mardi , 17 septembre 2019
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Gaza : La peur de la guerre

Si le calme est revenu dans la bande de Gaza après un nouveau pic de violences, des civils palestiniens et israéliens craignent que n’éclate un nouveau conflit entre l’Etat hébreu et le Hamas, au pouvoir dans l’enclave.

Après qu’un de ses soldats a été tué vendredi par des tirs palestiniens durant des manifestations près de la frontière entre l’enclave et le territoire israélien, Israël a déclenché d’intenses bombardements qui ont coûté la vie à quatre Palestiniens, dont trois membres de la branche armée du mouvement islamiste.

A la suite de médiations des Nations unies et de l’Egypte, une trêve était globalement respectée samedi. Mais les populations restent sur le qui-vive.

« La guerre va arriver. Je sais que l’occupant (israélienne) mène des raids pour préparer son opinion publique (à un conflit) », affirme à l’AFP Somaya Rabaya, 21 ans, qui habite Deir al-Balah, dans le centre du petit territoire palestinien.

A quelques kilomètres de là, dans le kibboutz (village collectiviste israélien) de Kfar Aza, les tirs de roquettes ou d’obus de mortier depuis l’enclave font partie du quotidien, comme la course aux abris.

« Cela fait peur, mais c’est la vie près de la bande de Gaza », assure Ofir Libstein, un habitant de 44 ans.

Autour du village, des terrains ont été incendiés par des cerfs-volants et des ballons incendiaires lancés depuis l’enclave palestinienne.

« On ne peut que se sentir mal de voir toute cette végétation flamber, on se demande quelle sorte de gens peut en arriver à faire ça », dit ce père de quatre garçons.

Depuis que les Gazaouis ont entamé le 30 mars un mouvement de protestations près de la frontière, des jeunes gens attachent des engins incendiaires à des cerfs-volants et des ballons qu’ils lancent ensuite vers Israël dans le but d’y faire des dégâts.

Selon les autorités israéliennes, plus de 2.500 hectares sont partis en fumée à cause de ces torches volantes.

Des dirigeants israéliens ont menacé le Hamas de représailles et d’une opération de grande envergure si les incendies ne cessaient pas.

L’armée vise d’ailleurs de plus en plus souvent les groupes de Palestiniens qui lancent ces engins près de la frontière.

« Nous sommes fatigués »

Wissam, 17 ans, prépare avec d’autres jeunes Palestiniens des cerfs-volants qu’ils comptent enflammer avec du diesel. Ils se dissimulent derrière un talus de sable de crainte d’une attaque israélienne.

« Ce (samedi) matin, ils ont bombardé un poste d’observation du Hamas près d’ici. J’ai eu peur qu’ils nous visent avec un missile », confie-t-il.

Selon un responsable du Hamas qui a souhaité garder l’anonymat, le cessez-feu prévoit l’arrêt des raids aériens israéliens et des tirs de roquettes palestiniennes vers Israël mais pas des cerfs-volants incendiaires.

Près de 150 Palestiniens ont été tués par l’armée israélienne en quasiment quatre mois de protestations à la frontière. Un soldat israélien a été tué.

Il s’agit du premier militaire israélien tué près de Gaza depuis la guerre qui a opposé en 2014 Israël au Hamas.

Ce conflit particulièrement destructeur était le troisième en l’espace de six ans entre Israël et les mouvements armés de l’enclave.

« Nous ne voulons pas de nouvelle guerre », affirme aujourd’hui Khaled Barkakh, un habitant de Khan Younès dans le sud de la bande de Gaza.

« Nous sommes fatigués et nous voulons vivre comme des êtres humains », ajoute ce jeune homme de 22 ans en faisant allusion au strict blocus qu’Israël impose à l’enclave depuis plus d’une décennie.

Israël le justifie comme une mesure d’isolement du Hamas, qu’il considère comme un groupe « terroriste ».

Mais ce blocus est dénoncé par certains comme une punition collective qui favorise la radicalisation des deux millions d’habitants de ce territoire plus petit que la principauté d’Andorre.

Mais même si les deux populations s’inquiètent du risque d’une nouvelle guerre, elles feront bloc avec leurs dirigeants militaires en cas de conflit, assure à l’AFP Nathan Thrall, du centre de réflexion International Crisis Group.

« Si une guerre avait commencé (vendredi) soir, les Gazaouis auraient soutenu les représailles du Hamas et de nombreux Israéliens auraient soutenu les opérations visant à faire cesser les cerfs-volants incendiaires », dit-il.

CESSEZ-LE-FEU GLOBALEMENT RESPECTÉ

Un cessez-le-feu avec Israël annoncé par le Hamas est globalement respecté samedi dans la bande de Gaza, au lendemain d’une escalade de violence qui a coûté la vie à quatre Palestiniens et un soldat israélien.

