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Crise politique au Nicaragua : Ou est la communauté dite internationale ?

Dernière mise à jour, le 21 juillet 2018 à 07:19

L’ONU a accusé mardi les autorités du Nicaragua de graves violations des droits de l’Homme, se disant très inquiète après la disparition de deux représentants du mouvement paysan détenus à l’aéroport de Managua et qui devaient participer à une conférence aux Etats-Unis. « Nous sommes très préoccupés par le fait que deux défenseurs des droits de l’Homme », Medardo Maireno, un des leaders du mouvement paysan, et Pedro Mena, membre de ce mouvement, « puissent être victimes de disparition forcée » a déclaré aux médias un porte-parole du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme, Rupert Colville, à Genève. « La police les a détenus vendredi à l’aéroport de Managua et depuis les autorités n’ont pas informé leurs familles du lieu où ils se trouvent. Nous appelons les autorités nicaraguayennes à fournir immédiatement des informations sur leur localisation », a-t-il ajouté. L’Union européenne a demandé mardi la « fin immédiate » de la violence au Nicaragua et exigé le démantèlement des groupes armés irréguliers.

Le Nicaragua, pays le plus pauvre d’Amérique centrale, est secoué depuis trois mois par des violences.

Un mouvement de protestation, dont les étudiants sont le fer de lance, a été lancé le 18 avril contre le gouvernement de Daniel Ortega, 72 ans, à la tête du Nicaragua depuis 2007 après l’avoir déjà dirigé de 1979 à 1990.

Il est accusé d’avoir mis en place avec son épouse Rosario Murillo, qui occupe les fonctions de vice-présidente, une « dictature » marquée par la corruption et le népotisme. Ses adversaires demandent des élections anticipées ou son départ.

Selon le Haut-Commissariat de l’ONU, ces « violences qui ont fait environ 280 morts et 1.830 blessés ont été largement perpétrées par l’Etat et par des éléments armés pro-gouvernementaux ». M. Colville a notamment dénoncé des « opérations dites de +nettoyage+ ».

Depuis le 26 juin, plusieurs représentants du Haut-Commissariat de l’ONU ont été envoyés au Nicaragua, avec l’aval des autorités, pour évaluer la situation.

« Le personnel du Haut-Commissariat sur le terrain signale qu’un large éventail de violations des droits de l’Homme sont commises, y compris des exécutions extrajudiciaires, des cas de torture, des détentions arbitraires », a déploré M. Colville.

L’ONU devait avoir mardi pour la première fois accès à des détenus, dans la prison de La Modelo, mais le Haut-Commissariat demande aussi à avoir accès à la prison de El Chipote, a signalé le porte-parole.

Il a par ailleurs indiqué que l’ONU dénonce aussi la nouvelle loi antiterroriste approuvée lundi par le Parlement nicaraguayen car sa « formulation très imprécise » qui considère un terroriste comme « quelqu’un qui provoque des morts ou des blessés ou détruit des infrastructures publiques ou privées pour tenter d’intimider la population et de troubler l’ordre constitutionnel », peut « prendre en compte une personne qui ne fait qu’exercer son droit à protester ».

VIOLENTE OPÉRATION CONTRE UNE VILLE REBELLE

Rafales d’armes automatiques, cris, cloches sonnant pour alerter la population : Masaya, la ville la plus rebelle du Nicaragua, était mardi matin sous le feu des forces progouvernementales de ce pays secoué par des manifestations violemment réprimées qui ont fait des centaines de morts.

« Ils attaquent Monimbo (un quartier de Masaya)! Les balles atteignent la paroisse de Marie-Madeleine, où le prêtre s’est réfugié », a écrit sur Twitter l’évêque auxiliaire de Managua, Silvio Baez, appelant le président nicaraguayen Daniel Ortega à « arrêter ce massacre ».

Sur les vidéos et enregistrements publiés sur les réseaux sociaux, on peut entendre des tirs nourris et des cris. Des habitants et des journalistes locaux rapportent la présence d’hommes cagoulés équipés de fusils d’assaut Kalachnikov et « M16 », ainsi que de francs-tireurs.

« La bonne nouvelle en provenance du Nicaragua est que le coup d’État a échoué, c’est-à-dire que la tentative de coup d’Etat au Nicaragua est déjà vaincue », a affirmé mardi à Bruxelles Paul Oquist, le ministre nicaraguayen chargé des politiques nationales, dans un entretien à l’AFP.

« Il n’y a plus de barrages routiers », « les étudiants peuvent retourner en cours », a-t-il soutenu. Le gouvernement qualifie les manifestants de « putschistes » et de « délinquants ».

Cette incursion, rebaptisée par l’opposition « opération nettoyage », cible le quartier indigène de Monimbo, où la population est fortement mobilisée contre le gouvernement. Des barricades allant jusqu’à deux mètres ont été élevées dans cette ville de 100.000 habitants.

Au bruit des rafales, provenant des différentes entrées à la ville, s’est mêlé celui des cloches des églises afin d’alerter la population, ont raconté des habitants en appelant des radios de la capitale, Managua.

