mercredi , 30 septembre 2020
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Vers le démantèlement de la Palestine par l’administration Trump

C’est « à la demande » du président Donald Trump que l’administration américaine va « rediriger plus de 200 millions de dollars initialement prévus pour des programmes en Cisjordanie et dans la bande de Gaza », a déclaré à la presse un haut responsable du département d’Etat. L’envoyé de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) à Washington, Hossam Zomlot, a réagi en soirée dans un communiqué incisif, jugeant que l’administration Trump était « en train de démanteler des décennies de vision et d’engagement américains en Palestine ».

Les Etats-Unis ont annoncé vendredi l’annulation de plus de 200 millions de dollars d’aide aux Palestiniens, une décision dénoncée par les autorités palestiniennes comme étant « anti-paix ».

C’est « à la demande » du président Donald Trump que l’administration américaine va « rediriger plus de 200 millions de dollars initialement prévus pour des programmes en Cisjordanie et dans la bande de Gaza », a déclaré à la presse un haut responsable du département d’Etat.

« Ces fonds iront désormais à des programmes hautement prioritaires ailleurs », a-t-il ajouté, sans plus de précisions.

L’envoyé de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) à Washington, Hossam Zomlot, a réagi en soirée dans un communiqué incisif, jugeant que l’administration Trump était « en train de démanteler des décennies de vision et d’engagement américains en Palestine ».

« Après Jérusalem et l’UNRWA (l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens), ceci ne fait que confirmer l’abandon de la solution à deux Etats et l’adhésion complète à l’agenda anti-paix du (Premier ministre israélien Benjamin) Netanyahu », a affirmé M. Zomlot.

Les relations sont gelées entre Washington et l’Autorité palestinienne depuis l’annonce par Donald Trump, fin 2017, de sa reconnaissance unilatérale de Jérusalem comme capitale d’Israël.

Les Palestiniens refusent depuis tout contact avec l’administration américaine et lui dénient tout rôle de médiateur dans le processus de paix avec Israël.

En réponse, Donald Trump avait annoncé fin janvier qu’il allait conditionner le versement de l’aide aux Palestiniens à leur retour à la table des négociations, bloquant alors les 215 millions de dollars que l’administration américaine devait investir en 2018 à Gaza et en Cisjordanie occupée pour l’aide humanitaire et au développement.

Les Etats-Unis avaient aussi déjà drastiquement coupé en janvier leur contribution à l’UNRWA, obligée depuis de licencier plus de 250 employés.

« Quelque chose de très bien »

Le département d’Etat assure avoir « pris en compte les défis auxquels est confrontée la communauté internationale pour fournir son assistance à Gaza, où le contrôle du Hamas met en danger la vie des Gazaouis et aggrave une situation humanitaire et économique déjà désastreuse ».

La Maison Blanche, sous la houlette d’une petite équipe dirigée par le gendre du président Jared Kushner et l’émissaire spécial Jason Greenblatt, travaille depuis des mois à un plan de paix pour le Proche-Orient aux contours flous et dont l’annonce est régulièrement présentée comme imminente.

Donald Trump, qui avait clamé, avant sa décision très controversée sur Jérusalem, vouloir aboutir à un « accord ultime » pour régler le vieux conflit israélo-palestinien, a plusieurs fois vanté les mérites de la future proposition américaine.

Plusieurs observateurs voient dans ces décisions financières une manière de tordre le bras à l’Autorité palestinienne afin qu’elle finisse par accepter l’offre de paix de Washington.

Mais « faire de l’aide humanitaire et au développement un outil de chantage politique ne fonctionne pas », a souligné vendredi l’envoyé Hossam Zomlot.

Les responsables palestiniens avaient déjà balayé cette semaine une apparente ouverture de Donald Trump, qui leur a promis « quelque chose de très bien » en compensation de la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël.

Dans un entretien accordé en juin au journal palestinien Al-Qods, Jared Kushner avait réaffirmé la volonté des Etats-Unis de relancer le processus de paix tout en s’interrogeant ouvertement sur la capacité, mais aussi la volonté, du président palestinien Mahmoud Abbas de parvenir à un accord.

« Les deux parties devront faire un pas en avant et se retrouver à mi-chemin (…). Je ne suis pas sûr que le président Abbas soit en mesure de faire cela », avait-il déclaré.

Pour le sénateur démocrate Patrick Leahy, « le président Trump doit encore annoncer quelque chose qui ressemble ne serait-ce que vaguement à une politique cohérente pour régler le conflit israélo-palestinien ».

« Au lieu de cela, la Maison Blanche a pris une série de mesures provocatrices et nuisibles qui ont exacerbé les tensions », a-t-il ajouté dans un communiqué, déplorant que la population palestinienne « paye directement les conséquences » de ces décisions financières.

