samedi , 31 octobre 2020
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Italie : Le pont de la mort

Les sauveteurs luttaient dans la nuit de mardi à mercredi pour tenter de trouver des survivants sous les débris du viaduc autoroutier qui s’est effondré à Gênes, dans le nord de l’Italie, tuant des dizaines de personnes. Le pont était connu pour présenter des problèmes structurels, et plusieurs responsables politiques ont appelé à ce que les coupables éventuels de négligences soient identifiés et punis.

Les sauveteurs luttaient dans la nuit de mardi à mercredi pour tenter de trouver des survivants sous les débris du viaduc autoroutier qui s’est effondré à Gênes, dans le nord de l’Italie, tuant des dizaines de personnes.

L’effondrement soudain de cet ouvrage massif, appelé pont Morandi du nom de son concepteur, a précipité véhicules et passagers dans le vide d’une hauteur de 45 mètres.

Le pont était connu pour présenter des problèmes structurels, et plusieurs responsables politiques ont appelé à ce que les coupables éventuels de négligences soient identifiés et punis.

Le bilan, encore provisoire et incertain, est très lourd. Le ministre de l’Intérieur Matteo Salvini, qui se trouvait en Sicile, a évoqué « une trentaine de morts confirmés et beaucoup de blessés graves », promettant que les responsables allaient « payer, payer tout et payer cher ».

Arrivé sur place en début de soirée, le chef du gouvernement italien, Giuseppe Conte, a parlé d’un bilan très provisoire de 25 morts et 16 blessés dont neuf graves. La région de Ligurie, dont Gênes est la capitale, a annoncé qu’un blessé était décédé en salle d’opération.

Dans la nuit, des sources au ministère de l’Intérieur citées par les médias italiens ont donné un bilan de 31 morts dont cinq non identifiés et 16 blessés dont 12 graves.

« C’est une catastrophe qui a frappé Gênes et toute l’Italie. Un drame effrayant et absurde s’est abattu sur des personnes et des familles », a déclaré le président italien Sergio Mattarella dans un communiqué.

A la tombée de la nuit, dans un amas impressionnant de tôles et de béton, des centaines de secouristes fouillaient les décombres du viaduc avec l’aide de chiens, à la recherche de survivants.

Selon la protection civile italienne, en comptant tous les personnels impliqués (pompiers, policiers, Croix-Rouge…), les secours ont mobilisé un millier de personnes.

« L’espoir ne cesse jamais, nous avons déjà sauvé une dizaine de personnes sous les décombres, on va travailler 24 heures sur 24 », a déclaré à l’AFP un responsable des pompiers, Emanuele Gissi.

« Les opérations se poursuivent ce soir et vont durer toute la nuit », a déclaré ce responsable. « Les 240 pompiers engagés vont se relayer toute la nuit en travaillant à la lumière des projecteurs ».

« Sur certaines zones, après une première phase où les cavités ont été explorées par les personnels, nous faisons intervenir maintenant des pelleteuses pour déplacer les morceaux de béton les plus volumineux pour retrouver des victimes », a-t-il expliqué.

Un pompier français venu en renfort, Patrick Villardry, a souligné la grande difficulté de ces opérations. « Les premières victimes de surface ont été évacuées, maintenant il faut rechercher sous les décombres des bâtiments, mais il y a des milliers de tonnes de béton », a-t-il dit à l’AFP.

Le ministre des Transports et des Infrastructures, Danilo Toninelli, a évoqué « une immense tragédie ».

Mercredi, Luigi di Maio, vice-Premier ministre et chef de file du Mouvement 5 Etoiles (M5S, populiste), se rendra sur les lieux dans la matinée avec M. Toninelli.

M. Salvini, chef de la Ligue (extrême droite) et lui aussi vice-Premier ministre, est attendu dans l’après-midi sur le site de l’effondrement, le plus meurtrier en Europe depuis 2001.

« J’ai vu la route disparaître »

Le drame s’est déroulé en fin de matinée, sous une pluie battante. Dans un énorme grondement, qui a fait craindre aux riverains un tremblement de terre, le pont Morandi s’est effondré sur plus de 200 mètres, entraînant une trentaine de voitures et plusieurs poids-lourds.

De l’une de ces voitures, Davide Capello, 36 ans, lui-même pompier, est sorti sans une égratignure. « D’abord j’ai entendu un bruit, puis tout s’est écroulé », a-t-il raconté, encore sous le choc.

« J’ai vu la route disparaître, ça a été une énorme frayeur. Je ne sais pas comment ma voiture n’a pas été écrasée ».

Afifi Idriss, chauffeur routier marocain de 39 ans, a lui aussi eu de la chance: « J’ai vu le camion vert devant moi s’arrêter et faire marche arrière, je me suis arrêté, j’ai fermé le camion et je suis parti en courant », a-t-il raconté à l’AFP.

Le camion vert était toujours là mardi soir, arrêté juste avant le vide béant.

« Je suis passé (sur ce pont) des milliers de fois, il y avait toujours des travaux », a raconté à l’AFP Sandro, un chauffeur de taxi de 53 ans.

Très vite, le choc a fait place à la colère.

« Je ferai tout pour avoir les noms et les prénoms des responsables passés et présents. Il est inacceptable de mourir comme ça en Italie », a lancé M. Salvini. « Ils devront payer, payer tout et payer cher ».

Travaux de consolidation

Le président Mattarella a appelé à « un examen sérieux et sévère des causes » du drame. « Aucune autorité ne pourra se soustraire à un exercice de pleine responsabilité: les familles de tant de victimes l’exigent, de même que la communauté frappée par un événement qui laissera des traces ».

