mercredi , 14 novembre 2018
Accueil / International / Amérique / Le sort du pasteur Brunson : Le ping-pong États-Unis – Turquie est allé crescendo

Le sort du pasteur Brunson : Le ping-pong États-Unis – Turquie est allé crescendo

Recep Tayyip Erdogan a estimé dimanche que la chute de la livre turque résultait d’un « complot politique » contre son pays. Déclarations chocs, sanctions, menaces de représailles, puis doublement des tarifs douaniers américains sur l’acier et l’aluminium turc : le ping-pong entre les deux alliés au sein de l’Otan est allé crescendo ces derniers jours, emportant avec lui la livre turque, qui a dévissé vendredi de 16% face au billet vert. Au coeur de cette bataille : le sort du pasteur américain Andrew Brunson, actuellement jugé en Turquie pour « terrorisme » et « espionnage », placé fin juillet en résidence surveillée après un an et demi de détention. Tous les yeux seront rivés sur le cours de la livre à l’ouverture des marchés des changes lundi, mais M. Erdogan n’entend faire aucune concession.

Le président Recep Tayyip Erdogan a estimé dimanche que la chute de la livre turque résultait d’un « complot politique » contre son pays, qui ripostera en cherchant « de nouveaux marchés et alliés », alors que ses relations avec les Etats-Unis sont en crise.

Déclarations chocs, sanctions, menaces de représailles, puis doublement des tarifs douaniers américains sur l’acier et l’aluminium turc : le ping-pong entre les deux alliés au sein de l’Otan est allé crescendo ces derniers jours, emportant avec lui la livre turque, qui a dévissé vendredi de 16% face au billet vert.

Au coeur de cette bataille : le sort du pasteur américain Andrew Brunson, actuellement jugé en Turquie pour « terrorisme » et « espionnage », placé fin juillet en résidence surveillée après un an et demi de détention.

Tous les yeux seront rivés sur le cours de la livre à l’ouverture des marchés des changes lundi, mais M. Erdogan n’entend faire aucune concession.

« Le but de l’opération est d’obtenir la reddition de la Turquie dans tous les domaines, de la finance à la politique. Nous affrontons de nouveau un complot politique en sous-main. Avec l’aide de Dieu, nous surmonterons cela », a-t-il déclaré devant des partisans réunis à Trébizonde, sur la Mer noire (nord-est).

Erdogan n’a pas semblé outre mesure inquiet de la décision du président Donald Trump, annoncée dans un tweet, de doubler les tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium turcs.

Si Washington est prêt à sacrifier ses relations avec Ankara, la Turquie réagira « en passant à de nouveaux marchés, de nouveaux partenariats et de nouveaux alliés, aux dépens de celui qui a lancé une guerre économique contre le monde entier, y compris notre pays », a-t-il menacé.

« Good bye »

« Certains ferment les portes et d’autres en ouvrent de nouvelles », a ajouté le président turc, qui a renforcé ces dernières années ses liens avec des pays d’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie.

Il a laissé entendre que c’était l’ensemble de l’alliance entre la Turquie – devenue membre de l’Otan en 1952 avec le soutien de Washington – et les Etats-Unis qui était en jeu. Les Etats-Unis disposent d’une importante base à Incirlik, dans le sud du pays, actuellement utilisée comme centre des opérations contre le groupe jihadiste Etat islamique (EI).

La Turquie reproche aussi aux Etats-Unis le soutien apporté en Syrie aux Unités de protection du peuple kurde (YPG). Ankara voit dans cette milice une émanation du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), classé « terroriste » par la Turquie mais aussi les Etats-Unis.

« Nous ne pouvons que dire +good bye+ à quiconque décide de sacrifier son partenariat stratégique et une alliance d’un demi-siècle avec un pays de 81 millions d’habitants pour sauvegarder ses relations avec des groupes terroristes », a-t-il tonné. « Vous osez sacrifier la Turquie et ses 81 millions d’habitants pour un pasteur lié à des groupes terroristes? » s’est-il indigné.

Les Etats-Unis demandent la libération immédiate du pasteur, qui risque jusqu’à 35 ans de prison, alors que la Turquie plaide pour l’extradition de Fethullah Gülen, prédicateur turc établi depuis près de 20 ans sur le sol américain et soupçonné par Ankara d’être l’architecte du putsch manqué de juillet 2016.

Le président turc s’est montré samedi intraitable au sujet du pasteur américain : « Nous n’avons pas fait jusqu’ici de concessions en matière de justice et nous n’en ferons jamais ».

Les deux parties campent sur leurs positions, ce qui ne laisse entrevoir aucune amélioration à court terme de leurs relations.

Dans son tweet annonçant l’augmentation des tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium turcs, Donald Trump l’avait d’ailleurs lui-même reconnu : « Nos relations avec la Turquie ne sont pas bonnes en ce moment ».

