mardi , 18 décembre 2018
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Alexandre BENALLA en train de protege Emmanuel MACRON pendant la campagne présidentielle.
Alexandre BENALLA en train de protege Emmanuel MACRON pendant la campagne présidentielle.

Alexandre BENALLA : L’homme de l’ombre qui protège le président français

Face à une crise sans précédent, l’Élysée a annoncé vendredi qu’il licenciait son collaborateur Alexandre Benalla [le barbouze du président], placé en garde à vue après une vidéo le montrant frapper un manifestant le 1er-Mai, sans parvenir à calmer l’indignation des parlementaires qui ont interrompu leurs travaux.

En fin de journée le Premier ministre Edouard Philippe a appelé à la « responsabilité » face à « l’obstruction parlementaire » et la « récupération politique », alors que les parlementaires réclament de l’entendre sur l’affaire Benalla.

Benalla n’est pas licencié pour les violences du 1er-Mai mais pour avoir reçu des enregistrements vidéo le concernant: il « aurait été destinataire d’un document de la préfecture de police qu’il n’était pas autorisé à détenir », explique l’Elysée.

De quel document s’agit-il ? Selon une source proche du dossier, trois policiers – un contrôleur général, un commissaire et un commandant – ont été suspendus à titre conservatoire pour avoir extrait des images de vidéo-surveillance de la Ville de Paris et les avoir transmises, mercredi, à M. Benalla.

Le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb, qui a « condamné lourdement » ces agissements, doit être entendu au Sénat mardi à 17H45.

Benalla a été placé en garde à vue vendredi matin à Paris dans le cadre de l’enquête préliminaire ouverte la veille après la diffusion d’une vidéo mercredi soir par Le Monde.

Il est visé pour des faits de violences en réunion par personne chargée d’une mission de service public, d’usurpation de fonctions, de port illégal d’insignes réservés à l’autorité publique et de complicité de détournement d’images issues d’un système de vidéo-protection.

Le directeur de cabinet d’Emmanuel Macron, Patrick Strzoda, a été entendu jeudi comme témoin dans la même enquête. Il avait expliqué au Monde avoir décidé les sanctions contre M. Benalla: mise à pied deux semaines sans versement de salaire et changement d’affectation.

Vincent Crase, un gendarme réserviste et agent d’accueil pour LREM qui était avec Alexandre Benalla le 1er mai, a également été placé en garde à vue vendredi.

Macron silencieux

Les investigations ont été confiées à l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) ainsi qu’à la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP).

D’autres enquêtes seront menées au Parlement, par la commission des Lois de l’Assemblée, et par celle du Sénat, qui va demander lundi d’être dotée des mêmes prérogatives.

Les vidéos montrant M. Benalla, chargé de mission auprès du chef de cabinet de la présidence de la République et chargé de la sécurité, coiffé d’un casque à visière, en train de frapper un jeune homme et une jeune femme le 1er-Mai, ont généré un flot de critiques et de questions.

L’indignation ne s’est jamais aussi vivement exprimée dans la classe politique depuis l’élection de mai 2017, jusqu’à paralyser les débats à l’Assemblée sur la réforme constitutionnelle.

Dans une grande tension, des députés des oppositions accusent Gérard Collomb de « mensonges », demandant que le ministre, voire le Premier ministre, vienne s’expliquer après de nouvelles informations de presse selon lesquelles M. Collomb était au courant dès le 2 mai.

Benoît Hamon (Générations) a demandé la démission de Gérard Collomb. Les députés LFI ont proposé une motion de censure du gouvernement.

Au coeur de la tourmente, Emmanuel Macron est resté silencieux, refusant de répondre aux questions des journalistes. Il travaillera ce week-end à la Lanterne près de Versailles « comme d’habitude », selon l’Elysée.

« Le vrai scandale c’est l’Elysée »

Les critiques sur des thèmes chers à Emmanuel Macron comme l’autorité de l’Etat et l’exemplarité n’ont pas manqué.

Le pouvoir que M. Macron « décrivait lui-même comme jupitérien semble s’affranchir des valeurs sur lesquelles repose notre République », a fustigé la présidente du RN (ex-FN) Marine Le Pen, pour qui cette affaire met « en lumière la tentation de polices parallèles ».

Vu la pression politique et médiatique, le licenciement de M. Benalla « était évidemment la seule issue possible », a réagi vendredi le député LREM Matthieu Orphelin.

Au groupe LREM, « beaucoup attendaient que ce soit réglé dès hier », rapporte un « marcheur », tandis qu’à droite, le président de LR Laurent Wauquiez assure dans Le Figaro que « cette affaire marque la fin de son discours sur la République exemplaire ».

« Le vrai scandale ça n’est pas Benalla, c’est l’Elysée, l’Elysée qui fait le choix de la dissimulation », a ajouté M. Wauquiez.

