mardi , 29 septembre 2020
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Un nouveau départ : Le Zimbabwe placé sous le contrôle de l’armée

Depuis son indépendance en 1980, le Zimbabwe n’a connu que deux présidents, tous les deux issus de la Zanu-PF: Robert Mugabe, qui a dirigé d’une main de fer le pays pendant trente-sept ans, et Emmerson Mnangagwa, âgé de 75 ans, arrivé au pouvoir après un coup de force de l’armée. Celui qui est surnommé « le crocodile » vient de confirmer dans les urnes son emprise sur le pays. A l’annonce des résultats dans la nuit de jeudi à vendredi, les rues de la capitale Harare et du fief de l’opposition, Bulawayo (sud), étaient quasiment désertes. Des militaires étaient visibles à des points névralgiques d’Harare. Un petit groupe de sympathisants de la Zanu-PF dansaient devant l’hôtel Rainbow Towers, qui abritent les bureaux de la commission électorale à Harare. Mercredi, le gouvernement avait prévenu qu’il ne « tolérerait » aucune contestation, après la mort de six personnes lors d’une manifestation de l’opposition, réprimée par l’armée. Les manifestants dénonçaient des fraudes selon eux dans le processus électoral.

Emmerson Mnangagwa, ancien bras droit de Robert Mugabe, a été élu président du Zimbabwe dès le premier tour, une victoire immédiatement rejetée vendredi par l’opposition, laissant craindre de nouvelles tensions dans un pays placé sous le contrôle de l’armée.

Emmerson Mnangagwa, qui dirige le Zimbabwe depuis la chute en novembre de Robert Mugabe après trente-sept ans au pouvoir, a obtenu 50,8% des voix, contre 44,3% pour son principal adversaire, Nelson Chamisa, lors des premières élections post-Mugabe, selon des résultats officiels définitifs.

« Par conséquent, Emmerson Mnangagwa Dambudzo du parti de la Zanu-PF est déclaré président élu de la République du Zimbabwe, à compter du 3 août », a annoncé la présidente de la commission électorale, Priscilla Chigumba, sous quelques acclamations.

Emmerson Mnangagwa, 75 ans, a lui salué « un nouveau départ », avant d’appeler à l’unité pour « construire » un nouveau Zimbabwe pour tous ».

Mais l’opposition a immédiatement rejeté sa victoire, annonçant qu’elle allait saisir la justice. « Les résultats sont faux, (…), nous allons dénoncer l’ensemble du processus » devant un tribunal, a déclaré Morgan Komichi, porte-parole du Mouvement pour le changement démocratique (MDC) de Nelson Chamisa.

Depuis son indépendance en 1980, le Zimbabwe n’a connu que deux présidents, tous les deux issus de la Zanu-PF: Robert Mugabe, qui a dirigé d’une main de fer le pays pendant trente-sept ans, et Emmerson Mnangagwa, âgé de 75 ans, arrivé au pouvoir après un coup de force de l’armée.

Celui qui est surnommé « le crocodile » vient de confirmer dans les urnes son emprise sur le pays.

A l’annonce des résultats dans la nuit de jeudi à vendredi, les rues de la capitale Harare et du fief de l’opposition, Bulawayo (sud), étaient quasiment désertes.

Des militaires étaient visibles à des points névralgiques d’Harare. Un petit groupe de sympathisants de la Zanu-PF dansaient devant l’hôtel Rainbow Towers, qui abritent les bureaux de la commission électorale à Harare.

Mercredi, le gouvernement avait prévenu qu’il ne « tolérerait » aucune contestation, après la mort de six personnes lors d’une manifestation de l’opposition, réprimée par l’armée. Les manifestants dénonçaient des fraudes selon eux dans le processus électoral.

« Désamorcer » la crise

« On attend maintenant de Mnangagwa qu’il tienne ses promesses », a réagi vendredi à Harare un chauffeur de taxi, Langton Madanhi.

