dimanche , 27 septembre 2020
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Zimbabwe : Election frauduleuse, illégale et illégitime

L’élection est « frauduleuse, illégale et illégitime », a affirmé le leader de l’opposition Nelson Chamisa, candidat malheureux à la présidentielle. « Le degré d’opacité, le manque de vérité (…) et l’absence de valeurs » au sein de la ZEC sont « confondants », s’est-il indigné, dénonçant le « scandale de la ZEC » qui a publié de « faux résultats ». Emmerson Mnangagwa a été déclaré vainqueur avec 50,8% des suffrages, devant Nelson Chamisa avec 44,3% des voix. Les observateurs internationaux se sont également demandé si les élections étaient à la hauteur des promesses d’Emmerson Mnangagwa, soucieux de mettre fin à l’isolation internationale de son pays. Dans son rapport préliminaire, l’Union européenne a accusé la commission électorale « d’un manque persistant de transparence et d’inclusivité ».

La commission électorale du Zimbabwe, au service de la fraude au temps du président Robert Mugabe, tombé en novembre, comptait restaurer sa crédibilité lors des élections cette année. Mais une fois de plus, elle se retrouve au coeur de la controverse avec le rejet par l’opposition des résultats.

Les premières élections post-Mugabe, qui se sont tenues lundi, devaient permettre au Zimbabwe « de regagner le concert des nations », avait déclaré la présidente de la commission électorale (ZEC), Priscilla Chigumba, en préambule de l’annonce vendredi des résultats de la présidentielle.

Elle faisait écho à la promesse du président Emmerson Mnangagwa, le successeur et ancien bras droit de Robert Mugabe, de tenir des élections libres, transparentes et libres, alors que de nombreux scrutins du temps du camarade « Bob » avaient été entachés de fraudes et violences.

Mais à peine les résultats de la présidentielle annoncés vendredi, l’opposition les a rejetés.

L’élection est « frauduleuse, illégale et illégitime », a affirmé le leader de l’opposition Nelson Chamisa, candidat malheureux à la présidentielle.

« Le degré d’opacité, le manque de vérité (…) et l’absence de valeurs » au sein de la ZEC sont « confondants », s’est-il indigné, dénonçant le « scandale de la ZEC » qui a publié de « faux résultats ».

Emmerson Mnangagwa a été déclaré vainqueur avec 50,8% des suffrages, devant Nelson Chamisa avec 44,3% des voix.

Les observateurs internationaux se sont également demandé si les élections étaient à la hauteur des promesses d’Emmerson Mnangagwa, soucieux de mettre fin à l’isolation internationale de son pays.

Dans son rapport préliminaire, l’Union européenne a accusé la commission électorale « d’un manque persistant de transparence et d’inclusivité ».

Electeurs fantômes

La ZEC traîne derrière elle un fort passif.

Pendant l’ère Mugabe, elle fut souvent synonyme de fraude et de partialité.

En 2008, la ZEC s’était couverte de ridicule en jugeant crédibles les élections malgré le retrait de l’opposant Morgan Tsvangirai, arrivé en tête du premier tour de la présidentielle devant Robert Mugabe.

Morgan Tsvangirai avait renoncé à la course après la mort de plus de 200 de ses partisans.

Mais avec la nomination à sa tête en janvier de Priscilla Chigumba, la commission électorale avait voulu tenter de restaurer son image.

En tant que juge respectée, cette femme de tête s’est illustrée pour avoir annulé une interdiction de manifestation de l’opposition et pour avoir relaxé l’opposant et pasteur Evan Mawarire.

A son nouveau poste, Priscilla Chigumba a défendu avec véhémence la ZEC, publiant sur une pleine page dans la presse un démenti pour tenter de faire taire les rumeurs d’électeurs fantômes.

« Nous, à la commission électorale, n’allons pas voler le choix » des électeurs, avait-elle aussi assuré au lendemain des élections du 30 juillet.

Mais elle a été accusée de partialité, notamment dans la mise en page des bulletins de vote, où les noms étaient présentés par ordre alphabétique sur deux colonnes, donnant à Emmerson Mnangagwa une place proéminente en haut de page.

