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Moise KATUMBI [droite] lors d'un entretien.
Moise KATUMBI [droite] lors d'un entretien.

Mandat d’arrêt international : Moïse KATUMBI en fuite au Panama ?

Dernière mise à jour, le 20 août 2018 à 12:09

Le procureur général de la république vient de lancer un mandat d’arrêt international contre Moïse Katumbi Chapwe. Le ministre de la Justice, Alexis Thambwe Mwamba l’a annoncé ce jeudi 16 août 2018 à Kinshasa. Selon lui, certains pays africains et européens sont déjà saisis sur ce mandat qui vise l’ancien gouverneur du Katanga et président de la plate-forme électorale Ensemble pour le changement. Candidat déclaré à l’élection présidentielle de décembre, Moïse Katumbi n’est pas parvenu débute août a rentrer en RDC déposer sa candidature à l’élection présidentielle. Selon une source non verifiable en Belgique, M. Katumbi serait déjà au Panama.

La politique en RDC devient de plus en plus un terrain très glissant. La stratégie de l’exclusion de certains pions dans le jeu politique est désormais une véritable arme pour conserver le pouvoir le plus longtemps possible. C’est le cas avec Moïse Katumbi qui est mis intentionnellement hors-jeu pour le prochain scrutin présidentiel. Cette décision n’a qu’un seul mot : acharnement.

Dans un état qui se veut vraiment démocratique, on compte plus sur la justice. Malheureusement en RDC, on assiste à une sorte d’instrumentalisation de la Justice, visiblement au service du pouvoir pour l’aider à atteindre ses visées politiques.

Le retour de Katumbi en terres congolaises a été suivi d’un grand embargo en RDC. Comme s’il n’en suffisait pas, le leader d’Ensemble pour le changement est actuellement sous le coup d’un mandat d’arrêt international lancé par Kinshasa.

À quelques mois des élections de décembre prochain, la décrispation politique par la libération des prisonniers détenus pour des motivations purement politiques tarde à se concrétiser. Encore une fois, c’est l’accord du 31 décembre 2016 qui est foulé aux pieds. Il y a notamment Diomi Ndongala, Jean-Claude Muyambo, Gérard Mulumba, Franck Diongo et bien d’autres qui se retrouvent dans cette catégorie.

La démocratie rime avec liberté. On ne peut donc pas concevoir une démocratie où la justice n’est pas rendue de manière équitable. Ce qui n’est malheureusement pas le cas en RDC.

La justice congolaise est loin de satisfaire. Elle reste encore régentée par le pouvoir en place qui la manipule à sa guise.

La démocratie congolaise a encore de grands obstacles à franchir, tant que la justice ne prendra pas le relais afin de garantir les droits civiques à tous – quel soit son rang social. Ce qui passe pour une chimère dans ce Congo qui n’est finalement démocratique que par sa dénomination.

MANDAT D’ARRÊT INTERNATIONAL AUX MOTIVATIONS POLITIQUES

Moïse Katumbi est devenu le héros d’un feuilleton inédit signé MP/FCC. A court d’arguments sur toutes les affaires judiciaires mises à charge du leader d’Ensemble, Kinshasa ne tarit pas d’imagination pour écarter son principal adversaire de la présidentielle du 23 décembre 2018. Après l’avoir empêché de regagner la RDC par la frontière de Kasumbalesa, le pouvoir est revenu à la charge en initiant un mandat d’arrêt international contre Moïse Katumbi. « Une distraction, un mandat d’arrêt international aux motivations politiques qu’aucun pays sérieux ne peut exécuter», a tout de go réagi Jean-Bertrand Ewanga, porte-parole d’Ensemble.

Comme dans une fiction, la majorité au pouvoir a fait croire au monde entier que Moïse Katumbi ne s’était pas présenté le 3 août 2018 à la frontière de Kasumbalesa pour regagner son pays, la République démocratique du Congo. Ce jour-là, à Lubumbashi, chef-lieu de la province du Haut-Katanga, tout comme sur la route de Kasumbalesa, le pouvoir en place avait déployé un dispositif sécuritaire impressionnant pour empêcher par tous les moyens le leader d’Ensemble pour le changement, de rentrer en RDC. Tout a été à l’arrêt : pas d’entrée pas de sortie ; au point que les activités commerciales entre la Zambie et la RDC ont été perturbées durant deux jours.

En effet, par deux fois, soit le vendredi 3 août et le samedi 4 août 2018, Moïse Katumbi et l’équipe qui l’accompagnait n’ont pu regagner la RDC. C’est à Kasumbalesa, du côté zambien que s’est donc estompé la volonté de Katumbi de regagner son pays pour se faire enregistrer à la course présidentielle du 23 décembre 2018.

On pensait qu’en réussissant à l’éloigner le plus longtemps possible de la RDC, Kinshasa avait tempéré ses ardeurs. Que nenni ! La hargne de la majorité au pouvoir à l’endroit du candidat d’Ensemble pour le changement à la présidentielle prochaine est sans pareille. C’est encore et toujours, Alexis Thambwe Mwamba, ministre d’Etat à la Justice, qui a eu la primeur d’annoncer, jeudi à la conférence de presse du FCC, le mandat d’arrêt déjà établi par Kinshasa contre Moïse Katumbi. C’est Alexis Thambwe Mwamba qui s’était empressé d’annoncer avec fracas l’affaire de recrutement présumé de mercenaires et de la spoliation d’un immeuble à Lubumbashi, mis à charge de Moïse Katumbi. Dans l’un ou l’autre cas, ce dernier a fait son show devant la presse, passant outre la procédure judiciaire prévue en la matière.

