dimanche , 21 octobre 2018
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UE : Sanction politiquement motivée contre Google ?

L’UE a sanctionné mercredi Google pour abus de position dominante avec une amende record de 4,34 milliards d’euros, la seconde en un an contre laquelle la firme va faire appel, au risque de détériorer un peu plus les relations entre l’Europe et les Etats-Unis. Le montant de cette amende pulvérise tous les records. Il sanctionne l’entreprise américaine pour avoir abusé de la position dominante d’Android, son système gratuit d’exploitation pour smartphone, afin d’asseoir la suprématie de son service de recherche en ligne. « Google a utilisé des pratiques illégales pour cimenter sa position dominante dans la recherche sur internet », a expliqué la Commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager, lors d’une conférence de presse à Bruxelles. « Le moteur de recherche de Google est son produit phare. Chaque année, Google génère plus de 95 milliards de dollars de revenus grâce aux publicités montrées et cliquées par les utilisateurs de Google Search et une grande partie de ses revenus sont dus à la montée en puissance des appareils mobiles comme les smartphones et les tablettes », a ajouté la commissaire danoise. La Commission européenne a également sommé l’entreprise américaine « de mettre fin à ses pratiques illégales dans les 90 jours, sous peine de se voir infliger des astreintes allant jusqu’à 5% du chiffre d’affaires journalier moyen mondial d’Alphabet », la société mère de Google.

Il y a un peu plus d’un an, le 27 juin 2017, l’entreprise avait été déjà condamnée par la Commission européenne à payer une amende de 2,42 milliards d’euros pour avoir abusé de sa position dominante dans la recherche en ligne en favorisant son comparateur de prix « Google Shopping », au détriment de services concurrents.

Le montant de l’amende est décidé au dernier moment et peut atteindre théoriquement, selon les règles de la concurrence européenne, jusqu’à 10% du chiffre d’affaires global de l’entreprise qui s’élevait pour Alphabet, maison mère de Google, à 110,9 milliards de dollars en 2017 (94,7 milliards d’euros).

« Jamais le bon moment »

La Commission européenne a sommé l’entreprise américaine « de mettre fin à ses pratiques illégales dans les 90 jours, sous peine de se voir infliger des astreintes allant jusqu’à 5% du chiffre d’affaires journalier moyen mondial d’Alphabet ».

« Aujourd’hui, la décision de la Commission a rejeté le modèle économique qui fait vivre Android (…) C’est pourquoi nous ferons appel » a réagi le PDG de Google, Sundar Pichai, dans un billet de blog.

Cette nouvelle sanction contre le géant américain arrive dans un contexte particulièrement tendu entre l’UE et les Etats-Unis, avec lesquels les sujets de friction ne manquent pas sur l’Otan ou le commerce.

Dans une semaine jour pour jour, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, doit se rendre à Washington pour tenter de désamorcer le conflit commercial qui oppose l’UE au président américain Donald Trump, prêt à taxer les importations de voitures européennes dans son pays.

Interrogé sur l’opportunité d’une sanction d’une telle importante dans un tel contexte, Mme Vestager a répondu: « Ce ne sera jamais le bon moment ». La commissaire danoise a assuré n’avoir aucun ressentiment contre les Etats-Unis qu’elle « aime beaucoup » en réponse aux assertions prêtées au président Donald Trump.

Android – système d’exploitation utilisé pour 80% des appareils en Europe et dans le monde, qui est l’équivalent de l’iOS pour l’iPhone d’Apple – est dans le collimateur de la Commission européenne depuis plusieurs années.

Multiples griefs

Dans son communiqué, l’institution a détaillé ses griefs contre Google. Premièrement le groupe californien a exigé des fabricants qu’ils pré-installent l’application Google Search et son navigateur (Chrome) comme condition à l’octroi de la licence pour sa boutique d’applications en ligne (Play Store).

Deuxièmement, il a payé certains grands fabricants et certains grands opérateurs de réseaux mobiles pour qu’ils pré-installent en exclusivité l’application Google Search sur leurs appareils.

Et troisièmement, il a empêché les fabricants souhaitant pré-installer les applications Google de vendre ne serait-ce qu’un seul appareil mobile intelligent fonctionnant sur d’autres versions d’Android non approuvées par Google.