La ZEC « a choisi de jeter le sifflet de l’arbitre et de soutenir l’équipe d’Emmerson Mnangagwa », a accusé Nelson Chamisa.

« Les principes clés d’une élection crédible sont la transparence et la prise de responsabilité, mais la ZEC a été peu encline à la transparence », constate de son côté Tawanda Chimhini, à la tête d’une ONG de surveillance du processus électoral au Zimbabwe, Election Resource Centre.

La commission « n’est pas à la hauteur de ses énormes responsabilités d’arbitre impartial », juge aussi l’analyste politique Alex Magaisa basé au Royaume-Uni. « Il y a une perception largement répandue qu’elle est partiale, une perception liée à son passé mais aussi à des révélations récentes. »

EMMERSON MNANGAGWA TENTE L’APAISEMENT

Arrivé au pouvoir par un coup de force, désormais légitimé par les urnes, le nouveau président du Zimbabwe, Emmerson Mnangagwa, tente l’apaisement vis-à-vis d’une opposition qui crie à la fraude, dans l’espoir de tourner la page de l’ère Mugabe.

Washington, tout en déplorant les violences qui ont fait six morts quand l’armée à tiré sur la foule mercredi à Harare, a « encouragé » vendredi « tous les responsables politiques à montrer de la magnanimité dans la victoire et de la courtoisie dans la défaite ».

Les élections générales de lundi –incluant législatives et présidentielle– étaient les premières après la fin du règne autocratique de Robert Mugabe, tombé en novembre à la suite d’un coup de force de l’armée après 37 ans au pouvoir, soit depuis l’indépendance du pays en 1980.

Emmerson Mnangagwa a défendu la légitimité de son élection –remportée avec 50,8% des voix–, assurant qu’elle avait été « libre, juste et crédible », évoquant même « un festival de liberté sans entraves ».

L’élection de lundi marque « un nouveau départ » pour « construire un nouveau Zimbabwe pour tous », a encore déclaré le président élu de 75 ans, appelant à l’unité et tendant la main à son opposant, Nelson Chamisa, battu avec 44,3% des suffrages.

« Vous avez « un rôle crucial à jouer au Zimbabwe, maintenant et à l’avenir », lui a-t-il lancé au cours d’un point de presse vendredi au palais présidentiel.

Sans convaincre Nelson Chamila, jeune chef de l’opposition de 40 ans, qui avait revendiqué la victoire avant l’annonce des chiffres officiels. Il a crié vendredi au « trucage », estimant que « l’élection a été frauduleuse, illégale, illégitime ».

« Nous avons gagné cette élection. Nous sommes prêts à former un gouvernement », a martelé Nelson Chamila, lors d’une conférence de presse retardée vendredi par une intervention policière.

Sa formation, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), a annoncé qu’il allait saisir la justice.

Emmerson Mnangagwa, surnommé le « crocodile », a conforté son pouvoir en raflant lundi au législatives les deux tiers des sièges à l’assemblée nationale pour son parti, la Zanu-PF.

« C’est un nouveau Zimbabwe, nous sommes heureux », a réagi vendredi un informaticien, Tendai Mugadi, 32 ans. « La faible majorité (obtenue par Mnangagwa) montre simplement que c’était des élections libres et justes », a-t-il ajouté.

Ecrasé à Bulawayo

« Vous pouvez truquer les élections mais pas l’économie. (…) On verra comment ça se termine », affirmait, dépité, Doubt Bhunu, 40 ans.

Bulawayo, deuxième ville du Zimbabwe et bastion de l’opposition, a accueilli avec résignation l’annonce de la victoire du parti au pouvoir depuis 38 ans. Le leader de l’opposition, Nelson Chamisa, y a écrasé le président sortant, obtenant 145.000 voix contre 60.000 à son rival. Mais pas assez pour renverser la tendance nationale.

La ville garde aussi certainement en mémoire les années de répression sous le régime de Mugabe et notamment les tueries de populations de l’ethnie Ndébélés, majoritaires dans la région, par l’armée dans les années 1980. Mnangagwa a été accusé d’avoir participé à ces atrocités.

