dimanche , 21 octobre 2018
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Brexit : La « validité » du référendum de 2016 mise en question

La campagne officielle pour le vote en faveur du Brexit, Vote Leave, a reçu une amende pour avoir enfreint le code électoral, a annoncé mardi la Commission électorale britannique, suscitant des interrogations d’europhiles quant à la « validité » du référendum de 2016. Pour l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair, la Première ministre Theresa May, doit organiser un second referendum, avec l’option de rester dans l’Union européenne.

La Commission a « mené une enquête approfondie » sur les campagnes menées par Vote Leave, soutenue par des figures du parti conservateur comme l’ex ministre des Affaires étrangères Boris Johnson et le ministre de l’Environnement Michael Gove, et par BeLeave, un plus petit groupe militant également pour le Brexit lors du référendum sur le maintien dans l’UE en juin 2016.

« Nous avons trouvé des preuves substantielles que les deux groupes travaillaient à un plan commun, ne déclaraient pas leur travail commun et ne respectaient pas les limites de dépenses (de campagne) légales », a indiqué la Commission.

Elle rend ses conclusions quelques mois après les accusations du lanceur d’alerte Christopher Wylie, selon lesquelles la société Cambridge Analytica, accusée d’avoir utilisé à des fins politiques et à leur insu les données de millions d’utilisateurs de Facebook, avait joué un « rôle crucial » dans le vote en faveur du Brexit.

Christopher Wylie avait affirmé qu’Aggregate IQ (AIQ), une entreprise canadienne liée à Cambridge Analytica, avait travaillé avec cette dernière afin d’aider la campagne en faveur de la sortie de l’UE « Leave.EU » à contourner son plafond de dépenses. Dans un entretien à plusieurs journaux européens, M. Wylie avait déclaré que « sans Aggregate IQ, le camp du +Leave+ n’aurait pas pu gagner le référendum du 23 juin 2016, qui s’est joué à moins de 2% des votes ».

Les Britanniques avaient voté à 52% pour sortir de l’UE.

Sur son site internet, Aggregate IQ dément avoir fait partie de Cambridge analytica ou de sa société mère SCL, avoir employé Christopher Wylie et avoir eu accès à des données Facebook obtenues de manière irrégulière.

Résultat suspect

Pour les partisans du maintien dans l’UE, les conclusions de la Commission ont jeté le doute sur la valeur du résultat issu du référendum et renforcé la nécessité d’en organiser un second.

« Le résultat serré du référendum a l’air plus suspect que jamais », a tweeté le député travailliste et pro-européen David Lammy. « La question de sa validité se pose désormais ».

A la Chambre des Communes, le député travailliste Chuka Umunna, pro-UE, a interrogé le gouvernement sur l’impact des ces irrégularités sur le résultat du référendum.

Selon Downing Street, le référendum était un « exercice démocratique légitime, lors duquel le public a donné son avis ».

Le groupe BeLeave, fondé par l’étudiant en mode Darren Grimes, a dépensé plus de 675.000 livres (761.000 euros) dans Aggregate IQ, spécialisée dans la publicité politique en ligne, « dans le cadre d’un plan commun avec Vote Leave », selon la Commission.

« Ces dépenses auraient dû être déclarées par Vote Leave », affirme-t-elle, calculant que le groupe a dépassé le plafond de dépenses de presque 500.000 livres (565.000 euros).

Vote Leave devra payer 61.000 livres (69.000 euros) pour plusieurs infractions au code électoral, et le fondateur du groupe BeLeave, Darren Grimes, 20.000 livres, le maximum possible pour un particulier. La Commission a également alerté la police.

Un porte-parole de Vote Leave a riposté en dénonçant « un certain nombre de fausses accusations et d’affirmations incorrectes ». Il a regretté que les enquêteurs aient écouté de « soi-disant lanceurs d’alertes » et « n’ait interviewé personne de Vote Leave ».

« Nous étudions les options possibles mais sommes confiants que ces conclusions seront rejetées », a-t-il ajouté.

Mais selon la Commission, Vote Leave a « refusé de coopérer », « a rejeté nos demandes d’entretien avec un représentant et nous a forcés à utiliser nos pouvoirs légaux pour le contraindre à fournir des preuves ».

« Néanmoins, nous avons trouvé des preuves claires et importantes », ajoute cette instance.

De son côté, Darren Grimes s’est dit « choqué » et « déçu » par la décision de la Commission. « L’amende est totalement disproportionnée et injustifiée », a-t-il réagi sur Twitter.

En mai, la Commission électorale avait sanctionné un autre mouvement pro-Brexit, Leave.EU, qui avait reçu une amende de 70.000 livres (79.000 euros) pour de multiples irrégularités dans le financement de sa campagne.

THERESA MAY DOIT ORGANISER UN SECOND REFERENDUM

« C’est un bazar total » : l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair ne mâche pas ses mots lorsqu’il détaille à l’AFP ce qu’il pense de la gestion du Brexit par le gouvernement.

