vendredi , 25 septembre 2020
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Destitution : L’étau se resserre autour de Trump

Donald Trump semble à court d’options face à l’étau judiciaire qui se resserre autour de ses proches et à une hypothétique procédure de destitution, publiquement évoquée jeudi matin par le président américain. Il a lancé une nouvelle tirade méprisante vendredi contre son ministre de la Justice au lendemain d’une passe d’armes très publique entre les deux hommes, l’ancien ultra-loyaliste Jeff Sessions symbolisant désormais, dans un curieux revirement, l’ultime rempart protégeant l’enquête russe. Le président américain lui a reproché de ne pas engager de poursuites contre Hillary Clinton et certains de ses alliés démocrates.

Le locataire de la Maison Blanche a vécu un mardi noir avec deux de ses anciens proches sur les bancs de la justice, l’un reconnu coupable, l’autre plaidant coupable et impliquant directement le milliardaire républicain.

Ces deux affaires ne sont pas directement liées à la tentaculaire enquête russe menée par Robert Mueller sur les soupçons de collusion entre l’équipe de campagne de Trump et Moscou, mais les attaques incessantes du président suggèrent au minimum que ce dernier est extrêmement inquiet.

La question de l’impeachment, procédure de destitution du président par le Congrès, a par ailleurs été publiquement évoquée par M. Trump, interrogé par Fox News lors d’une interview jeudi matin.

Selon les experts, le dirigeant dispose de trois options stratégiques. Aucune n’est idéale.

Coopérer avec Mueller

Donald Trump ne cesse de répéter qu’aucun crime n’a été commis, dénonçant « une chasse aux sorcières ». Mais il évite depuis des mois d’être interrogé par M. Mueller.

« Il devrait absolument adopter et embrasser une stratégie de transparence », suggère à l’inverse Eric Freedman, professeur de droit constitutionnel à l’université Hofstra dans l’Etat de New York.

Une telle option signifierait cesser les critiques récurrentes contre cette enquête et ne plus soutenir son ancien directeur de campagne Paul Manafort, reconnu coupable de fraude bancaire et fiscale.

Pour Robert Bennett, avocat pénaliste ayant travaillé aux côtés de l’ancien président Bill Clinton dans les années 90, cette stratégie n’est cependant plus d’actualité.

Donald Trump et son entourage « ont décidé il y a longtemps d’attaquer le procureur spécial. Il serait difficile maintenant d’avoir un volte-face », confie ce juriste à l’AFP.

« Selon moi, il ne pourrait pas coopérer honnêtement sans se compromettre lui-même », avance-t-il également.

Coopérer pourrait aussi mettre le président dans une position difficile à tenir, si, comme beaucoup l’imaginent, son fils Donald Trump Jr. et d’autres membres de sa famille sont dans le viseur du procureur.

Attaquer et gagner du temps

L’autre option est donc de jeter toutes ses forces dans la bataille des élections législatives de novembre pour éviter que l’une des deux chambres du Congrès repassent aux mains des démocrates et s’épargner ainsi la menace de la procédure de destitution.

Sa stratégie actuelle est de tenter de convaincre que l’enquête Mueller est en réalité une opération des démocrates.

La Maison Blanche exige par ailleurs que l’équipe Mueller respecte une politique du ministère de la Justice voulant que les procureurs n’entament aucune action pouvant être défavorable à tout candidat dans les 60 jours précédant une élection.

« Je ne vois personne dans les élections de novembre liée à ceux visés par l’enquête », tempère cependant Michael German, ancien agent du FBI et expert au Brennan Center for Justice.

Pour M. Bennett, une stratégie possible est celle de la diversion.

« Mon boulot était de faire sortir cette affaire Jones de la couverture médiatique quotidienne », raconte cet ancien avocat de Bill Clinton à propos de Paula Jones qui poursuivait le président pour harcèlement sexuel.

Si Donald Trump, ou quelqu’un de sa famille fait face à des accusations, la stratégie de bloquer le dossier pour des questions constitutionnelles pourrait permettre au camp du président de gagner du temps, éventuellement jusqu’à la fin de son mandat.

« Peu importe le dénouement, ce serait probablement mieux pour lui », parie M. Bennett.

L’option radicale

Donald Trump pourrait aussi renvoyer M. Mueller et mettre fin à l’enquête. Il l’a répété à plusieurs reprises sans s’avancer concrètement vers une « option nucléaire » qui rappelle aux républicains de mauvais souvenirs.