Luc Carvounas (PS) a estimé qu' »il y a eu un mensonge par omission » de M. Collomb car la police des polices avait déjà été saisie alors que le ministre avait laissé entendre jeudi que c’était nouveau.

CE QUE L’ON SAIT DE L’AFFAIRE BENALLA, LE BARBOUZE DU PRÉSIDENT MACRON

L’Elysée a annoncé vendredi qu’il licenciait Alexandre Benalla, placé en garde à vue après une vidéo le montrant frapper un manifestant. Ni policier, ni gendarme, le comportement de ce proche collaborateur d’Emmanuel Macron a suscité l’indignation et paralysé les travaux du Parlement.

Du PS au Quai Branly

Né le 8 septembre 1991 à Evreux, réserviste de la gendarmerie, Alexandre Benalla a été formé au service d’ordre du PS, avant d’être renvoyé de son poste de chauffeur de l’ex-ministre Arnaud Montebourg, pour « faute professionnelle », parce qu’il a voulu fuir après un accident de voiture.

Il protège Emmanuel Macron pendant sa campagne de décembre 2016 à mai 2017, avant d’être nommé « chargé de mission » à l’Elysée, en tant qu’adjoint au chef de cabinet du président, François-Xavier Lauch.

Il est souvent vu avec le président lors de divers déplacements, officiels ou privés. Il a été vu dans le bus des Bleus lundi, sur les Champs-Elysées.

Plusieurs journalistes, de l’AFP ou de Public Sénat, se sont plaints de son comportement « musclé » pendant la campagne.

Selon L’Express, il a fait l’objet d’une plainte pour violences volontaires sur une femme en août 2015. Selon une source proche du dossier, il a comparu à Nanterre le 18 mars 2016 pour « violences volontaires ayant entraîné une ITT (incapacité totale de travail) supérieure à 8 jours », mais il a été relaxé.

D’après Le Monde, il était logé depuis le 9 juillet dans une dépendance de l’Elysée, quai Branly. Une adresse où logent plusieurs collaborateurs de la présidence, y compris des gendarmes.

Les enquêtes

Le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire pour « violences par personne chargée d’une mission de service public », « usurpation de fonctions » et « usurpation de signes réservés à l’autorité publique ».

Les investigations ont été confiées à l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) ainsi qu’à la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP).

Au Parlement, l’Assemblée nationale a lancé une commission d’enquête, dont les prérogatives ont été confiées à la commission des Lois. Un dispositif similaire est prévu à la commission des Lois du Sénat, qui a déjà programmé une audition de Gérard Collomb mardi.

Gardes à vue, audition

Benalla a été placé en garde à vue vendredi matin à Paris pour des faits de violences en réunion par personne chargée d’une mission de service public, d’usurpation de fonctions, de port illégal d’insignes réservés à l’autorité publique, ainsi que de complicité de détournement d’images issues d’un système de vidéo-protection.

Vincent Crase, réserviste de la gendarmerie et agent d’accueil pour LREM qui accompagnait Alexandre Benalla le 1er mai, a aussi été placé en garde à vue pour violences en réunion par personne chargée d’une mission de service public et usurpation de fonction.

Le directeur de cabinet d’Emmanuel Macron, Patrick Strzoda, a été entendu jeudi comme témoin dans cette enquête.

Licenciement et motif

Benalla n’est pas licencié pour les violences du 1er mai mais pour avoir reçu des enregistrements vidéo le concernant: il « aurait été destinataire d’un document de la préfecture de police qu’il n’était pas autorisé à détenir », explique l’Elysée.

Trois policiers – un contrôleur général, un commissaire et un commandant – ont été suspendus à titre conservatoire pour avoir extrait des images de vidéo-surveillance de la Ville de Paris et les avoir transmises mercredi à M. Benalla, d’après une source proche du dossier.

Le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb a « condamné lourdement » les « agissements » de ces policiers.

Qui savait quoi ?

Des députés des oppositions ont accusé Gérard Collomb de « mensonges », après de nouvelles informations de presse selon lesquelles le ministre était au courant de l’agression dès le 2 mai – informations non confirmées à l’AFP.

Ils ont demandé que le ministre, voire le Premier ministre, vienne s’expliquer devant l’Assemblée.

Au coeur de la tourmente, Emmanuel Macron est resté stoïque et silencieux. Il a reçu vendredi matin les syndicats agricoles avant de déjeuner avec le président de l’Azerbaïdjan Ilham Aliyev, puis de s’entretenir avec le ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot.

Agitation au Parlement

Le projet de révision constitutionnelle s’est retrouvé victime collatérale de l’affaire, les oppositions réclamant d’entendre M. Collomb avant de reprendre l’examen de cette réforme, qui s’enlise. Le ministre de l’Intérieur sera auditionné mardi au Sénat.

Les députés de la France Insoumise ont proposé de voter sur une motion de censure du gouvernement.

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