samedi , 21 septembre 2019
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Prague : Un gouvernement soutenu par les communistes

Le cinquantenaire de l’écrasement par les chars soviétiques du « Printemps de Prague » a suscité mardi des appels, y compris à Bruxelles et à Paris, à défendre la liberté ainsi que des protestations contre l’actuel gouvernement tchèque soutenu par les communistes.

Incarné par le Slovaque Alexander Dubcek, le « Printemps de Prague » s’est traduit il y a un demi-siècle par une réforme politique et économique audacieuse, la levée de la censure et une libéralisation des activités culturelles, au grand dam du Kremlin qui a maté par la force ce mouvement.

« Aujourd’hui, les dirigeants politiques démocratiques ont le devoir de défendre notre liberté, notre possibilité de prendre des décisions concernant notre avenir sans redouter que ces décisions seront réprimées par une force brutale », a déclaré le président slovaque Andrej Kiska, dans un discours transmis également par la télévision tchèque.

« C’est pourquoi nous avons besoin d’alliés avec les mêmes valeurs et le même respect pour la liberté, les droits de l’homme et la démocratie. De tels alliés et partenaires, nous les avons dans l’Union européenne et l’Otan, deux piliers de notre prospérité et notre sécurité », a poursuivi le président de la Slovaquie qui s’est séparée à l’amiable de la République Tchèque en 1993.

En Tchécoslovaquie, les envahisseurs « n’ont trouvé aucun contre-révolutionnaire, mais ils ont tué des dizaines de gens innocents, dans un pays qui propageait un espoir d’une vie plus libre », a souligné le président slovaque.

Dans la nuit du 20 au 21 août 1968, une trentaine de divisions soviétiques, soutenues par des unités bulgares, hongroises, polonaises et est-allemandes, soit environ 500.000 soldats au total, ont mis brutalement fin à ce rêve éphémère.

Rien qu’au cours de la première journée de l’occupation, une cinquantaine de Tchèques et de Slovaques ont été tués. Le bilan total de la présence de l’armée soviétique en Tchécoslovaquie a dépassé 400 morts, le dernier soldat soviétique n’ayant quitté le pays qu’en 1991, deux ans après la « Révolution de velours ».

Désir de liberté

« La liberté et le respect des droits de l’homme ne vont pas de soi: c’est une lutte de chaque instant. Je ne peux imaginer de meilleure façon d’honorer la mémoire des héros du Printemps de Prague », a écrit le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker.

« L’invasion soviétique en Tchécoslovaquie a écrasé le Printemps de Prague. Mais ce désir de liberté et de démocratie a survécu et constitue l’essentiel de ce qui unit l’Europe aujourd’hui », a de son côté tweeté le président du conseil européen Donald Tusk.

« Il y a 50 ans, le Printemps de Prague était écrasé. L’Europe ne doit jamais oublier de défendre ses valeurs de liberté et d’état de droit », a indiqué la ministre française des Affaires européennes Nathalie Loiseau.

Si elle est décriée en Europe occidentale, l’intervention soviétique de 1968 continue à être vue favorablement par une grande partie des Russes.

Selon un récent sondage du centre d’analyses indépendant russe Levada, l’entrée des forces soviétiques est perçue par quelque 40% de la population comme une mesure défensive et indispensable, alors que 10% seulement y voient une « agression » et une « ingérence ».

Hommage et protestations

Mardi, une cérémonie d’hommage aux victimes de l’intervention soviétique devant le bâtiment de la Radio à Prague a été émaillée de protestations contre le cabinet tchèque d’Andrej Babis, un ex-communiste aujourd’hui milliardaire.

Composé du mouvement populiste ANO de M. Babis et des sociaux-démocrates, ce gouvernement n’a remporté son vote de confiance que grâce au soutien du parti communiste KSCM nostalgique de l’ancien régime. Il s’agit d’une première depuis la chute du rideau de fer en 1989.

« Qui gouverne avec les communistes, déshonore les victimes de l’occupation de 1968! », pouvait-on lire sur une pancarte brandie par un protestataire.

A Bratislava, le Premier ministre slovaque, Peter Pellegrini, a rendu hommage à Alexander Dubcek (1921-1992), en déposant symboliquement un bouquet de 50 roses rouges, sur sa tombe.

« L’objectif de toute la vie de mon père a été de démocratiser la société. Pour lui, le +visage humain+ a été plus important que le +socialisme+ », a déclaré Pavol Dubcek, fils du leader du Printemps de Prague, en allusion au mot d’ordre des réformes, le « socialisme à visage humain ».

