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Hommage aux victimes de l'accident du Pont de Gênes, Italie.
Hommage aux victimes de l'accident du Pont de Gênes, Italie.

Italie : Adieu sobre à Gênes

Dernière mise à jour, le 20 août 2018 à 05:09

L’Italie a adressé un adieu sobre et solennel samedi aux victimes de l’effondrement d’un pont autoroutier lors de funérailles nationales à Gênes boycottées par la moitié des familles, tandis que la société autoroutière a promis un demi-milliard d’euros pour aider les victimes et reconstruire l’ouvrage.

Le bilan du drame s’élève désormais à 40 morts confirmés — après le décès d’un blessé roumain et la découverte du corps d’un ouvrier gênois dans les décombres — ainsi que trois autres probables, un couple turinois et leur fillette de 9 ans dont la voiture a été retrouvée à l’aube écrasée par un bloc de béton.

Il n’y a plus de disparu signalé aux autorités, mais les pompiers ont assuré qu’ils poursuivraient leurs recherches dans l’amas de béton et de ferraille en contrebas du pont.

Dans la matinée, la messe solennelle de rite catholique a duré un peu plus d’une heure dans un grand hall du parc des expositions de Gênes, en présence des plus hauts responsables de l’Etat et de milliers d’habitants de ce port du nord de l’Italie.

De longs applaudissements ont salué la lecture des prénoms des 38 morts alors identifiés et l’évocation des dernières victimes probables.

Dans tout le pays, les drapeaux étaient en berne et l’éclairage de nombreux monuments, dont le Colisée à Rome, devait s’éteindre dans la soirée.

A la reprise du championnat de football ce week-end, les joueurs ont observé une minute de silence et portaient un brassard noir. Les matches des deux équipes de Gênes, la Sampdoria et le Genoa, ont en revanche été reportés. Dirigeants et joueurs des deux clubs sont venus ensemble aux funérailles.

« Allah Akbar »

Chacun entouré par une poignée de proches souvent en larmes, les 19 cercueils étaient alignés sous d’énormes gerbes de fleurs. Un peu en avant, le petit cercueil tout blanc de Samuele, 8 ans, fauché avec ses parents alors que la famille partait prendre un ferry pour des vacances en Sardaigne.

« J’ai perdu un ami mais je suis venu pour toutes les victimes », a confié un habitant, Nunzio Angone, arrivant par l’entrée des proches des victimes.

La cérémonie a aussi été marquée par un temps de prière pour deux Albanais musulmans. Dans un pays où l’extrême droite est au pouvoir et où les violences verbales et physiques se multiplient contre les étrangers et contre les musulmans, les quatre « Allah Akbar » (Dieu est le plus grand) de la prière rituelle dite par un imam ont résonné dans un silence respectueux.

Tous les plus hauts responsables de l’Etat étaient présents, mais aussi les principaux dirigeants d’Autostrade per l’Italia.

« C’est une tragédie inacceptable », a dénoncé à la télévision le président Sergio Mattarella, les yeux rouges, après la fin de la cérémonie, évoquant son engagement « à ce que des enquêtes rapides et rigoureuses aboutissent à des condamnations ».

Les familles d’une partie des victimes avaient cependant choisi de ne pas participer à la cérémonie, certains préférant des funérailles plus intimes et dans leur ville, d’autres annonçant clairement un boycott.

« Mon fils a été assassiné », a répété vendredi sur toutes les ondes le père de l’un des quatre jeunes de Torre del Greco, près de Naples, morts sur la route de leurs vacances, en pointant la responsabilité de l’Etat.

Les photos souriantes et les destins brisés des victimes s’affichaient dans tous les journaux italiens: un ancien champion de moto trial, un médecin et une infirmière qui allaient se marier, des jeunes Français partis faire la fête, trois Chiliens qui s’étaient installés en Italie, un routier napolitain qui rentrait après une livraison en France, un couple de retour de voyage de noces…

Un demi-milliard

Face à l’émotion et à la colère, le gouvernement a attaqué la société autoroutière Autostrade per l’Italia, la famille Benetton qui contrôle le groupe, l’incurie des gouvernements précédents et l’Union européenne.

Vendredi, le ministère des Infrastructures a officiellement adressé un courrier à Autostrade en vue de révoquer la concession de la société sur le tronçon du pont, donnant 15 jours à la société pour répondre.

Dans une conférence de presse en fin d’après-midi à Gênes, les dirigeants d’Autostrade n’ont pas souhaité réagir à cette décision mais ont promis « un demi-milliard d’euros disponibles dès lundi » pour aider la ville et les victimes.

