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Moise KATUMBI [au milieu, chemise blanche]
Moise KATUMBI [au milieu, chemise blanche]

Présidentielle : Moïse KATUMBI « fait du cinéma »

Dernière mise à jour, le 13 août 2018 à 09:12

Le porte-parole du gouvernement a, une fois de plus, fait montre de son aversion pour l’ancien gouverneur de l’ex-Katanga, en débitant des contre-vérités sur ce dernier au cours de l’émission ‘‘Le débat’’ sur Radio Top Congo : « Moïse Katumbi n’a jamais introduit une demande d’autorisation pour le survol du ciel congolais et l’atterrissage de son jet privé », « Il n’a jamais foulé le sol congolais à Kasumbalesa et ne s’est présenté devant un agent de la DGM (Direction générale de migration) ». Et pour conclure, il a laissé entendre que Moïse Katumbi « fait du cinéma ».

La crise politique entretenue délibérément par le pouvoir à Kinshasa ne présage pas une organisation apaisée des élections. Les conditions ne sont pas jusque-là réunies pour ce faire.Le Potentiel

Du côté majorité, le décor semble être planté pour créer un imbroglio pouvant plonger le pays à feu et à sang. L’objectif étant de faire un forcing pour le 3ème mandat de leur autorité morale, pourtant interdit par la Constitution. Ou imposer un dauphin au cas où celui-ci est désigné par le bon vouloir du chef. Mais à un jour de la date de clôture du dépôt des candidatures telle que fixée par la Commission électorale nationale indépendante (Céni), le 8 août 2018, aucune initiative n’est dévoilé dans un sens comme dans un autre.

Vraisemblablement, le pouvoir s’y prend mal pour jouer le sale jeu. Après plusieurs subterfuges non encore réussis, il s’emploie à écarter de la course à la présidence de la République l’un des sérieux prétendants au fauteuil présidentiel. Le porte-parole du gouvernement a, une fois de plus, fait montre de son aversion pour l’ancien gouverneur de l’ex-Katanga, en débitant des contre-vérités sur ce dernier au cours de l’émission ‘‘Le débat’’ sur Radio Top Congo : « Moïse Katumbi n’a jamais introduit une demande d’autorisation pour le survol du ciel congolais et l’atterrissage de son jet privé », « Il n’a jamais foulé le sol congolais à Kasumbalesa et ne s’est présenté devant un agent de la DGM (Direction générale de migration) ». Et pour conclure, il a laissé entendre que Moïse Katumbi « fait du cinéma ».

Qu’à cela ne tienne, l’opposition politique, qui n’est pas dupe, ne va pas se laisser prendre au piège. Elle est appelée, plus que jamais, à resserrer les rangs en présentant une candidature unique. Cela, à 24 heures de la date de clôture du dépôt des candidatures telle que fixée par la Céni, le 8 août. L’opposition ne devrait plus commettre l’erreur d’aller en ordre dispersé à la présidentielle 2018, comme elle l’a commise en 2006 et 2011, faisant ainsi le lit de la majorité présidentielle.

Quoiqu’il en soit, au regard du tralala qu’offre le pouvoir, le doute persiste sur la tenue des scrutins apaisés, libres et démocratiques.

DERNIÈRES TRACTATIONS

La Communauté internationale mise au défi. Jour J-1. Quatre prétendants au trône présidentiel ont déjà été enregistrés par la Céni, dont Jean-Pierre Bemba et Vital Kamerhe. Dans la majorité au pouvoir, c’est le suspense, le dernier mot devant revenir à son autorité morale. Entre se représenter en décembre 2018 ou déléguer un dauphin, Joseph hésite à se prononcer. Deux noms ont franchi toutes les épreuves, au point que le candidat du FCC à la présidentielle sortira du trio Kabila – Minaku – Matata.

Au Bureau de réception et traitement des candidatures (BRTC) pour la présidentielle, ouvert au siège de la Céni, c’est la dernière ligne droite, avant la clôture ce mercredi de toutes les opérations.

