Accueil / International / Amérique / Crise politique : La CEN veut poursuivre son rôle de médiateur au Nicaragua

Crise politique : La CEN veut poursuivre son rôle de médiateur au Nicaragua

Les évêques de la Conférence épiscopale du Nicaragua (CEN) entendent continuer de jouer leur rôle de médiateurs dans la crise politique qui secoue le pays, malgré les attaques du gouvernement dont elle est la cible, a annoncé dimanche l’évêque auxiliaire de Managua, Silvio Báez.

« Bien sûr qu’appeler au dialogue à l’heure actuelle sera difficile en raison de l’attitude conflictuelle du gouvernement et de son langage calomnieux à l’encontre de l’Eglise », a déclaré à la presse Mgr Silvio Báez à l’issue d’une messe célébrée en l’église San Miguel Arcángel de Managua.

Mais pour autant, « nous n’allons pas nous arrêter et nous allons appeler à nouveau au dialogue », a-t-il ajouté.

Le président Daniel Ortega a accusé jeudi les évêques médiateurs d’être des « putschistes » et de fomenter un « coup d’Etat ».

L’église nicaraguayenne joue le rôle de médiateur dans le dialogue entre le gouvernement et l’Alliance civique pour la justice et la démocratie, qui regroupe étudiants, entrepreneurs, paysans et membres de la société civile. Le dernière session plénière des pourparlers remonte au 15 juin.

Plus de 280 personnes ont perdu la vie dans une vague de manifestations, qui a débuté le 18 avril, pour réclamer la destitution de Daniel Ortega.

L’OPPOSITION MANIFESTE

Des centaines d’opposants au président du Nicaragua Daniel Ortega ont marché samedi à Managua, bravant l’offensive du pouvoir à leur encontre, avec notamment l’adoption d’une loi prévoyant une peine de 20 ans d’emprisonnement pour « terrorisme ».

« Liberté », « Justice », « Le peuple uni jamais ne sera vaincu », ont scandé les manifestants, le visage caché derrière un foulard et le drapeau du Nicaragua dans les mains.

Deux marches étaient organisées par l’Alliance Civique pour la Justice et la Démocratie. La première, baptisée « Masaya florecerá » (Masaya fleurira) est partie du centre de Managua et la seconde du nord-est de la capitale. Toutes deux ont convergé vers une route menant à Masaya, située à 30 km au sud de Managua.

Masaya était le dernier bastion de l’opposition avant d’être repris violemment mercredi par les forces fidèles au président Ortega après trois mois de manifestations qui ont fait plus de 280 morts à travers le pays.

Ces marches étaient organisées deux jours après l’offensive du président Ortega contre l’opposition et l’église, qu’il a accusées de fomenter un coup d’Etat.

La vice-présidente Rosario Murillo, épouse du chef de l’Etat, a affirmé vendredi que « justice sera rendue pour les victimes du terrorisme ».

Le parlement, contrôlé par le gouvernement, a approuvé lundi une réforme judiciaire controversée qui prévoit une peine de 15 à 20 ans d’emprisonnement pour terrorisme.

« Les manifestations ne sont pas terminées. Nous allons continuer à revendiquer la liberté dans les rues….. nous ne nous soucions pas de la loi antiterroriste que le gouvernement vient d’approuver, nous allons continuer à nous battre pour notre liberté « , a déclaré une jeune fille de 23 ans, affirmant se prénommer Marie.

« Nous n’avons pas peur, plus nous sommes nombreux, moins nous avons à craindre », a expliqué une étudiante souhaitant conserver l’anonymat.

Parallèlement, des partisans du gouvernement, parmi lesquels se trouvaient de nombreux policiers, ont défilé en soutien à Ortega et pour réclamer justice pour les morts. Cette marche, partie du centre historique de Managua, avait pour point d’arrivée la prison d’El Chipote, dénoncée par l’opposition comme un centre de torture des manifestants emprisonnés.

Des familles de détenus campent depuis des jours à proximité de cette prison, espérant obtenir des informations sur leurs proches.

Des organisations de défense des droits de l’homme les ont faites évacuer pour éviter qu’ils ne soient attaqués par les partisans d’Ortega. Les femmes, dont la plupart étaient des mères de détenus, se sont réfugiées dans la cathédrale de Managua.

« Des hommes cagoulés et armés sont venus nous dire que si nous ne décampions pas, ils allaient nous tuer, c’est pour cela que nous sommes venus ici », dans la cathédrale, a déclaré à l’AFP une femme demandant l’anonymat.

DÉMANTELER LES GROUPES PARAMILITAIRES

Une organisation des droits de l’homme nicaraguayenne a demandé jeudi au président Daniel Ortega de démanteler les groupes paramilitaires accusés de « kidnapper, torturer, assassiner » et de « terroriser » la population.

« S’il est vrai, comme l’a affirmé le président Ortega », que ces groupes « n’appartiennent pas au gouvernement, qu’il s’implique pour garantir le droit à la sécurité des citoyens », a demandé lors d’une conférence de presse Alvaro Leiva, secrétaire de l’Association nicaraguayenne pour les droits de l’homme (ANPDH).

Le président Ortega a nié lundi, dans un entretien à la chaîne américaine Fox News, contrôler les paramilitaires pro-gouvernementaux qui ont été vus en train d’agir aux côtés de la police.

Il a au contraire accusé des groupes politiques de diriger des milices anti-gouvernementales, qui ont selon lui tué « des dizaines » de policiers lors des troubles.

Leiva a assuré jeudi qu’il y avait « un nombre suffisant de preuves qui disent le contraire ». « Actuellement, les citoyens sont terrorisés, ils se sentent sans défense et impuissants » face à des « groupes armés non-autorisés » qui « kidnappent, torturent et assassinent », a dénoncé ce responsable d’ONG.

Selon un récent rapport de l’ANPDH, les manifestations contre le gouvernement du président Daniel Ortega ont fait jusqu’à présent 448 morts. Un chiffre qui diffère de celui du Centre nicaraguayen des droits de l’homme (Cenidh), dont le dernier bilan s’élève à 301 morts.

La contestation, lancée le 18 avril contre une réforme des retraites abandonnée depuis, s’est rapidement généralisée pour dénoncer la confiscation du pouvoir par l’ancien guérillero de 72 ans.

Daniel Ortega est accusé d’avoir mis en place avec son épouse Rosario Murillo, qui occupe les fonctions de vice-présidente, une dictature marquée par la corruption et le népotisme.

Il a écarté lundi toute idée de démission, dans l’interview à Fox News, assurant qu’il comptait aller jusqu’au bout de son mandat, en 2021, alors que la rue continue d’exiger sa démission après trois mois de violences.

[Afp]

A lire aussi

RDC : Vétusté de la voie ferrée

Au moins 32 morts et plus de 80 blessés dans un déraillement d’un train à …

Laisser un commentaire