« Les Italiens ont droit à des infrastructures modernes et efficaces », a ajouté le président.

Le pont Morandi, long de 1,18 km, est un ouvrage en béton de la fin des années 1960 qui a connu selon les experts des problèmes structurels dès sa construction et faisait l’objet d’un coûteux entretien lié en particulier aux fissures et à la dégradation du béton.

Selon la société italienne des autoroutes, « des travaux de consolidation étaient en cours sur la base du viaduc », qui faisait l’objet « d’activités constantes d’observation et de vigilance ».

Le vice-ministre des Infrastuctures Edoardo Rixi s’est toutefois montré très pessimiste sur l’avenir de l’ouvrage. « Tout le pont Morandi devra être démoli », a-t-il déclaré selon l’agence de presse italienne Ansa, prévoyant de graves conséquences pour la circulation et pour la ville de Gênes dans son ensemble.

« Un pont de ce genre ne s’effondre pas à cause d’un éclair ou d’un orage, il faut trouver les coupables », a dit ce vice-ministre.

« Ces tragédies ne peuvent pas arriver dans un pays civilisé comme l’Italie. La maintenance est prioritaire sur toute autre chose et les responsables devront payer », a lui aussi insisté le ministre Toninelli.

L’autoroute A10, dite « autoroute des fleurs », relie Gênes à Vintimille, à la frontière française. En raison du relief très accidenté de la région, entre mer et montagne, son parcours est jalonné de longs viaducs et de tunnels.

AU MILIEU DES DÉCOMBRES À GÊNES

Dans un amas impressionnant de tôles et de béton, des centaines de secouristes fouillent les décombres du viaduc qui s’est effondré mardi à Gênes, à la recherche de survivants.

Sur place, personne ne se hasarde à évoquer un bilan. Le ministre de l’Intérieur Matteo Salvini, en déplacement en Sicile, a parlé d’au moins une trentaine de morts et de nombreux blessés graves.

« L’espoir ne cesse jamais, nous avons déjà sauvé une dizaine de personnes sous les décombres, on va travailler 24 heures sur 24 jusqu’à ce que la dernière victime soit secourue », assure à l’AFP un responsable des pompiers, Emanuele Giffi. Venu du Piémont voisin, il est chargé de coordonner les recherches dans les trois zones principales où sont tombés les débris.

« Il y a des bâtiments qui ont été touchés mais il semble que toutes les victimes se trouvaient sur le pont », à 45 mètres de hauteur, qui s’est effondré sur plus de 200 mètres de longueur, ajoute-t-il.

Selon des experts, le pont Morandi, long de 1,18 km, ouvrage en béton de la fin des années 1960, a connu des problèmes structurels dès sa construction et faisait l’objet d’un coûteux entretien, lié en particulier aux fissures et à la dégradation du béton.

« J’habite là derrière, le pont je le vois tous les jours et je passe dessous tous les jours à pied », raconte Ibou Touré, un médiateur linguistique sénégalais de 23 ans. « Je n’étais jamais sûr, on entendait tout le temps des bruits quand les camions passaient ». « J’ai appris qu’il s’était effondré en rentrant du travail, et je n’ai pas été surpris », ajoute-t-il.

Afifi Idriss, un chauffeur routier marocain de 39 ans, attend lui de pouvoir récupérer son camion, qu’il a laissé sur la partie du pont encore debout, à 50 mètres du trou béant. « J’ai vu le camion vert devant s’arrêter et faire marche arrière, je me suis arrêté, j’ai fermé le camion et je suis parti en courant », raconte-t-il. Quelque 150 personnes ont fait comme lui, mais la police ne les laisse pas retourner sur le pont chercher leur véhicule.

En ce week-end du 15 août, la zone industrielle que le pont enjambait était heureusement quasiment vide.

La zone est entièrement bouclée par les forces de l’ordre, qui ne laissent entrer que les services de secours, bloquant les curieux à environ 300 mètres de distance.

Non loin de là, d’autres badauds sont montés sur la terrasse d’un centre commercial pour observer les opérations et le ballet des hélicoptères des secouristes. Le parking d’un autre grand magasin à proximité est en revanche réquisitionné par les secours.

« Des milliers de tonnes de béton »

A l’intérieur de la zone de recherches, des secouristes s’activent avec des chiens, évacuant des corps sur des civières oranges.

Une quinzaine de personnes se tiennent tout près de la pile de pont qui s’est effondrée. Certaines portent des couvertures de survie, des femmes pleurent. Des membres d’une cellule de soutien psychologique sont sur place.

Après les fortes pluies de la matinée, le beau temps est revenu. Mais sur le site des recherches une odeur d’eaux usées plane, venue de la décharge qui se trouvait sur place ou d’une canalisation brisée.

Patrick Villardry, pompier niçois spécialiste de la recherche de victimes en décombres, attend avec un collègue et ses deux chiens Arco et Missile de pouvoir se rendre utile. Ces deux bergers malinois avaient sauvé une femme après le séisme de L’Aquila, en 2009 dans le centre de l’Italie.

« Pour l’instant, les sauveteurs italiens nous disent d’attendre », confie-t-il. Mais il sait qu’il n’est pas venu pour rien : « les premières victimes de surface ont été évacuées. Maintenant il faut rechercher sous les décombres des bâtiments, et il y a des milliers de tonnes de béton », souligne le pompier français.

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