vendredi , 6 décembre 2019
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« Joseph KABILA » : Serviteur de sa « nation » ?

Le nombre de réactions positives à la suite du respect, par le président Joseph Kabila, de la limitation des mandats constitutionnels, ne compte plus. Professeur aux Facultés de Droit, avocat près la Cour d’Appel de Lubumbashi, Me Gabriel Banza Malale Makuta, y va de son commentaire et analyse. Selon ce juriste natif de Kabongo, province du Haut Lomami, le chef de l’Etat congolais est bien le serviteur de sa nation. Le Prof Gabriel Banza note que l’acte posé par le président Kabila procède effectivement de sa « passion pour le Congo » qu’il professe. Interview.

Le Président Kabila est encore jeune, mais il a décidé de laisser le pouvoir, en respectant la Constitution. Quel est votre avis par rapport à son avenir politique ?

Me Gabriel Banza Malale Makuta : C’est un sens de responsabilité sans mesure. C’est un sens de citoyenneté qui constitue aujourd’hui une ligne de conduite qu’il vient de tracer pour que le politique congolais, désormais, comprenne qu’il faut à la fois parler ou dire,et respecter ses propos. Ici Joseph Kabila est lié un, à la Constitution, deux, à tout ce qu’il a dit depuis que la Constitution est promulguée, c’est-à-dire, il est resté le garant de ce texte et il doit en assumer l’application de manière exemplaire, et il vient de le démontrer. Même si la Constitution, par elle-même, dans l’interprétation de son esprit et de sa lettre suscite beaucoup de controverses d’ordre doctrinal, pour ceux qui disent d’un côté que cette Constitution mérite d’être révisée, pour d’autres elle mérite d’être maintenue. Pour moi, par exemple, c’est un papier volant, et ça je le soutiens et j’ai des arguments très forts pour le démontrer.

En dépit de tout ça, malgré ces faiblesses de la Constitution, parce que celle-ci ne constitue pas, à cause de ces controverses, une unanimité, mais Joseph Kabila a dit  » je respecte non seulement son esprit, mais aussi sa lettre et surtout ce que j’ai promis à la nation congolaise. Moi, à sa place, je me serai comporté autrement, quelqu’un d’autre, et surtout à cet âge là, aurait utilisé les voies des faits pour persister et rester au pouvoir. Du moins pour une fois dans notre pays, nous allons dire, un homme sera venu au pouvoir et il aura donné une ligne de conduite à suivre pour l’alternance du pouvoir. Donc, désormais, il faut que les gens comprennent, il faut faire de l’alternance, vous dites bien pour son avenir politique. Mais Joseph Kabila n’est pas un Dieu, c’est un homme, autant que moi, autant que vous, autant que quiconque. Il a travaillé d’arrache-pied. Déjà à 27 ou 29 ans, il accède au pouvoir. Il a traversé toute sa jeunesse à la tête de ce pays, en accédant au pouvoir dans des conditions que chacun connait, que nous ne voulons pas reprendre maintenant. Mais à un moment, il y a eu des ratés, des hésitations, il y a eu des erreurs des uns et des autres, chacun a son avis. Mais il va observer aussi les fruits du travail qu’il a fait. A cet âge, il peut revenir. Après 5 ou 10 ans pour continuer à gérer ce pays, cette fois-là en ajoutant à sa culture, le fruit de la réalité que lui-même va vivre quand il sera citoyen de droit commun comme moi.

Est-ce que le Président Kabila a abandonné le pouvoir de son propre gré ou il a subi des pressions internes ou externes ?

Me Gabriel Banza Malale Makuta : Toutes les deux questions sont valables et fondées. Il a abandonné de son propre gré effectivement, il a dit j’abandonne. Il a commencé à procéder à la consultation de ceux de sa famille politique. Ici, c’est, sans plus ni moins, sa volonté personnelle. De deux, il y a eu pression, c’est aussi vrai. Plusieurs pressions à l’intérieur et plusieurs pressions à l’extérieur.

A l’intérieur, dès son accès au pouvoir, une forte pression a commencé. Joseph Kabila est un Rwandais. Joseph Kabila n’est pas fils de Laurent-Désiré Kabila, encore moins de mama Sifa. Quand bien même qu’il puisse être jumeau, sa jumelle est Congolaise, ses frères que nous connaissons sont des Congolais, il n’y a que lui qui n’est pas Congolais, et il est Rwandais. Mais ceux qui nous disent qu’il est Rwandais. Il est Rwandais de quel village ? Quelle montagne ? Quels sont ses cousins, ses parents, ses tantes, ses oncles, ses grands-pères, ses grand-mères ? Au Rwanda, on ne les cite pas. Mais tout simplement, on le fait partir d’une famille pour que désormais, il soit un Rwandais.

