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Ramazan SHADARY, dauphin du president sortant de RDC.
Ramazan SHADARY, dauphin du president sortant de RDC.

FCC de « Kabila » : Volonté dominante pour imposer le dauphin

Dernière mise à jour, le 20 août 2018 à 12:06

La manière dont il a été procédé à ce choix laisse présager une volonté dominante ayant prévalu pour imposer le dauphin aux autres prétendants au pouvoir suprême. Il est évident que les consultations ont été entreprises par l’autorité morale du regroupement dénommé Front commun pour le Congo. Cette pratique en elle-même a privé aux autres prétendants le droit de contradiction ou de contestation selon les règles du choix démocratique aux « primaires » au sein de chacun des regroupements politiques. Ce choix sans compétition et sans délibération a pris l’allure d’un dik-tat du seul président de la République et n’a donné lieu qu’à l’annonce aux autres partenaires par ce dernier, même les plus méritants et qualifiés. Et de cette manière, l’auteur du choix porte seul la responsabilité de la campagne de son dauphin et de l’appréciation que le peuple se fait de son candidat. C’est ici qu’intervient l’esprit de la muse antique, car la bonne inspiration aurait supposé que le génie collectif des associations du FCC conjure au choix par la vertu, les mérites et les facultés du préposé à la gestion de la chose publique congolaise.

Dans l’antiquité gréco-romaine, ilé tait plutôt fait référence à la muse donnant une inspiration de génie aux grands hommes du monded u savoir ou de l’art pour exceller dansl a pratique de la vertu, dans l’exercice de l’éloquence discursive, ainsi que dans la stimulation du potentiel de leurs facultés talentueuses dans plusieurs domaines, y compris celui de la gestion de la chose publique.

La muse est pourvue aussi bien du pouvoir d’inspiration ou d’invention pour mieux orienter la pensée au sens réflexif ou moral et stimuler l’action en termes de réalisation ou de projection, que du pouvoir maléfique pour avilir toute entreprise dans le sens d’une fin tragique. Dans ce dernier cas, la muse tragique rend le personnage incapable de développer un discours sensé et cohérent, ou encore d’entreprendre des actions conséquentes de résolution ou d’achèvement de son œuvre.

Ainsi, dit-on, lorsqu’on sort un mauvais dauphin, on parle d’une muse tragique, puisqu’il n’aura donné que le malheur et la mauvaise issue de toute entreprise envisagée. En imaginant le discours et les actions du dauphin désigné à l’œuvre politique, il y a lieu de redouter une véritable catastrophe allant de récurrentes riquees simples à des violences hystériques collectives. Mais autres temps, autres mœurs !

Aujourd’hui, la pratique démocratique n’envisage la succession au pouvoir régnant que par le choix issu des élections démocratiques, selon les vertus, les mérites et les facultés personnelles du candidat ou des candidats soumis à la compétition électorale.

CONSIDÉRATION D’ORDRE LÉGAL ET MORAL

Les formations politiques sont les seuls instruments de conquête et de conservation du pouvoir dans un régime démocratique. Et nul n’a le pouvoir de sortir un dauphin de règne de son chapeau magique et en fonction de ses intérêts personnels, qu’il soit de bonne ou de tragique muse.

À vouloir se prêter à cet exercice anti-démocratique pour le choix du successeur à un pouvoir détenu par la volonté du peuple, il y a risque de soumettre tout un peuple aux caprices des dirigeants, un aussi pire de cas que dans les monarchies absolues et les régimes dictatoriaux.

Quatre considérations méritent d’être soulevées pour marquer le caractère anti-démocratique du dauphinat dans la pratique politique moderne, surtout celle qui se rapporte au nouveau choix du successeur du président de la République par un mandat électif.

La première considération est d’ordre légal et moral. Sur le plan légal, il devra être entendu que le candidat désigné comme dauphin a déjà démissionné de son mandat à la députation nationale depuis trois mois.

Dans le cas contraire, sa candidature sera déclarée irrecevable par la Céni ou fera l’objet d’un éventuel contentieux électoral.

Sur le plan moral, il n’est pas normal que la deuxième personnalité d’un soi-disant grand parti politique, en l’occurrence le PPRD et de surcroît appartenant à la majorité présidentielle, se retrouve comme candidat indépendant dans une compétition électorale aussi importante.

Il y a donc lieu de croire que son parti n’a pas la valence politique nécessaire pour le faire élire ou alors d’imaginer que le dauphin serait à la croisée de feu au sein du parti et qu’il redouterait une alliance de tous les prétendants déçus contre sa candidature à l’élection présidentielle. On peut dès lors se poser la question de savoir quel exemple offre-t-on aux membres du parti désireux de se présenter aux différents niveaux de compétition électorale. Il y a anguille sous roche !

