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Aretha FRANKLIN, morte jeudi, à l'âge de 76 ans, dans son domicile de Détroit.
Aretha FRANKLIN, morte jeudi, à l'âge de 76 ans, dans son domicile de Détroit.

Aretha Franklin : La mort d’une Icône

Dernière mise à jour, le 29 août 2018 à 10:12

La légende américaine de la Soul Aretha Franklin, interprète d’immenses succès et combattante inlassable des causes du féminisme et des droits civiques, est décédée jeudi à 76 ans, suscitant un torrent d’hommages. La famille de l’artiste a indiqué qu’elle s’était éteinte à son domicile de Détroit (Michigan) des suites d’un cancer du pancréas. « Dans l’un des moments les plus sombres de nos vies, nous ne sommes pas en mesure de trouver les mots appropriés pour exprimer la peine qui déchire nos coeurs », témoignent les proches de la légende de la chanson américaine dans un texte transmis par son agente de longue date, Gwendolyn Quinn. « Nous avons perdu la matriarche et le roc de notre famille. L’amour qu’elle avait pour ses enfants, ses petits-enfants, ses nièces, ses neveux et ses cousins était illimité », poursuit le texte. La famille se dit « très touchée par l’incroyable effusion d’amour et de soutien » qui a suivi lundi l’annonce de la dégradation de son état de santé. La Reine de la Soul, à qui un cancer avait été diagnostiqué en 2010, recevait depuis plus d’une semaine des soins palliatifs à son domicile de Détroit.

Après avoir annoncé que 2017 marquerait la fin de sa carrière scénique, elle avait programmé plusieurs concerts début 2018, qu’elle avait dû annuler du fait d’une santé trop fragile.

Elle s’était également attelée, au printemps, à l’enregistrement d’un nouvel album, produit par Stevie Wonder et dont un titre devait être interprétée par sa petite-fille, Victory Franklyn, âgée de 17 ans.

En plus de soixante ans de carrière, Aretha Franklin aura incarné la vague soul qui a transformé la musique moderne et inspiré des générations d’artistes.

Ouverte aux collaborations, elle aura enregistré avec des artistes de divers univers, classique, pop, rock et rap, capable de transposer sa voix chaleureuse, mélange de puissance et sensibilité, dans tous les univers.

« Nous avons perdu la matriarche et le roc de notre famille », ont témoigné les proches de la légende de la chanson américaine dans un texte transmis par son agente de longue date, Gwendolyn Quinn.

La Reine de la Soul, à laquelle un cancer avait été diagnostiqué en 2010, recevait depuis plus d’une semaine des soins palliatifs à son domicile de Détroit.

« Elle était sans pareil »

Immédiatement après l’annonce du décès, les réactions ont afflué, des artistes aux politiques, dans un éloge à l’unisson.

Le président Donald Trump a salué sur Twitter « une femme exceptionnelle qui a bénéficié d’un merveilleux bienfait de Dieu, sa voix ».

« Durant plus de six décennies, chaque fois qu’elle chantait, nous avions tous droit à une lueur divine », ont dit, dans une déclaration écrite, l’ancien président Barack Obama, et son épouse Michèle.

Aretha Franklin avait chanté lors de la cérémonie d’investiture du premier président noir de l’histoire des Etats-Unis, en 2009.

Elle « était sans pareil », a tweeté la chanteuse britannique Annie Lennox, pour qui la native de Memphis (Tennessee) restera, dans son registre vocal, ses prestations scéniques et sur disques, « la plus exceptionnelle artiste que le monde ait eu le privilège de voir ».

« Je suis assise et prie pour l’âme d’or merveilleuse Aretha Franklin », a tweeté Diana Ross, au sujet de celle qui incarne, comme elle, l’âge d’or de la soul des années 1960.

Fille de pasteur, Aretha Franklin a fait ses gammes dès 9 ans en chantant du gospel à la New Bethel Baptist Church, où officiait son père, connu également pour ses engagements en faveur des droits civiques.

« Je ne voulais vraiment pas chanter au début, mais mon père a insisté », expliquait-elle en 1990 dans un entretien à l’émission « 60 Minutes ».

Bien que révélée à Detroit, où sa famille avait emménagé durant son enfance, elle n’aura pas été une artiste des célèbres studios Motown, son père ayant refusé de la laisser signer avec le jeune label.

Premier titre à 14 ans, premier album sous label Columbia à 19, Aretha Franklin devra néanmoins attendre plusieurs années avant de connaître le succès.

En moins de cinq ans, elle enchaînera une série –de « Respect » en 1967 (adapté d’un titre d’Otis Redding) à « Spanish Harlem » en 1971– qui constitueront le socle de son répertoire.

