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Léon Kengo Wa Dondo (au milieu), président du Sénat en RDC, assiste à une messe catholique à Kinshasa le 21 septembre 2016.
Léon Kengo Wa Dondo (au milieu), président du Sénat en RDC, assiste à une messe catholique à Kinshasa le 21 septembre 2016.

RDC : Léon KENGO, un parfait calculateur politique

Dernière mise à jour, le 28 août 2018 à 02:31

Il est de cette rare race de politiciens encore actifs sur la scène politique congolaise. Autorité morale de l’Opposition républicaine qui siège au gouvernement sous la nouvelle bannière de Front commun pour le Congo, Léon Kengo wa Dondo est un parfait calculateur politique. Ses sorties médiatiques sont minutieusement étudiées. Et lorsqu’il décide de franchir le Rubicon – comme mardi sur les antennes de RFI – le président du Sénat n’y va pas de main morte.

Président du Sénat depuis 2007, Léon Kengo wa Dondo n’est pas prêt à quitter le plancher. Après s’être forgé une personnalité d’homme de rigueur sous la 2ème République, il a pu traverser le temps, jusqu’à se hisser au rang de 2ème personnalité dans l’échelle du pouvoir en place à Kinshasa. Après un long silence, il a décidé de parler. Mardi sur Rfi, il a réglé ses comptes, effleurant sans porter des gants des dossiers chauds de l’actualité, notamment, la libération de Jean-Pierre Bemba, le choix de Ramazani comme candidat du FCC à la présidentielle, la machine à voter. Cerise sur le gâteau, Kengo wa Dondo exige le retour de Moïse Katumbi.

Il est de cette rare race de politiciens encore actifs sur la scène politique congolaise. Autorité morale de l’Opposition républicaine qui siège au gouvernement sous la nouvelle bannière de Front commun pour le Congo, Léon Kengo wa Dondo est un parfait calculateur politique. Ses sorties médiatiques sont minutieusement étudiées. Et lorsqu’il décide de franchir le Rubicon – comme mardi sur les antennes de RFI – le président du Sénat n’y va pas de main morte.

Fin tacticien politique, il sait choisir ses mots et calibrer ses phrases. D’emblée, il se félicite de la décision du président Joseph Kabila de se retirer de la course présidentielle de décembre prochain. « Il n’a fait que respecter la Constitution. Le président Kabila est le seul qui a observé la Constitution. Il faut plutôt lui rendre hommage », tranche sans détours le président du Sénat.

Retour de Moïse Katumbi : le tacle

L’occasion était d’or et Léon Kengo wa Dondo a saisi la balle au bond pour tirer sa rafale sur le retour controversé de Moïse Katumbi en RDC. Il ne trouve pas d’inconvénient au retour du leader d’Ensemble pour le changement en RDC en vue de concourir comme tout citoyen congolais à l’élection présidentielle.

Paroles de sagesse de Kengo : « On doit faire en sorte que tous ceux qui veulent se présenter se présentent. Je suis pour que Moïse Katumbi rentre et se présente (…). On doit donner à tout le monde les mêmes cartes de manière à ce qu’on ne critique pas qu’on a exclu l’un ou l’autre. L’exclure, c’est avoir peur qu’il se présente et qu’il puisse être élu. Il vaut mieux qu’il se présente. S’il n’est pas élu, il baissera ses prétentions. Et s’il est élu, c’est très bien, il est le fils du pays ».

En bon juriste et praticien du droit, Léon Kengo note avec dépit que tous les griefs portés contre Moïse Katumbi sont des « faits politiques » – par conséquent sans soubassement juridique évident.

Il se dit « heureux » de la libération de quelqu’un qu’il considère comme « un peu mon fils », en l’occurrence Jean-Pierre Bemba, des geôles de la CPI. « Je considère que c’est bien qu’il puisse entrer dans cette lutte électorale. Il a le profil que je considère comme apte à se présenter à l’élection présidentielle », lance Kengo, tout en prévenant « s’il y a dans la loi électorale quelques handicaps quelconques, j’opte pour la loi ».

Soutien à Shadary : le doute

Si le président ne sera pas sur la ligne de départ, le 23 décembre 2018, Léon Kengo continue à le lier à son dauphin, Emmanuel Ramazani Shadary, dont il ne semble pas avoir grande connaissance.