De l’avis du gouvernement, ce mandat d’arrêt international a déjà été transmis à plusieurs pays africains et européens.

La mainmise politique

En attendant certainement une déclaration officielle d’Ensemble pour le changement qui ne devait pas tarder à recadrer les propos tenus jeudi par le Garde des sceaux, c’est son porte-parole, Jean-Bertrand Ewanga, qui s’est chargé de remettre les pendules à l’heure.

Celui-ci n’y est pas allé par quatre chemins. En lieu et place d’un mandat d’arrêt international, il note qu’on est plutôt en face d’un mandat d’arrêt « politique » qui n’émeut pas le monde. Et d’ajouter : « Finalement, c’est une distraction, un acharnement fou des gens qui sont désorientés et qui considèrent Katumbi comme un rouleau compresseur. Je crois qu’ils ont perdu la tête ».

Dans cet entretien exclusif accordé à notre rédaction, le secrétaire adjoint d’Ensemble s’est attardé sur les faits, rappelant tout le dispositif déployé dernièrement à la frontière de Kasumbalesa pour empêcher le retour de Katumbi en RDC. « Katumbi est arrivé à Kasumbalesa, il était juste question d’ouvrir la frontière pour l’arrêter. Il a sollicité d’atterrir à la Luano à Lubumbashi, il en a été empêché. On a même cloué d’autres avions au sol. Et maintenant, ils veulent distraire l’opinion », tranche Bertrand Ewanga.

Selon lui, le mandat d’arrêt lancé contre Katumbi est un coup d’épée dans l’eau qui ne sera suivi d’aucun effet. « Je ne vois pas un État africain sérieux qui va procéder à l’arrestation de Moïse Katumbi. En réalité, ils sont acculés dans leur dernier retranchement. Ils cherchent à survivre mais leur fin est irréversible. Il faut l’application intégrale de l’Accord de la Saint Sylvestre pour des élections inclusives. Moïse Katumbi viendra dans ce pays en homme libre pour déposer sa candidature ».

Et lorsque les autorités congolaises affirment que Moise Katumbi ne s’est jamais présenté à la frontière de Kasumbalesa, Jean-Bertrand Ewanga ne fait pas non plus dans la dentelle. « Nous étions à Lubumbashi pour Kasumbalesa.

Toutes les voies étaient militarisées comme en réponse à une alerte d’agression étrangère. Certains de nos collègues députés ont été arrêtés puis libérés dans la partie zambienne parce que les autorités congolaises avaient informé la partie zambienne qu’il s’agissait des militaires. Tous les guichets des services frontaliers étaient fermés. Comment il pouvait venir ? »

Pour toutes ces raisons, le porte-parole d’Ensemble est d’avis que la majorité au pouvoir ne cache pas sa peur vis-à-vis de Katumbi. « Nous faisons face aux gens qui ont perdu la raison et qui ne s’adonnent qu’à distraire l’opinion ». Ce n’est pas pour autant qu’Ensemble se laissera distraire, a-t-il rassuré.

« À Ensemble, nous sommes imperturbables sur la mise en œuvre intégrale de l’Accord de la Saint Sylvestre. C’est une obligation. Le respect de la Constitution avec la non-représentation de Kabila se fera suivre par le respect de l’Accord. Cela implique le retrait de la machine à voter, la suppression des électeurs fictifs dans le fichier électoral de même que la tenue d’élections inclusives de manière à aboutir à la mise en place des institutions stables dans notre pays. Moïse inquiète, il n’est pas inquiété. Et le mandat d’arrêt lancé contre lui n’aura aucun effet. C’est comme avec son passeport qu’ils ont désactivé. Cela n’empêche pas à Moïse Katumbi de faire le tour du monde », rappelle Jean-Bertrand Ewanga.

La mobilisation reste totale

La peur ayant visiblement changé de camp, Jean-Bertrand Ewanga appelle toutes les forces du changement à rester mobilisées pour des élections inclusives et transparentes, gage, selon lui, de l’alternance démocratique qui reste incontournable.

« Nous restons dans la mobilisation totale. Les premières pressions ont porté les fruits. Kabila s’est rétracté en présentant un dauphin. Nous gardons cette pression pour des élections inclusives ».

Kinshasa peut beau activer sa machine pour écarter Katumbi de la présidentielle, Jean-Bertrand Ewanga signe et persiste : « Il n’y aura pas d’élections avec Katumbi en dehors du pays. Et je crois que toute l’opposition exige ce retour. Il n’y a aucune confusion ».

Par ailleurs, à Lubumbashi et à Kinshasa, Ensemble pour le changement a promis de mobiliser la rue et la justice pour obtenir le retour en homme libre de Moise Katumbi en RDC. Qu’importe le nouveau mandat d’arrêt international lancé contre lui. Un pétard mouillé, dit-on, dans Ensemble qui n’aura d’effet dans l’imaginaire de leurs initiateurs, dont Alexis Thambwe Mwamba, ministre d’Etat à la Justice.

[avec lePotentiel]

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