samedi , 21 septembre 2019
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Pakistan : Nouvelle ère

Le nouveau Premier ministre du Pakistan Imran Khan a prêté serment lors d’une cérémonie samedi à Islamabad, ouvrant une nouvelle ère politique pour le pays et promettant de lutter frontalement contre la corruption et la pauvreté.

L’ex-champion de cricket, visiblement ému et butant légèrement sur les mots, a solennellement pris l’engagement d’agir « toujours dans l’intérêt de la souveraineté, de l’intégrité » du pays.

Khan, 65 ans, avait été élu la veille chef du gouvernement par l’Assemblée nationale. Devenu ainsi le 22e Premier ministre du pays, il prendra la tête d’un gouvernement de coalition.

La cérémonie s’est déroulée au palais présidentiel devant un large parterre de dignitaires pakistanais et étrangers dont des diplomates, artistes et militaires.

Toute l’équipe de cricket pakistanaise championne du monde en 1992 sous le capitanat d’Imran Khan, ainsi que quelques joueurs indiens, y avaient été conviés.

La nouvelle Première dame du Pakistan, Bushra Bibi, couverte d’un niqab blanc ne laissant voir que ses yeux, a fait sa première apparition publique depuis leur mariage au début de l’année.

Le parti de M. Khan, le Pakistan Tehreek-e-Insaf (PTI), avait largement remporté les législatives du 25 juillet. Mais il n’avait pas obtenu assez de sièges pour pouvoir former à lui seul le gouvernement. Plusieurs semaines de négociations ont été nécessaires pour parvenir à bâtir une coalition.

La victoire de M. Khan ouvre une nouvelle ère politique pour le pays, interrompant des décennies d’alternance entre le PML-N et le Parti du peuple pakistanais (PPP), entrecoupée de périodes de pouvoir militaire.

Le Pakistan, né de la partition de l’Inde coloniale britannique et qui a soufflé cette semaine ses 71 bougies, a été dirigé par l’armée pendant près de la moitié de son histoire mouvementée.

L’ex-champion a promis l’avènement d’un « nouveau Pakistan » et s’est engagé à lutter contre la corruption et la pauvreté.

Le PTI a dévoilé samedi sur Twitter la composition du nouveau gouvernement, composé de 15 ministres.

Shah Mahmood Qureshi a été nommé aux Affaires étrangères, poste qu’il avait déjà occupé en 2008-2011. Pervez Khattak, ex-chef de la province de Khyber Pakhtunkhwa, se voit attribuer le portefeuille de la Défense. Asad Umer, pressenti de longue date aux Finances, est confirmé.

Khan a reçu les félicitations de la Première ministre britannique Theresa May, qui s’est dite impatiente de le rencontrer, selon Downing Street. Mme May a insisté au passage sur la nécessité de renforcer « l’Etat de droit » et les droits des femmes et des minorités au Pakistan.

« Apporter le changement »

Dans un discours prononcé vendredi peu après son élection, M. Khan avait promis, l’air combatif, « d’apporter le changement dont cette nation avait tant besoin ».

« Pour commencer, nous allons rendre les gens strictement responsables de leurs actes. Je m’engage devant Dieu à ce que quiconque a pillé ce pays en soit tenu responsable », a-t-il lancé.

Il a aussi implicitement balayé les nombreuses accusations d’interférence de l’armée en sa faveur pendant la campagne électorale. « Je suis ici après 22 ans de combats, aucun dictateur ne m’a pris en charge », a-t-il affirmé.

Il a promis de « coopérer » face aux accusations de fraudes aux élections de juillet avancées par une grande partie de l’opposition, à commencer par l’ancien parti au pouvoir, le PML-N. Son ancien leader, l’ex-Premier ministre Nawaz Sharif, a été emprisonné pour corruption deux semaines avant les élections.

Khan est idolâtré par des millions de Pakistanais pour avoir mené l’équipe nationale de cricket, sport roi dans le pays, à sa seule victoire en Coupe du monde en 1992.

Connu en Occident comme un ancien sportif d’exception aux nombreuses conquêtes, il présente aujourd’hui un visage beaucoup plus conservateur au Pakistan, où il s’affiche souvent un chapelet à la main.

Parmi les principaux défis qui attendent le gouvernement Khan figurent la situation sécuritaire du pays et une population en plein boom alors que les ressources et les infrastructures du pays sont limitées.

Illustrant ces difficultés, une énorme coupure de courant a frappé dans la nuit de vendredi à samedi de vastes pans du sud du pays, affectant pendant plusieurs heures des millions de personnes. Elle a été mise sur le compte de la pluie.