« Je ne me suis pas appesanti sur son profil. Il ne vient pas orphelin à cette élection, il a un père, Joseph Kabila, qui l’a présenté, qui va le soutenir ». Prudent, le président du Sénat note cependant le fait de se présenter en dauphin de Kabila ne lui garantit une victoire à l’avance.

« L’élection, c’est un nom devant son peuple. Même si le président l’a désigné, ça peut ne pas aller », prévient-il.

Signataire de la charte créant le FCC, Léon Kengo ne sent pas lié jusqu’au bout. Il clame dès lors sa liberté de choisir. « Cette charte ne veut pas dire que l’on doit soutenir obligatoirement Shadary. On a aussi le droit de regard. Je suis libre », assène le président du Sénat.

Machine à voter : écouter les politiques

Alors que le débat s’amplifie autour de la machine à voter, cette technologie importée de la Corée du Sud pour les élections de décembre prochain, Léon Kengo ne cache pas ses inquiétudes. « Je crois que si les opérateurs politiques considèrent que cette machine n’est pas fiable, il faut soumettre ça à l’expertise ».

Bien au parfum de grandes discussions dans différents cercles politiques, Kengo invite la Céni à tempérer son arrogance.

« La Céni a ses raisons et les politiques ont les leurs », rappelle-t-il. Et de nuancer par la suite : « Je ne critique pas la machine parce que je ne connais pas la fiabilité de cette machine, mais si tout le monde dit qu’elle risque de désorienter les électeurs et bien il faut suivre ».

« Trop de critiques tuent l’élection », fait remarquer Léon Kengo, comme pour attirer l’attention de la Céni sur la mauvaise pente sur laquelle elle s’engage. Pour des élections apaisées, tous les acteurs doivent regarder dans la même direction et non imposer un choix sans prendre en compte les avis des uns et des autres. Kengo le dit dans des termes non voilés. « Il faut que tout le monde se mette d’accord sur les paramètres, de manière à ce qu’il n’y ait pas de critiques ».

Président du Sénat, Léon Kengo wa Dondo a joué sa partition. Il a jeté un pavé dans la mare qui va alimenter la chronique de prochains jours. Il n’a donc pas raté sa sortie médiatique. Sa voix a porté. L’onde de choc s’est ressentie jusque dans sa famille politique, le FCC – les prises de position étant diamétralement opposées à celles véhiculées dans l’entourage du chef de l’Etat.

Dans tous les cas, Léon Kengo a parlé. Intégralité de son entretien avec Florence Morice de RFI.

(lePotentiel)

INTERVIEW EXCLUSIVE DU PRÉSIDENT DU SÉNAT DE RDC, LÉON KENGO, ACCORDÉE À RFI

RFI : Avez-vous été surpris par la décision de Joseph Kabila de renoncer à un troisième mandat ?

Léon Kengo Wa Dondo : Non, c’est prévu dans la Constitution. Il n’a fait que respecter la Constitution.

Etiez-vous au courant de ce choix ?

Léon Kengo Wa Dondo : Pas personnellement, il ne me l’a pas dit, mais c’était de l’entendement commun.

Pourquoi le président Kabila a-t-il renoncé, selon vous ? Est-ce la pression populaire, la pression de l’opposition, ou bien des pressions internationales ?

Léon Kengo Wa Dondo : Non. Je ne peux pas entrer dans ces considérations. Le président Kabila est le seul qui a observé la Constitution. Il faut plutôt rendre hommage.

Emmanuel Ramazani Shadary, dont on dit qu’il n’a pas de base électorale, a-t-il l’étoffe pour l’emporter selon vous ?

Léon Kengo Wa Dondo : Je ne me suis pas appesanti sur son profil. Il ne vient pas orphelin à cette élection, il a un père, Joseph Kabila, qui l’a présenté, qui va le soutenir.

Pour vous, il n’y a aucun doute sur le fait qu’il sera élu ?

Léon Kengo Wa Dondo : L’élection, c’est un nom devant son peuple. Même si le président l’a désigné, ça peut ne pas aller.

D’autres disent qu’il a fait un choix à la Medvedev-Poutine. Est-ce la raison du choix d’Emmanuel Ramazani Shadary ?

Léon Kengo Wa Dondo : C’est peut-être l’une des raisons, mais elle n’est pas nécessaire et suffisante.

Est-ce un scénario que vous envisagez ?

