mardi , 15 octobre 2019
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Alexandre BENALLA : Le barbouze du président français

Le séisme de l’affaire Benalla n’a pas fini de provoquer des répliques, jusqu’au sommet de l’Etat : Le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb a nié lundi avoir commis une quelconque faute dans la gestion de l’affaire Benalla, renvoyant la responsabilité d’éventuels manquements notamment au préfet de police. Les oppositions ont maintenu une haute pression sur l’exécutif, de la gauche à l’extrême droite, qui ont demandé qu’Emmanuel Macron lui-même s’explique sur le rôle d’Alexandre Benalla. Celui-ci était invité comme observateur dans le dispositif policier pour encadrer les défilés de la Fête du travail et une vidéo l’a montré frappant un manifestant. Licencié vendredi, M. Benalla « rendra des comptes à la justice, mais Emmanuel Macron, lui, va devoir rendre des comptes aux Français », a lancé le président de LR Laurent Wauquiez dans Le Figaro. « Si Macron ne s’explique pas, l’affaire Benalla deviendra l’affaire Macron », a prévenu la présidente du Rassemblement national (ex-FN) Marine Le Pen, dans un tweet.

L’affaire est « du niveau du Watergate », estime le leader des Insoumis Jean-Luc Mélenchon, qui accuse Emmanuel Macron de « s’organise(r) une milice personnelle » et lui « demande de s’exprimer ».

Au cœur de la tourmente, le chef de l’Etat est resté jusqu’alors silencieux. Il devait passer le week-end à travailler à Paris ou à La Lanterne près de Versailles.

Mariage annulé samedi

Le domicile de M. Benalla à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine) a été perquisitionné dans le même temps. Fâcheux téléscopage d’événements : il devait se marier samedi matin dans la commune, selon une source à la mairie.

Les trois policiers suspendus pour lui avoir transmis mercredi soir des images de vidéo-surveillance, ont à leur tour été placés en garde à vue samedi matin. C’est justement mercredi soir que cette affaire a été révélée par le journal Le Monde.

En plus de l’enquête préliminaire de la justice, ouverte jeudi à l’initiative du parquet de Paris, une autre, administrative, a été lancée par la « police des polices » et une dernière par l’Assemblée nationale.

Sur ce front, alors que depuis plus de deux jours, cette affaire bloque les débats sur le projet de révision constitutionnelle, la majorité a tenté de calmer le jeu samedi, mais sans effet sur de nombreux députés très remontés.

Le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb a nié lundi avoir commis une quelconque faute dans la gestion de l’affaire Benalla, renvoyant la responsabilité d’éventuels manquements notamment au préfet de police, qui s’est vigoureusement défendu lors d’une journée d’auditions cruciales à l’Assemblée.

Collomb a aussi rendez-vous mardi devant la commission des Lois du Sénat.

Comme le réclamaient les oppositions à l’Assemblée, le groupe majoritaire a finalement accepté la publicité de l’ensemble des auditions, sauf dans le cas où un fonctionnaire demanderait le huis clos. « Chaque Français pourra juger », selon la « marcheuse » Marie Guévenoux.

Bataille sur les auditions

Mais la commission, dont les travaux doivent durer un mois, n’a pas été en mesure d’acter la suite du programme. Les Républicains réclament d’entendre jusqu’au secrétaire général de l’Elysée Alexis Kohler et jusqu’à Christophe Castaner, délégué général de La République en marche. Les Insoumis demandant impérativement la présence d’Alexandre Benalla.

« La majorité impose une liste très limitée ne permettant pas de faire toute la lumière sur les faits », selon les députés socialistes.

Mme Braun-Pivet a suggéré notamment la responsable de la police des polices et le directeur de cabinet du président de la République, Patrick Strzoda, entendu jeudi comme témoin dans l’enquête judiciaire.

Dans l’hémicycle, la séance devant porter en principe tout le week-end sur la révision constitutionnelle a péniblement repris en fin de matinée, puis dans l’après-midi, par des rappels au règlement. LR a demandé des explications sur un badge de l’Assemblée qui permettait à Alexandre Benalla d’accéder à l’hémicycle.

« Nous devons nous remettre au travail », avait plaidé plus tôt sur France Inter Gilles Le Gendre, un vice-président du groupe LREM, en demandant : « Est-ce que nos oppositions veulent bloquer ou non les institutions ? » Chez certains, dans les oppositions, le député dit avoir senti une « volonté de partir en vacances autant que celle de faire de l’obstruction politique ».

PRÉSIDENT FRANÇAIS MACRON TOUJOURS SILENCIEUX

Depuis le début de l’affaire Benalla, plus grave crise politique qu’il traverse depuis son élection en mai 2017, le président français Emmanuel Macron garde le silence, mais les appels se multiplient pour qu’il s’explique.

La crise est née de la divulgation mercredi de vidéos montrant un proche du chef de l’Etat, Alexandre Benalla, frapper des manifestants pendant la Fête du travail, en arborant des insignes de police, alors qu’il n’était que simple observateur auprès des forces de l’ordre.

L’Élysée n’a donné aucune indication sur une éventuelle prise de parole du président qui devait passer le week-end à travailler à Paris ou à La Lanterne, résidence d’État à Versailles, en région parisienne.

