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Moise KATUMBI
Moise KATUMBI

Retour de Katumbi : Les masques tombent

Dernière mise à jour, le 19 août 2018 à 11:02

Alors qu’il était sous menace d’« arrestation immédiate » dès son entrée sur le sol congolais, Moïse Katumbi, président d’Ensemble pour le changement, est resté bloqué vendredi à la frontière zambienne. La majorité au pouvoir a verrouillé toutes les frontières aériennes et terrestres, l’empêchant d’atteindre la ville de Lubumbashi. Étonnante manière d’accueillir quelqu’un qu’on a toujours présenté comme un fugitif ! Interprétation : Kinshasa vient de prouver l’innocence de Katumbi et par conséquent, les masques tombent. L’opinion a désormais la confirmation que tout est mis en place pour disqualifier ce farouche opposant à la course électorale du 23 décembre 2018.

Moïse Katumbi fait peur. C’est le moins que l’on puisse dire. Le 2 août 2018, le Procureur général de la République (PGR) s’est montré ferme en promettant une « arrestation immédiate » du président d’Ensemble pour le changement. Hier vendredi, Katumbi, que Kinshasa continue à présenter comme un fugitif, s’est présenté à la frontière zambienne de Kasumbalesa.

Pourtant, depuis une semaine, ses services étaient en contact avec l’Autorité de l’aviation civile du Congo pour l’atterrissage du jet privé qui devait le ramener à Lubumbashi. Suite au refus de le voir atterrir à l’aéroport de la Luano, Katumbi a finalement choisi d’atteindre la capitale cuprifère par la route, via le poste frontalier de Kasumbalesa, situé à 90 Km de la ville de Lubumbashi.

Mais, c’était sans compter avec le dispositif militaire et sécuritaire déployé aussi bien à l’aéroport de la Luano que sur la route Lubumbashi – Kasumbalesa. Même les cadres d’Ensemble pour le changement, venus de Kinshasa, ont eu du mal à se frayer un chemin dans la capitale cuprifère. S’étant résolus à prendre la route de Kasumbalesa, ils ont eu droit à une farouche opposition des forces de l’ordre – toutes les routes menant à la frontière étant bloquées.

L’aéroport de Luano étant bloqué, Kyungu wa Kumwanza, coordonnateur d’Ensemble pour le Grand Katanga a demandé à tous les Lushois, mobilisés en grand nombre pour l’accueil de Katumbi, de prendre la route de Kasumbalesa. Mais, des engins placés dès le premier péage sur la route Kasumbalesa, renforcés par des éléments des Forces armées de la RDC, ont rendu impossible tout passage.

Quant à Moise Katumbi, c’est sous le coup de 13 heures (heure de Lubumbashi) qu’il a atteint la frontière de Kasumbalesa. « Je viens pour la paix dans mon pays. Et si je dois rester à la frontière, j’y resterai même pendant deux ans », a dit Moïse Katumbi, repris par le site d’informations en ligne actualite.cd.

Contrairement au communiqué du Parquet général de la République, aucun dispositif judiciaire ne s’est trouvé à Kasumbalesa pour procéder à l’arrestation immédiate du leader d’Ensemble. En lieu et place, ce sont des bureaux de l’Etat vidés de leurs agents auxquels ont eu droit Katumbi et la délégation qui l’accompagnait.

Dans la zone neutre qui sépare la RDC de la Zambie, la population en liesse a bravé l’interdit, venant communier en liesse avec le fils du pays, condamné à un exil forcé d’environ deux ans.

Aux alentours de 17 h 00 (heure de Lubumbashi), l’ancien gouverneur du Katanga se trouvait toujours du côté zambien de la frontière. Même si Kinshasa a mis tout en place pour l’empêcher d’accéder à la terre de ses ancêtres, Katumbi affiche un moral d’acier.

« Le régime interdit mon atterrissage et barricade la frontière, a dénoncé Moïse Katumbi sur son compte Twitter. Mon crime ? Vouloir entrer dans mon pays et déposer ma candidature. En tentant de me bloquer, on veut retirer aux Congolais leur droit à de vraies élections. Je me battrai ! »

Les masques sont tombés

Depuis toujours, Kinshasa a présenté Katumbi comme un fugitif qui s’est soustrait de la justice. Curieusement, hier vendredi, Katumbi était bien présent à la frontière de la RDC pour retourner dans son pays et répondre de tous les crimes qui lui sont imputés. En lieu et place de recevoir un accueil des services compétents de la justice, c’est plutôt un dispositif militaire et sécuritaire qui a été déployé pour l’empêcher de rentrer en RDC.

Par cet acte, Kinshasa s’est dévoilé à la face du monde Il a nettement prouvé que tous les griefs retenus contre Katumbi, partant de la présumée spoliation d’un immeuble à Lubumbashi, en passant par le recrutement présumé des mercenaires, jusqu’à la détention illégale de la nationalité congolaise concurremment à une nationalité italienne, ont été des dossiers montés dans les officines du pouvoir, sans base juridique évidente. Si non, l’on ne comprend pas l’attitude de Kinshasa qui s’est refusé à arrêter quelqu’un qui s’est offert librement aux autorités. Loin de l’arrêter, Kinshasa a plutôt donné les gages de son désintérêt à le déférer devant la justice.

En réalité, Kinshasa a prouvé qu’il se sent mal à l’aise avec Katumbi. Il préfère alors le garder loin de la RDC. A tout prendre, le pouvoir en place a peur du leader d’Ensemble pour le changement. Et la meilleure façon de cacher sa peur est de mobiliser tous les moyens d’Etat à sa disposition pour le maintenir le plus longtemps possible hors de la RDC. C’est ce qu’il a réussi à faire vendredi dans le Haut-Katanga.

Le plus grand gagnant dans ce bras de fer reste évidemment Moïse Katumbi. Prêt à braver toutes les menaces lancées contre lui, dont la toute dernière est celle émanant du cabinet du PGR, Moise Katumbi s’est donc présenté à la frontière congolaise de Kasumbalesa, avant de se voir refuser l’entrée sur le sol congolais. A la face du monde, Kinshasa a prouvé que cet opposant est innocent. On sait désormais que rien ne l’empêche – en tout cas sur le plan du droit – de s’aligner à la course présidentielle du 23 décembre 2018.

L’assaut lancé de la ville de Lubumbashi et de la frontière de Kasumbalesa, par les forces de l’ordre et de sécurité n’auront servi qu’à renforcer sa popularité tout en confortant son assise nationale pour la présidentielle de décembre 2018.

Dans tous les cas, Moïse Katumbi a jusqu’au 8 août 2018, date de fermeture des Bureaux de réception et traitement des candidatures ouverts par la Céni, pour postuler à la présidentielle du 23 décembre 2018.

Sur France 24, Olivier Kamitatu, porte-parole de Katumbi, promet de tenter une nouvelle percée, probablement ce samedi, pour passer la frontière de Kasumbalesa. Tout devant être fait dans le temps, selon lui, pour que Moïse Katumbi ne rate pas le rendez-vous du 8 août 2018.

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