Israël n’a pas confirmé l’accord de cessez-le-feu, entré en vigueur peu après minuit mais les bombardements sur Gaza ont cessé, et aucun tir de roquette palestinien vers Israël n’a été rapporté, selon des sources israéliennes et palestiniennes.

L’armée israélienne a toutefois dit avoir riposté samedi matin, par un tir de char contre un poste militaire du Hamas, à une tentative d’infiltration en Israël depuis le nord de la bande de Gaza. Aucun blessé n’a été signalé.

« Grâce aux efforts de l’Egypte et de l’ONU, nous sommes parvenus (à un accord) pour revenir au calme, entre l’occupant (israélien) et les factions palestiniennes », a annoncé dans la nuit un porte-parole du Hamas, Fawzi Barhoum.

La semaine dernière, à l’issue d’une importante confrontation entre Israël et le Hamas, le mouvement islamiste avait déjà annoncé un cessez-le-feu négocié par l’Egypte. Israël s’était également refusé à confirmer l’accord, tout en mettant un terme à ses attaques.

« Retenue »

Selon la radio israélienne, le gouvernement israélien ne veut pas donner l’impression qu’il négocie avec le Hamas, bien que des discussions indirectes aient lieu par l’entremise de l’Egypte et de l’ONU.

Un autre responsable du Hamas s’exprimant sous le couvert de l’anonymat a affirmé samedi à l’AFP que le nouvel accord inclut « la cessation de toute forme d’escalade militaire », tels que des raids aériens israéliens ou des tirs de roquettes du Hamas.

En revanche, ce responsable a souligné que les cerf-volants et ballons incendiaires, lancés depuis la bande de Gaza vers le territoire israélien et ayant mis le feu ces dernières semaines à plus de 2.600 hectares, n’étaient pas inclus dans l’accord.

Or le ministre israélien de la Défense Avigdor Lieberman a multiplié ces derniers jours les menaces d’une opération de grande envergure si le Hamas ne mettait pas fin au lancement de ces engins incendiaires.

Vendredi soir, peu avant l’annonce du cessez-le-feu par le Hamas, M. Lieberman a indiqué s’être entretenu avec l’envoyé spécial de l’ONU pour le Moyen-Orient Nickolay Mladenov qui a appelé Israël et le Hamas à la retenue.

« Chacun dans la bande de Gaza doit s’éloigner du précipice. Pas la semaine prochaine. Pas demain. IMMEDIATEMENT », a écrit M. Mladenov sur Twitter.

Samedi, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a « demandé au Hamas et aux militants palestiniens d’arrêter de tirer des roquettes et de lancer des ballons incendiaires et de ne plus se livrer à des provocations le long de la ligne de séparation » entre Israël et la bande de Gaza. « Et Israël doit montrer de la retenue pour éviter d’enflammer la situation. »

Blocus renforcé

Vendredi, deux Palestiniens ont été tués près de Khan Younès, dans le sud de l’enclave, par des frappes israéliennes contre un poste d’observation du Hamas, selon le ministère de la Santé gazaoui. Un troisième a péri dans un bombardement à Rafah et un quatrième a été tué par des tirs de soldats israéliens près de la zone frontalière à l’est de la ville de Gaza, selon la même source.

L’armée israélienne a de son côté annoncé vendredi la mort d’un de ses soldats, abattu par des tirs palestiniens le long de la frontière. Il s’agit du premier militaire israélien tué près de Gaza depuis la guerre qui a opposé en 2014 Israël au Hamas, au pouvoir à Gaza.

La situation à Gaza est particulièrement explosive depuis le début, le 30 mars, d’un mouvement de protestation palestinien à la frontière avec l’Etat hébreu pour protester contre le blocus israélien visant ce territoire. Au moins 149 Palestiniens ont été tués par l’armée israélienne à Gaza depuis cette date.

Cette enclave palestinienne, coincée entre Israël, l’Egypte et la Méditerranée, est soumise à un strict blocus terrestre, maritime et aérien imposé par Israël depuis plus de dix ans.

Le ministère israélien de la Défense a suspendu jusqu’à dimanche les livraisons de fioul et de gaz via Kerem Shalom, le seul point de passage de marchandises entre Israël et l’enclave palestinienne.

La semaine dernière, Israël avait annoncé la fermeture de ce point de passage pour nombre de marchandises, le Hamas dénonçant un « crime contre l’humanité ».

Israël a aussi réduit la zone maritime ouverte aux pêcheurs de Gaza.

Le renforcement de ce blocus intensifie la pression sur le Hamas dans un territoire où quelque 80% des deux millions d’habitants sont tributaires d’une aide, selon la Banque mondiale.

[Afp]

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