samedi , 26 septembre 2020
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Vénézuéla : Incertitude au sommet de l’État

Circonspects et anxieux, les Vénézuéliens se préparaient à l’arrivée lundi de nouveaux billets qui compteront cinq zéros de moins que les actuels. Pour le président socialiste Nicolas Maduro, cette mesure s’inscrit dans le cadre d’un « grand changement économique », mais l’incertitude semble régner jusqu’au sommet de l’Etat. »Beaucoup de choses, nous allons les comprendre » au fur et à mesure qu’elles entreront en application, a-t-il récemment déclaré. Le dirigeant est confronté à une grande impopularité, notamment à cause de la crise économique, des pénuries d’aliments et de médicaments qui provoquent de longue files d’attentes devant les magasins.

Frénésie d’achats, longues files d’attente aux stations essence et le dollar au marché noir qui monte en flèche: circonspects et anxieux, les Vénézuéliens se préparaient à l’arrivée lundi de nouveaux billets qui compteront cinq zéros de moins que les actuels.

Pour le président socialiste Nicolas Maduro, cette mesure s’inscrit dans le cadre d’un « grand changement économique », mais l’incertitude semble régner jusqu’au sommet de l’Etat.

« Beaucoup de choses, nous allons les comprendre » au fur et à mesure qu’elles entreront en application, a-t-il récemment déclaré. Le dirigeant est confronté à une grande impopularité, notamment à cause de la crise économique, des pénuries d’aliments et de médicaments qui provoquent de longue files d’attentes devant les magasins.

Dans ce pays pétrolier autrefois très riche, le panorama économique s’est considérablement assombri. La production d’or noir, qui apporte 96% des revenus de l’Etat, s’est effondrée en dix ans, passant de 3,2 millions de barils par jour (mbj) en 2008 à 1,4 mbj en juillet.

Le déficit s’élève à 20% du PIB et la dette externe à 150 milliards de dollars, alors que les réserves ne sont que de 9 milliards.

« Si tu maintiens le déficit et l’émission désordonnée d’argent (pour tenter d’y faire face), la crise va continuer de s’approfondir », déclare à l’AFP l’économiste Jean Paul Leidenz.

Pendant longtemps, la plus grosse coupure était celle de 100 bolivars: il fallait donc prendre un sac à dos rempli de billets pour aller faire ses courses.

Fin 2016, le gouvernement a introduit des billets de 500 à 20.000. Rebelote en 2017, avec l’arrivée des 100.000 bolivars… à peine de quoi acheter un oeuf à l’époque.

La nouvelle monnaie, dénommée « bolivar souverain », est censée mettre un terme à cette fuite en avant, dans ce pays où l’inflation est totalement hors de contrôle, projetée à 1.000.000% à la fin 2018 par le FMI.

Dix ans auparavant, en 2008, l’Etat vénézuélien avait déjà éliminé trois zéros en lançant le « bolivar fort ».

Dans la rue, le découragement gagne une partie de la population. « Ca va être exactement la même chose », estime Bruno Choy, 39 ans, qui tient un stand de nourriture dans la rue.

« Je m’embrouille un peu »

Avec la nouvelle réforme, le plus gros billet sera de 500 bolivars, équivalent à 50 millions de bolivars actuels (7 dollars au marché noir, la référence de facto). La pièce la plus petite sera de 50 centimes.

« Je m’embrouille un peu », confie à l’AFP Argenis Quintero, conducteur de taxi de 28 ans, en imaginant les calculs qu’il va devoir réaliser.

Asdrubal Oliveros, directeur du cabinet Ecoanalitica, prévient que « dans quelques mois » les nouveaux billets pourraient être dépassés si l’hyperinflation n’est pas contrôlée.

Fin 2016, des retards dans la livraison des nouveaux billets d’alors avaient provoqué des manifestations et des pillages, faisant quatre morts.

Cette fois-ci, le gouvernement et la banque centrale assurent que tout est prêt.

Le président Maduro, lui, veut rassurer en expliquant que le bolivar souverain sera adossé au petro, la cryptomonnaie vénézuélienne avec laquelle le gouvernement entend contourner le manque de liquidités et les sanctions financières de Etats-Unis.

Les prix et les salaires seraient fixés dans ces deux monnaies.

