mardi , 16 octobre 2018
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Iran : Hassan ROHANI isolé

Cinq ans après son arrivée au pouvoir, le président iranien Hassan Rohani a bien du mal à défendre sa politique et voit ses soutiens s’étioler, lui qui avait tout misé sur un accord nucléaire aujourd’hui menacé. L’anniversaire de son entrée en fonctions vendredi n’a donné lieu à aucune célébration, dans un pays fragilisé par une crise économique aiguë et inquiet des répercussions des sanctions américaines entrant en vigueur mardi.

Rohani devait être ce président modéré capable d’apaiser les divisions iraniennes et de bâtir une économie où la croissance aurait permis d’endiguer les demandes de réformes politiques.

Mais avec le retrait en mai des Etats-Unis de l’accord nucléaire de 2015, pièce-maîtresse de la stratégie du président iranien, ce dernier, surnommé le « cheikh diplomate », s’est retrouvé chancelant.

« Le problème avec Rohani c’est qu’il n’avait pas de plan B », indique à l’AFP un journaliste de la télévision d’Etat iranienne. « Attirer les investissements étrangers était son plan A, B, C et D. Maintenant, le président ressemble à un canard boiteux ».

Promesses non tenues

Même avant l’annonce du retrait américain, l’accord nucléaire avait déçu les attentes iraniennes.

Rohani avait fixé un objectif de 50 milliards de dollars en investissements étrangers pour la première année de l’application de l’accord, mais seuls 3,4 milliards USD ont été enregistrés, selon la Banque mondiale, les entreprises et banques étrangères restant méfiantes de possibles sanctions américaines.

De plus, peu de mesures ont été prises contre la corruption, le chômage particulièrement élevé chez les jeunes et l’énorme dette qui empoisonne le système bancaire.

Selon le « baromètre Rohani », un indicateur créé par l’entreprise américaine ASL 19, le président iranien n’a accompli que 20 promesses électorales sur 100, 17 étant en cours de réalisation.

S’il a réussi à réduire l’inflation et à rendre le réseau internet plus performant, ses promesses non tenues « ont suscité la déception de nombreux partisans », observe ASL 19.

Pour la première fois, le Parlement a convoqué M. Rohani pour expliquer dans les semaines à venir son plan de sauvetage de l’économie.

« Il a des amis au gouvernement, mais nulle part ailleurs », affirme Mohammad Reza Behzadian, ancien responsable de la Chambre de commerce de Téhéran.

Pour de progressistes iraniens, c’est son bilan dans le domaine des droits civils qui a le plus révélé les faiblesses de M. Rohani.

Son incapacité à obtenir la libération de prisonniers politiques et à empêcher le blocage de la messagerie la plus populaire en Iran, Telegram, a souligné l’échec de ses promesses durant la campagne pour sa réélection.

« Chaque président a fait les mêmes promesses pour susciter de l’espoir mais une fois élu, ils ne font rien. Si (l’élection) avait de nouveau lieu, je ne voterais pas pour Rohani, je ne voterais pour personne », a dit Arash, un photographe de 21 ans à Téhéran, résumant l’état d’esprit des jeunes Iraniens.

« Intérêt national »

Selon un diplomate occidental, M. Rohani « a choisi de ne pas se battre (…). Il aurait pu profiter de sa présidence pour défendre des causes comme Telegram, mais il ne l’a pas fait. Il a aussi mollement soutenu les militants écologistes lors de leur arrestation ».

« Cela ne ressemble en rien à l’époque de Khatami, qui était prêt à s’engager quitte à se brûler les ailes », a-t-il ajouté, en référence au président réformateur (1997-2005).

Malgré le peu de soutien dont il jouit, des analystes jugent peu probable que M. Rohani soit renversé, surtout qu’aucun remplaçant de taille n’est en vue.

Et de nombreux responsables conservateurs, qui l’accusent d’ignorer les pauvres et de se rapprocher de l’Occident, se sont ralliés à lui de peur d’un embrasement général.

Même le quotidien ultra-conservateur Kayhan, très critique envers le président, a écrit: « Nous devons mettre de côté nos différends car il en va de l’intérêt national et de la survie de la nation ».

Pour survivre aux trois ans qui lui restent, M. Rohani réfléchit déjà à la façon dont il pourrait s’attirer les faveurs des conservateurs.

« Il va probablement ajuster sa politique étrangère. Il ne peut plus se permettre de défendre une approche conciliante vis-à-vis des Etats-Unis, même s’il doit garder un œil sur l’Europe pour tenter de sauvegarder ce qu’il reste de l’accord nucléaire », explique Adnan Tabatabai, directeur du centre de réflexion allemand CARPO.

« Je ne pense pas que le Guide suprême souhaite qu’il échoue », dit-il en allusion à l’ayatollah Ali Khamenei, premier personnage de l’Etat et ultime décideur dans les principaux dossiers sensibles. Mais M. Rohani « va devoir mettre en place un paquet de mesures économiques pour retrouver le soutien du peuple iranien ».

