mardi , 29 septembre 2020
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Pakistan : Législatives polémiques

Des partis politiques ont rejeté vendredi la victoire d’Imran Khan aux législatives pakistanaises. « Nous pensons qu’un vol a été commis », a déclaré l’un des ténors du regroupement de partis contestataire, le mollah Fazalur Rehman. La campagne électorale elle-même a été dépeinte par certains observateurs comme l’une des plus « sales » de l’histoire du pays en raison de manipulations présumées de l’armée pakistanaise en faveur de M. Khan. « Nous ne voulons même pas leur donner le droit de gouverner après cette élection. Nous sommes tombés d’accord pour exiger de nouvelles élections », a déclaré Fazalur Rehman.

Des partis politiques ont rejeté vendredi la victoire d’Imran Khan aux législatives pakistanaises, annonçant des manifestations et exigeant un nouveau scrutin, alors que des observateurs étrangers évoquent des « restrictions sur la liberté d’expression »

« Nous pensons qu’un vol a été commis », a déclaré l’un des ténors du regroupement de partis contestataire, le mollah Fazalur Rehman, au terme d’une réunion rassemblant une douzaine de partis à Islamabad.

Parmi ces formations figure le PML-N de Shahbaz Sharif, au pouvoir ces cinq dernières années, et qui avait dénoncé dès mercredi, le jour du scrutin, des « fraudes flagrantes » ramenant « le Pakistan 30 ans en arrière ». Le parti s’estime victime d’une conspiration de l’armée et de la justice pakistanaises pour l’évincer du pouvoir.

L’ex-Premier ministre Nawaz Sharif, destitué en juillet 2017 pour une affaire de corruption, a été condamné à dix ans de prison et incarcéré moins de deux semaines avant le scrutin.

La campagne électorale elle-même a été dépeinte par certains observateurs comme l’une des plus « sales » de l’histoire du pays en raison de manipulations présumées de l’armée pakistanaise en faveur de M. Khan.

« Nous ne voulons même pas leur donner le droit de gouverner après cette élection. Nous sommes tombés d’accord pour exiger de nouvelles élections », a déclaré Fazalur Rehman.

« Nous bloquerons la route de ces voleurs et pilleurs s’ils se dirigent vers le Parlement », a ajouté ce chef d’un petit parti religieux, soulignant qu’il en allait de « la survie de la démocratie » dans le pays.

Le leader du Parti du peuple pakistanais (PPP), Bilawal Bhutto, troisième du scrutin, et absent à cette rencontre, a annoncé peu après qu’il rejetait lui aussi les résultats de l’élection.

Le fils de l’ex-Première ministre Benazir Bhutto, assassinée en 2007, a toutefois fait savoir qu’il chercherait à convaincre les autres formations politiques de participer au processus parlementaire.

Liberté d’expression

Ces déclarations interviennent alors que le Pakistan Tehreek-e-Insaf (PTI), le parti d’Imran Khan, a remporté le scrutin en s’assurant au moins 114 sièges au Parlement, loin devant ses rivaux, selon des résultats partiels rendus publics vendredi par la Commission électorale pakistanaise (ECP).

Mais la mission d’observation de l’Union européenne a fait état de « restrictions sur la liberté d’expression », d’un « manque notable d’égalité et d’opportunité aux élections » et estimé que ce processus électoral n’était « pas à la hauteur » des dernières législatives, en 2013.

« La plupart des interlocuteurs (ont) reconnu un effort systématique pour porter atteinte (au PML-N) via des affaires de corruption, outrage au tribunal ou accusations de terrorisme », a-t-elle encore noté.

Washington partage d’ailleurs les conclusions des observateurs européens, a indiqué le département d’Etat selon lesquels « les évolutions positives du cadre juridique sont éclipsées » notamment par « un manque notable d’égalité et d’opportunité aux élections ».

Les Etats-Unis, à la tête de la mission de l’Otan en Afghanistan voisin, partagent les conclusions des observateurs européens, et ont exprimé des « inquiétudes au sujet d’irrégularités » ayant émaillé la campagne électorale, a indiqué le département d’Etat.

Malgré ces réserves, Washington se dit prêt à travailler avec le futur gouvernement issu des urnes.

Les analystes avaient mis en garde contre des risques d’instabilité que pourraient causer un scrutin entaché d’irrégularités et aux résultats contestés.

« Personne ne peut gouverner efficacement lorsque la moitié du pays croit que vous avez été installé suite à une manipulation de l’armée et de la justice plutôt que par le vote du peuple », avait estimé l’ancien diplomate Hussain Haqqani.

« Le problème est que l’armée a endossé un rôle si central le jour du vote et que les accusations des partis incluent le fait que leurs agents électoraux ont été expulsés des bureaux de vote », renchérit l’analyste Azeema Cheema, interrogée par l’AFP.

« Nouveau Pakistan »

Bien que meilleur qu’attendu, le résultat du parti d’Imran Khan, soupçonné d’avoir bénéficié du soutien tacite de l’armée, ne lui permettra pas d’obtenir la majorité (137 sièges) nécessaire à la formation d’un gouvernement. Il devait donc chercher des alliés parmi les députés indépendants ou former une coalition avec d’autres partis.