DONALD TRUMP VEUT « LIQUIDER » LA CAUSE PALESTINIENNE

La décision du président américain Donald Trump d’annuler plus de 200 millions de dollars d’aide destinée à la Cisjordanie occupée et à Gaza marque, selon les dirigeants palestiniens, une nouvelle étape visant à « liquider » la cause palestinienne.

L’administration américaine a annoncé vendredi qu’elle allait « rediriger » plus de 200 millions de dollars –soit près de la totalité des fonds initialement prévus pour les Palestiniens pour l’année fiscale 2018– vers « des programmes hautement prioritaires ailleurs ».

Cette décision fait suite à une série d’autres, vigoureusement décriées par les dirigeants palestiniens, de la reconnaissance par Washington de Jérusalem comme la capitale d’Israël en décembre 2017 à la suspension des 300 millions de dollars d’aides versés par les Etats-Unis à l’Unrwa, l’agence onusienne qui s’occupe des réfugiés palestiniens.

Après la reconnaissance par Donald Trump de Jérusalem comme capitale d’Israël, rompant avec des décennies de diplomatie américaine, les responsables de l’Autorité palestinienne ont coupé les ponts avec les Etats-Unis.

En réponse, le président américain a annoncé fin janvier qu’il allait conditionner le versement aux Palestiniens de « centaines de millions de dollars » d’aide à leur retour à la table des négociations.

« Complot »

Pour les Palestiniens, cette série de sanctions s’inscrit dans un projet plus large qui vise à briser toutes leurs revendications.

En juin, l’ancien négociateur en chef palestinien Saëb Erekat avait proclamé la nécessité « de faire échouer le complot américano-israélien visant à liquider la cause palestinienne ».

Hanane Achraoui, une dirigeante palestinienne a dénoncé samedi les coupes dans l’aide humanitaire américaine en les assimilant à un « chantage minable » destiné à contraindre les Palestiniens à accepter le plan de paix sur lequel la Maison Blanche dit plancher depuis des mois.

« L’Amérique partage maintenant les rêves et les politiques du gouvernement israélien de droite », affirme l’analyste politique palestinien, Jihad Harb.

Kobi Michael, ancien responsable du ministère israélien des Affaires stratégiques chargé des questions palestiniennes, estime au contraire que les Palestiniens ont été jusque-là « gâtés » par la communauté internationale ainsi que le prétend le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

« Je pense que l’administration américaine a fait ce qu’elle aurait dû faire il y a des décennies », dit-il.

Les coupes américaines interviennent alors que le budget de l’Autorité palestinienne connaît un important déficit et que les conditions de vie dans la bande de Gaza, contrôlée par le mouvement islamiste Hamas et soumise à un sévère blocus israélien, se détériorent rapidement.

Le budget 2018, d’un montant de cinq milliards de dollars, est en déficit de 1,2 milliard de dollars tandis que l’aide internationale s’élève à 775 millions de dollars.

Les coupes dans l’aide américaine vont affecter des programmes humanitaires ainsi que des projets d’infrastructures en Cisjordanie occupée et à Gaza.

« Situation difficile »

La Maison Blanche n’a en revanche pas annoncé de changement pour le versement de subsides aux forces de sécurité de l’Autorité palestinienne, qui s’élèvent à 61 millions de dollars cette année. Israël considère que la coopération avec ces services palestiniens est vitale pour faire échec à des projets d’attentats.

Les questions soulevées par l’administration Trump portent sur les dossiers au cœur du conflit israélo-palestinien, tels que Jérusalem et les réfugiés. Les Palestiniens insistent sur le fait que le statut de Jérusalem doit être négocié dans le cadre d’un accord de paix, comme le préconise la communauté internationale.

La décision américaine de reconnaître la ville sainte comme la capitale d’Israël a ravi les Israéliens mais a suscité une large réprobation internationale, et ulcéré les Palestiniens qui revendiquent Jérusalem-Est pour capitale de l’Etat auquel ils aspirent.

Pour la communauté internationale, Jérusalem-Est reste un territoire occupé et les ambassades ne doivent pas s’installer dans la ville tant que son statut n’a pas été réglé.

Le « droit au retour » des réfugiés palestiniens disséminés en Cisjordanie, dans la bande de Gaza et dans d’autres pays de la région tels que la Jordanie, le Liban et la Syrie notamment constitue également un élément clé d’éventuelles négociations avec Israël, pour les dirigeants palestiniens.

Quelque 750.000 Palestiniens ont fui ou ont été chassés de leurs terres à la création d’Israël en 1948. En comptant les descendants de ces Palestiniens, le nombre de réfugiés atteint les 5 millions, selon l’Unrwa.

Selon une chaîne de télévision israélienne, la Maison Blanche envisage de ne plus en comptabiliser que 500.000.

Un des responsables de l’ambassade américaine a refusé de confirmer cette information.

En 2018, les Etats-Unis n’ont alloué à l’Unrwa que 60 millions de dollars, après avoir versé 360 millions en 2017, soit près de 30% de son financement total.

(Afp)

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