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Delly Sesanga, Secrétaire général de la plateforme “Ensemble”.
Delly Sesanga, Secrétaire général de la plateforme “Ensemble”.

Elections RDC : Rien ne donne le pouvoir à qui que ce soit d’exclure un autre Congolais

Dernière mise à jour, le 27 août 2018 à 12:29

Le combat pour l’admission de la candidature de l’ancien gouverneur de l’ex-Katanga à l’élection présidentielle du 23 décembre n’est pas encore terminé, en dépit de la fermeture des BRTC le 8 août courant. Delly Sesanga, Secrétaire général de « Ensemble », la plateforme électorale qui soutient la candidature de Moïse Katumbi, a plaidé pour des élections inclusives devant plusieurs milliers de personnes au cours du meeting que ce regroupement politique a tenu hier lundi 20 août à Kananga, au Kasai Central.

Des sources dans la capitale du Kasaï Central affirme que Delly Sesanga n’a pas seulement fait passer le message pour des élections inclusives. Il a surtout réussi à faire adhérer la population à sa thèse pour des élections crédibles et transparentes. Le missi dominici de Moïse Katumbi a été accueilli en rock star. Tout Kananga s’était jeté dans la rue pour écouter le message qui leur a été délivré par Sesanga. La caravane motorisée qui l’a conduit de sa résidence au siège de son parti Envol où a eu lieu son meeting en est une belle illustration. Kananga n’avait des couleurs que celles des partis politiques membres de « Ensemble pour le changement ».

Au cours de ce rassemblement, Delly Sesanga a indiqué que le premier combat était gagné et il en reste un deuxième, celui du retour et de la participation de Moïse Katumbi au processus électoral.  » Nous disons qu’il faut des élections inclusives, des élections libres, démocratiques et Moïse Katumbi a toute sa place ».

Le Secrétaire général de « Ensemble pour le changement » s’est réjoui de l’accueil que la population de Kananga a réservé à la candidature de Katumbi, mais aussi l’espérance que cette même population formule pour cette candidature dans la course à la présidentielle.

« Nous avons gagné le premier combat. Nous gagnerons le deuxième parce que c’est le combat de la justice et de la vérité. Rien ne donne le pouvoir à qui que ce soit d’exclure un autre Congolais. Ce qui est fait aujourd’hui est aussi une violation de la Constitution. Nous disons qu’il faut des élections inclusives et Moïse Katumbi a toute sa place », s’est-il adressé à la foule. Sesanga l’a dit et redit, « vouloir écarter Katumbi de la course à la présidentielle, c’est aussi violer la constitution du pays ».

Ainsi, les lieutenants de Katumbi entendent impliquer le peuple qui aura le dernier mot le moment venu. « Nous mobilisons notre peuple contre les élections truquées et la machine à voter. Par conséquent, nous ne laisserons pas un seul quartier à ceux qui veulent voler la victoire du peuple et compromettre l’avenir de ce pays. Nous allons nous ériger sur leur chemin pour obtenir le droit de notre peuple à se choisir les dirigeants qu’il veut. Aujourd’hui je mobilise la troupe, nous mobilisons ceux qui sont les nôtres pour que ce combat puisse aboutir comme nous avons gagné le précédent « . Ce n’est pas tout. « Nous allons continuer cette mobilisation dans toutes les provinces pour avoir des manifestations synchronisées où le peuple congolais dans un chorus dira non à une nouvelle dictature dans notre pays, non à la confiscation de son droit de vote les machines à voter, et dira non à l’exclusion parce que nous sommes un pays qui se veut démocratique ».

Delly Sesanga compte véritablement sur le peuple pour sanctionner : « Nous sommes confiants en notre peuple et nous savons que mis dans les conditions de liberté, il choisira le chemin de la libération. C’est se débarrasser d’un pouvoir qui n’a rien fait pour ce pays. Ce de ne pas rééditer les mauvais exploits de ceux qui ont brillé par la corruption, l’absence de résultats en termes de développement, la pauvreté, l’insécurité, les guerres civiles, les mésententes et la désharmonie dans toute la nation. Aujourd’hui, le peuple veut le changement. Et nous allons lui donner ce changement « .