Dans le cas de Shopping, Google avait proposé des remèdes en septembre 2017. Ils sont toujours en cours d’examen par la Commission européenne. Le groupe avait également saisi la Cour de justice de l’UE (CJUE).

Etant donné la complexité des affaires Shopping et Android, deux années seront nécessaires à la Cour pour rendre une décision.

Le montant de l’amende sera placé sous forme d’une garantie bancaire et si la justice confirme la sanction, il sera reversé aux Etats membres au prorata de leurs contribution au budget européen, a précisé la commissaire.

La Commission européenne a un troisième fer au feu contre Google: elle lui reproche depuis le 14 juillet 2016 d’avoir abusé de sa position dominante avec sa régie publicitaire AdSense (80% du marché en Europe) en limitant artificiellement la possibilité pour les sites web tiers d’afficher les publicités contextuelles émanant de concurrents. Là aussi, une amende pourrait se profiler.

Google n’est pas la première entreprise de la Silicon Valley sanctionnée par Mme Vestager: Apple a été sommé en 2016 de rembourser à l’Irlande 13 milliards d’arriérés d’impôts et Microsoft avait écopé en 2004 d’une amende de 497 millions d’euros pour avoir refusé de fournir une documentation technique complète à ses concurrents afin qu’ils puissent concevoir des logiciels pleinement compatibles avec le système d’exploitation Windows.

DONALD TRUMP S’INSURGE CONTRE L’AMENDE INFLIGÉE PAR L’UNION EUROPÉENNE À GOOGLE

Le président américain, Donald Trump, s’en est une nouvelle fois pris à l’Union européenne jeudi, s’insurgeant cette fois contre l’amende record infligée par Bruxelles à Google et martelant qu’il ne tolérerait plus que l’Europe « profite » des Etats-Unis.

« Je vous l’avais dit! », a tweeté le locataire de la Maison Blanche. « L’Union européenne vient d’imposer une amende de Cinq Milliards de Dollars à l’un de nos formidables groupes, Google », a-t-il ajouté. « Ils ont vraiment profité des Etats-Unis, mais cela ne va pas durer! ».

L’UE a infligé mercredi une amende de 4,34 milliards d’euros à Google pour abus de position dominante.

Il est reproché au groupe américain d’avoir utilisé Android, son système d’exploitation de smartphone utilisé par 80% des appareils en Europe et dans le monde, pour asseoir la suprématie de son service de recherche en ligne.

« Google a utilisé des pratiques illégales pour cimenter sa position dominante dans la recherche sur internet », a expliqué la Commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager, depuis Bruxelles.

Ce nouveau conflit entre les responsables politiques européens et l’une des plus grosses entreprises américaines intervient alors que les disputes se multiplient entre les Etats-Unis et l’Union européenne, sur des sujets comme le commerce et l’Otan.

C’est dans ce contexte tendu que le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, rencontrera le président Trump à Washington le 25 juillet avec l’objectif de désamorcer le conflit commercial qui menace de s’aggraver.

Donald Trump a récemment estimé que l’UE était un « ennemi » des Etats-Unis sur le plan commercial.

Après des droits de douane punitifs imposés en juin sur l’acier et l’aluminium européens, le président républicain se dit désormais prêt à taxer les importations américaines de voitures produites dans l’UE.

En représailles, Bruxelles a décidé de lourdement taxer une liste de produits américains emblématiques, comme les jeans, les motos Harley-Davidson et le beurre de cacahuètes.

Farouchement opposé au système européen, Donald Trump a récemment conseillé à Theresa May de poursuivre l’UE en justice pour réussir le Brexit, de l’aveu même de la Première ministre britannique.

Depuis son arrivée au pouvoir, son administration remet en cause le modèle du multilatéralisme sur lequel s’appuyaient traditionnellement les Etats-Unis, aussi bien dans les secteurs politique qu’économique.

« Nous n’aimons pas les palabres infinies, nous préférons les actions bilatérales pour négocier. Les réunions multilatérales prennent beaucoup de temps et nous sommes animés d’un sentiment d’urgence », avait assené en mai le secrétaire américain au Commerce, Wilbur Ross.

[Afp]

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