Léon Kengo Wa Dondo : C’est un scénario crédible. Le président est le garant de la Constitution. Il a respecté cette Constitution, personne ne peut émettre de critiques. Analysons tout : il fait passer Ramazani, Ramazani peut être élu une fois, lui peut revenir. Moi, je crois qu’il a bien joué. S’il revient après, il peut rester autant qu’il veut.

Que pensez-vous de la situation de Moïse Katumbi qui, sous la menace d’une arrestation, n’a pas pu se présenter à la présidence ?

Léon Kengo Wa Dondo : On doit faire en sorte que tous ceux qui veulent se présenter se présentent. Je suis pour que Moïse Katumbi rentre et se présente. Et il n’est pas dit, parce qu’il se présente, qu’il sera élu. On doit donner à tout le monde les mêmes cartes de manière à ce qu’on ne critique pas qu’on a exclu l’un ou l’autre. L’exclure c’est avoir peur qu’il se présente et qu’il puisse être élu. Il vaut mieux qu’il se présente. S’il n’est pas élu, il baissera ses prétentions. Et s’il est élu, c’est très bien, il est le fils du pays.

Pourtant, Moïse Katumbi a été condamné à trois ans de prison. Les autorités considèrent que c’est un fugitif, même si lui conteste la légalité de la procédure contre lui.

Léon Kengo Wa Dondo : Oui, mais maintenant nous sommes au début des élections. Mon souhait le plus clair, c’est que tout le monde se présente. Et comme il a été condamné, qu’il demande au président de pouvoir l’amnistier. La seule possibilité qu’il ait, c’est de bénéficier de l’amnistie, comme ce que l’on poursuit sont des faits politiques.

Dans la course, il y a également Jean-Pierre Bemba. Avez-vous été surpris par son acquittement ?

Léon Kengo Wa Dondo : Non, j’ai été heureux parce que Jean-Pierre Bemba, de par son père, Jeannot Bemba, est un peu mon fils. Je considère que c’est bien qu’il puisse entrer dans cette lutte électorale. Il a le profil que je considère comme apte à se présenter à l’élection présidentielle. Mais s’il y a dans la loi électorale quelques handicaps quelconques, j’opte pour la loi.

Vous êtes un homme de droit. Est-ce qu’à vos yeux, sa candidature est valide au regard de la loi électorale ?

Léon Kengo Wa Dondo : Il est condamné pour subornation de témoins. Si les faits principaux pour lesquels il a été poursuivi sont considérés comme non établis, la subornation de témoins est une infraction auxiliaire.

Vous considérez que dans la mesure où l’affaire principale tombe, la condamnation pour subornation de témoin doit tomber.

Léon Kengo Wa Dondo : C’est ça. Je ne suis pas juge de faits, mais je considère que l’on aurait dû l’acquitter aussi.

La candidature unique de l’opposition, est-ce que vous y croyez ?

Léon Kengo Wa Dondo : Moi, je crois. Si l’opposition veut sortir gagnante, ils doivent se mettre tous ensemble. S’ils ne le font pas, je doute qu’il gagne.

Pour le moment, les négociations sont difficiles.

Léon Kengo Wa Dondo : Oui, je sais que les négociations sont difficiles parce que chacun veut être candidat, mais si tout le monde se met ensemble, je suis sûr qu’il y aura, cette fois-ci, une alternative.

Est-ce un scénario d’affrontement est-ouest qui se dessine, comme en 2006 ?

Léon Kengo Wa Dondo : C’est un affrontement éternel. Tant qu’il aura l’est et l’ouest, ceux de l’ouest, aujourd’hui disent : « Kabila a fait son mandat, il faut que cette fois-ci, il y ait quelqu’un de l’ouest ». C’est équitable, non ?

Finalement, vous qui avez toujours tenu à garder votre statut d’indépendant, vous avez signé la charte du Front commun pour le Congo [FCC, la nouvelle plateforme électorale initiée par le président Joseph Kabila]. Qu’est-ce qui fait que vous avez sauté le pas ?

Léon Kengo Wa Dondo : Pour donner à cette charte une crédibilité.

Est-ce qu’un nouveau parti-Etat est ce qu’il faut, selon vous, à la RDC ?

Léon Kengo Wa Dondo : Il ne faut plus refaire ça. Nous avons connu tous les torts d’un parti-Etat, nous devons laisser les candidats libres, des partis libres, de pouvoir se présenter librement et le meilleur gagne.