Depuis Kinshasa, le Secrétaire général de « Ensemble » avait promis de poursuivre cette mobilisation dans toutes les provinces pour que « le peuple congolais dans son ensemble, dise non à une nouvelle dictature, à la machine à voter et à l’exclusion de Moïse Katumbi ».

LE PRÉSIDENT DU SÉNAT, LÉON KENGO, PLAIDE POUR LE RETOUR DE MOISE KATUMBI

 » Je suis pour que Moise Katumbi rentre et se présente. On doit donner à tout le monde les mêmes cartes de manière à ce qu’on ne critique pas qu’on a exclu l’un ou l’autre. L’exclure c’est avoir peur qu’il puisse être élu. Vaut mieux qu’il se présente. S’il n’est pas élu, il baissera ses prétentions. Et s’il est élu c’est très bien, il est le fils du pays. Ce qu’on poursuit ce sont des faits politiques.

« Mon souhait le plus clair c’est que tout le monde se présente et comme il a été condamné qu’il demande au président de pouvoir l’amnistier parce qu’il n’est pas en prison donc il ne peut pas bénéficier de la grâce. La seule possibilité qui reste c’est de bénéficier de l’amnistie  » a-t-il soutenu de vive voix.

Un son discordant, c’est suffisamment rare, très rare voire rarissime pour être souligné. Des rangs du Front Commun pour le Congo (FCC), provient un son discordant sur le cas Katumbi. Cet autre son de cloche est le fait de Léon Kengo Wa Dondo, le président du sénat qui prend l’exacte contre pied de la position du pouvoir en plaidant à haute et intelligible voix le retour au pays de Moise Katumbi pas pour y être arrêté dixit l’ancien PGR mais en vue de permettre au leader de  » Ensemble  » de se présenter aux élections. Kengo Wa Dondo se pose donc en chantre des élections inclusives, pas sûr que cette plaidoirie soit du goût de la majorité des sociétaires du FCC dont il est lui-même membre.

INTERVIEW EXCLUSIVE DU PRÉSIDENT DU SÉNAT DE RDC, LÉON KENGO, ACCORDÉE À RFI

RFI : Avez-vous été surpris par la décision de Joseph Kabila de renoncer à un troisième mandat ?

Léon Kengo Wa Dondo : Non, c’est prévu dans la Constitution. Il n’a fait que respecter la Constitution.

Etiez-vous au courant de ce choix ?

Léon Kengo Wa Dondo : Pas personnellement, il ne me l’a pas dit, mais c’était de l’entendement commun.

Pourquoi le président Kabila a-t-il renoncé, selon vous ? Est-ce la pression populaire, la pression de l’opposition, ou bien des pressions internationales ?

Léon Kengo Wa Dondo : Non. Je ne peux pas entrer dans ces considérations. Le président Kabila est le seul qui a observé la Constitution. Il faut plutôt rendre hommage.

Emmanuel Ramazani Shadary, dont on dit qu’il n’a pas de base électorale, a-t-il l’étoffe pour l’emporter selon vous ?

Léon Kengo Wa Dondo : Je ne me suis pas appesanti sur son profil. Il ne vient pas orphelin à cette élection, il a un père, Joseph Kabila, qui l’a présenté, qui va le soutenir.

Pour vous, il n’y a aucun doute sur le fait qu’il sera élu ?

Léon Kengo Wa Dondo : L’élection, c’est un nom devant son peuple. Même si le président l’a désigné, ça peut ne pas aller.

D’autres disent qu’il a fait un choix à la Medvedev-Poutine. Est-ce la raison du choix d’Emmanuel Ramazani Shadary ?

Léon Kengo Wa Dondo : C’est peut-être l’une des raisons, mais elle n’est pas nécessaire et suffisante.

Est-ce un scénario que vous envisagez ?

Léon Kengo Wa Dondo : C’est un scénario crédible. Le président est le garant de la Constitution. Il a respecté cette Constitution, personne ne peut émettre de critiques. Analysons tout : il fait passer Ramazani, Ramazani peut être élu une fois, lui peut revenir. Moi, je crois qu’il a bien joué. S’il revient après, il peut rester autant qu’il veut.

Que pensez-vous de la situation de Moïse Katumbi qui, sous la menace d’une arrestation, n’a pas pu se présenter à la présidence ?