Pour une source proche de l’exécutif, avec les différentes enquêtes lancées par la justice, le Parlement ou la police des polices, « tous les leviers ont été actionnés » et il n’est donc « pas nécessaire » que le président s’exprime « dans l’immédiat » au sujet de son ex-collaborateur, en garde à vue pour ces violences le 1er mai.

Mais une source dans la majorité estime qu' »il aurait fallu communiquer vite et clairement pour tenter au moins d’enrayer l’affaire », jugeant le silence au sommet de l’État d’autant plus dommageable que « les télés en continu tournent en boucle avec ça ».

« Plus longtemps il se tait, plus cela alimente les interrogations », pressait un député d’opposition. « En gestion de crise, ils ont coché toutes les cases » pour un ratage, jugeait un autre.

Les ténors ont accru samedi la pression sur le chef de l’État. Pour le président du parti Les Républicains (LR, opposition de droite) Laurent Wauquiez, Alexandre Benalla « rendra des comptes à la justice, mais Emmanuel Macron, lui, va devoir rendre des comptes aux Français ».

« Qui était au courant? Quand? Pourquoi la justice n’a-t-elle pas été saisie? Pourquoi a-t-on été jusqu’à instrumentaliser la police pour étouffer l’affaire? De quels secrets Benalla est-il le détenteur pour avoir été ainsi protégé? » s’interroge Laurent Wauqiez dans les colonnes du quotidien Le Figaro.

« Watergate »

Jean-Luc Mélenchon, chef de file de La France insoumise (gauche radicale), a jugé l’affaire « du niveau du Watergate » qui avait conduit à la démission du président américain Richard Nixon, quand la présidente du Rassemblement national (extrême droite) Marine Le Pen a prévenu que « si Macron ne s’explique pas, l’affaire Benalla deviendra l’affaire Macron ».

« Le président de la République devra obligatoirement parler aux Français, à la télévision », a assuré devant la presse Nicolas Dupont-Aignan (souverainiste), constatant que la majorité « ne sait pas quoi répondre » car M. Macron « a agi seul » selon lui.

Face à ce qui est déjà dénoncé par certains comme un « scandale d’État », Gilles Le Gendre, porte-parole des députés LREM (majorité présidentielle), accuse les oppositions d' »instrumentaliser » l’affaire parce qu’elles « n’ont toujours pas digéré la défaite cuisante » dans les urnes il y a un an, selon lui.

« Rien ne sera étouffé », a-t-il affirmé sur la radio France Inter. La veille, le Premier ministre Édouard Philippe avait assuré que « l’ensemble des questions trouver(aient) leurs réponses », qui seront « claires » et « transparentes ».

Pour l’exécutif, il s’agit dans l’immédiat de préparer les auditions très attendues des prochains jours, en premier lieu celle du ministre de l’Intérieur Gérard Collomb devant la commission des Lois de l’Assemblée lundi.

Pour M. Mélenchon, « le ministre de l’Intérieur est déjà disqualifié » et « bien sûr qu’il va démissionner et il ne sera pas le seul ». « Aucun fusible ne fera oublier que tout a été piloté depuis l’Élysée », tonne M. Wauquiez.

Depuis son arrivée au pouvoir, Emmanuel Macron a montré à plusieurs reprises qu’il n’aimait pas réagir sous la pression, notamment médiatique ou partisane.

Mais il a aussi fait évoluer sa communication ces derniers mois, passant d’une parole rare à une expression beaucoup plus fréquente, notamment lors de ses déplacements.

Lors d’une visite jeudi en Dordogne (sud-ouest), il a refusé de répondre aux nombreuses questions des journalistes lui demandant de réagir aux révélations du quotidien Le Monde.

« La République est inaltérable! », a-t-il seulement lâché en réponse à un journaliste qui lui demandait si la République n’était pas « entachée » par cette affaire.

LE POINT SUR L’ENQUÊTE JUDICIAIRE

Un collaborateur d’Emmanuel Macron mise en examen tout comme trois haut gradés de la police, le directeur de cabinet du chef de l’Etat entendu comme témoin : voici un point sur l’enquête ouverte par la justice sur l’affaire Benalla, qui plonge l’exécutif dans la tourmente.

Une enquête ouverte par le parquet de Paris

C’est le parquet de Paris qui a pris l’initiative, jeudi matin, d’ouvrir une enquête préliminaire, quelques heures après les révélations du journal Le Monde. Les investigations ont été confiées à la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP) et à l’Inspection générale de la police nationale (IGPN).

L’Elysée a reconnu avoir été rapidement au courant des agissements du conseiller Alexandre Benalla : il a été sanctionné par 15 jours de mise à pied du 4 au 19 mai et « démis de ses fonctions en matière d’organisation de la sécurité des déplacements du président », selon le porte-parole Bruno Roger-Petit. Selon des informations de presse, le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb l’était également dès le 2 mai.

Selon le deuxième alinéa de l’article 40 du code de procédure pénale, le procureur de la République aurait dû être saisi pour ces faits, mais aucun membre de l’exécutif ne l’a fait, ce qui fait dire à l’opposition que le pouvoir a cherché à étouffer l’affaire.

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