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Robert MUELLER, procureur spécial, Dossier russe aux États-Unis.
Robert MUELLER, procureur spécial, Dossier russe aux États-Unis.

Dossier russe : Victoire de Robert MUELLER aux États-Unis

Dernière mise à jour, le 28 août 2018 à 02:09

Les déboires judiciaires de l’ex-chef de campagne et de l’ancien avocat personnel de Donald Trump renforcent la légitimité de l’enquête du procureur spécial Robert Mueller, au grand dam du président. La déclaration de culpabilité de Paul Manafort par un jury populaire pour fraude bancaire et fiscale et le plaider-coupable de Michael Cohen, survenus quasi-simultanément mardi, n’ont néanmoins pas mis un terme à la croisade présidentielle contre M. Mueller, qui enquête sur une possible collusion entre l’équipe de campagne du milliardaire et la Russie lors de l’élection présidentielle de 2016.

Depuis la nomination du procureur spécial il y a quinze mois, M. Trump n’a de cesse de qualifier son enquête de « chasse aux sorcières » – encore mercredi matin -, pour tenter notamment de dissuader toute initiative de le traduire lui-même en justice.

Pour des experts, chaque victoire remportée compte pour M. Mueller et plus son tableau de chasse se remplira, plus il assiéra sa légitimité et il obtiendra la coopération des témoins.

Avec les cruciales élections parlementaires de novembre qui se profilent, le président américain cherche à tout prix à convaincre les électeurs que l’enquête est biaisée politiquement, afin de protéger sa majorité au Congrès.

Sa première réaction à l’issue des deux affaires mardi a été d’insister sur le fait que, selon lui, l’enquête du procureur spécial était infondée: « Je ne suis pas impliqué… Cela n’a rien à voir avec une collusion russe. On continue la chasse aux sorcières ».

Collusion ? Obstruction ?

Outre enquêter sur une possible collusion avec Moscou, M. Mueller cherche également à déterminer si le président américain a fait obstruction à la justice en tentant de faire dérailler ses travaux.

Paul Manafort était le premier à être jugé du fait de l’enquête Mueller mais pour des faits non liés à la campagne de 2016.

Même chose pour Michael Cohen, qui a plaidé coupable de fraude fiscale et bancaire et de violation des lois sur le financement des campagnes électorales. Des faits débusqués par l’enquête de Robert Mueller mais sans lien avec la Russie.

Sauf que M. Cohen a impliqué le président en affirmant avoir versé avant le scrutin de 2016 de l’argent à deux femmes pour qu’elles taisent leurs relations présumées avec M. Trump, « à la demande du candidat ». Ceci pour préserver ses chances électorales.

Reste que le dénouement de ces deux affaires illustre le fait que le procureur spécial n’inculpe pas à tout-va contrairement à ce qu’affirment ses détracteurs depuis des mois.

« La condamnation de Manafort montre que l’enquête de Mueller est très loin d’être une chasse aux sorcières », estime Adam Schiff, parlementaire démocrate.

« Elle montre aussi que sa campagne et son administration étaient bourrées de gens ayant dans leur passé des actions peu scrupuleuses en affaires et des connexions inquiétantes avec des intérêts étrangers », a-t-il ajouté, au sujet de Donald Trump.

Rapidité et efficacité

Ces affaires démontrent aussi que l’ancien patron de la police fédérale (FBI), un homme taciturne de 74 ans, travaille avec rapidité et efficacité. Depuis sa nomination en mai 2017, M. Mueller n’a livré aucun commentaire public sur l’avancée de ses investigations ni répondu aux attaques presque quotidiennes du président.

En revanche, il a inculpé 33 personnes, dont 25 Russes, et trois sociétés.

A titre de comparaison, il avait fallu quatre ans au procureur spécial Kenneth Starr pour inculper le président Bill Clinton dans les années 1990.

Pour Michael German, un ancien agent du FBI désormais au Brennan Center for Justice, le verdict contre Paul Manafort marque une étape importante pour Robert Mueller.

« Chaque victoire est un élément majeur vers l’aboutissement ultime de l’enquête », a-t-il estimé. « Il est plus facile d’obtenir la coopération de témoins ou des accords de plaider-coupable si vous affichez une liste de succès ».

« Cela met davantage la pression sur les gens », a-t-il ajouté.

Ce qui n’empêche pas la Maison Blanche d’affirmer que le procureur spécial est à la traîne.

« Nous avons dit clairement que non seulement nous, mais aussi le peuple américain, voulons que cela soit bouclé », a commenté Sarah Sanders, porte-parole de l’exécutif, la semaine dernière.

L’ancien procureur fédéral Renato Mariotti a relevé la menace constante de Donald Trump de mettre lui-même un terme à cette enquête, au risque de déclencher une crise constitutionnelle.

