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Joseph Kabila lors son discours sur l’etat de la nation ce jeudi 19 juillet 2018, devant les deux chambres du parlement réunies en congrès, au Palais du Peuple
Joseph Kabila lors son discours sur l’etat de la nation ce jeudi 19 juillet 2018, devant les deux chambres du parlement réunies en congrès, au Palais du Peuple.

Devant le Parlement : « Kabila » n’a pas donné d’indication sur son avenir politique

Dernière mise à jour, le 29 juillet 2018 à 01:02

Joseph Kabila réitère son « engagement à respecter la Constitution » jeudi lors de son discours très attendu devant le Parlement réuni en Congrès. Mais à moins d’une semaine du dépôt des candidatures à la présidentielle, le chef de l’État n’a pas donné d’indication sur son avenir politique. « Le cap des élections reste maintenu », a-t-il également déclaré, en soulignant que celles-ci seront intégralement financées par la RDC.

« Pourquoi est-ce que je sens une petite tension dans la salle ? », s’interroge Joseph Kabila, en guise de prélude à son discours. « Je sais pourquoi il y a une tension, poursuit-il. Probablement parce qu’il y a ceux qui pensent que aujourd’hui, quelque part dans mon discours, je dois dire « mesdames et messieurs comprenez mon émotion ». Ce sera tout simplement « comprenez ma passion pour le Congo ». » Une référence au célèbre discours prononcé par le maréchal Mobutu, lors de son annonce il y a 28 ans du tournant du multipartisme.

C’est sur cette note que le Président de la République, Joseph Kabila Kabange, a introduit son allocution sur l’état de la nation, ce jeudi 19 juillet 2018, devant les deux chambres du Parlement réunies en Congrès, au Palais du peuple.

Cela onzième fois que Joseph Kabila intervient pour faire l’État de Nation. Il est parti d’une étude comparative de ce qui s’est passé avant jusqu’en 1997. De 1997 jusqu’en 2001 quand il a accédé au pouvoir. Et de 2001 jusqu’en 2018. C’est pratiquement un discours bilan.

Dans tous les secteurs de la vie nationale, aucun secteur n’a été épargné : la sécurité ; la balkanisation du pays ; le pays unifié ; l’installation des nouvelles provinces ; éclatement de l’ordre judiciaire, juridictionnel ; la voirie ; les réseaux ferroviaires avec l’accusation de plusieurs locomotives ; la relance de la compagnie nationale aérienne ; l’économie ; la diplomatie ; l’armée, la police et les services de sécurité ; la politique ; la justice et enfin les élections. Le président de la république n’a épargné aucun secteur.

A propos des élections, le président congolais a dit que ces élections seront entièrement financées par la République Démocratique du Congo (RDC) et la RDC n’a pas besoin d’appuis extérieure. Et ceux qui continuent encore a rêvé, le cap est maintenu pour décembre 2018 ou les élections législatives, provinciales et présidentielle sont prévues.

Quelques instants auparavant, le chef de l’État congolais a affirmé s’être « employé au plan politique à promouvoir les idéaux de démocratie, de patriotisme et d’indépendance nationale ». « Le Congo n’a jamais donné de leçons à personne, et n’est pas disposé à en recevoir, a-t-il déclaré. Et surtout pas de ceux qui ont assassiné la démocratie dans ce pays et ailleurs. »

« Qui aurait cru que la RDC qui était devenue la risée du monde (…) pouvait grâce aux efforts conjugués ensemble revenir sur la scène internationale et revenir au centre des convoitises (…) et des complots sordides», relève le président congolais. Il ajoute : «Hier dans le gouffre après sa disparition programmée, la RDC est aujourd’hui un État digne de l’être», fait-il savoir, visant volontairement la communauté internationale et continentale, avec qui il a souvent été à couteaux tirés.

Du côté d’Ensemble pour le changement, la plateforme électorale de l’opposant en exil Moïse Katumbi, on estime que le discours de Joseph Kabila « c’est du déjà entendu ». « Le chef de l’État n’a absolument rien dit. Au contraire, nous avons eu affaire à un Kabila sans inspiration, qui est venu devant le Congrès seulement pour répondre à la communauté internationale », regrette le député Christophe Lutundulu, vice-président du G7. Pour ce membre du bureau politique de Moïse Katumbi, « Joseph Kabila est totalement déconnecté des aspirations du peuple congolais ». Il assure aussi que l’opposition va continuer à « lutter pour obtenir les élections transparentes, libres et inclusives ».

D’après Jean-Marc Kabund, de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), « Joseph Kabila n’a pas compris ce que ce discours sur l’état de la nation voulait dire ». « Cela suppose d’entendre les attentes de son peuple et d’y répondre. Or, comme chaque année, il s’est contenté de faire un récital de chiffres, dont lui-même n’a pas la maîtrise. Le pays vit actuellement des heures très difficiles. À quelques jours du dépôt des candidatures, Kabila avait l’opportunité de décrisper la situation politique. Il a préféré narguer le peuple congolais et la communauté internationale. »

Au pouvoir depuis 17 ans, Joseph Kabila a achevé son deuxième mandat le 20 décembre 2016. Un accord signé le 31 décembre 2016, dit de la Saint-Sylvestre, prévoyait l’organisation des élections avant la fin de l’année 2017. Une échéance une nouvelle fois décalée au 23 décembre 2018. La Constitution interdit à Joseph Kabila l’éventualité d’un troisième mandat. Mais l’opposition, l’Église catholique et la société civile soupçonnent le président congolais de vouloir se maintenir au pouvoir. Au mois de juin, le pouvoir a lancé le Front commun pour le Congo. Une méga plate-forme électorale qui rassemble la Majorité présidentielle et les personnalités issues de l’opposition membres du gouvernement, et dont Joseph Kabila est « l’autorité morale ». Les spéculations sur un éventuel dauphin du président Kabila vont bon train au sein de la classe politique congolaise.