En octobre 1973, Richard Nixon avait ainsi fait renvoyer le procureur spécial en charge de l’affaire du Watergate. Le soutien au président s’est effrité par la suite et son remplaçant a poursuivi les investigations.

Près d’un an plus tard, M. Nixon a démissionné devant la menace d’une probable destitution.

DONALD TRUMP S’ACHARNE CONTRE JEFF SESSIONS

Donald Trump a lancé une nouvelle tirade méprisante vendredi contre son ministre de la Justice au lendemain d’une passe d’armes très publique entre les deux hommes, l’ancien ultra-loyaliste Jeff Sessions symbolisant désormais, dans un curieux revirement, l’ultime rempart protégeant l’enquête russe.

« Allez Jeff, tu peux le faire »: l’appelant à plusieurs reprises par son prénom dans une salve de tweets publiée aux aurores, le président américain lui a reproché de ne pas engager de poursuites contre Hillary Clinton et certains de ses alliés démocrates.

Il a cité une partie du communiqué envoyé la veille par M. Sessions, interprété comme une vive réponse aux attaques récurrentes de Donald Trump à son encontre. L’homme d’affaires lui en veut aussi de s’être récusé de l’enquête du procureur spécial Robert Mueller sur les soupçons de collusion entre la campagne Trump et Moscou.

« +Le ministère de la Justice ne sera pas indûment influencé par des considérations politiques+. Jeff, c’est SUPER, c’est ce que tout le monde veut, donc jette un oeil à toute la corruption +de l’autre côté+ », a tonné Donald Trump.

Il cite ensuite des exemples, visant notamment ses opposants politiques, comme « la Fondation Clinton », « la surveillance illégale de la Campagne Trump » selon lui ou « la collusion russe par les démocrates ».

Dans un troisième message publié sur son réseau social de prédilection, M. Trump a réagi à la peine de prison dont a écopé une jeune américaine pour avoir divulgué un rapport top secret sur les piratages russes lors de la présidentielle 2016.

L’occasion d’attaquer, à nouveau, celui qui fut son premier soutien au Sénat.

Cette peine c’est « +vraiment rien+ comparé à ce qu’Hillary Clinton a fait! Tellement injuste Jeff », a-t-il écrit.

En se récusant, Jeff Sessions a perdu le pouvoir de mettre un terme aux investigations de Robert Mueller, que Donald Trump qualifie de « chasse aux sorcières ».

C’est son numéro deux et autre républicain convaincu, Rod Rosenstein, qui supervise désormais l’enquête.

Face aux attaques de Trump –qui l’a nommé à ce poste– et d’élus républicains du Congrès, ce dernier s’est montré prêt à défendre ardemment « l’Etat de droit » face « aux menaces ».

Mais les attaques incessantes de Donald Trump contre Jeff Sessions commence à entamer le soutien de ses anciens collègues au Congrès.

« Fidèle à l’Etat de droit »

« A ceux qui pensent que la seule façon de protéger Mueller c’est de garder Jeff Sessions au poste de ministre de la Justice pour toujours: je n’y crois pas », a déclaré jeudi Lindsey Graham, sénateur républicain proche de Donald Trump.

« Jeff est quelqu’un de bien (…) mais je pense vraiment qu’il est parfois un peu timide et qu’un peu plus d’agressivité serait importante chez le prochain ministre de la Justice », a renchéri vendredi un élu républicain de la Chambre des représentants, Mark Walker, sur la chaîne Fox News.

D’autre sénateurs républicains se sont pourtant indignés à l’idée d’un départ forcé de Jeff Sessions.

« Ce serait une très, très, très mauvaise idée de limoger le ministre de la Justice parce qu’il ne se conduit pas en politicien. Ce n’est pas son travail. Son travail c’est d’être fidèle à la Constitution et à l’Etat de droit », a martelé dans l’hémicycle jeudi le sénateur conservateur Ben Sasse.

Le numéro deux des républicains au Sénat, John Cornyn, a fermement renchéri: « Cela serait mauvais pour le président, mauvais pour le ministère de la Justice s’il était poussé dehors dans ces circonstances ».

Ironiquement, les démocrates se retrouvent à défendre aussi Jeff Sessions, un membre de l’aile ultra-conservatrice du parti républicain. Mais il incarne aussi désormais à leurs yeux la forteresse protégeant les enquêteurs de Robert Mueller.

« Si le président agit brusquement en tentant de se débarrasser, de remplacer Rod Rosenstein ou le ministre Sessions ou bien entendu le procureur spécial Mueller, cela aurait de graves conséquences pour la position du président » face au Congrès, a asséné le sénateur démocrate, Chris Coons.

(avec Afp)

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