samedi , 18 août 2018
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Mali : Présidentielle dans des violences

Trois membres d’un « commando » qui « planifiait des attaques ciblées » ce weekend à Bamako ont été interpellés samedi, à la veille du second tour de l’élection présidentielle au Mali, ont indiqué les services de renseignement maliens. Les Maliens ont participé dimanche sans enthousiasme au second tour de la présidentielle qui devrait consacrer à nouveau Ibrahim Boubacar Keïta et a été marqué par des accusations de fraude et des violences au cours desquelles un agent électoral a été tué.

Les bureaux de vote n’ont pas connu de forte affluence, selon des journalistes de l’AFP et des observateurs, qui évoquaient une météo pluvieuse, les risques de violences ou encore le manque de suspense. Ils ont commencé à fermer à 18H00 (GMT et locale) et les opérations de dépouillement ont débuté.

Les résultats de ce scrutin, le deuxième depuis l’intervention française qui avait mis en déroute les jihadistes dans le nord du pays en 2013, sont attendus dans les quatre ou cinq jours.

Le vainqueur du duel entre le président sortant Ibrahim Boubacar Keïta, dit « IBK », et l’opposant Soumaïla Cissé, entrera en fonction début septembre, avec la lourde tâche de relancer l’accord de paix conclu en 2015 avec l’ex-rébellion à dominante touareg, dont l’application accumule les retards.

L’élection, déterminante pour l’avenir du Sahel, a été émaillée de violences, dont la plus grave a eu lieu au sud de Tombouctou (nord), dans la localité d’Arkodia où le président d’un bureau de vote a été tué par balles par des jihadistes présumés, venus « interdire le vote ».

Dans cette même région, où les groupes islamistes frappent régulièrement face à un État absent, « des hommes armés sont venus et ont emporté tout le matériel électoral au bord du fleuve et l’ont incendié », a dit un habitant du village de Kiname.

La « menace sécuritaire » a ainsi empêché ou perturbé le vote dans « au moins une centaine » de bureaux, selon les quelque 2.000 observateurs du Pool d’observation Citoyenne du Mali (POCIM). Au premier tour, le 29 juillet, quelque 250.000 Maliens n’avaient pas pu voter en raison des violences.

Cette fois, quelque 36.000 militaires maliens, soit 6.000 de plus qu’au premier tour, étaient mobilisés pour sécuriser le scrutin avec l’aide des Casque bleus de la Minusma, des forces françaises de l’opération Barkhane et, dans le Nord, où l’Etat est peu ou pas présent, de groupes armés signataires de l’accord de paix.

Passe d’armes

Le président-candidat et son adversaire se sont livrés à une passe d’armes sur la fraude électorale.

Selon le camp de M. Cissé –qui se disait toutefois « confiant » en votant dans son fief de Niafounké (nord)–, des bulletins de vote ont « circulé » en dehors des circuits normaux depuis plusieurs jours, preuve que des bourrages d’urnes étaient en préparation.

Un journaliste de l’AFP ont pu constater que dans au moins cinq bureaux de vote de Bamako, les procès-verbaux électoraux avaient été préremplis et signés avant même la fin du vote. « C’est comme signer un chèque en blanc, on peut imaginer ce qui se passe dans le reste du pays », a observé une source proche de l’organisation du scrutin.

Ibrahim Boubacar Keïta a répliqué en dénonçant des « manoeuvres » de l’opposition visant à faire « croire que nous serions dans une logique de fraude ». « Comment frauder quand on a l’assurance de l’estime de son peuple? », s’est-il interrogé.

Les observateurs de l’UE, premier bailleur international du Mali, ont cette fois pu se déployer à Gao (Nord), mais toujours pas à Tombouctou et à Kidal (Nord), ni à Mopti (centre).

Sur le plan sécuritaire, la tension était montée samedi avec l’arrestation de trois membres d’un commando, qualifié de « groupe terroriste », au moment où il « planifiait des attaques ciblées à Bamako pendant le weekend ».

Le pays a connu ces dernières années plusieurs attentats jihadistes contre des lieux fréquentés par des Occidentaux ou contre les forces militaires, ainsi que des enlèvements d’étrangers et de nombreuses violences intercommunautaires.