« Surréaliste », rétorque l’économiste Jean Paul Leidenz, qui souligne qu’une « énorme confusion » entoure le petro.

La prévente privée de mars dernier a débouché sur 5 milliards de dollars d’intentions d’achat, assurait alors le gouvernement. Mais cinq mois après, les transactions avec cette cryptomonnaie sont quasi nulles et le petro reste introuvable dans les bureaux de change en ligne.

En outre, les Etats-Unis ont interdit les transactions avec cette cryptomonnaie, dans le cadre de ses sanctions.

« Lier le bolivar au petro c’est le relier à rien », prévient l’économiste Luis Vicente Leon, directeur d’un autre cabinet, Datanalisis.

Le retrait de zéros de la monnaie fait partie d’un « plan de relance économique » qui comprend l’assouplissement du rigide contrôle des changes ainsi qu’un nouveau système pour le prix de l’essence, deux autres mesures qui devraient également entrer en vigueur lundi. Nicolas Maduro a annoncé vendredi la multiplication par 34 du salaire minimum.

L’objectif, selon les experts est toujours le même: trouver des liquidités.

Le camp au pouvoir soutient que la crise économique et l’hyperinflation sont la conséquence d’une « guerre économique » livrée par la droite vénézuélienne et les Etats-Unis pour le renverser.

LE VENEZUELA DÉVALUE SA MONNAIE DE 96%

Après le lancement de nouveaux billets amputés de cinq zéros, le gouvernement vénézuélien a dévoilé la seconde phase de son plan de relance économique qui dévalue de 96% sa monnaie par rapport au dollar, des choix critiqués par les économistes.

La BCV a indiqué mardi que le nouveau taux était de 68,65 bolivars souverains pour un euro, équivalant à environ 60 bolivars souverains pour un dollar.

Le précédent taux officiel équivalait à quelque 2,48 bolivars souverains pour un dollar. Exprimé en bolivars forts, la monnaie en vigueur jusqu’à lundi, cela reviendrait à le faire passer de 248.210 à 6.000.000 de bolivars forts pour un billet vert.

Selon le président socialiste Nicolas Maduro, le bolivar souverain est indexé à la valeur du petro, la cryptomonnaie vénézuélienne avec laquelle le gouvernement entend contourner le manque de liquidités et les sanctions financières des Etats-Unis.

C’est la première fois qu’un pays adosse sa monnaie sur une cryptomonnaie. Les prix et les salaires seront fixés dans les deux monnaies.

Et chaque petro, selon le chef de l’Etat, équivaut à environ 60 dollars, sur la base du prix du baril de pétrole vénézuélien, soit 3.600 bolivars souverains.

Dans les rues de Caracas, de longues files étaient visibles aux distributeurs et les Vénézuéliens commençaient à échanger leur nouvelle monnaie.

Un appel à une grève générale de 24H mardi a été lancé par l’opposition pour protester contre les décisions du gouvernement, mais elle semblait partiellement suivie, seuls quelques commerces restant fermés.

« Les banques sont en train de travailler et de distribuer du liquide (…) J’ai pu réaliser des transferts, des paiements et tout est normal », a déclaré à l’AFP César Aguirre, un comptable de 38 ans, après avoir retiré de l’argent.

Mais les craintes de hausse de prix étaient bien présentes. « Tout a augmenté. Je viens d’acheter une empanada (chausson à la viande) à Petare et elle m’a coûté deux millions » de bolivars anciens (soit 2 bolivars souverains), s’est plainte Carmen Maldonado, femme au foyer.

« Ca n’a pas de sens »

En parallèle, dans le centre de Caracas, des centaines de personnes marchaient vers le palais présidentiel de Miraflores en soutien au chef de l’Etat, qui était attendu à l’arrivée du cortège. Il s’agira de sa première apparition depuis l’attaque supposée de début août.

Par ailleurs, à compter de lundi, est abrogée la loi qui prévoyait des amendes et des peines allant jusqu’à 15 ans de prison pour les auteurs d’opérations de change réalisées en dehors du très rigide contrôle exercé par l’Etat depuis 2003.

Les Vénézuéliens ont désormais trois options pour échanger des dollars.

Pour les petits montants, ils peuvent se rendre dans des bureaux de change « autorisés », dont 300 doivent ouvrir à terme selon les autorités.