Léon Kengo Wa Dondo : On doit faire en sorte que tous ceux qui veulent se présenter se présentent. Je suis pour que Moïse Katumbi rentre et se présente. Et il n’est pas dit, parce qu’il se présente, qu’il sera élu. On doit donner à tout le monde les mêmes cartes de manière à ce qu’on ne critique pas qu’on a exclu l’un ou l’autre. L’exclure c’est avoir peur qu’il se présente et qu’il puisse être élu. Il vaut mieux qu’il se présente. S’il n’est pas élu, il baissera ses prétentions. Et s’il est élu, c’est très bien, il est le fils du pays.

Pourtant, Moïse Katumbi a été condamné à trois ans de prison. Les autorités considèrent que c’est un fugitif, même si lui conteste la légalité de la procédure contre lui.

Léon Kengo Wa Dondo : Oui, mais maintenant nous sommes au début des élections. Mon souhait le plus clair, c’est que tout le monde se présente. Et comme il a été condamné, qu’il demande au président de pouvoir l’amnistier. La seule possibilité qu’il ait, c’est de bénéficier de l’amnistie, comme ce que l’on poursuit sont des faits politiques.

Dans la course, il y a également Jean-Pierre Bemba. Avez-vous été surpris par son acquittement ?

Léon Kengo Wa Dondo : Non, j’ai été heureux parce que Jean-Pierre Bemba, de par son père, Jeannot Bemba, est un peu mon fils. Je considère que c’est bien qu’il puisse entrer dans cette lutte électorale. Il a le profil que je considère comme apte à se présenter à l’élection présidentielle. Mais s’il y a dans la loi électorale quelques handicaps quelconques, j’opte pour la loi.

Vous êtes un homme de droit. Est-ce qu’à vos yeux, sa candidature est valide au regard de la loi électorale ?

Léon Kengo Wa Dondo : Il est condamné pour subornation de témoins. Si les faits principaux pour lesquels il a été poursuivi sont considérés comme non établis, la subornation de témoins est une infraction auxiliaire.

Vous considérez que dans la mesure où l’affaire principale tombe, la condamnation pour subornation de témoin doit tomber.

Léon Kengo Wa Dondo : C’est ça. Je ne suis pas juge de faits, mais je considère que l’on aurait dû l’acquitter aussi.

La candidature unique de l’opposition, est-ce que vous y croyez ?

Léon Kengo Wa Dondo : Moi, je crois. Si l’opposition veut sortir gagnante, ils doivent se mettre tous ensemble. S’ils ne le font pas, je doute qu’il gagne.

Pour le moment, les négociations sont difficiles.

Léon Kengo Wa Dondo : Oui, je sais que les négociations sont difficiles parce que chacun veut être candidat, mais si tout le monde se met ensemble, je suis sûr qu’il y aura, cette fois-ci, une alternative.

Est-ce un scénario d’affrontement est-ouest qui se dessine, comme en 2006 ?

Léon Kengo Wa Dondo : C’est un affrontement éternel. Tant qu’il aura l’est et l’ouest, ceux de l’ouest, aujourd’hui disent : « Kabila a fait son mandat, il faut que cette fois-ci, il y ait quelqu’un de l’ouest ». C’est équitable, non ?

Finalement, vous qui avez toujours tenu à garder votre statut d’indépendant, vous avez signé la charte du Front commun pour le Congo [FCC, la nouvelle plateforme électorale initiée par le président Joseph Kabila]. Qu’est-ce qui fait que vous avez sauté le pas ?

Léon Kengo Wa Dondo : Pour donner à cette charte une crédibilité.

Est-ce qu’un nouveau parti-Etat est ce qu’il faut, selon vous, à la RDC ?

Léon Kengo Wa Dondo : Il ne faut plus refaire ça. Nous avons connu tous les torts d’un parti-Etat, nous devons laisser les candidats libres, des partis libres, de pouvoir se présenter librement et le meilleur gagne.

Qui allez-vous soutenir ? Emmanuel Ramazani Shadary ?

Léon Kengo Wa Dondo : J’attends que la Commission électorale [Céni] présente la liste des candidats à l’élection présidentielle. Je ferai mon choix. Je l’ai fait déjà une fois.