Chef du gouvernement de 1997 à 2007, il compatit avec la Première ministre Theresa May, qui cherche à unir son gouvernement autour d’un plan pour quitter l’Union européenne, estimant qu’elle a « le job le moins enviable du monde politique occidental ».

Mais pour l’ancien chef du Parti travailliste, âgé de 65 ans, à l’approche du Brexit Theresa May doit admettre « qu’il n’y a pas d’échappatoire » et doit organiser un second referendum, avec l’option de rester dans l’Union européenne.

« Puisque le Brexit a démarré par un referendum, il ne peut que se terminer par un nouveau vote », dit-il. « Je suis ardemment opposé au Brexit et je crois toujours que cela peut changer », assure-t-il.

Après deux ans de déchirements au sein de son Parti conservateur entre partisans du maintien d’un lien étroit avec l’UE et ceux d’une rupture nette, Theresa May a présenté la semaine dernière son plan sur les futures relations économiques avec l’Union européenne après le Brexit, suscitant l’indignation des tenants d’un « Brexit dur », pour lesquels elle a accordé de trop nombreuses concessions.

« Bouillie »

Tony Blair qualifie le plan de Theresa May de « bouillie » : selon lui, il est « inachevé, à moitié dans l’UE, à moitié dehors », ne satisfait personne et sera probablement rejeté par Bruxelles.

Le parlement étant « paralysé » sur la marche à suivre, « la seule manière de résoudre la situation, c’est de s’en remettre au peuple », estime-t-il.

Les interventions de Tony Blair sur le Brexit ne sont pas toujours bien accueillies au Royaume-Uni, où sa décision d’envahir l’Irak avec les États-Unis en 2003 est toujours très contestée. Mais si David Cameron, qui a convoqué le referendum sur le Brexit en 2016, s’est retiré pour écrire ses mémoires, Tony Blair, lui, multiplie les interventions dans le débat public.

Pour certains, il est pourtant en partie responsable de la victoire du Brexit, ayant échoué à limiter l’immigration en provenance d’États d’Europe de l’Est et d’Europe centrale qui ont rejoint l’UE en 2004, provoquant une arrivée massive de travailleurs et un sentiment de peur chez certains Britanniques.

L’Union européenne se déchire sur la manière de gérer la migration illégale et les demandeurs d’asile, des divergences « très dangereuses », relève Tony Blair. « Le populisme de gauche et de droite risque de casser la vie politique occidentale », ajoute-t-il.

Il admet que l’idéologie centriste est « plutôt absente [de la politique] en ce moment » mais dément vouloir aider à former un nouveau parti centriste au Royaume-Uni.

Le parti travailliste a pris un net virage à gauche en élisant à sa tête le radical Jeremy Corbyn, qui plus est un eurosceptique, même si de nombreux députés travaillistes sont proeuropéens.

Le Labour reconnait le résultat du référendum et soutient le Brexit mais a récemment appelé à une nouvelle union douanière avec l’Union européenne, et n’exclut pas un second vote.

SAUVER LE BREXIT

L’ex-chef de la diplomatie britannique Boris Johnson a estimé mercredi devant le Parlement qu' »il n’est pas trop tard pour sauver le Brexit », dix jours après sa démission du gouvernement pour désaccord sur la stratégie de Theresa May.

Il a reproché à la Première ministre conservatrice d’avoir dévié vers un « Brexit qui n’en a que le nom » et lui a demandé de « changer de tactique », dans une courte déclaration visant une fois de plus à saper son autorité, au moment où elle négocie la sortie du pays de l’Union européenne, prévue le 29 mars 2019.

« Nous avons encore le temps dans ces négociations », a-t-il affirmé, prônant une coupure nette avec l’UE alors que la Première ministre se dirige vers un Brexit « doux », qui maintiendrait des liens étroits avec l’UE.

Boris Johnson a appelé Mme May à renouer avec la vision du Brexit qu’elle avait exposée en janvier 2017 dans son discours de Lancaster House et qui faisait miroiter un Royaume-Uni « fort et indépendant ».

Une vision qu’il a opposée à la « pitoyable incertitude » qui a émergé selon lui de la réunion de Chequers, le 6 juillet lors de laquelle le gouvernement a élaboré son projet pour l’après-Brexit, immédiatement critiqué de tous côtés.

Le ministre avait démissionné trois jours après cette réunion et la publication du plan du gouvernement, estimant que le rêve du Brexit était « en train de mourir ».

« Le problème, ce n’est pas que nous n’ayons pas réussi à faire valoir la nécessité d’un accord de libre-échange comme celui qui a été présenté à Lancaster House, c’est que nous n’avons même pas essayé », a-t-il déclaré au Parlement. « Nous devons essayer aujourd’hui parce que nous n’aurons pas d’autre chance de bien le faire », a-t-il lancé, dans un discours passionné.