« Corriger les erreurs »

Le scrutin s’est tenu dans une relative indifférence de la population, fatiguée par plus de six ans de violences et dont près de la moitié vit sous le seuil de pauvreté malgré un taux de croissance supérieur à 5% et une place de premier producteur africain de coton.

« Le nouveau président, nous espérons qu’il fera mieux, qu’il saura corriger les erreurs », a confié El Hajd Aliou Sow, un retraité de la fonction publique, venu voter tôt dans une école de la capitale où les électeurs se comptaient sur les doigts d’une main.

Même constat de désintérêt auprès des 425.000 Maliens de l’étranger, comme dans le nord de la Côte d’Ivoire, à Ouangolodougou: « Les électeurs ne sont pas sortis massivement comme lors du premier tour », a indiqué Traoré Gaoussou.

A 73 ans, M. Keïta est en position de force pour remporter un second mandat de cinq ans. Au premier tour, il avait récolté 41,70% des suffrages, contre 17,78% pour M. Cissé, un ancien ministre des Finances de 68 ans qui n’a pas su unir l’opposition pendant l’entre-deux tours.

En 2013, déjà opposé à M. Cissé, « IBK » avait été plébiscité avec un score de plus de de 77%.

ARRESTATION D’UN COMMANDO DE TROIS HOMMES QUI « PLANIFIAIT DES ATTAQUES » À BAMAKO

Trois membres d’un « commando » qui « planifiait des attaques ciblées » ce weekend à Bamako ont été interpellés samedi, à la veille du second tour de l’élection présidentielle au Mali, ont indiqué les services de renseignement maliens.

Les trois Maliens, soupçonnés d’être les auteurs d’un braquage ayant fait trois morts en octobre 2016, « planifiaient d’autres attaques ciblées à Bamako ce weekend », selon un communiqué de la Sécurité d’Etat.

« C’est au cours de la planification de leurs opérations », dont la nature n’a pas été précisée, que « le chef du commando, Abramane Diallo, alias El Idriss, et deux de ses lieutenants, Yoro Demba Diallo et Ibrahima Diakité », ont été appréhendés par des « éléments de la Sécurité d’Etat », selon ce texte reçu par l’AFP.

« On ne va pas pour le moment donner trop de détails sur les armes, les munitions, retrouvées ou pas. Mais il est évident qu’en cette période d’élections, il vaut mieux qu’ils soient aux arrêts qu’à l’air libre », a indiqué à l’AFP une source sécuritaire malienne, en précisant que l’arrestation avait eu lieu dans un quartier populaire de la capitale.

Plus de huit millions de Maliens sont appelés aux urnes dimanche pour élire leur président lors d’un second tour placé sous haute sécurité dans un pays toujours confronté à la menace jihadiste malgré cinq ans d’interventions militaires internationales.

Les autorités avaient annoncé plus tôt dans la journée que la sécurité serait assurée le jour du scrutin par 36.000 militaires, soit 20% de plus que lors du premier tour.

Le 29 juillet, 871 bureaux de vote sur les 23.000 (environ 3%) que compte le pays étaient restés fermés en raison de violences, empêchant près de 250.000 Maliens d’accomplir leur devoir civique, surtout dans le Centre et le Nord, selon les autorités.

Selon le communiqué de la Sécurité d’Etat, qui qualifie le commando de « groupe terroriste », les trois hommes sont les auteurs de « l’attaque ciblée » contre le poste de péage de Sanankoroba, à 30 km de la capitale, dans la nuit du 24 au 25 octobre 2016, au cours de laquelle deux agents du péage et un gardien avaient été tués.

Cette attaque était apparue de nature criminelle, mais un mobile jihadiste n’avait pas été exclu, les assaillants ayant crié « Allah akbar » (Dieu est le plus grand) avant de s’enfuir. Des enquêteurs avaient toutefois avancé qu’il s’agissait d’une « manière de brouiller les pistes » en faisant croire à une opération d’un groupe jihadiste.

Le nord du Mali était tombé en mars-avril 2012 sous la coupe de groupes jihadistes liés à Al-Qaïda, en grande partie chassés ou dispersés par une intervention militaire lancée en janvier 2013 à l’initiative de la France, qui se poursuit actuellement.

Malgré un accord de paix signé en mai-juin 2015, les violences ont persisté et se sont propagées depuis vers le centre et le sud du pays, puis au Burkina Faso et au Niger voisins.

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