Le Rwanda a connu une histoire qui a marqué beaucoup de Congolais, par rapport à toutes les guerres que l’on a connues à l’Est du pays.Il est tout à fait normal, qu’à un certain moment, quand on dit que vous êtes Rwandais, que l’on cultive une certaine haine de la population contre vous. Ça c’est l’un des cas qui démontrent qu’il a commencé à gérer sous la pression interne.

Et alors par rapport à ça, il a aussi subi une pression de l’extérieur. Nous avons connu un Premier ministre Belge, un ministre des Affaires étrangères Belge qui est venu avec le même discours, il distribuait des pamphlets à bord de son avion pour démontrer que Joseph Kabila n’était pas Congolais. C’est Karel de Gucht. Tout simplement pour l’opposer, pour soulever la population congolaise contre lui. Et parce qu’il est assimilé au Rwandais, à l’occasion où il abandonne le pouvoir au jour d’aujourd’hui, par exemple, il corrige beaucoup de choses, il réhabilite l’honneur du combat politique que son père a mené dès le bas âge, autant que lui-même. On nous a fait voir, moi je suis juriste, je cherche beaucoup, je n’ai jamais eu le texte de Lemera où Mzee Laurent-Désiré Kabila s’entendait avec les Rwandais de manière à couper le Congo pour que toute la partie Est soit annexée au Rwanda. A supposer que l’hypothèse est vraie, celle de l’Accord de Lemera. Mais Joseph Kabila vient au pouvoir. Il a trouvé qu’effectivement l’Est du Congo était en grande partie occupé par les militaires rwandais. Et les tutsi et les hutu, faisant de cette partie du territoire national, le théâtre des conflits entre les deux tribus, cherchant à occuper ou à annexer notre territoire à leur territoire à eux. Mais Joseph Kabila a sacrifié toute sa jeunesse pour reconstituer l’intégrité territoriale. Comme qui dirait, là où on l’accusait aussi d’être Rwandais. Donc il est un bon Rwandais. C’est-à-dire, il combat pour appauvrir le Rwanda et enrichir le Congo. En termes d’intégrité territoriale, il a fait échec à la vision politique rwandaise. Dans ce ton-là, s’il était Rwandais, maintenant qu’il vient de déposer et d’abandonner son fauteuil au profit de celui qui va gagner prochainement les élections, nous allons voir comment il va rentrer au Rwanda. Parce qu’on va lui poser des questions :  » Monsieur, nous vous avions envoyé au Congo, mais vous n’avez travaillé que contre les intérêts du Rwanda « . Donc vous voyez, ils viennent de vider le contenu de beaucoup de velléités politiques. Et la médiocrité politique ici chez nous au Congo, c’est de trouver quelqu’un qui a un argument contraire, on le présente comme un ennemi. Alors que nous sommes des partenaires appelés à venir dans la contradiction chacun avec son discours, pour que du choc des idées jaillisse la lumière.

Il a été taxé de beaucoup de choses. Par ce comportement, nous pensons qu’il va quitter Kinshasa, ça c’est moi qui pense pour se retrouver dans son véritable village. Si ce n’est pas Ankoro, ce sera au Rwanda. Si c’est au Rwanda, nous allons connaître, ce sera le Rwanda de quel coin, du milieu, du centre… ?

Me Gabriel Banza Malale Makuta : Voilà un peu une occasion pour nous de connaitre maintenant la vérité. Encore plus, une leçon à la classe politique congolaise.

Qu’est-ce que vous tirez comme leçon politique de la décision du Président Joseph Kabila en désignant un dauphin ?

Me Gabriel Banza Malale Makuta : La leçon, elle est très riche. Déjà, je commençais à en parler par la réponse que j’ai donnée à la précédente question. La leçon, elle est très riche. Par le fait qu’il y a l’éthique politique qui a manqué pendant longtemps aux dirigeants de ce pays. Mais Joseph Kabila vient de montrer qu’on est serviteur, autant pour les pasteurs, les prêtres qui sont serviteurs de Dieu dans des églises. Joseph Kabila aussi vient de démontrer qu’il est serviteur de la nation congolaise. C’est maintenant que je comprends la quintessence de son discours selon lequel, ou sa phrase selon laquelle :  » Moi j’ai la passion pour le Congo « .