« Ils sont en train de mitrailler les maisons de manière irresponsable, le message est +celui qui sort sa tête, on le tue+, c’est un message de terreur. Ce qui m’inquiète le plus ce sont les enfants, les femmes enceinte et les personnes âgées », a déclaré le secrétaire de l’Association nicaraguayenne des droits de l’homme (ANPDH), Alvaro Leiva.

Une quarantaine de pick-up avec à bord un millier d’hommes des forces anti-émeutes et de paramilitaires fortement armés sont entrés au petit matin dans Masaya, situé à une trentaine de kilomètres de la capitale, selon les habitants. Les accès à la ville étaient bloqués et les journalistes empêchés de passer.

« Le monde regarde »

« On nous attaque avec des armes lourdes, c’est une des opérations les plus violentes lancées contre Masaya, on entend des détonations et des tirs de mitrailleuses », a déclaré à l’AFP le dirigeant du mouvement étudiant du « 19 avril », Cristian Fajardo.

Les habitants résistent « avec des mortiers artisanaux et des pierres », a-t-il ajouté.

Six civils et quatre policiers avaient trouvé la mort dimanche dans des opérations des forces de police et paramilitaires à Masaya et ses environs.

Ce nouvel affrontement intervient au moment où la communauté internationale réclame l’arrêt de la répression.

Les Etats-Unis ont « fermement » exhorté mardi le président du Nicaragua à cesser cette attaque. « La violence et le bain de sang initiés par le gouvernement doivent cesser immédiatement », a déclaré sur Twitter un haut responsable du département d’Etat chargé des Amériques, Francisco Palmieri.

L’Union européenne a aussi demandé mardi la « fin immédiate » de la violence au Nicaragua et exigé le démantèlement des groupes armés irréguliers, dans une déclaration publiée au cours d’une réunion avec les pays de la Communauté des Etats d’Amérique Latine et des Caraïbes (CELAC) à Bruxelles.

La veille, 13 pays d’Amérique latine et l’ONU avaient réclamé la cessation immédiate des violences au Nicaragua.

Le Nicaragua, pays le plus pauvre d’Amérique centrale, est secoué depuis trois mois par des violences qui ont fait plus de 280 morts et quelque 2.000 blessés.

Un mouvement de protestation, dont les étudiants sont le fer de lance, a été lancé le 18 avril contre le gouvernement de Daniel Ortega, ex-guérillero de 72 ans, à la tête du Nicaragua depuis 2007 après l’avoir déjà dirigé de 1979 à 1990.

Il est accusé d’avoir mis en place avec son épouse Rosario Murillo, qui occupe les fonctions de vice-présidente, une « dictature » marquée par la corruption et le népotisme. Ses adversaires demandent des élections anticipées ou son départ.

L’UE DEMANDE L’ARRÊT IMMÉDIAT DES VIOLENCES

L’Union européenne a demandé mardi la « fin immédiate » de la violence au Nicaragua et exigé le démantèlement des groupes armés irréguliers, dans une déclaration publiée au cours d’une réunion avec les pays de la Communauté des Etats d’Amérique Latine et des Caraïbes.

« L’Union européenne attend la fin immédiate de la violence, de la répression et des détentions arbitraires, ainsi que le respect des libertés fondamentales », a écrit la cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini dans un courrier au ministre des Affaires étrangères du Nicaragua, Denis Moncada, dans lequel elle dénonce la « nouvelle détérioration de la situation dans le pays ».

La prise de position de Mme Mogherini suit la condamnation des violences au Nicaragua par treize pays latino-américains au cours de la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE et des pays membres de la Communauté des Etats d’Amérique Latine et des Caraïbes (CELAC) à Bruxelles.

L’UE a annoncé une aide humanitaire de 300.000 euros pour « faciliter l’accès aux soins pré-hospitaliers et le transport des blessés dans les violences » et a décidé de renforcer son soutien aux défenseurs des droits de l’homme.

Federica Mogherini a dit la disponibilité de l’UE pour participer à un processus de réconciliation, mais à rappelé les conditions préalables: « mise en œuvre de toutes les recommandations de la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) et des commissions convenues dans le cadre du dialogue, notamment la Commission sur la vérification et la sécurité et celles sur la justice et la démocratisation ».

Les Etats membres sont très réticents à s’engager dans les conditions actuelles avec « un pouvoir autocrate et kleptocrate qui n’est pas prêt à négocier », a confié à l’AFP un responsable européen. « Ce serait une perte de crédibilité pour l’UE », a-t-il soutenu.

Le président Daniel Ortega, 72 ans, à la tête du Nicaragua depuis 2007 après l’avoir déjà dirigé de 1979 à 1990, est accusé d’avoir mis en place avec son épouse Rosario Murillo, qui occupe les fonctions de vice-présidente, une « dictature » marquée par la corruption et le népotisme. Ses adversaires demandent des élections anticipées ou son départ. La répression des manifestations a fait plus de 300 morts et des centaines de blessés.

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