« Nous avons réussi. On nous a donné un mandat », a-t-il lancé jeudi dans son discours de victoire, louant les élections « les plus justes et les plus transparentes » de l’histoire du pays.

Promettant l’avènement d’un « nouveau Pakistan », il s’est engagé à lutter contre la corruption et la pauvreté. Il a également promis de travailler à des « relations équilibrées » avec les Etats-Unis et s’est dit prêt à discuter de l’épineux conflit du Cachemire avec l’Inde.

Mais le futur gouvernement se retrouvera confronté à des problèmes pressants, notamment une économie dans le rouge et de gigantesques défis environnementaux.

Le PML-N de Shahbaz Sharif a pour sa part remporté 63 sièges à ce stade, et le PPP de Bilawal Bhutto-Zardari, 43, a indiqué la Commission.

IMRAN KHAN CHANTRE DU « NOUVEAU PAKISTAN »

Célèbre à travers le monde pour ses talents au cricket et ses conquêtes féminines, Imran Khan endosse aussi de longue date des habits plus austères de politique populiste et pieux dans son pays, le Pakistan.

Entré en politique en 1996, il aura longtemps rongé son frein avant de parvenir aux portes du pouvoir, étant désormais en passe de devenir Premier ministre après sa victoire aux élections législatives de mercredi.

L’ex-« capitaine », dont le symbole électoral est une batte de cricket, a largement bâti sa campagne sur la lutte contre la corruption. Réformiste, il promet l’avènement d’un « Etat-providence islamique » et d’un « Nouveau Pakistan ».

Agé de 65 ans, M. Khan est populaire, idolâtré par des millions de Pakistanais pour avoir mené l’équipe nationale de cricket, sport roi dans le pays, à sa seule victoire en Coupe du monde en 1992.

Connu en Occident comme un ancien sportif d’exception aux nombreuses conquêtes, il affiche aujourd’hui un visage beaucoup plus conservateur au Pakistan, où il s’affiche souvent le chapelet à la main. « Il joue la carte religieuse », observe la journaliste Arifa Noor.

Certains le surnomment « Taliban Khan » et l’attaquent pour ses appels répétés au dialogue avec des groupes insurgés violents et pour l’alliance – assumée – de son parti avec un religieux surnommé « père des talibans », Sami ul Haq.

Il est aussi dépeint comme impulsif et flirte parfois avec des thèmes religieux comme la controversée loi sur le blasphème. Il a récemment déclaré que le féminisme avait « dégradé le rôle de la mère ».

Mais pour ses très nombreux partisans, notamment les jeunes, M. Khan est incorruptible et généreux, lui qui a passé des années après sa retraite sportive à construire des hôpitaux ainsi qu’une université.

Parfois comparé au président américain Donald Trump pour ses accents populistes et ses tirades sur Twitter, il juge pour sa part le parallèle « ridicule », déclarait-il à l’AFP dans un entretien en février dernier.

Mieux préparés

Son parti, le Pakistan Tehreek-e-Insaf (PTI), dont le nom signifie « Mouvement pour la justice au Pakistan » a longtemps dû se contenter d’une poignée de sièges.

Sa popularité n’a explosé qu’en 2012, portée par les millions de Pakistanais l’ayant idolâtré, plus jeunes, alors qu’il brillait dans les stades.

Les classes moyennes, fatiguées de la corruption endémique et lassées de voir les mêmes leaders de partis traditionnels issus de grandes familles monopoliser le pouvoir depuis des décennies, se retrouvent dans ses slogans.

Les élections législatives de 2013 lui permettent de ravir la province du Khyber Pakhtunkhwa (KP), dans le Nord-Ouest, et de poser le PTI comme premier parti d’opposition à l’échelle nationale face au PML-N de Nawaz Sharif.

A l’issue de la législature, il reconnaîtra toutefois que le PTI a péché par manque d’expérience dans sa gestion de cette province pauvre et minée par des problèmes de sécurité.

Une page qu’il affirme tournée. « Pour la première fois, nous irons aux élections préparés », assurait-il en février. « On apprend de nos erreurs. »

Trois mariages

Né en 1952 dans une riche famille de Lahore, Imran Khan a étudié dans les meilleures universités pakistanaises et anglaises.

Diplômé d’Oxford, il se fait rapidement remarquer au cricket dans des clubs anglais. A 19 ans, il débute en sélection nationale du Pakistan et devient le meilleur joueur de l’histoire du cricket pakistanais.

Suivirent la retraite sportive et ses années « play-boy », très entouré dans les boîtes de nuits les plus sélects de Londres, jusqu’à son mariage avec Jemima Goldsmith, fille du magnat financier franco-britannique Jimmy Goldsmith, en 1995.

Elle se convertit à l’islam, et le couple aura deux garçons avant de divorcer en 2004. Son deuxième mariage, avec la présentatrice Reham Khan, se termine en octobre 2015, n’ayant duré que dix mois.

Imran Khan a convolé début 2018 en troisièmes noces avec une femme présentée comme sa conseillère spirituelle, Bushra Wattoo. De rares clichés pris lors de la cérémonie montrent la mariée portant un hijab blanc et un voile rouge lui dissimulant le visage, signe de conservatisme au Pakistan.

[Afp]

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