Khan fera aussi face à une situation économique dégradée, qui pourrait le contraindre à requérir très rapidement un prêt du Fonds monétaire international (FMI).

Enfin, et bien que M. Khan semble actuellement entretenir de bonnes relations avec les généraux, il pourrait comme nombre de ses prédécesseurs se retrouver à terme en conflit avec eux sur les questions de défense et de politique étrangère, qu’ils sont réputés contrôler.

KHAN, DU CRICKET AU PREMIER MINISTRE

Le nouveau Premier ministre du Pakistan Imran Khan est connu en Occident comme un ancien sportif d’exception aux nombreuses conquêtes féminines mais il affiche un visage beaucoup plus conservateur dans son pays.

Entré en politique en 1996, il aura longtemps rongé son frein avant de parvenir au sommet du pouvoir. L’Assemblée nationale l’a élu vendredi à la tête d’un gouvernement de coalition, après une large victoire de son parti lors des législatives de juillet. Il a prêté serment samedi.

« Je suis ici après 22 ans de combats », a-t-il lancé, combatif, devant les députés. « Aucun dictateur ne m’a pris en charge », a-t-il affirmé, balayant les accusations d’interférence de l’armée en sa faveur pendant la campagne électorale.

L’ex-« capitaine » avait largement bâti sa campagne sur la lutte contre la corruption. Réformiste, il promet l’avènement d’un « Etat-providence islamique » et d’un « Nouveau Pakistan ». Les finances sinistrées du pays pourraient pourtant mettre à mal ses ambitions.

Agé de 65 ans, M. Khan est idolâtré par des millions de Pakistanais pour avoir mené l’équipe nationale de cricket, sport roi dans le pays, à sa seule victoire en Coupe du monde en 1992.

Mais il s’affiche aujourd’hui souvent le chapelet à la main. « Il joue la carte religieuse », observe la journaliste Arifa Noor.

Certains le surnomment « Taliban Khan » et l’attaquent pour ses appels répétés au dialogue avec des groupes insurgés violents et pour l’alliance – assumée – de son parti avec un religieux surnommé « père des talibans », Sami ul Haq.

Il est aussi dépeint comme impulsif et flirte parfois avec des thèmes religieux comme la controversée loi sur le blasphème. Il a récemment déclaré que le féminisme avait « dégradé le rôle de la mère ».

Mais pour ses très nombreux partisans, notamment les jeunes, M. Khan est incorruptible et généreux, lui qui a passé des années après sa retraite sportive à construire des hôpitaux ainsi qu’une université.

Parfois comparé au président américain Donald Trump pour ses accents populistes et ses tirades sur Twitter, il juge pour sa part le parallèle « ridicule », dans un entretien avec l’AFP en février dernier.

Mieux préparés

Son parti, le Pakistan Tehreek-e-Insaf (PTI), dont le nom signifie « Mouvement pour la justice au Pakistan », a longtemps dû se contenter d’une poignée de sièges.

Sa popularité n’a explosé qu’en 2012, portée par les millions de Pakistanais l’ayant admiré, plus jeunes, alors qu’il brillait dans les stades.

Les classes moyennes, fatiguées de la corruption endémique et lassées de voir les mêmes leaders monopoliser le pouvoir depuis des décennies, se retrouvent dans ses slogans.

Les élections législatives de 2013 lui permettent de ravir la province du Khyber Pakhtunkhwa (KP, Nord-Ouest), et de poser le PTI comme premier parti d’opposition à l’échelle nationale.

A l’issue de la législature, il reconnaîtra toutefois que le PTI a péché par manque d’expérience dans sa gestion de cette province pauvre et minée par des problèmes de sécurité. Une page qu’il affirme tournée. « On apprend de nos erreurs », assurait-il en février.

Trois mariages

Né en 1952 dans une riche famille de Lahore, Imran Khan a étudié dans les meilleures universités pakistanaises et anglaises.

Diplômé d’Oxford, il se fait rapidement remarquer au cricket dans des clubs anglais. A 19 ans, il débute en sélection nationale du Pakistan et devient le meilleur joueur de son histoire.

Suivirent la retraite sportive et ses années « play-boy », très entouré dans les boîtes de nuits les plus sélects de Londres, jusqu’à son mariage avec Jemima Goldsmith, fille du magnat financier franco-britannique Jimmy Goldsmith, en 1995.