Qui allez-vous soutenir ? Emmanuel Ramazani Shadary ?

Léon Kengo Wa Dondo : J’attends que la Commission électorale [Céni] présente la liste des candidats à l’élection présidentielle. Je ferai mon choix. Je l’ai fait déjà une fois.

En 2006, vous aviez soutenu Jean-Pierre Bemba. Le ferez-vous à nouveau si sa candidature est validée ?

Léon Kengo Wa Dondo : Je le dirai en temps voulu.

Cela signifie que vous n’êtes pas du tout certain de soutenir d’Emmanuel Ramazani Shadary bien que signataire de la charte.

Léon Kengo Wa Dondo : Mais cette charte ne veut pas dire que l’on doit soutenir obligatoirement Shadary. On a aussi le droit de regard. Je suis libre.

Est-ce que le retrait du président Joseph Kabila suffit, selon vous, à écarter le risque d’une déstabilisation du pays à l’occasion du processus électoral ?

Léon Kengo Wa Dondo : Si Ramazani est élu, il n’est pas dit qu’il pourra achever son mandat. J’espère qu’il pourra achever son mandat, mais je dis qu’aujourd’hui, au point de vue politique, la RDC est calme, nous souhaitons de tous nos vœux que cela se poursuive.

Pourtant, l’opposition conteste notamment l’utilisation de la machine à voter. Seriez-vous favorable à un audit de cette machine pour apaiser les esprits ?

Léon Kengo Wa Dondo : Mais je crois que si les opérateurs politiques considèrent que cette machine n’est pas fiable, il faut soumettre ça à l’expertise.

La Céni [Commission électorale] s’y oppose pour le moment ?

Léon Kengo Wa Dondo : La Céni a ses raisons et les politiques ont les leurs.

Etes-vous donc favorable à un audit ?

Léon Kengo Wa Dondo : Bien sûr. Je ne critique pas la machine parce que je ne connais pas la fiabilité de cette machine, mais si tout le monde dit qu’elle risque de désorienter les électeurs et bien il faut suivre.

Autre point noir dans le paysage du processus électoral, le fichier que l’OIF [Organisation internationale de la Francophonie] juge perfectible avec notamment six millions d’électeurs enregistrés sans empreintes donc potentiellement fictifs. Cela vous inquiète-t-il ?

Léon Kengo Wa Dondo : Oui, cela m’inquiète pour la simple raison qu’au début d’une élection, il faut que tout le monde se mette d’accord sur les paramètres, de manière à ce qu’il n’y ait pas de critiques. Trop de critiques tuent l’élection.

Jusqu’à présent la RDC a refusé toutes les propositions d’appui logistique à l’organisation du scrutin au nom de sa souveraineté. Mais beaucoup d’observateurs doutent de la capacité de Kinshasa à financer ces élections. Pensez-vous que Kabila devrait accepter cette aide extérieure ?

Léon Kengo Wa Dondo : Joseph Kabila a dit clairement, devant le corps constitué, « nous ne voulons pas de financement extérieur, nous même nous nous suffisons ». Je suppose qu’un président de la République ne peut pas dire ça, urbi et orbi, sans qu’il ait pris toutes les dispositions nécessaires pour que les élections se déroulent dans la transparence.

D’autres estiment que cela pourrait être in fine un argument utilisé pour un nouveau report du scrutin.

Léon Kengo Wa Dondo : Si cela s’avère exact, ce serait très grave pour le président. Non, il faut que les élections se tiennent le 23 décembre et la parole du président doit rester crédible.

Pensez-vous que pour les condamnés à mort de 2003, qui ont été condamnés suite à l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila, l’heure du pardon et de la grâce est venue aujourd’hui ?

Léon Kengo Wa Dondo : Oui, je crois.

Ce sont des innocents qui sont en prison ?

Léon Kengo Wa Dondo : Ça, je ne sais pas le dire mais s’ils ont commis un crime politique, ce crime politique doit bénéficier de l’amnistie.

Vous avez déjà porté ce message à Joseph Kabila ?

Léon Kengo Wa Dondo : Nous en avons parlé quelques fois.

Qu’est-ce qu’il vous a répondu ?

Léon Kengo Wa Dondo : Mais à ce moment-là, il n’était pas prêt, mais aujourd’hui, je crois, l’eau a coulé sous les ponts, il doit être prêt. Il pourrait faire bénéficier soit de la grâce, soit de l’amnistie.

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