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mardi , 29 septembre 2020
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Mali : Les soupçons de fraude électorale attisent les tensions ethniques

« On a bourré les urnes dans les zones nomades, pour le candidat du pouvoir ». Dans le nord du Mali, les soupçons de fraude électorale attisent les tensions ethniques. « Quand dans un village, il y a 5.000 personnes mais 6.000 qui votent… c’est du bourrage, c’est trop! », tempête un observateur électoral à Gao lors du premier tour le 29 juillet, dont le président sortant Ibrahim Boubacar Keïta, est sorti largement en tête, loin devant le chef de l’opposition, Soumaïla Cissé. Ces allégations, sur toutes les lèvres des partisans de l’opposition depuis la proclamation des résultats officiels provisoires par le ministère de l’Administration territoriale, jeudi soir, sont difficiles à prouver. Le gouvernement les a annoncés à l’échelle nationale, mais n’a « pas du tout l’intention de les publier en détail, bureau par bureau », a indiqué une source proche du ministère, resté sourd aux demandes répétées de l’opposition et des observateurs internationaux au nom de l’exigence de « transparence ».

Thé à la main, Alassane Maïga ne décolère pas: « On a bourré les urnes dans les zones nomades, pour le candidat du pouvoir ». Dans le nord du Mali, les soupçons de fraude électorale attisent les tensions ethniques.

« On », ce sont les « peaux claires », Touareg et Arabes, précise cet enseignant de Gao convaincu que ce sont les mêmes qui « tous les jours » causent de « l’insécurité », sans pouvoir préciser laquelle de ces communautés il accuse.

« Quand dans un village, il y a 5.000 personnes mais 6.000 qui votent… c’est du bourrage, c’est trop! », tempête cet homme de 45 ans, observateur électoral à Gao lors du premier tour le 29 juillet, dont le président sortant Ibrahim Boubacar Keïta, est sorti largement en tête, loin devant le chef de l’opposition, Soumaïla Cissé.

Ces allégations, sur toutes les lèvres des partisans de l’opposition depuis la proclamation des résultats officiels provisoires par le ministère de l’Administration territoriale, jeudi soir, sont difficiles à prouver.

Le gouvernement les a annoncés à l’échelle nationale, mais n’a « pas du tout l’intention de les publier en détail, bureau par bureau », a indiqué une source proche du ministère, resté sourd aux demandes répétées de l’opposition et des observateurs internationaux au nom de l’exigence de « transparence ».

Une à une, alors qu’une patrouille de police des Nations unies est venue dans son quartier en prendre le pouls, Alassane énumère les communes proches où les « peaux claires » auraient, selon lui, « bourré les urnes » au profit du président, surnommé « IBK », donné grand favori du second tour le 12 août.

Insécurité propice aux fraudes

En mars, les autorités avaient imposé un couvre-feu d’une semaine à Gao, la plus grande ville du Nord, à la suite d’affrontements mortels entre communautés songhaï et arabe.

Dans cette région, où l’Etat est peu ou pas présent, les groupes armés signataires de l’accord de paix de 2015, principalement touareg, ont participé à la sécurisation du vote. Plusieurs habitants de Gao accusent le parti présidentiel d’en avoir profité pour pactiser avec eux afin de truquer le scrutin.

« On entend ça partout en ville », confirme un responsable de la Mission des Nations unies au Mali (Minusma), sous couvert de l’anonymat, sans pouvoir confirmer pour autant qu’il y a bien eu fraude.

Et dimanche, l’entourage de Soumaïla Cissé a annoncé à l’AFP avoir saisi la cour constitutionnelle du pays pour « bourrages d’urnes, violation de la loi électorale, irrégularités » par le camp « IBK ». Deux autres opposants, l’homme d’affaires Aliou Boubacar Diallo et l’ex-Premier ministre Cheick Modibo Diarra, respectivement arrivés troisième et quatrième, ont également saisi la justice.

« Les bourrages d’urnes expliquent notamment les scores d’IBK dans le Nord et le Centre », a affirmé un porte-parole du chef de l’opposition.

