, qui ont également choqué la communauté LGBT en France.

De retour d’Irlande après une visite dominée par les abus de pédophilie dans le clergé, le pape François a semé le trouble en déclarant à propos des orientations homosexuelles: « Quand cela se manifeste dès l’enfance, il y a beaucoup de choses à faire par la psychiatrie, pour voir comment sont les choses ».

Cette déclaration faite dimanche devant la presse a été corrigée lundi par le Vatican, qui a retiré de son verbatim officiel la référence à la « psychiatrie » en affirmant que le souverain pontife ne voulait pas assimiler l’homosexualité à « une maladie psychiatrique ».

Les propos initiaux du souverain pontife ont provoqué l’indignation de la communauté LGBT (lesbiennes, gays, bi, trans), relayée ensuite par Mme Schiappa, secrétaire d’Etat chargée de l’égalité hommes/femmes et de la lutte contre les discriminations homophobes.

Le pape s’est illustré ces derniers mois en affirmant sa volonté de lutter contre la pédophilie, mais « c’est dommage que cette parole positive (soit) suivie par ces propos incompréhensibles et indéfendables sur l’homosexualité », a-t-elle déclaré sur RTL.

« Je comprends que les personnes (concernées) puissent se sentir stigmatisées par ces propos », a-t-elle relevé, en jugeant la recommandation du pape « extrêmement maladroite ».

« On ne choisit pas d’être homosexuel » et « c’est effectivement un danger que de penser qu’il y aurait une forme de maladie qui serait liée à l’homosexualité, et c’est avant tout je crois de l’ignorance », a ajouté Mme Schiappa.

« L’essentiel c’est de dire à tous les jeunes: +vous êtres homosexuels? Vous en avez le droit, et personne, pas même vos parents, ne peut vous dire que vous devez changer cela+ », a-t-elle conclu.

« Diversion »

Les déclarations du pape « sont un très mauvais signal envoyé à la jeunesse », avait un peu plus tôt déclaré Joël Deumier, président de SOS Homophobie, ajoutant: « La religion et la médecine, en particulier la psychiatrie, sont les deux grandes ennemies historiques » des droits des personnes homosexuelles.

La France a retiré l’homosexualité de la liste des maladies mentales en 1981 mais il a fallu attendre 1990 pour que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) fasse de même.

« L’homosexualité n’est pas une maladie, l’homophobie oui », a souligné Clémence Zamora-Cruz, porte-parole de l’Inter-LGBT, qui rappelle les anciennes pratiques médicales de « guérison » de l’homosexualité comme « les lobotomies ou les électrochocs ».

Si ces méthodes n’ont plus cours, des « thérapies de conversion » sont encore proposées, notamment aux États-Unis, où elles sont souvent délivrées par des groupes chrétiens conservateurs. Des théories « pseudo-scientifiques et dangereuses », dénonce-t-elle.

Les déclarations du pape François, qui s’est bâti une image progressiste auprès des médias, peuvent interpeller alors qu’il a envoyé à plusieurs reprises, depuis le début de son pontificat, des signes d’ouverture à l’égard des homosexuels.

« On voit là le double discours insidieux d’une institution qui a pour but de persécuter les homosexuels », a dénoncé sur Europe 1 Romain Burrel, le directeur de la rédaction du magazine gay Têtu.

Le pape est écartelé entre sa « stratégie pastorale de l’accueil, du dialogue et de la bienveillance » et « une stratégie doctrinale dans laquelle il reste attaché au principe que l’homosexualité est un acte désordonné », analyse le sociologue Philippe Portier.

Une réflexion « très complexe » qui génère de « l’incompréhension », observe le chercheur, alors que les catholiques pratiquants sont « beaucoup plus tolérants vis-à-vis des homosexuels que l’institution », assure Joël Deumier.

Pour la plupart des militants LGBT interrogés par l’AFP, ces propos sont un contre-feu allumé par l’Église pour détourner l’attention des nouveaux scandales de pédophilie qui éclaboussent son clergé.

Surtout, selon Clémence Zamora-Cruz, « les mots choquent car ils ciblent les enfants », alors que « le risque de suicide est plus élevé que la moyenne chez les jeunes LGBT ».

Selon les études, les personnes homosexuelles présentent deux à sept fois plus de risque de commettre une tentative de suicide que les hétérosexuels

(Afp)

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