En 2006, vous aviez soutenu Jean-Pierre Bemba. Le ferez-vous à nouveau si sa candidature est validée ?

Léon Kengo Wa Dondo : Je le dirai en temps voulu.

Cela signifie que vous n’êtes pas du tout certain de soutenir d’Emmanuel Ramazani Shadary bien que signataire de la charte.

Léon Kengo Wa Dondo : Mais cette charte ne veut pas dire que l’on doit soutenir obligatoirement Shadary. On a aussi le droit de regard. Je suis libre.

Est-ce que le retrait du président Joseph Kabila suffit, selon vous, à écarter le risque d’une déstabilisation du pays à l’occasion du processus électoral ?

Léon Kengo Wa Dondo : Si Ramazani est élu, il n’est pas dit qu’il pourra achever son mandat. J’espère qu’il pourra achever son mandat, mais je dis qu’aujourd’hui, au point de vue politique, la RDC est calme, nous souhaitons de tous nos vœux que cela se poursuive.

Pourtant, l’opposition conteste notamment l’utilisation de la machine à voter. Seriez-vous favorable à un audit de cette machine pour apaiser les esprits ?

Léon Kengo Wa Dondo : Mais je crois que si les opérateurs politiques considèrent que cette machine n’est pas fiable, il faut soumettre ça à l’expertise.

La Céni [Commission électorale] s’y oppose pour le moment ?

Léon Kengo Wa Dondo : La Céni a ses raisons et les politiques ont les leurs.

Etes-vous donc favorable à un audit ?

Léon Kengo Wa Dondo : Bien sûr. Je ne critique pas la machine parce que je ne connais pas la fiabilité de cette machine, mais si tout le monde dit qu’elle risque de désorienter les électeurs et bien il faut suivre.

Autre point noir dans le paysage du processus électoral, le fichier que l’OIF [Organisation internationale de la Francophonie] juge perfectible avec notamment six millions d’électeurs enregistrés sans empreintes donc potentiellement fictifs. Cela vous inquiète-t-il ?

Léon Kengo Wa Dondo : Oui, cela m’inquiète pour la simple raison qu’au début d’une élection, il faut que tout le monde se mette d’accord sur les paramètres, de manière à ce qu’il n’y ait pas de critiques. Trop de critiques tuent l’élection.

Jusqu’à présent la RDC a refusé toutes les propositions d’appui logistique à l’organisation du scrutin au nom de sa souveraineté. Mais beaucoup d’observateurs doutent de la capacité de Kinshasa à financer ces élections. Pensez-vous que Kabila devrait accepter cette aide extérieure ?

Léon Kengo Wa Dondo : Joseph Kabila a dit clairement, devant le corps constitué, « nous ne voulons pas de financement extérieur, nous même nous nous suffisons ». Je suppose qu’un président de la République ne peut pas dire ça, urbi et orbi, sans qu’il ait pris toutes les dispositions nécessaires pour que les élections se déroulent dans la transparence.

D’autres estiment que cela pourrait être in fine un argument utilisé pour un nouveau report du scrutin.

Léon Kengo Wa Dondo : Si cela s’avère exact, ce serait très grave pour le président. Non, il faut que les élections se tiennent le 23 décembre et la parole du président doit rester crédible.

Pensez-vous que pour les condamnés à mort de 2003, qui ont été condamnés suite à l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila, l’heure du pardon et de la grâce est venue aujourd’hui ?

Léon Kengo Wa Dondo : Oui, je crois.

Ce sont des innocents qui sont en prison ?

Léon Kengo Wa Dondo : Ça, je ne sais pas le dire mais s’ils ont commis un crime politique, ce crime politique doit bénéficier de l’amnistie.

Vous avez déjà porté ce message à Joseph Kabila ?

Léon Kengo Wa Dondo : Nous en avons parlé quelques fois.

Qu’est-ce qu’il vous a répondu ?

Léon Kengo Wa Dondo : Mais à ce moment-là, il n’était pas prêt, mais aujourd’hui, je crois, l’eau a coulé sous les ponts, il doit être prêt. Il pourrait faire bénéficier soit de la grâce, soit de l’amnistie.

(avec Didier KEBONGO, Gloire BATOMENE et Rfi)

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