« C’est une fraude totale! », lance plus loin Mohammed Touré, en train de prendre le thé avec des amis.

« Dans une commune, ils ont eu 9.772 voix pour IBK et seulement une pour Cissé… mais ils ont 9.000 inscrits! », affirme cet entrepreneur de 31 ans, qui dit tenir ces informations de gens sur place, alors que la participation au niveau national a été officiellement de 43,06%.

Volonté de paix

Si Gao, aux portes du désert, a été étonnamment calme lors du scrutin, à travers le pays ce sont plus de 700 bureaux de vote, essentiellement dans les zones rurales du centre, sur quelque 23.000, qui n’ont pas pu ouvrir en raison d’incidents violents.

« C’est dans les zones où il n’y a pas de sécurité qu’on entend qu’IBK a volé. Là-bas, les chefs de bureau ont pris les urnes et les ont remplies pour IBK », affirme Abdoulmajid Agagrossi, 23 ans.

Cet électricien au chômage, qui ne demande que « du travail » et de « rester en paix », a affiché sa préférence jusque sur le guidon de son scooter, où trône le visage de Soumaïla Cissé, natif de la région de Tombouctou (nord-ouest), contrairement à IBK, originaire du Sud.

Cinq ans après l’intervention française qui a chassé les jihadistes du Nord, où ils avaient instauré un régime de terreur, les habitants de Gao rencontrés par l’AFP, pro-IBK ou pro-Cissé, s’accordent sur une chose: les violences doivent cesser.

« On veut que le gouvernement travaille pour la sécurité du Mali », résume Ismaël, guide touristique de 24 ans, reconverti vendeur d’artisanat dans la base des troupes de l’opération française Barkhane.

Vêtu d’un boubou blanc écarlate, Idriss Adrega, lui, soutient IBK, car « on ne peut pas nier ce qu’il a fait », tout en regrettant: « Les routes sont mauvaises, il y a beaucoup de choses qui nous manquent, il n’y a pas de sécurité, on nous tire dessus ».

Pour cet imam, « Nous, à Gao, on a trop souffert ».

IBK VS. CISSÉ

Le président malien Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) est arrivé largement en tête au premier tour de la présidentielle. « IBK » (ses initiales) retrouvera le 12 août au second tour Soumaïla Cissé, qui a recueilli 17,8% des voix, selon ces résultats officiels provisoires. La communauté internationale, présente militairement avec la force française Barkhane, qui a pris le relais de l’opération Serval déclenchée en 2013 contre les jihadistes, et avec les Casques bleus de l’ONU, attend du vainqueur une relance de l’accord de paix signé en 2015 par le camp gouvernemental et l’ex-rébellion à dominante touareg, dont l’application accumule les retards. Malgré cet accord, les violences jihadistes ont non seulement persisté, mais se sont propagées du nord vers le centre et le sud du Mali, puis au Burkina Faso et au Niger voisins, se mêlant souvent à des conflits intercommunautaires.

Le président malien Ibrahim Boubacar Keïta est arrivé largement en tête au premier tour de la présidentielle qui s’est tenu malgré les violences jihadistes et communautaires, mais retrouvera au second tour son principal opposant, Soumaïla Cissé, comme en 2013.

Au premier tour qui s’est tenu le 29 juillet, M. Keïta, 73 ans, a remporté 41,42% des voix, a indiqué jeudi soir le ministre de l’Administration territoriale, Mohamed Ag Erlaf, lors d’une annonce impromptue à la télévision publique ORTM, après plusieurs jours d’attente et de spéculations fiévreuses sur les résultats.

« IBK » (ses initiales) retrouvera le 12 août au second tour Soumaïla Cissé, qui a recueilli 17,8% des voix, selon ces résultats officiels provisoires.

La communauté internationale, présente militairement avec la force française Barkhane, qui a pris le relais de l’opération Serval déclenchée en 2013 contre les jihadistes, et avec les Casques bleus de l’ONU, attend du vainqueur une relance de l’accord de paix signé en 2015 par le camp gouvernemental et l’ex-rébellion à dominante touareg, dont l’application accumule les retards.