Selon lui, « à coup sûr, Mueller doit s’inquiéter de savoir s’il pourra achever ses investigations ».

MICHAEL COHEN, POSSIBLE TÉMOIN-CLÉ CONTRE DONALD TRUMP DANS LE DOSSIER RUSSE

Jusqu’où ira Michael Cohen? Quels éléments compromettants pour Donald Trump peut-il livrer aux enquêteurs sur le dossier russe? L’ex-avocat personnel du président, auteur d’un revirement spectaculaire, semble disposé à lâcher tout ce qu’il sait pour éviter la prison, selon des experts.

Au lendemain du plaider-coupable de Michael Cohen, son avocat Lanny Davis a laissé entendre que son client pourrait être utile au procureur spécial Robert Mueller, en charge de l’enquête-fleuve sur une éventuelle collusion entre l’équipe de campagne de M. Trump et la Russie pour peser sur la présidentielle 2016.

« Michael Cohen a des informations qui seraient intéressantes pour le procureur spécial, concernant tant la connaissance (par la campagne Trump) d’une conspiration russe pour corrompre la démocratie américaine que leur refus de transmettre cette information au FBI », a déclaré M. Davis sur la chaîne MSNBC.

« Il y a des déclarations que (M. Cohen) peut faire » indiquant que M. Trump était au courant des manipulations informatiques russes pour influencer la campagne, « mais je ne peux rien dire de plus », a-t-il ajouté sur CBS.

Michael Cohen a porté un coup retentissant au milliardaire républicain mardi en affirmant sous serment que c’était à sa demande et « pour influencer l’élection » qu’il avait payé deux femmes en échange de leur silence sur leur liaison supposée avec le magnat new-yorkais.

« Il n’était pas obligé d’impliquer quelqu’un d’autre », souligne Lisa Kern Griffin, professeure de droit à Duke University. « Cela suggère fortement qu’il s’est engagé à coopérer ».

Témoin peu crédible

Il est maintenant « hautement probable qu’il va participer » à l’enquête sur la Russie, avance Diane Marie Amann, professeure de droit à l’université de Géorgie. « Il est probable que, s’il y a eu coopération avec la Russie, il était au courant ».

Cet homme qui a travaillé pour le magnat new-yorkais pendant plus de 10 ans pourrait avoir des éléments sur plusieurs volets « centraux » de l’enquête sur la Russie, selon Mitchell Epner, avocat au pénal pour le cabinet new-yorkais Rottenberg Lipman Rich, et ex-procureur fédéral du New Jersey.

Il pourrait également avoir des choses à dire sur le voyage à Prague qu’il aurait, selon certains médias, entrepris en 2016 pour rencontrer des émissaires russes.

Michael Cohen a toujours démenti ce déplacement, mais sans fournir d’alibi solide.

« Il est clair que Michael Cohen essaie de coopérer » avec le procureur Mueller, explique M. Epner. Mais la question est maintenant de savoir « s’il a des preuves matérielles corroborant ses dires ».

« Si tout ce qu’il peut offrir est un témoignage, ça ne vaut pas grand chose », selon lui, « car Michael Cohen n’a pas beaucoup de crédibilité ».

Les doutes sur la crédibilité de cet homme d’affaires, qui s’est reconnu coupable de fraude fiscale et bancaire en lien avec ses sociétés de taxi new-yorkais, pourraient expliquer que l’accord de plaider-coupable rendu public mardi ne comprenne pas de clause de coopération avec les enquêteurs.

« C’est difficile d’accepter Michael Cohen comme coopérateur », explique M. Epner. « Il a dit beaucoup de choses fausses dans le passé, il y a un enregistrement de lui menaçant un journaliste (…) Et les jurés n’aiment guère les coopérateurs s’ils n’ont pas de preuve matérielle ».

Protéger sa famille

L’ex-procureur n’exclut pourtant pas qu’un accord de coopération secret ait en fait été scellé entre Michael Cohen et les enquêteurs et qu’il ne serait révélé qu’au moment où le juge fixera sa peine, comme « cela se fait souvent ».

L’audience pour fixer la peine de Michael Cohen a été fixée au 12 décembre, mais si un accord de coopération était négocié, elle serait logiquement reportée, dit-il.

Pour l’instant, Michael Cohen, qui aura 52 sans samedi et qui se disait il y a un an « prêt à prendre une balle pour le président », risque, vu les chefs d’inculpation et la jurisprudence, entre quatre et six ans de prison, selon les experts.

Avec un accord de coopération, la peine diminuerait et « le juge pourrait aller jusqu’à la ramener à une peine avec sursis », dit Epner.

Pour cet ex-procureur, une chose est sûre: Michael Cohen, père de deux enfants étudiants et marié à une immigrée ukrainienne, a choisi « une stratégie qui vise clairement à réduire le temps qu’il passera loin de sa famille ».