A la différence de 2006 et 2011, le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), parti-phare de la majorité au pouvoir, n’est pas passé par un congrès pour désigner son candidat à la présidentielle du 23 décembre 2018.

Entretemps, toute emprise sur son initiateur, le chef de l’Etat Joseph Kabila, est tombée caduque avec la création du Front commun pour le Congo (FCC). En créant le FCC, le président Kabila a pris tout le monde de cours, rétrécissant en même temps le cercle des décisions dans sa famille politique. Finalement, tout s’est réduit à lui et rien ne peut se fait sans lui.

Ainsi, à 24 heures de la fermeture du Bureau de réception et traitement des candidatures à la présidentielle, la majorité au pouvoir n’a aucune idée de l’identité de la personnalité qui portera son flambeau le 23 décembre 2018. A l’instar de la population qui attend avec impatience le candidat de la majorité au pouvoir, tous les regards sont rivés sur la ferme présidentielle de Kingakati où se déroulent les dernières tractations. Cette ferme présidentielle passe pour la chapelle Sixtine (lieu sacré du Vatican) où se retranchent les cardinaux lorsqu’il s’agit d’élire le Pape. Après moult réunions, le FCC a levé des options sur ses candidats à la députation nationale. Un dossier vite décanté au niveau du Comité stratégique.

Quant au candidat à la présidentielle du FCC, le suspense est encore tout entier, alors que la Céni annonce la fermeture du BRTC ce mercredi 8 août 2018.

Curieusement, dans la famille politique du chef de l’Etat, on se presse lentement. On prend tout son temps et personne n’a le courage d’aborder le sujet en public. Tous semblent obéir à un mot d’ordre :motus et bouche cousue.

En réalité, en vertu de la charte créant le FCC, c’est au seul chef de l’Etat – par ailleurs son autorités morale – qu’il est reconnu le pouvoir, tout autant absolu, de désigner la personne qui va représenter la majorité au pouvoir à la présidentielle du 23 décembre 2018. Ce qui donne toute l’importance de l’annonce que l’on attend impatiemment de la ferme de Kingakati. Pour l’instant, aucune fumée blanche en vue.

Pourtant, à l’Opposition, il ne fait aucun secret. Les prétendants au sprint électoral sont presque connus. Et certains, à l’instar de Jean-Pierre Bemba du MLC et Vital Kamerhe de l’UNC sont déjà passés au siège de la Céni. A quand la majorité au pouvoir ? Rien à dire.

La surprise du chef

A Kingakati où le président Kabila réunit généralement son état-major politique, on est aux derniers réglages. Le candidat – dauphin ou pas – est connu du seul chef de l’Etat et de son cercle restreint qui se compte sur le bout des doigts. La grande surprise pourrait surgir, rapporte-t-on, dans les prochaines heures.

Tout a été préparé avec minutie. Si, au regard de la Constitution, Joseph Kabila est disqualifié à première vue de la présidentielle, les plus érudits de la majorité au pouvoir ne partagent ce point de vue. On rapporte que le président n’y est pas non insensible. Jusqu’à la dernière minute, celui-ci continue à croire à une possibilité de prétendre à un 3ème mandat.

En tout cas, des sources bien introduites dans la majorité au pouvoir, n’excluent plus cette option. « Le dauphin de Kabila, c’est lui-même. Le chef de l’Etat va prendre tout le monde de court en annonçant sa candidature à la présidentielle. Le silence de la majorité en est une belle illustration », note, sous couvert de l’anonymat, un haut cadre du FCC.

Selon ce dernier, c’est à la Cour constitutionnelle que se jouera la grande bataille. Sur ce point précis, la majorité au pouvoir a déjà planifié tout le scenario. Les nouvelles mises en place au sein de la Cour constitutionnelle riment avec l’annonce d’une probable candidature de Kabila à la présidentielle.