SANCTIONS : LE FLOU DEMEURE SUR LA STRATÉGIE AMÉRICAINE

De lourdes sanctions américaines frapperont de nouveau l’Iran mardi, entérinant la ligne dure affichée par Donald Trump depuis son retrait unilatéral de l’accord sur le nucléaire iranien, sans éclaircir cependant sa stratégie à long terme face à Téhéran.

La première vague de nouvelles sanctions entrera en vigueur mardi à 04H01 GMT (00H01 à Washington). Elle inclura des blocages sur les transactions financières et les importations de matières premières, ainsi que des sanctions sur les achats dans le secteur automobile et l’aviation commerciale.

Une seconde phase de sanctions s’abattra en novembre sur le secteur pétrolier et gazier ainsi que la banque centrale.

Déjà sous le coup du plongeon spectaculaire de leur monnaie, les Iraniens se demandent où va désormais mener cette crise entre les deux pays.

Après avoir claqué la porte de l’accord, signé en 2015 entre Téhéran et les grandes puissances, l’administration Trump ne s’en cache pas: elle compte frapper l’Iran d’une « pression maximale », diplomatique et économique.

Mais le doute demeure sur ses visées à long terme, et sur les risques accrus, ou non, d’un conflit.

D’autant que Washington souffle le chaud et le froid.

« Mère de toutes les guerres »

Donald Trump a ainsi surpris, la semaine dernière, en affirmant être prêt à rencontrer les dirigeants iraniens « quand ils veulent », ce que Téhéran a refusé.

Même si son chef de la diplomatie, Mike Pompeo, a rapidement tempéré cette déclaration, les propos du président républicain ont d’autant plus étonné qu’ils survenaient après une nette escalade de tensions verbales avec son homologue iranien, Hassan Rohani.

Ce dernier avait le premier conseillé à Donald Trump, fin juillet, de « ne pas jouer avec la queue du lion », affirmant qu’un conflit avec l’Iran serait la « mère de toutes les guerres ».

Le bouillant milliardaire républicain avait alors menacé, en toutes majuscules sur Twitter, de « CONSÉQUENCES TELLES QUE PEU AU COURS DE L’HISTOIRE EN ONT CONNUES AUPARAVANT ».

Peu après, le ministre américain de la Défense, Jim Mattis, avait affirmé que Washington ne cherchait pas à faire tomber le régime iranien.

« Nous avons besoin qu’ils changent leur comportement sur un certain nombre de menaces posées par leur armée, leur service secret, leurs représentants et leurs intermédiaires », avait-il expliqué.

Partisan d’une ligne dure face à l’Iran, le conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, John Bolton, a lui par le passé plaidé publiquement en faveur d’un changement de dirigeants.

« Pour Bolton et les autres, la pression est une fin en soi », analyse Suzanne Maloney, chercheuse au centre de réflexion Brookings Institution.

Aux yeux de l’administration Trump, « tant mieux si elle mène à une capitulation » face aux demandes américaines, mais « encore mieux si elle mène à un changement de régime », affirme-t-elle à l’AFP.

« L’Iran et son économie, vont très mal et cela va vite. Qu’il y ait une réunion ou pas importe peu. C’est à eux de voir », a twitté Donald Trump samedi soir.

« Crédibilité » de l’armée américaine

La ligne dure de Washington semble en tout cas avoir déjà eu un impact.

Ainsi, à la surprise de responsables militaires américaines, aucune friction entre navires militaires américains et forces iraniennes n’a été rapportée dans le Golfe cette année alors que les Etats-Unis ont par le passé accusé Téhéran de s’en prendre régulièrement à leurs soldats.

Si l’Iran sent une volonté « de fer du côté américain, ils reculent, s’ils sentent une confusion du côté américain, ils poussent… et en ce moment, ils perçoivent le fer », affirme Mark Dubowitz, du think tank Foundation for Defense of Democracies, qui avait plaidé pour une renégociation de l’accord iranien.

Soulignant que l’Iran a testé moins de missiles dernièrement, ce dernier estime que le ton utilisé par Donald Trump abaisse en fait les risques d’escalade vers un conflit.

« Il estime qu’en parlant fermement, il renforce la crédibilité du pouvoir militaire américain », explique-t-il à l’AFP.

Trump et Rohani à New York

A moyen terme, les analystes entrevoient plusieurs scénarios.

Les sanctions et l’isolement diplomatique pourraient pousser le régime iranien à s’asseoir à la table des négociations.

La crise financière et le malaise social pourraient également s’aggraver au point de pousser les dirigeants dehors, tout en risquant également de galvaniser le sentiment anti-américain.

Enfin, le régime iranien pourrait revenir sur ce que Washington désigne comme son « influence néfaste » dans la région, notamment son soutien au dirigeant syrien Bachar al-Assad.

En attendant, les deux présidents, Trump et Rohani, viendront chacun s’adresser en septembre à l’Assemblée générale des Nations unies, à New York.

[Afp]

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