Figurez-vous, ce qu’il vient de faire, il a dégonflé le ballon de pression dans tous les quatre coins de la République démocratique du Congo. Pression montée pour des raisons : 1. De la haine, à l’intérieur ; 2. Tout simplement, d’une certaine colère qui n’a pas d’explication, cette fois-là, de l’extérieur, et il a abandonné. Et vous avez vu le jour qu’on a désigné le dauphin, le jour que celui-ci est allé déposer sa candidature, le soleil allait se lever de l’Ouest au Nord, ou du Nord au Sud, de manière désordonnée. Mais on s’est rendu compte que la ville a été essoufflée. Aujourd’hui, tous les quartiers généraux, mêmes les églises qui ont monté des coups contre lui, moi je suis passé devant certaines églises où il y avait des messages, je ne sais pas si aujourd’hui, ces messages persistent encore. Donc, la leçon est très grande, et, ici, nous devons considérer qu’il s’agit-là d’un homme politique très important qui a encore la place dans ce pays, pour nous donner encore mieux, ce que nous devons tirer de lui.

Il ne faut pas ignorer, depuis 1960, on nous parle d’un nationalisme congolais, un nationalisme politique. En quelques sortes, ce sont les politiciens zélés, qui passent au pouvoir. Et par le simple fait de passer au pouvoir, ils racontent, ils parlent, ils disent, ils font de grandes déclarations, prétendument au nom de la nation, sans aucun mandat de celle-ci. Et tout ce que les politiciens disent devient comme une parole d’évangile. Or, la nation elle-même n’a, n’aura jamais été consultée si ce n’est qu’en 2006, grâce à un seul homme, Joseph Kabila qui a décidé cette fois-là d’ouvrir un couloir par lequel passe désormais la position du citoyen congolais, du souverain primaire. Là où les autorités exercent les droits de souveraineté de notre pays. La population aujourd’hui ne se rend pas encore compte de la grandeur de Joseph Kabila. Dès que nous passons par les élections, et vous allez vous rendre compte que Joseph Kabila sera plus costaud, plus gaillard que ce qu’il est aujourd’hui, parce que l’on va se rendre compte qu’il est à peu près inégalable à la plupart des politiciens que nous sommes en train de vivre et à qui nous sommes déjà habitués, fort malheureusement, de manière médiocre.

Est-ce que vous pensez que le dauphin en cas de victoire au prochain scrutin, travaillera en toute quiétude, sans subir le diktat de Joseph Kabila ?

Me Gabriel Banza Malale Makuta : Je pense que cette question est très embarrassante. Il est toujours très difficile d’oublier le maître par qui vous êtes venu au monde. Même la Bible nous dit, ça c’est Dieu qui le dit au travers d’Abraham : Je bénirai tous ceux qui te bénirons. Si l’homme qui va passer au pouvoir que Joseph Kabila occupe aujourd’hui, c’est celui-là que nous appelons dauphin aujourd’hui donc, il doit avoir de la gratitude pour se référer à tout moment à Joseph Kabila. Ça c’est d’un. En tant que maître, cette fois-là, aux commandes des institutions publiques de notre pays, il n’est pas interdit qu’il puisse l’initier.

L’initiative, il doit la cultiver. Pour peu que je puisse connaître, Emmanuel Ramazani Shadary, c’est un garçon de Kalemie. Le jour qu’il vient de Kalemie vers Lubumbashi, c’est à bord d’un train. Moi-même j’étais aussi là et j’entrais en premier graduat et on a appris, en ce qui le concerne, que c’était un garçon très brillant qui n’était pas régulier aux cours. Il faisait à tout moment des distinctions. C’est ça le mythe autour de lui. Je pense qu’il sera capable d’innover et d’apporter quelque chose de nouveau. Mais, nous sommes beaucoup habitués, nous les Congolais, c’est ça l’aspect un peu critique, à compter sur les hommes. Les hommes passent et les institutions restent. Mais je suis en train de voir dans ce que Joseph Kabila est en train de créer comme machine politique, il est en train de poser les bases d’un système politique appelé à gérer la chose publique dans ce pays pendant longtemps.

Ça signifie quoi, ceux qui viendront après lui, vont travailler dans un circuit où il y a déjà des principes à faire valoir. D’où, la consultation dans cette famille-là sera évidente. Si Emmanuel Ramazani Shadary, Président de la République, va à côté, ce n’est pas exclu qu’il soit redressé par le système pour lequel il est au pouvoir. En ce moment-là, ce n’est pas un diktat. Et de temps en temps, il ira se référer à la source. Il ne faut pas ignorer que le programme des cinq chantiers, le programme de la Révolution de la modernité, c’est un acquis, un grand capital pour la nation congolaise qui mérite vraiment d’être gérée avec beaucoup de jalousie. Donc par rapport à ce programme-là, Kabila est parti, et Kabila est resté au pouvoir. Donc c’est un peu ça.

(Propos décryptés par Aimé Nsimba)

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