DONALD TRUMP LÂCHÉ PAR SON EX-AVOCAT MICHAEL COHEN

Le président américain Donald Trump a rejeté mercredi toute accusation d’infraction et contredit son ancien fidèle avocat Michael Cohen, qui affirme avoir acheté « à sa demande » le silence de deux maîtresses présumées.

« Le pire jour de la présidence », « la pression monte »: les analystes s’accordaient à voir dans le double uppercut délivré la veille par des tribunaux contre deux ex-proches de Donald Trump, Michael Cohen et Paul Manafort, un tournant potentiel de son mandat.

En face, la Maison Blanche s’attelait à présenter un front impassible. « Le président n’est pas du tout inquiet. Il sait qu’il n’a rien fait de mal et qu’il y a pas eu de collusion » avec la Russie, a assuré sa porte-parole, Sarah Sanders.

Mais l’ambiance était morose mardi soir dans l’avion présidentiel, selon les journalistes présents. A New York, celui qui s’était dit prêt à « prendre une balle » pour le milliardaire venait d’opérer un spectaculaire retournement: Michael Cohen a plaidé coupable de fraude fiscale et bancaire et de violation des lois sur le financement des campagnes électorales.

L’avocat âgé de 51 ans a reconnu avoir versé 130.000 et 150.000 dollars, pendant la campagne de 2016, à l’actrice porno Stormy Daniels et à Karen McDougal, une ex-playmate de Playboy. Toutes deux affirment avoir eu une liaison avec Donald Trump.

Le but: acheter leur silence « à la demande du candidat », afin d’éviter de lui « porter préjudice », selon Michael Cohen.

Près de Washington, l’ex-chef de campagne de Donald Trump, Paul Manafort, a été presque simultanément reconnu coupable de fraude fiscale et bancaire. Si ce verdict porte sur ses finances personnelles, il découle de l’explosive enquête du procureur spécial Robert Mueller sur les soupçons de collusion entre l’équipe de campagne de M. Trump et la Russie.

« Même pas une infraction »

Contredisant le témoignage sous serment de Michael Cohen, Donald Trump a déclaré sur Fox News qu’il n’avait pris connaissance que « plus tard » des paiements versés aux deux femmes.

« Ce n’est même pas une infraction » aux lois électorales », a-t-il martelé. Les fonds « ne venaient pas de l’équipe de campagne, ils venaient de moi », a-t-il ajouté.

Michael Cohen a « cédé » face à la pression des enquêteurs, avait plus tôt dénoncé M. Trump dans un tweet, accusant le juriste d’avoir « inventé des histoires afin d’obtenir » son accord de négociation de peine. Il a aussi affirmé que certaines infractions admises par son ancien lieutenant n’étaient « pas un crime ».

Sur Fox News et Twitter, Donald Trump a aussi rappelé qu’une amende de 375.000 dollars avait été imposée à l’équipe de son prédécesseur démocrate, Barack Obama, pour avoir enfreint les règles de financement électoral.

Donald Trump a aussi ironisé: « Si quelqu’un cherche un bon avocat, je suggère fortement que vous ne vous attachiez pas les services de Michael Cohen! »

En face, l’avocat de M. Cohen, Lanny Davis, n’a pas mâché ses mots sur la radio NPR, qualifiant le président de « délinquant », « corrompu » et « dangereux pour le Bureau ovale ». Il a également laissé entendre que son client pourrait coopérer avec le procureur Mueller.

« Un homme courageux »

Le président américain a en revanche tenu à louer une nouvelle fois publiquement Paul Manafort, le seul parmi tous les Américains poursuivis par l’équipe Mueller à n’avoir pas passé d’accord avec la justice pour éviter un procès.

Il a affirmé sur Twitter avoir un « tel respect pour un homme courageux ».

Incarcéré depuis juin, l’ex-lobbyiste, qui avait tiré des millions de dollars de ses travaux pour l’ex-président ukrainien Viktor Ianoukovitch, soutenu par Moscou, risque, à 69 ans, de passer les prochaines années en prison. Sa peine doit être prononcée à une date non précisée.

Pas de poursuites en vue

En pratique, Donald Trump ne risque pas de poursuites judiciaires tant qu’il occupe le Bureau ovale: le ministère américain de la Justice suit une doctrine selon laquelle un « président en exercice ne peut être inculpé ».

Quant à la perspective d’une possible procédure de destitution au Congrès, elle reste très hypothétique. S’ils espèrent regagner la majorité à la Chambre en novembre, les poids lourds démocrates évitent le sujet, s’employant à dénoncer la « corruption » de proches de Donald Trump.

« Le président a de gros problèmes », s’est toutefois exclamé l’avocat de l’actrice Stormy Daniels, Michael Avenatti, sur CNN. « Et nous sommes à ses trousses ».

(Afp)

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