Vendredi, les habitants de la capitale se sont rendus à leur travail, la circulation était de nouveau dense et les magasins ouverts, contrastant avec la veille où le centre-ville avait été déserté sous la pression de militaires qui patrouillaient à pied.

Vingt-et-une personnes ont été arrêtées cette semaine dans le cadre des violences électorales et seront présentées devant la justice vendredi.

Mercredi, l’armée avait réprimé une manifestation de l’opposition qui dénonçait des fraudes. Six personnes ont été tuées.

Félicitations de Pretoria

Dans un communiqué, le chef de l’Etat sud-africain « Cyril Ramaphosa a félicité M. Mnangagwa pour son élection (…) et appelle tous les leaders politiques et le peuple du Zimbabwe à accepter le résultat ».

Pour le cabinet d’experts EXX Africa, « malgré les violences et les accusations d’irrégularités dans le vote, le président Mnangagwa et le parti ont assuré un mandat qui aura une reconnaissance internationale ».

Selon ce cabinet, la contestation devrait s’étioler même si « l’opposition tentera de rester sur la scène en organisant des manifestations ».

Les Zimbabwéens s’étaient déplacés lundi dans le calme et en masse pour ces élections historiques qui devaient marquer un tournant dans l’histoire du pays.

Depuis son indépendance en 1980, le Zimbabwe n’a connu que deux présidents, tous les deux issus de la Zanu-PF: Robert Mugabe et Emmerson Mnangagwa.

Mais l’intervention mercredi à balle réelle de l’armée contre des manifestants de l’opposition a douché ces espoirs.

« La vitesse avec laquelle le parti au pouvoir a déployé des soldats dans la rue une fois le vote terminé montre bien comment Mnangagwa compte gouverner », a prédit le cabinet d’experts Verisk Maplecroft.

ZANU-PF : VICTOIRE CONTESTÉE

Des violences opposant forces de l’ordre et partisans de l’opposition ont fait trois morts mercredi à Harare, après l’annonce contestée de résultats partiels des premières élections au Zimbabwe depuis la chute de Robert Mugabe, au pouvoir pendant près de quarante ans. Les Etats-Unis, qui se sont dits « profondément inquiets », ont appelé dans la soirée l’armée « à faire preuve de retenue quand elle disperse les manifestants ». Idem pour l’ancienne puissance coloniale britannique, qui a appelé au « calme et à la retenue » et exhorté « les leaders politiques à assumer leurs responsabilités… à ce moment critique », et pour l’ONU qui a pressé le gouvernement et l’opposition à rejeter « toute forme de violence ».

La police a confirmé « la mort regrettable de trois personnes pendant les émeutes et la mêlée » dans le centre de la capitale Harare.

Mais en soirée, le ministre de l’Intérieur, Obert Mpofu, a averti que son gouvernement « ne tolérera pas » la contestation de l’opposition dans la rue et s’est engagé à réprimer de nouvelles manifestations.

« Nous ne tolérerons pas les agissements que nous avons observés aujourd’hui », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse, avertissant l’opposition qu’elle ferait « une grosse erreur » en prenant l’attitude du gouvernement pour de la « faiblesse ».

Au moins un manifestant a été tué par les tirs à balle réelle des militaires. Un homme touché à l’estomac a ainsi succombé à ses blessures, a constaté un photographe de l’AFP. Auparavant, la police avait fait usage de gaz lacrymogènes et de canons à eau pour tenter de disperser la foule massée devant des bureaux temporaires de la commission électorale, qui a riposté à coups de pierre.

« On ne veut pas les soldats dans la rue. Ils ne vont pas nous faire taire avec leurs fusils », a assuré Beridge Takaendesa, un ancien agent immobilier de 43 ans, mécontent de l’annonce des résultats, encore partiels, donnant la victoire aux législatives du parti au pouvoir au Zimbabwe depuis 1980, la Zanu-PF.

Des barricades ont été érigées dans la ville avec des blocs de béton et des pierres. Des policiers anti-émeutes bloquaient l’accès au siège du principal parti de l’opposition, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), tandis que des véhicules militaires patrouillaient en ville.