Elle remportera 18 Grammy Awards, les récompenses de l’industrie musicale américaine, dont les deux premiers en 1967 pour « Respect » et le dernier en 2007 pour un titre gospel, « Never Gonna Break My Faith ».

Auteure de plusieurs de ses grands succès, notamment « Think », celle qui était aussi une pianiste hors pair aura été la première femme élue au Rock’n’Roll Hall of Fame, le panthéon américain du rock et de la musique populaire.

Entraînée dans le mouvement des droits civiques par son père, elle en deviendra ensuite l’une des messagères, même si elle a toujours assuré n’avoir jamais envisagé le titre « Respect », devenu un hymne émancipateur, comme une chanson engagée.

A 16 ans, elle effectuera une tournée avec Martin Luther King, puis chantera lors de ses funérailles en 1968.

Son énergie sur scène, sa gouaille et son sourire en faisait une figure positive et joyeuse, mais beaucoup de ceux qui l’ont connu évoquaient un côté plus sombre.

Mère pour la première fois à 13 ans, puis de nouveau à 15 ans, deux fois divorcée, Aretha Franklin a parfois laissé entendre que son histoire amoureuse était jalonnée de déceptions, même si elle se réfugiait toujours derrière une indéfectible pudeur.

« Elle nous a aidés à être plus connectés les uns aux autres, plus optimistes, plus humains », ont écrit les époux Obama. « Et parfois, elle nous a aidés à danser et à oublier tout le reste. »

REINE INCONTESTÉE DE LA SOUL

Reine incontestée de la soul, Aretha Franklin était l’une des plus grandes voix américaines et une figure emblématique de la communauté noire, qui a marqué des générations entières d’artistes.

Elle restera comme l’interprète inoubliable de « Respect », devenu l’un des hymnes des mouvements pour l’égalité des Noirs et des femmes dans les années 1960. Le tube composé par Otis Redding lui offrira en 1967 ses deux premiers Grammy Awards (sur 18) de sa carrière.

Reconnaissable entre mille, sa voix sensuelle et puissante couvrant quatre octaves a influencé de nombreuses divas américaines: de Whitney Houston à Beyoncé, en passant par Mariah Carey et Alicia Keys.

A l’origine, le gospel

Née le 25 mars 1942 à Memphis (Tennessee), Aretha Louise Franklin est la fille d’un prêcheur baptiste et d’une chanteuse de gospel.

La maison de Detroit (Michigan), où la famille emménage bientôt, accueille des musiciens renommés comme Mahalia Jackson mais aussi le pasteur Martin Luther King, emblème du mouvement des droits civiques. Enfant, elle apprend seule le piano et chante à l’église.

A 14 ans, elle enregistre son premier titre et sa voix, riche et puissante, est déjà celle d’une adulte. Sa carrière est lancée.

Elle signe en 1960 avec le label Columbia mais ne connaît véritablement la gloire qu’avec son premier album pour Atlantic en 1967, « I Never Loved a Man (The Way I Love You) ».

Les tubes s’enchaînent: « Baby I Love You », « (You Make Me Feel) Like a Natural Woman », « Chain of Fools » et surtout « Respect », adoubée cinquième meilleure chanson de tous les temps par le magazine Rolling Stone.

« Si une chanson parle de quelque chose que j’ai vécu ou qui aurait pu m’arriver, c’est bien. Mais si elle m’est étrangère, je ne pourrais rien lui prêter. Parce que c’est ça la soul, juste vivre et réussir à se débrouiller », racontait-elle au magazine Time en 1968.

La même année, elle chante à l’enterrement de Martin Luther King, ami personnel de son père dont la mort a bouleversé l’Amérique, et à la convention du parti démocrate.

En 1972 sort « Amazing Grace », un album gospel, et les succès continuent de s’accumuler au fil des années, même si les critiques jugent sa carrière moins flamboyante.

De George Michael à Lauryn Hill

Aretha Franklin enchaîne les collaborations, avec George Michael, Elton John, Ray Charles, Whitney Houston ou encore avec la nouvelle génération de stars noires de la musique: P. Diddy, Lauryn Hill et Mary J. Blige…. On la voit à l’affiche du film « The Blues Brothers » en 1979.

Tandis que la star engrange les succès, la femme est marquée par les épreuves. « J’ai appris beaucoup de choses à la dure », avouera-t-elle.

Elle perd sa mère Barbara Franklin à 10 ans, accouche de son premier fils à 13 ans, du deuxième à 15, et les élève seule, aidée de sa grand-mère.

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