Par ailleurs, ils peuvent se tourner vers les banques qui sont désormais autorisées à acheter des dollars à des particuliers mais pas à en vendre, ont annoncé les ministres de la Communication Jorge Rodriguez et de l’Economie Simon Zerpa. Les établissements bancaires ne peuvent revendre les dollars qu’à la Banque Centrale.

Enfin, pour les sommes plus importantes, il existe un système d’enchères en ligne, alimentés par de seuls fonds privés. Là, pas de plafond pour vendre ses dollars, en revanche, pour en acheter, la limite est de 500 dollars par mois pour les particuliers et de 400.000 dollars par mois pour les entreprises.

La première vente aux enchères, initialement prévue mardi, selon le gouvernement, devrait finalement avoir lieu mercredi.

« Ca n’a pas de sens », a estimé Asdrubal Oliveros, directeur du cabinet Ecoanalitica.

« Ca n’a rien à voir avec un système ouvert », a ajouté cet expert, qui estime que le dollar sur le marché noir devrait continuer à s’envoler. Ce dernier s’échangéait mardi à 90 bolivars souverains contre un billet vert, même si le nombre d’opérations était limité dans l’attente de la mise en place des réformes.

Le gouvernement « cherche à capter des dollars par tous les moyens », a déclaré à l’AFP l’économiste Leonardo Vera.

Les analystes jugent non viable, voire « surréaliste » le programme du gouvernement, qui prévoit aussi une hausse du salaire minimum de près de 3.400% dans ce pays où l’inflation est attendue à 1.000.000% à la fin 2018, selon le Fonds monétaire international (FMI).

Des millions de personnes ont fui le Venezuela en raison de la crise économique.

Un des dirigeants de l’opposition, qui a appelé à la grève, Andrés Velasquez a estimé que la grève générale était « suivie à 60% », surtout en province.

« C’est un premier pas », a-t-il assuré, reconnaissant que le résultat de mardi était décevant.

VENEZUELA REJETTE LES CRITIQUES DES ETATS-UNIS

Le gouvernement du Venezuela a rejeté vendredi les interrogations soulevées par les Etats-Unis sur l’enquête en cours concernant l’attentat présumé contre le président venezuelien Nicolás Maduro le 4 août dernier.

Washington « minimise (…) la gravité des faits et porte de fausses accusations contre les procédures judiciaires venezueliennes, ignorant complètement nos textes législatifs », a indiqué le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué.

Le gouvernement venezuelien a réitéré sa thèse selon laquelle l’attaque aux deux drones chargé d’explosif, près de la tribune où M. Maduro prononçait un discours au cours d’une cérémonie en l’honneur de la Garde nationale à Caracas, a été « planifiée et effectuée depuis le territoire américain ».

Les « accusations cyniques » de la Maison Blanche cherchent à « interférer » dans la politique du pays pétrolier et à favoriser « le groupe politique qui promeut la déstabilisation et la violence dans le pays », poursuit-t-il.

Dans un communiqué publié vendredi, la porte-parole du Département d’Etat américain, Heather Nauert, a condamné la « violence politique » du 4 août, mais a regretté que « la réponse du gouvernement venezuelien à cet incident ait été de détenir de façon arbitraire des individus et de ne pas poursuivre le processus prévu ».

« Par ailleurs, il y a eu violation de l’immunité parlementaire, qui est protégée par la Constitution du Venezuela. Les Etats-Unis condamnent l’usage présumé de la torture pour obtenir des confessions », note le texte.

Quatorze personnes sont actuellement détenues au Venezuela, dont le député d’opposition Juan Requesens, le général de division de la Garde nationale Alejandro Perez Gamez et le colonel Pedro Zembrano, inculpés entre autres de tentative d’assassinat sur la personne du président Maduro.

La Cour suprême a également ordonné l’arrestation et requis l’extradition du député d’opposition Julio Borges, et la destitution de la procureure Luisa Ortaga, tous deux exilés en Colombie.

« Que les personnalités politiques liées aux intérêts du gouvernement américain commettent des délits, ne fait pas d’eux des prisonniers politiques mais des criminels, et la justice venezuelienne continuera de lutter contre l’impunité », a averti le ministère des Affaires étrangères venezuelien.

[Afp]

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