« Aujourd’hui, nous avons vu le déploiement de chars et des tirs à balle réelle sans raison apparente », a dénoncé le porte-parole du MDC, Nkululeko Sibanda, qui a condamné « la brutalité dont nous avons été victimes aujourd’hui sans aucune raison ».

Le président Emmerson Mnangagwa, qui a succédé en novembre à Robert Mugabe, avait déclaré vendredi qu’il tenait l’opposition pour « responsable » de toute perte humaine lors de manifestations post-électorales.

« Inégalité des chances »

Selon ces résultats publiés par la commission électorale (ZEC), sur 205 des 210 circonscriptions du pays, la Zanu-PF obtient 144 sièges, ce qui lui assure la majorité à la chambre basse, tandis que le MDC (Mouvement pour le changement démocratique) rafle 61 sièges.

Les résultats officiels de la présidentielle, opposant Emmerson Mnangagwa et le leader de l’opposition Nelson Chamisa, ne sont pas encore connus, mais ce dernier a affirmé qu’ils étaient en train d’être truqués.

La commission électorale « cherche à publier des résultats (partiels, ndlr) pour gagner du temps et inverser la victoire du peuple à l’élection présidentielle », a-t-il affirmé sur son compte Twitter, avant de réaffirmer: « Nous avons remporté le vote populaire et nous le défendrons ».

Les scrutins de l’ère Mugabe ont été régulièrement entachés de fraude et de violences. Son successeur et ancien bras droit, M. Mnangagwa, avait promis des élections justes, pacifiques et transparentes et invité des observateurs occidentaux, une première en 16 ans.

Les observateurs de l’Union européenne (UE) ont dénoncé « l’inégalité des chances » entre les candidats et des « intimidations d’électeurs », tout en soulignant que le climat politique s’est « amélioré » au Zimbabwe.

Le président « confiant »

De premiers résultats partiels de la présidentielle, qui se joue essentiellement entre Emmerson Mnangagwa et Nelson Chamisa, devaient être annoncés mercredi, mais ne l’ont pas été.

Sans majorité absolue au premier tour, les deux candidats s’affronteraient alors au second tour le 8 septembre.

Les résultats des législatives annoncés mercredi par la ZEC contredisent les annonces la veille du MDC, qui avait revendiqué la victoire.

Une proclamation qui a suscité la colère du gouvernement qui a menacé d’arrestations ceux qui annoncent des résultats alors que le décompte se poursuit.

Pour sa part, le président Mnangagwa, patron de la Zanu-PF, s’était dit confiant mardi dans la victoire, faisant état d’informations « extrêmement positives » sur le terrain.

Les électeurs se sont déplacés en masse lundi pour les premières élections générales post-Mugabe, alors que le pays est embourbé dans une grave crise économique depuis près de deux décennies.

Robert Mugabe, écarté par un coup de force de l’armée et de son parti, après être entré en crise ouverte avec Emmerson Mnangagwa, avait été contraint de démissionner en novembre après trente-sept ans au pouvoir.

Dimanche, lors d’une conférence de presse surprise, le nonagénaire a annoncé qu’il ne voterait pas Zanu-PF, laissant sous-entendre qu’il glisserait un bulletin Chamisa.

L’ARMÉE RÉPOND À BALLE RÉELLE

Devant les policiers anti-émeutes déployés devant les bureaux de la commission électorale à Harare, un partisan de l’opposition brandit un panneau « Non au mauvais décompte ». Des manifestants, qui crient à la fraude lors des élections générales de lundi, allument un petit feu sur le bitume, et rapidement la situation dégénère.

La police fait usage de canons à eau, puis de gaz lacrymogène. Les manifestants ripostent à coup de pierres.

Très vite, des camions militaires sillonnent la ville et déversent des dizaines d’hommes en treillis qui tirent à balle réelle. Un militant est touché à l’estomac et meurt dans la rue. Un autre, à terre, est sévèrement battu à coup de fouet.

« Vous dites que vous êtes meilleurs que Mugabe, mais vous êtes à l’image de Mugabe », lance un jeune homme, à l’adresse du régime d’Emmerson Mnangagwa, qui a succédé en novembre, avec l’aide de l’armée, à Robert Mugabe, contraint de démissionner après trente-sept ans au pouvoir.