Londres et Bruxelles sont censés parvenir à un accord d’ici octobre, pour permettre aux parlements européens et britannique de le ratifier avant la concrétisation du Brexit, prévue le 29 mars 2019. Les négociations trainent en longueur et butent en particulier sur la question de la frontière qui va séparer l’Irlande, entre le nord, membre du Royaume-uni, et le sud, membre de l’UE.

L’UE RÉCLAME PLUS DE « CLARTÉ » À LA PREMIÈRE MINISTRE BRITANNIQUE

Les propositions du Royaume-Uni sur sa relation post-Brexit avec l’UE ouvrent la voie à « une discussion constructive » mais soulèvent aussi des questions, estiment les Européens, qui pressent d’abord Londres de préciser sa stratégie sur la frontière irlandaise.

« Ce n’est pas de davantage de temps dont nous avons besoin, c’est de choix, de décisions, de clarté et de certitude juridique » du côté des Britanniques, a insisté vendredi le négociateur en chef de la Commission européenne, Michel Barnier, à l’issue d’une réunion à Bruxelles avec les Etats membres sur l’état d’avancement des négociations.

Londres et Bruxelles sont censés parvenir à un accord d’ici à octobre pour organiser leur divorce et jeter les bases de leur relation future. Mais les Européens s’inquiètent de l’état des discussions et des remises en cause constantes en interne de la stratégie de la Première ministre britannique, Theresa May.

« Il nous reste 13 semaines et notre objectif premier est de finaliser l’accord de retrait dont 80% des propositions sont déjà en vert dans le texte », a déclaré M. Barnier au cours d’une conférence de presse au siège de la Commission.

Mais l’épineux contentieux de la frontière irlandaise, le principal point d’achoppement des discussions, inquiète toujours le Français.

« Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre du temps sur cette question et c’est pourquoi nous avons invité le Royaume-Uni à travailler sur le +backstop+ la semaine prochaine », a-t-il insisté.

La solution dite de « backstop » consiste en un « filet de sécurité » qui s’appliquerait, faute de meilleure solution négociée entre Londres et Bruxelles, prévoyant un alignement réglementaire de la province britannique d’Irlande du Nord sur l’Union après le Brexit, afin d’éviter le retour d’une frontière « dure » sur l’île.

Barnier a aussi longuement abordé le récent « Livre Blanc » sur la relation future publié par Mme May, qui propose notamment une nouvelle « zone de libre-échange » avec l’UE, reposant sur un ensemble de règles communes concernant les biens et le secteur agro-alimentaire.

L’intérêt de l’UE

« Ce Livre blanc, c’est le fruit d’un très intense débat interne au Royaume-Uni, qui était nécessaire », a estimé M. Barnier, reconnaissant que « plusieurs éléments » ouvraient la voie à « une discussion constructive ».

« La proposition d’un accord de libre-échange » devrait « constituer le cœur de notre future relation économique », a plaidé M. Barnier.

Mais le négociateur européen s’est aussi interrogé sur le fait de savoir si cette proposition était « opérationnelle », « dans l’intérêt de l’UE » et « compatible avec les principes » de négociation posés par les Européens.

En ce qui concerne le respect des lignes directrices européennes, M. Barnier se demande si la proposition britannique respecte « l’intégrité du marché intérieur, de l’Union douanière et de la politique commerciale commune ».

« Notre responsabilité, c’est bien de protéger le marché intérieur de l’UE » et « les consommateurs », a-t-il rappelé.

Sur un deuxième point, celui de savoir si les idées de Londres sont « opérationnelles », le négociateur de l’UE a souligné leur complexité, notamment dans le domaine douanier, le Royaume-Uni proposant d’appliquer deux tarifs pour les biens à la frontière selon qu’ils sont destinés à son marché ou à l’UE.

« Comment les services douaniers pourraient-ils vérifier la destination finale du bien ? N’y a-t-il pas un risque majeur de fraude ? », s’est-il interrogé, mettant aussi en garde contre « une bureaucratie additionnelle ».

« Comment l’Union pourrait déléguer l’application des règles douanières a un pays qui n’est plus membre de l’Union ? », a lancé le négociateur.

Enfin, il s’est demandé, sans entrer dans les détails, si les propositions britanniques étaient dans l’intérêt économique de l’UE.

Mme May a estimé vendredi lors d’un déplacement à Belfast que son livre blanc constituait « un développement significatif » de la position britannique et « un ensemble cohérent ».

« C’est maintenant à l’UE de réagir. Et pas simplement de se rabattre sur des positions antérieures qui se sont déjà avérées irréalisables », a-t-elle argué.

Bruxelles avait appelé jeudi les Etats membres à « intensifier » leur préparation à tous les scénarios possibles pour le Brexit, dont celui d’une « rupture brutale » avec Londres, de plus en plus redoutée face aux incessantes turbulences politiques fragilisant le gouvernement britannique.

[Afp]

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