Cette somme comprend des « millions d’euros » pour les proches des victimes, mais aussi un fonds avec « des dizaines de millions d’euros » géré par Gênes pour reloger les habitants dont les immeubles sous le pont sont condamnés.

Elle inclut aussi un projet de démolir ce qui reste du pont et d’en reconstruire un autre en acier « en huit mois » à partir du feu vert des autorités au projet.

Les dirigeants ont promis d’aider la justice à faire toute la lumière sur les causes de l’accident, sur lesquelles ils n’avaient pas d’hypothèse dans l’immédiat.

« C’était un pont très particulier, mais il était considéré comme sûr par tous ceux qui l’ont examiné. Quelque chose s’est passé et c’est à la justice de dire quoi », a expliqué le patron de la société, Giovanni Castellucci.

LE DEUIL ET LA PUDEUR

« Ce jour-là, il devait être de repos »: des proches et des milliers d’anonymes ont participé, dans une grande émotion, aux funérailles des victimes l’effondrement du pont Morandi à Gênes, dans le nord de l’Italie.

Dans l’immense pavillon Jean Nouvel du parc d’exposition de Gênes, 18 cercueils étaient alignés, recouverts d’énormes gerbes de fleurs, sur des tréteaux posés sur un énorme rectangle de tapis rouge.

Un peu en avant, un petit cercueil blanc: celui de Samuele, 8 ans, aspiré dans le vide avec ses deux parents alors qu’ils étaient en route pour des vacances en Sardaigne.

La moitié des familles ont refusé de participer à la célébration. Certaines pour dénoncer ce qu’une mère considérant l’Etat comme responsable du drame a qualifié dans la presse de « farce de funérailles », d’autres pour des adieux plus intimes.

Sur le parking devant l’une des entrées du vaste bâtiment, les proches et familles des victimes ont afflué toute la matinée, parfois vêtus de noir, souvent en silence.

Une femme sort d’un taxi, tenant une rose blanche. Puis un homme en chemise grise, un cadre en bois à la main. Sur la photo encadrée, un homme d’âge mûr en costume, souriant.

Quelques minutes plus tard, un homme âgé arrive au loin. Il avance péniblement. Des proches le soutiennent, prenant soin de le maintenir à l’ombre pour lui éviter le supplice d’un soleil de plomb.

« Nous sommes venus pour Marius, mon cousin », confie un peu plus loin Ayde Djerri. « Il avait 22 ans et se trouvait sur le pont. Il se rendait au travail avec un collègue, il était jardinier. »

A l’intérieur du vaste hall, l’émotion croît à mesure que la foule afflue. Un millier de personnes, certaines arrivées très tôt, sont assises derrière les dépouilles. Au fond, des milliers de personnes se tiennent debout.

Salves d’applaudissements

A plusieurs reprises, des salves applaudissements viennent résonner pour saluer l’arrivée de pompiers, à pied d’oeuvre depuis mardi dans les décombres, des footballeurs des deux grands clubs de la ville, le Genoa et la Sampdoria, arrivés ensemble tout comme Matteo Salvini et Luigi Di Maio, les deux chefs de file du gouvernement populiste.

Arrivé en dernier, le président italien, Sergio Mattarella, prend le temps d’échanger quelques mots avec les proches autour des cercueils. Visiblement ému, il sert plusieurs d’entre eux dans ses bras.

Peu après 11H30 (09H30 GMT), l’hommage débute. L’orgue et les choeurs se lancent et l’encens enveloppe l’espace.

Nouvelle salve d’applaudissements quand un prêtre lit un à un au micron les prénoms des 38 victimes du viaduc Morandi et évoque celles retrouvées à l’aube et pas encore identifiées.

Dans la salle, les visages trahissent l’émotion.

Et quand l’archevêque de Gênes, Angelo Bagnasco, cède la place pour quelques minutes à un imam en l’honneur de deux Albanais musulmans figurant parmi les victimes, c’est encore un silence respectueux qui accueille ses « Allah Akbar » (Dieu est le plus grand) rituels.

« J’ai perdu un ami mais je suis venu pour toutes les victimes », confie Nunzio Angone, venu avec son épouse.

Salvatore Catrini est là aussi avec sa femme « pour la ville » et pour toutes les victimes, même s’il a aussi perdu un ami d’enfance.

« On a grandi ensemble… Il travaillait dans une rue sous le pont quand il s’est écroulé », confie-t-il.

Son épouse poursuit: « Ce jour-là, il devait être de repos. Mais comme il faisait un temps horrible, il était parti travailler et avait dit qu’il poserait un jour plus tard, quand il ferait beau. »

[Afp]

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