Elle se convertit à l’islam, et le couple aura deux garçons avant de divorcer en 2004. Son deuxième mariage, avec la présentatrice Reham Khan, s’achève en octobre 2015, n’ayant duré que dix mois.

Imran Khan a convolé début 2018 en troisièmes noces avec une femme présentée comme sa conseillère spirituelle, Bushra Bibi. Lors de sa prestation de serment samedi, elle était l’une des seules femmes de l’assistance à porter un hijab blanc ne laissant voir que ses yeux, signe de conservatisme au Pakistan.

LES CINQ DÉFIS MAJEURS DE KHAN

De l’économie à la pénurie d’eau: Imran Khan, à peine élu Premier ministre du Pakistan, se retrouve confronté à des défis pressants. En voici les principaux:

L’extrémisme

La situation sécuritaire du pays, un temps très dégradée, s’est nettement améliorée ces dernières années suite à une série d’opérations militaires contre les groupes insurgés retranchés près de la frontière afghane.

Mais la série d’attentats qui a frappé à la mi-juillet l’ouest du pays, faisant quelque 180 morts en quatre jours, a porté un coup à l’optimisme ambiant.

Les analystes redoutent que les insurgés cherchent à présent à se regrouper après les revers subis ces dernières années. Ils font aussi valoir depuis longtemps que les autorités doivent lutter avec plus de détermination contre les véritables racines de l’extrémisme si elles veulent en venir à bout.

L’économie

Sans doute le problème le plus aigu à cette heure. Le prochain gouvernement aura décidé d’ici « fin septembre » s’il sollicite un prêt auprès du Fonds monétaire international (FMI) afin de renflouer son économie au bord de l’insolvabilité, a récemment déclaré son probable futur ministre des Finances Asad Umar.

La banque centrale a été contrainte ces derniers mois de puiser dans ses réserves de devises et de dévaluer à quatre reprises sa monnaie, la roupie, pour combler un déficit commercial en pleine expansion.

Le Pakistan importe énormément, notamment des matériaux de construction chinois pour un vaste projet d’infrastructures sino-pakistanais, le CPEC. Son économie a également souffert de la hausse des prix du pétrole.

D’après un diplomate, le pays mise sur un emprunt d’au moins 6,5 milliards de dollars pour remonter la pente. Des analystes font état d’un prêt de 12 milliards de dollars du FMI.

Une population en plein boom

Le Pakistan a l’un des taux de fertilité les plus élevés d’Asie, à environ trois enfants par femme, selon des chiffres officiels. Une telle croissance pèse sur les ressources du pays et freine ses progrès socio-économiques.

Le planning familial demeure quasi-inexistant dans une grande partie de cette république islamique, de culture musulmane conservatrice, où la population a quintuplé depuis 1960 à quelque 207 millions d’habitants et pourrait approcher les 310 millions en 2050, selon l’ONU. Le concept de contraception reste largement tabou dans la société pakistanaise.

La pénurie d’eau

Le Pakistan semble se diriger tout droit vers un désastre écologique si les autorités ne s’attaquent pas à la question des ressources en eau, préviennent des experts.

Le pays, par ailleurs l’un des plus affectés au monde par le changement climatique, fera face à une « pénurie absolue » d’eau d’ici à 2025 avec moins de 500 mètres cubes disponibles par personne, selon les prévisions. Soit trois fois moins qu’en Somalie actuellement, selon l’ONU.

Malgré ses gigantesques glaciers himalayens et la mousson qui arrose chaque année une partie de ses terres, le territoire ne compte que trois grands bassins de retenue d’eau, contre plus d’un millier pour le Canada ou l’Afrique du Sud. Les surplus d’eau ne peuvent donc être stockés.

Des relations civils/militaires tendues

L’armée a dirigé le Pakistan pendant près de la moitié de ses 71 ans d’existence. Ses interventions répétées sont considérées comme un frein à la transition démocratique du pays et à son développement.

L’ex-Premier ministre Nawaz Sharif, jusqu’à sa destitution en juillet 2017 pour corruption, a tenté de réaffirmer la primauté du pouvoir civil sur le militaire et de travailler à un rapprochement diplomatique avec l’Inde.

Après sa révocation controversée, il a mené une audacieuse campagne contre l’armée, qu’il accuse d’avoir provoqué sa chute, allant même jusqu’à critiquer les liens supposés entre militaires et insurgés islamistes, un sujet largement tabou au Pakistan. Condamné à dix ans de prison pour corruption, il est emprisonné depuis début juillet.

[avec Afp]

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