Sa victoire « signifie qu’on va continuer à souffrir », a estimé pour sa part un garde de sécurité, Emion Chitsate. « On espérait avoir un nouveau dirigeant et un nouveau gouvernement avec des nouvelles idées. Au final, l’avenir sera peut-être plus sombre que du temps de Mugabe ».

Nelson Chamisa avait tablé sur son jeune âge, 40 ans, et la volonté de changement d’une partie des Zimbabwéens, en quête de sang-neuf, pour s’imposer à la présidentielle.

Le président Mnangagwa, soucieux de se démarquer de son prédécesseur, avait promis des élections libres, pacifiques et transparentes, dans l’espoir d’attirer de nouveaux les investisseurs occidentaux dans son pays au bord de la faillite.

Mais pendant la campagne électorale, l’opposition n’a cessé de dénoncer l’impartialité et le manque de transparence, selon elle, de la ZEC.

L’Union européenne s’est inquiétée mercredi de « l’inégalité des chances » entre les candidats, des « intimidations d’électeurs et du manque de confiance dans le processus électoral » qui ont « miné l’environnement pré-électoral ».

Les Zimbabwéens s’étaient déplacés lundi dans le calme et en masse pour ces élections générales historiques qui devaient marquer un tournant dans l’histoire du pays, où les élections ont été régulièrement entachées de fraude et de violence.

Mais ces espoirs ont été douchés par la répression meurtrière de mercredi, après l’annonce de la victoire écrasante de la Zanu-PF aux législatives.

La communauté internationale s’est inquiétée de ces tensions post-électorales. Le Royaume-Uni, ancienne puissance coloniale du Zimbabwe, a demandé à Harare de retirer l’armée des rues de la capitale.

« Quelle perte de temps de s’être inscrit sur les listes électorales, d’avoir voté pour avoir au final des gens tués », a estimé, dépitée, Sharon Nhamo, une employée de parking de 40 ans.

Ces violences sont « vraiment décevantes », a réagi un autre habitant d’Harare, Timie Manuwere, 37 ans, expliquant cependant ne pas être surpris. « Il était très improbable que ces gars abandonnent juste le pouvoir au bout de huit mois. ll faut aussi qu’ils profitent du coup. »

« Nous avons tous été naïfs, y compris la communauté internationale », a estimé Ibbo Mandaza, un analyste du groupe de réflexion Southern African Political and Economic Series (SAPES) basé à Harare.

« Nous avons refusé d’appeler un coup un coup et la communauté internationale a été naïve de penser que les élections seraient libres et justes sous un gouvernement militaire », a-t-il déclaré à l’AFP.

LES OPPOSANTS ARRÊTÉS RESTENT EN PRISON

La justice zimbabwéenne n’a pas tranché samedi le cas de la vingtaine d’opposants emprisonnés depuis jeudi, après la victoire contestée du président sortant Emmerson Mnangagwa, qui a appelé à l’apaisement dans l’espoir de tourner la page de l’ère Mugabe.

Mnangagwa a obtenu de justesse la majorité (50,8%) des voix à l’élection présidentielle de lundi, la première depuis la chute du président Robert Mugabe, tombé en novembre après près de quatre décennies au pouvoir. Il appartient, comme M. Mugabe, au parti de la Zanu-PF, aux commandes du pays depuis l’indépendance en 1980.

Après un vote dans le calme, la situation a dégénéré mercredi quand la police et l’armée ont réprimé une manifestation de l’opposition, faisant au moins six morts.

Le lendemain, la police a perquisitionné les locaux du Mouvement pour le changement démocratique (MDC, opposition), arrêtant une vingtaine de personnes, inculpées de violences sur la voie publique.

Samedi, 24 personnes dont huit femmes ont comparu devant le tribunal de Harare, qui a renvoyé l’audience à lundi pour décider de leur éventuelle mise en liberté provisoire.

« Ils savent qu’ils sont innocents mais ils veulent juste les punir et nous faire peur », a réagi Gideon Pate, un militant du MDC.