Emmerson Mnangagwa, ancien bras droit de Robert Mugabe, avait promis cette année des élections libres, pacifiques et justes, alors que les scrutins sous l’ancien régime avaient été entachés de fraudes et de violences.

Mercredi, avec l’intervention de l’armée pour mater les manifestations post-électorales, son engagement a tourné court.

« Etat militaire »

Tout a commencé mercredi matin avec l’annonce officielle de la victoire, haut la main aux législatives, de la Zanu-PF, le parti au pouvoir depuis l’indépendance du Zimbabwe en 1980.

C’est la douche froide pour le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), qui a revendiqué la veille une « victoire éclatante ».

Les résultats officiels de la présidentielle, qui se joue entre le chef de l’Etat Emmerson Mnangagwa et le leader de l’opposition Nelson Chamisa, ne sont pas encore connus, mais Nelson Chamisa prévient qu’ils sont en train d’être truqués.

Il accuse la commission électorale de préparer de « faux résultats pour la présidentielle ». « Nous avons remporté le vote populaire et nous le défendrons », assure-t-il sur son compte Twitter.

Devant le siège du MDC, des centaines d’hommes et femmes viennent lui apporter son soutien. Ils dansent et chantent en brandissant des portraits de leur jeune chef, sous l’oeil attentif de policiers anti-émeutes.

La colère monte et se déplace devant les bureaux de la commission électorale qui a élu domicile à l’hôtel Rainbow Towers pour compiler les résultats.

« On ne veut pas de fausses élections », explique un manifestant sur une pancarte, alors que des policiers bloquent l’entrée de l’hôtel.

Des militants érigent en ville des barricades avec des briques, des blocs de béton, des pierres, des kiosques à journaux, et mettent le feu à des papiers et des morceaux de bois en chantant « Chamisa ». D’autres arrachent des panneaux de signalisation.

Devant l’hôtel Rainbow Towers, le face-à-face se prolonge, avant de dégénérer en heurts. Des tirs d’armes automatiques résonnent dans la ville.

Les manifestants s’enfuient. Des femmes, dont une avec un bébé dans le dos, courent affolées, pieds nus.

L’accès au MDC est désormais bloqué par des policiers anti-émeutes. Un hélicoptère militaire survole la ville qui se vide.

« Déployer l’armée signifie qu’ils dirigent d’une main de fer », estime un vendeur de légumes, Mazvinetsa Muradzikwa, âgé de 24 ans. « On est maintenant dans un Etat militaire ».

EMMERSON MNANGAGWA DÉFEND UNE ÉLECTION CRÉDIBLE

Le leader de l’opposition zimbabwéenne et candidat malheureux à la présidentielle, Nelson Chamisa, a rejeté vendredi la « frauduleuse » victoire du chef de l’Etat sortant Emmerson Mnangagwa, qui a immédiatement démenti ses accusations défendant une élection « libre et crédible ».

L’ancien bras droit de Robert Mugabe, tombé en novembre après trente-sept ans au pouvoir, s’est imposé avec 50,8% des voix, devant Nelson Chamisa (44,3%), selon des résultats officiels annoncés dans un climat très tendu.

Mercredi, l’armée avait réprimé une manifestation de l’opposition qui dénonçait des fraudes. Six personnes ont été tuées.

Le jeune chef de l’opposition, Nelson Chamisa, qui avait revendiqué la victoire avant l’annonce des chiffres officiels, a crié vendredi au « trucage ».

« L’élection a été frauduleuse, illégale, illégitime (…). Nous avons gagné cette élection. Nous sommes prêts à former un gouvernement », a-t-il lancé lors d’une conférence de presse retardée par une intervention policière.

Il s’est même permis quelques traits d’ironie. « L’élection a été truquée. Ils (le pouvoir) n’ont même pas fait un bon boulot. (…) Au moins M. Mugabe, lui, était plus sophistiqué », a-t-il estimé en référence aux élections entachées de fraude pendant le règne autoritaire du camarade « Bob ».