C’est alors que pourrait aussi surgir le « principe de l’immutabilité », largement développé par le juriste Mirindi qui jugeait constitutionnelle l’éventuelle candidature de Kabila.

Autrement dit, Joseph Kabila n’a pas dit son dernier mot, tant il est vrai que d’aucuns soutiennent qu’à l’instar du président russe Poutine, il serait en train de préparer un Medvedev à sa manière.

Ce qui n’est pas une tâche facile quand on sait que le chef de l’Etat n’est pas parvenu à trouver en 17 ans de réunir les 15 rares personnalités devant l’aider à réussir son programme d’action.

Minaku et Matata : la dernière carte du dauphinat

Dans la majorité au pouvoir, des nominés au dauphinat commencent déjà à rendre le tablier. Longtemps annoncé comme probable dauphin, Modeste Bahati Lukwebo, président de l’AFDC, vient de déposer, dans son fief de Bukavu, sa candidature aux législatives nationales. A-t-il, pour autant, renoncé à la course au dauphinat ? Difficile à dire.

Toujours est-il dans la majorité au pouvoir, le mystère continue toujours à planer sur celui qui portera ses couleurs à la présidentielle. Le PPRD, premier parti politique de la majorité, ne veut pas perdre ses avantages. Dans ses rangs, le discours est coriace.

« Si le chef de l’Etat doit renoncer à un 3ème mandat, le dauphin ne peut sortir que du PPRD, pas ailleurs », clame un cadre de la première heure du parti présidentiel.

C’est dire qu’à part Modeste Bahati, seuls trois noms émargent du lot. Il s’agit de l’ancien Premier ministre, Matata Ponyo, du président de l’Assemblée nationale, Aubin Minaku, et du directeur de cabinet du chef de l’Etat, Néhémie Mwilanya.

Selon des indiscrétions Joseph Kabila manifesterait un grand intérêt à Matata Ponyo qu’il croit correspondre au profil. Ce qui n’est pas de l’avis de certains caciques du PPRD qui pencheraient pour Aubin Minaku.

Jusque là aucune option n’a encore été définitivement levée. Se représenter en décembre 2018 ou se choisir un dauphin, Kabila est véritablement dans l’embarras. Il sait qu’en contournant la Constitution, il met directement au défi la communauté internationale qui s’est toujours rangée derrière le respect strict de la Constitution et de l’accord de la Saint Sylvestre. Tout comme en se choisissant un dauphin, Joseph Kabila n’est pas sûr de garantir la survie de sa famille politique, le FCC, qui, en réalité, ne tient que par son autorité à la tête du mouvement.

Bien au-delà de cet aspect, il y a un autre qui inclut la dimension géopolitique. Longtemps porté par l’Est, Kabila n’est pas prêt à basculer facilement à l’Ouest, en optant notamment sur Minaku pour le succéder au trône présidentiel. Avec près de 50% d’électorat, il pressent ce grand risque de perdre le soutien indéfectible de cette partie de la République. De ce point de vue, dans la course au dauphinat, la balance penche en faveur de Matata. Mais, ce n’est pas pour autant que l’énigme est résolue.

Le silence du FCC sur le nom de son candidat à la présidentielle n’est donc pas anodin. Tout le monde est suspendu au dernier mot du chef de l’Etat.

Mercredi 8 août, sauf report – toujours possible – la Céni devrait annoncer la fin des inscriptions à la présidentielle… avec probablement Joseph Kabila sur la ligne de départ ou son éventuel successeur qui se trouverait dans dernière carte Minaku-Matata.

Dans tous les cas, le président Kabila sait qu’en se lançant dans la course présidentielle, il est assuré de l’appui inconditionnel de la Cour constitutionnelle où siègent neuf juges permanents qui lui obéissent au doigt et à l’œil.

A tout prendre, dans les 24 heures qui suivent, tout peut arriver ou basculer (c’est selon) dans un sens ou un autre.

[lePotentiel]

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