La situation était calme samedi à Harare mais restait tendue, notamment en banlieue. A Chitungwiza (banlieue sud), « des gens ont été battus par des soldats hier (vendredi) soir », a affirmé Christine, une commerçante. « Ils n’avaient rien fait. Les soldats sont encore là, on a peur de sortir ».

« Construire un nouveau Zimbabwe »

La même nuit, un journaliste de NewsDay a été arrête pendant plusieurs heures par la police, qui l’a empêché de couvrir ses opération à Kuwadzana (banlieue ouest), selon l’institut de défense de la presse Misa.

Plusieurs victimes de la répression ont été enterrées samedi. Les funérailles de Sylvia Maphosa, une femme tuée par balles, ont rassemblé plusieurs centaines de personnes, de même que celles de Ishmail Kumire, un marchands de fruits, lui aussi tué par balles mercredi.

« Il vendait juste ses tomates. C’était un partisan du parti au pouvoir – et c’est ce même parti qui l’a tué », a affirmé son frère, Steven Matope.

De son côté, Emmerson Mnangagwa, 75 ans, joue la carte de l’apaisement. L’élection marque « un nouveau départ » pour « construire un nouveau Zimbabwe pour tous », a-t-il déclaré vendredi.

Il a promis une enquête indépendante sur les violences et dénoncé certaines méthodes policières. Il a aussi défendu son élection, assurant qu’elle avait été « libre, juste et crédible ».

Sans convaincre Nelson Chamisa, le jeune chef de l’opposition, âgé de 40 ans, qui a de nouveau dénoncé samedi des fraudes. « Nous avons gagné, mais ils ont déclaré le contraire. Vous avez voté et ils ont triché », a-t-il estimé sur son compte Twitter.

Le MDC a promis de saisir la justice, assurant avoir des « preuves » des fraudes.

Une fois saisie, la justice a 14 jours pour se prononcer. Le vainqueur sera alors investi président dans les 48 heures.

« Les gens ont faim »

« Mnangagwa et son parti savent que le pays a besoin de la bonne volonté de la communauté internationale. S’ils déploient de nouveaux soldats et si davantage de personnes sont tuées, ça n’annoncera rien de bon pour lui », a estimé Anthoni Van Nieuwkerk, professeur de relations internationales à l’université Wits de Johannesburg.

« Le véritable défi, ce n’est pas la représentation politique mais la relance de l’économie. Les gens n’ont pas de travail, ils ont littéralement faim (…). Ce défi ne peut être surmonté que si le vainqueur et le second travaillent ensemble », a-t-il ajouté.

Les Etats-Unis ont déploré les violences mais « encouragé » vendredi « tous les responsables politiques à montrer de la magnanimité dans la victoire et de la courtoisie dans la défaite ».

La Corée du Nord, un des alliés de longe date du régime de Robert Mugabe, a elle félicité samedi le nouveau président espérant « renforcer encore des liens historiques ».

Arrivé à la présidence en novembre après un coup de force de l’armée qui a renversé Robert Mugabe, Mnangagwa a légitimé son pouvoir avec ce double scrutin, confortant même sa position à l’Assemblée: son parti a raflé les deux-tiers des sièges lors des législatives.

L’ex-bras droit de Robert Mugabe, soucieux de se démarquer de l’ancien président autocrate, s’était engagé à organiser des élections libres. Sous Mugabe, les scrutins étaient marqués par fraudes et violences. En 2008, plus de 200 personnes avaient été tués.

Amnesty International s’est inquiétée de « l’arrestation arbitraire d’au moins 60 personnes ». Elle a appelé le président à « tenir ses promesses », en « ordonnant aux forces de sécurité de mettre fin à leur campagne brutale de torture, d’intimidation et de suppression de voix dissidentes ».

Emmerson Mnangagwa traîne une réputation sulfureuse. En tant que chef de la sécurité nationale sous Mugabe, il a dirigé en 1983 la répression dans les provinces dissidentes du Matabeleland (ouest) et des Midlands (centre), qui ont fait environ 20.000 morts.

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