La formation de M. Chamisa, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), a annoncé qu’il allait saisir la justice.

Emmerson Mnangagwa a catégoriquement rejeté les allégations de ses adversaires.

« Alors que les yeux du monde étaient tournés vers nous, nous avons organisé une élection libre, juste et crédible, comme nous l’avions promis », a-t-il assuré lors d’une opération séduction au palais présidentiel.

M. Mnangagwa, soucieux de se démarquer de son prédécesseur, s’était engagé à organiser des élections libres et transparentes, dans l’espoir d’attirer des investissements occidentaux dans le pays au bord de la faillite.

L’élection de lundi, la première depuis la fin du long règne autoritaire de Robert Mugabe, marque « un nouveau départ », a estimé le président élu de 75 ans, appelant à l’unité pour « construire un nouveau Zimbabwe pour tous ».

‘Nouveau Zimbabwe’

Celui qui est surnommé le « crocodile » a gagné son pari: il a obtenu la légitimité des urnes, lui qui avait accédé au pouvoir en novembre à la suite d’un coup de force de l’armée.

Emmerson Mnangagwa a conforté son pouvoir lors des élections générales de lundi. Son parti, la Zanu-PF, a décroché les deux tiers des sièges à l’assemblée nationale

Depuis son indépendance en 1980, le Zimbabwe n’a connu que deux présidents, tous les deux issus de la Zanu-PF: Robert Mugabe, qui a dirigé le pays d’une main de fer, et Emmerson Mnangagwa, arrivé au pouvoir avec l’appui des militaires.

« C’est un nouveau Zimbabwe, nous sommes heureux », a réagi vendredi un informaticien, Tendai Mugadi, 32 ans. « La faible majorité (obtenue par Mnangagwa) montre simplement que c’était des élections libres et justes », a-t-il ajouté.

« La campagne électorale a été libre et juste mais le résultat n’est pas du tout satisfaisant », a estimé pour sa part Stephen Nyangani.

« Vous pouvez truquer les élections mais pas l’économie. (…) On verra comment ça se termine », affirmait, dépité, Doubt Bhunu, 40 ans.

Vendredi, les habitants de la capitale se sont rendus à leur travail, la circulation était de nouveau dense et les magasins ouverts, contrastant avec la veille où le centre-ville avait été déserté sous la pression de militaires qui patrouillaient à pied.

Vingt-et-une personnes ont été arrêtées cette semaine dans le cadre des violences électorales et seront présentées devant la justice vendredi.

Violences

Dans un communiqué, le chef de l’Etat sud-africain « Cyril Ramaphosa a félicité M. Mnangagwa pour son élection (…) et appelle tous les leaders politiques et le peuple du Zimbabwe à accepter le résultat ».

Pour le cabinet d’experts EXX Africa, « malgré les violences et les accusations d’irrégularités dans le vote, le président Mnangagwa et le parti ont assuré un mandat qui aura une reconnaissance internationale ».

EXX Africa, qui souligne l’important dispositif sécuritaire déployé à Harare, estime que la contestation devrait s’étioler même si « l’opposition tentera de rester sur la scène en organisant des manifestations ».

Les Zimbabwéens s’étaient déplacés lundi dans le calme et en masse pour ces élections historiques qui devaient marquer un tournant dans l’histoire du pays.

Mais l’intervention mercredi à balle réelle de l’armée contre des manifestants de l’opposition a douché ces espoirs.

Les Zimbabwéens s’étaient déplacés lundi dans le calme et en masse pour ces élections historiques qui devaient marquer un tournant dans l’histoire du pays.

Mais l’intervention mercredi à balle réelle de l’armée contre des manifestants de l’opposition a douché ces espoirs.

Human Rights Watch, qui a exigé une enquête « rapide et crédible » sur ces violences, a accusé les forces de l’ordre de s’être montrées « aussi violentes » que par le passé.

« La vitesse avec laquelle le parti au pouvoir a déployé des soldats dans la rue une fois le vote terminé montre bien comment Mnangagwa compte gouverner », a prédit le cabinet d’experts Verisk Maplecroft.

[Afp]

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