La seconde est liée au caractère arbitraire du choix de son dauphin et contraire à l’expression démocratique au sein d’un grand regroupement politique qui se dit majoritaire, pourtant pourvu de personnalités remarquables en son sein et doté de bonnes expériences pour gérer la République démocratique du Congo.

VOLONTÉ DOMINANTE POUR IMPOSER LE DAUPHIN

La manière dont il a été procédé à ce choix laisse présager une volonté dominante ayant prévalu pour imposer le dauphin aux autres prétendants au pouvoir suprême. Il est évident que les consultations ont été entreprises par l’autorité morale du regroupement dénommé Front commun pour le Congo.

Cette pratique en elle-même a privé aux autres prétendants le droit de contradiction ou de contestation selon les règles du choix démocratique aux « primaires » au sein de chacun des regroupements politiques.

Ce choix sans compétition et sans délibération a pris l’allure d’un diktat du seul président de la République et n’a donné lieu qu’à l’annonce aux autres partenaires par ce dernier, même les plus méritants et qualifiés.

Et de cette manière, l’auteur du choix porte seul la responsabilité de la campagne de son dauphin et de l’appréciation que le peuple se fait de son candidat. C’est ici qu’intervient l’esprit de la muse antique, car la bonne ins- piration aurait supposé que le génie collectif des associations du FCC conjure au choix par la vertu, les mérites et les facultés du préposé à la gestion de la chose publique congolaise.

Quand on connaît la nature conflictuelle et clivée de sa pensée géopolitique entre l’Ouest, le Centre et l’Est de la RDC, ainsi que la perception morale que l’opinion publique se fait de ses discours provocateurs et immoraux, il y a lieu de se demander si le choix de sa personne ne correspond pas au projet et à la projection d’un pays divisé et plongé dans l’immoralité.

Le contexte dans lequel l’auteur du choix a mis en place à la ferme présidentielle un climat de longue attente a abusé de la patience de ses associés politiques du FCC, traités comme des subordonnés et des obligés. La peur et l’intimidation auraient plombé l’expression même faciale de frustrations, sans effacer à l’esprit le questionnement sur la motivation d’un choix étonnant tant dans la qualité que dans la vertu du dauphin. Se serait-t-il agi du pur cynisme ou du machiavélisme calculateur pour la survie du régime ?

CONNU PAR SES DISCOURS PEU NORMATIFS

La troisième considération est relative au pronostic en faveur de plus méritants dans le choix de celui qui pouvait succéder au président en exercice, du point de vue du positionnement aussi bien dans la hiérarchie politique au sein de la majorité présidentielle que dans celle des institutions politiques nationales, ainsi que du niveau de l’expérience dans la gestion de la chose publique.

Ni le pronostic des spécialistes politiques ni celui de la communication politique n’aurait tablé sur quelqu’un connu aussi bien par ses discours communicationnels peu normatifs que par ses incartades politiques récurrentes. Le dauphin désigné n’a jamais manqué de suggérer l’injure publique à l’échelle la plus extrémiste ni manquer d’occasion louant la poursuite du troisième mandat du président en fonction au-delà de son mandat constitutionnel.

La quatrième considération porte sur le défi à la communauté internationale à la suite du choix d’un dauphin qui fait l’objet de sanctions internationales sévères, suivant le sacré principe souverainiste, dont personne ne doute ni de son sulfureux fond populiste et ni de son irréalisme politique. Les grands présidents souverainistes n’ont jamais survécu aux règles de l’universalisme politique régi par le rapport de forces en présence au niveau international.

L’auteur du choix du candidat a bien marqué son réalisme politique en refusant de parler du « dauphin » lors de cette grande messe de désignation du successeur, car disait-il, celui-ci risque d’être bouffé par les « requins blancs».

Mais, il a manqué de parler de la muse tragique qui hante le mauvais choix du dauphin menant à une issue tragique de tout règne mal inspiré.

Le dauphin du FCC inspiré de la muse tragique s’est présenté comme indépendant à l’élection présidentielle, mais ne s’est pas fait absoudre du péché originel qu’est la mauvaise gestion de la chose publique. Le bilan peu satisfaisant au regard de plusieurs attentes populaires déçues par le programme du président en fonction sur « la révolution de la modernité » poursuivra encore le dauphin pour longtemps au cas où il y aurait bonne et heureuse muse en sa faveur.

Dans le cas contraire, la muse tragique enverra le dauphin au pire du précipice ou du décombre tragique pour trop longtemps, même dans l’hypothèse de la non-tenue des élections.

[Jean Marie KASHAMA NK]

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