Malgré cet accord, les violences jihadistes ont non seulement persisté, mais se sont propagées du nord vers le centre et le sud du Mali, puis au Burkina Faso et au Niger voisins, se mêlant souvent à des conflits intercommunautaires.

L’homme d’affaires Aliou Diallo arrive en troisième position avec 7,95% des suffrages et l’ancien chef de gouvernement de transition (avril-décembre 2012), Cheick Modibo Diarra, complète le quatuor de tête avec 7,46%, loin devant les 20 autres candidats.

Le moment de l’annonce, à la veille du dernier jour légal pour la proclamation des résultats, a surpris les habitants de ce vaste pays d’Afrique de l’Ouest, et même les partisans des deux principaux candidats, ont constaté des journalistes de l’AFP.

« Grâce à vous, je suis en tête », s’est félicité sur le compte Twitter de sa campagne le président sortant. « Ceci est une preuve évidente de votre confiance accordée », a-t-il ajouté. A son quartier général de campagne une quinzaine de ses partisans affichaient des mines triomphales.

Président en ballottage

« Je m’attendais plutôt à un seul tour, les électeurs en ont décidé autrement », a déclaré Mamadou Wague, militant d’un parti de la majorité, prédisant une victoire encore « plus emblématique qu’en 2013 » de son candidat, qui l’avait alors emporté avec plus de 77 % des voix.

A contrario, l’ambiance était morose parmi la quinzaine de militants de l’Union pour la République et la démocratie (URD), le parti de Soumaïla Cissé, réunis au siège de cette formation.

« Pour la première fois dans l’histoire de la démocratie malienne, un président en exercice est contraint à un 2e tour », a pourtant souligné le chef de l’opposition sur Twitter, estimant que le projet de le faire réélire au premier tour avait échoué « malgré la fraude ».

Mais Abdoulaye Askofare, un militant de l’URD, ne cachait pas son amertume. « 17%, c’est pas vrai, c’est pas vrai », répétait-il. » Tous les partis de l’opposition doivent rejeter ces résultats », a-t-il dit.

Pour l’emporter, Soumaïla Cissé devra faire le plein des voix des autres candidats.

Un rassemblement en ce sens s’est esquissé mercredi, les deux tiers des candidats affirmant qu’ils n’accepteraient pas les résultats « affectés par des irrégularités ».

Le directeur de campagne de Soumaïla Cissé, Tiébilé Dramé, s’est félicité à cette occasion de la constitution d’un « embryon de front +Tout sauf IBK+ », estimant que ce dernier était « isolé ».

La participation a été de 43,06%, un taux plutôt supérieur à la moyenne habituellement observée dans ce pays connu pour son rayonnement culturel, mais où moins d’un tiers des plus de 15 ans sont alphabétisés.

En outre, elle a été affectée par une série d’attaques jihadistes présumées qui ont perturbé le vote, essentiellement dans des zones rurales du centre, malgré la mobilisation de plus de 30.000 membres des forces de sécurité, nationales et étrangères.

Quelque 700 bureaux de vote sur 23.000 n’ont pas pu ouvrir en raison d’incidents violents, selon le gouvernement, mais les missions d’observation nationales et internationales ont salué le déroulement du scrutin sur le reste du territoire.

« Quiconque remportera cette élection ne sera qu’une marionnette entre les mains de la France et des pays croisés », a affirmé la principale alliance jihadiste du Sahel, liée à Al-Qaïda, en revendiquant des tirs de roquettes qui ont visé le jour du vote le camp de force de l’ONU à Aguelhok (nord-est).

Le Touareg malien Iyad Ag Ghaly, chef de cette alliance et dirigeant d’un des groupes islamistes qui s’étaient emparés de tout le nord du Mali en 2012, s’était invité dans la fin de campagne, fustigeant dans une vidéo les « crimes » de l’armée malienne et l’élection, source « d’illusions ».

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