50E ANNIVERSAIRE DE L’ÉCRASEMENT DU « PRINTEMPS DE PRAGUE »

Les Tchèques et les Slovaques marquent mardi le cinquantenaire de l’écrasement par les chars soviétiques du « Printemps de Prague » de 1968, certains d’entre eux saisissant l’occasion pour dénoncer l’actuel gouvernement tchèque, soutenu par les communistes.

Une cérémonie d’hommage à plus de 400 victimes de l’intervention et de l’occupation soviétiques organisée à Prague devant le bâtiment de la Radio a été émaillée de vives protestations contre le cabinet de l’homme d’affaire milliardaire, l’ex-communiste Andrej Babis.

Composé du mouvement populiste ANO de M. Babis et des sociaux-démocrates CSSD, ce gouvernement n’a remporté le vote de confiance que grâce au soutien du parti communiste KSCM nostalgique de l’ancien régime. Il s’agit d’une première depuis la chute du rideau de fer en 1989.

« Qui gouverne avec les communistes, déshonore les victimes de l’occupation de 1968! », pouvait-on lire sur une pancarte brandie par un protestataire.

Des cris « Honte! » et des sifflements assourdissants des centaines de manifestants ont accompagné le discours de M. Babis, entouré de sa garde rapprochée.

Une quinzaine de Tchèques avaient trouvé la mort devant le bâtiment de la Radio alors qu’ils tentaient d’empêcher à mains nues la prise de l’immeuble par les envahisseurs.

Précurseur de la « perestroïka »

Précurseur de la « perestroïka » gorbatchevienne, le « Printemps de Prague » incarné par Alexander Dubcek s’est traduit notamment par une réforme politique et économique, la levée de la censure et une libéralisation des activités culturelles.

Dans la nuit du 20 au 21 août 1968, une trentaine de divisions soviétiques, soutenues par des unités bulgares, hongroises, polonaises et est-allemandes, ont mis brutalement fin à ce rêve éphémère.

« En marquant ce jour, nous commémorons les tragiques pertes de vies humaines et nous rendons hommage au courage et à l’héroïsme de ceux, parmi lesquels beaucoup d’étudiants, qui ont défié les chars et les armes », a écrit dans son message le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker.

« Leur héritage relève de notre responsabilité et nous ne devons jamais oublier leur tentative de défendre les libertés et droits de l’Homme les plus élémentaires », a-t-il souligné.

« L’invasion soviétique en Tchécoslovaquie a écrasé le Printemps de Prague. Mais ce désir de liberté et de démocratie a survécu et constitue l’essentiel de ce qui unit l’Europe aujourd’hui », a de son côté tweeté le président du conseil européen Donald Tusk.

En fin de matinée, les commémorations ont commencé par la lecture des noms des victimes sur la place Venceslas à Prague. Elles devaient se poursuivre pendant toute la journée par des concerts et des discours, y compris à Liberec (nord-ouest) où les envahisseurs ont tué neuf personnes le 21 août 1968.

Ere de Brejnev

Sévèrement condamnée par la presque totalité des Tchèques et des Slovaques, l’intervention militaire soviétique de 1968 continue cependant à être vue de manière majoritairement favorable en Russie.

Selon un récent sondage du centre d’analyses indépendant russe Levada, l’entrée des forces soviétiques est perçue majoritairement (40%) comme une mesure défensive et indispensable.

Et la proportion des Russes qui désapprouvent l’action de l’URSS en août 1968 a baissé de 29% en 2013 à 19% seulement en 2018, selon cette enquête.

« Les résultats du sondage démontrent que la Russie retourne à une propagande dans l’esprit de l’ère de (l’ancien dirigeant communiste soviétique Léonide) Brejnev », a estimé le directeur du centre Levada, Lev Goudkov, cité mardi par la presse tchèque.

Mutisme du président pro-russe

En Slovaquie, qui s’est séparée de la République tchèque en 1993, l’événement le plus marquant est l’inauguration à Kosice d’un monument au journaliste d’investigation Jan Kuciak, assassiné le 21 février dernier avec sa fiancée.

« Notre principal devoir est de défendre la liberté et notre capacité de déterminer notre propre avenir sans redouter que nos décisions seront réprimées par une force brutale », a tweeté mardi le président slovaque, Andrej Kiska.

En revanche, le chef de l’Etat tchèque Milos Zeman, à qui ses détracteurs reprochent souvent une politique pro-russe, a décidé de garder le silence.

L’absence de M. Zeman, ex-communiste tout comme M. Babis, lors des cérémonies de commémoration a été sévèrement critiquée par les partis d’opposition de droite. Selon son porte-parole Jiri Ovcacek, le président avait déjà fait « preuve de son courage en s’opposant publiquement à l’occupation en 1968 ».

(Afp)

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