EFFONDREMENT DE LA MONNAIE TURQUE

La Turquie n’est pas parvenue lundi à stopper l’effondrement de sa monnaie alimenté par l’aggravation d’une crise diplomatique avec les Etats-Unis, accusés par le président Recep Tayyip Erdogan de vouloir « frapper dans le dos » son pays.

Dans l’espoir de rassurer les marchés, la banque centrale de Turquie a annoncé lundi qu’elle fournirait toutes les liquidités dont les banques auraient besoin et prendrait les « mesures nécessaires » pour assurer la stabilité financière.

Mais l’impact de cette annonce s’est estompé quelques heures plus tard lorsque le président Erdogan a accusé les Etats-Unis de vouloir « frapper dans le dos » la Turquie, provoquant un plongeon de la livre qui illustre l’inquiétude des marchés face à ces tensions diplomatiques.

La livre, qui a perdu cette année plus de 40% de sa valeur face au dollar et à l’euro, s’est effondrée vendredi après un tweet ravageur de Donald Trump, faisant souffler un vent de panique sur les places boursières qui redoutent un effet de contagion de la crise turque.

Gagnées par l’onde de choc de ce « Vendredi noir », qui a vu la livre perdre quelque 16% de sa valeur face au billet vert, les Bourses de Tokyo et de Hong Kong ont fortement baissé lundi. Les principales places européennes, déjà affectées vendredi, restaient fébriles.

La livre, qui a pour la première fois franchi lundi la barre des sept pour un dollar, s’échangeait à 6,89 en début de soirée, soit une chute de plus de 6,7% sur la journée.

Après la panique de vendredi, la banque centrale a voulu rassurer lundi en annonçant plusieurs mesures.

Elle a notamment révisé les taux de réserves obligatoires pour les banques, afin d’éviter tout problème de liquidités, et fait savoir qu’environ 10 milliards de livres, six milliards de dollars et l’équivalent de trois milliards en or de liquidités seraient fournis au système financier.

« Tirer dans les pieds »

La déroute de la livre s’est accélérée au cours des deux dernières semaines en raison de la grave crise dans les relations entre Ankara et Washington liée à la détention en Turquie d’un pasteur américain, Andrew Brunson.

Sanctions réciproques, menaces, puis annonce vendredi sur Twitter par M. Trump du doublement des droits de douane sur l’acier et l’aluminium turcs : les tensions entre ces deux pays alliés au sein de l’Otan sont allées crescendo ces derniers jours, emportant la monnaie turque.

« D’un côté, vous dites être notre partenaire stratégique et, de l’autre, vous nous tirez dans les pieds (…) Une telle chose est-elle acceptable ? », s’est emporté M. Erdogan dans un discours lundi à Ankara.

Outre ces problèmes diplomatiques bilatéraux, les économistes s’inquiètent de la mainmise sur l’économie de M. Erdogan qui s’est renforcée après sa réélection en juin dernier.

Les marchés exhortent la banque centrale à redresser davantage ses taux pour soutenir la livre et maîtriser une inflation galopante qui a atteint près de 16% en juillet en glissement annuel, mais le président turc s’y oppose farouchement.

Dans ses annonces lundi, la banque centrale n’a pas fait mention des taux, au grand dam des milieux économiques.

Même la chancelière allemande Angela Merkel s’est impliquée dans le débat, martelant lundi que « personne (…) n’a d’intérêt dans la déstabilisation de la Turquie » et que « tout doit être fait pour que, par exemple, une banque centrale indépendante puisse opérer ».

« Terroristes économiques »

« La Turquie aura besoin de politiques économiques crédibles et orthodoxes, de discipline budgétaire et de l’indépendance de la banque centrale pour inverser la situation actuelle », a expliqué à l’AFP Agathe Demarais, de l’Economist Intelligence Unit, jugeant « peu probable » une normalisation dans l’immédiat des relations avec Washington.

Par ailleurs, le ministère turc de l’Intérieur a annoncé lundi qu’il enquêtait sur des centaines d’internautes qu’il soupçonne d’avoir partagé des commentaires relevant de la « provocation » visant à affaiblir la livre.

Erdogan a qualifié ces internautes de « terroristes économiques » qui recevront « le châtiment qu’ils méritent ».

« Les dynamiques économiques de la Turquie sont solides, elles sont fortes et bien ancrées », a insisté le chef de l’Etat.

Cette crise monétaire s’est étendue à la plupart des devises des pays émergents qui, comme le rand sud-africain, le peso argentin, le réal brésilien et le rouble russe, plongent depuis quelques jours.

A lire aussi

Après Genève : Quelle crédibilité pour Vika et Fatshi devant la communauté internationale ?

Il faut dire qu’à l’espace de 24 heures, Félix Tshisekedi a fait un virage spectaculaire. …

Laisser un commentaire