Son discours était très attendu. Mais il a déçu ceux qui imaginaient que le président congolais allait évoquer son avenir politique. Car si la Constitution interdit à Joseph Kabila l’éventualité d’un troisième mandat, celui-ci entretient toujours le flou sur ses intentions en vue de l’élection présidentielle du 23 décembre 2018.

Pour Delly Sesanga, secrétaire général d’Ensemble de Moïse Katumbi, le discours du président Kabila est un certificat d’autosatisfaction dans un Congo imaginaire.

« Joseph Kabila a montré sa détermination à défendre la souveraineté du Congo », a réagi pour sa part M. Tunda ya Kasende, Haut cadre de la Majorité présidentielle, ancien Secrétaire général adjoint du Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD).

Il a commencé son discours pratiquement à 15h35′ et l’a terminé à 16h25′ – heures de Kinshasa.

JOSEPH KABILA KABANGE : DISCOURS SUR L’ETAT DE LA NATION CE JEUDI 19 JUILLET 2018, DEVANT LES DEUX CHAMBRES DU PARLEMENT RÉUNIES EN CONGRÈS, AU PALAIS DU PEUPLE

Honorable Président de l’Assemblée Nationale,
Honorable Président du Sénat,
Honorables Députés et Sénateurs,
Distingués invités,
Mes chers Compatriotes,

Pour la 11ème fois, depuis l’entrée en vigueur de notre Loi fondamentale, Je me fais le devoir de rendre compte à notre peuple sur l’état de la Nation devant les deux Chambres du Parlement réunies en Congrès.

Je suis particulièrement heureux que cette tradition induise en elle-même, aujourd’hui, la paix, la stabilité politique et économique qui règnent sur le territoire national, fruit du dur labeur et des énormes sacrifices consentis, nuit et jour, avec le soutien de toutes les Institutions de la République, afin que l’héritage nous légué par nos aïeux se consolide et vive à jamais.

Sur les ruines héritées de la deuxième République, des agressions et des rebellions successives qui, depuis 1998, avaient dangereusement menacé l’intégrité territoriale de notre grand et beau pays, désarticulé ses structures politiques et socio-économiques et plongé notre peuple dans une misère indescriptible, nous avons réussi, par la conjugaison des efforts de tous, à faire émerger un Etat moderne, uni, démocratique et en pleine croissance économique.

Qui aurait cru que la République Démocratique du Congo, qui était devenue la risée du monde, dont on ne parlait plus qu’au passé, parce que quasi-inexistante dans le concert des Nations, et qui était vouée, en tant qu’Etat, à une disparition programmée et certaine, pouvait, grâce aux efforts conjugués ensemble, rebondir sur la scène internationale au point d’être aujourd’hui, au plan géostratégique et économique, le centre de toutes les convoitises, des intrigues diplomatiques, voire même, des complots sordides ?

Mes chers Compatriotes,

Je voudrais saluer ici, la ténacité et la détermination avec lesquelles vous avez choisi de M’accompagner pendant toute cette période particulière de l’histoire de notre pays où, en dépit d’une adversité tout aussi soutenue, nous avons œuvré et continuons à œuvrer ensemble, pour réaffirmer haut et fort notre indépendance, notre souveraineté et notre vouloir vivre collectif ; dire non à la balkanisation de notre pays et à l’ingérence sous toutes ses formes, en dépit de nos différences d’opinions politiques et de notre diversité ethnique dont, déjouant le calcul de nos adversaires, nous avons plutôt fait un ferment sans pareil de l’unité nationale.

Ensemble, nous avons réunifié notre pays hier divisé, mis en place des Institutions transitoires inclusives, permis à doter notre pays par référendum d’une Constitution et instaurer la démocratie en organisant en 2006, les premières élections pluralistes, véritablement libres, démocratiques et transparentes de notre histoire.

Avec le même élan et la même détermination, J’ai également consacré, avec votre concours actif, l’essentiel de Mon énergie, 12 ans durant, à installer tout le dispositif institutionnel posé par notre Constitution et à en assurer le fonctionnement régulier et harmonieux, au niveau tant national, provincial que local, sans omettre les Institutions d’appui à la démocratie.

Dans cette perspective, la réforme de l’Etat engagée depuis 2015, nous a permis de donner une âme à la décentralisation territoriale, à travers l’installation de 15 nouvelles provinces qui sera très bientôt complétée par la mise en place de la Caisse Nationale de Péréquation.

Parallèlement, la Justice de notre pays a connu quant à elle, un coup de fouet à travers l’éclatement de l’ordre juridictionnel existant en deux ordres de juridiction : judiciaire et administratif, coiffés respectivement par la Cour de Cassation et le Conseil d’Etat, en plus de la Cour Constitutionnelle.

Quant à notre Administration publique, elle est soumise à une cure d’amaigrissement, de rajeunissement et de modernisation à travers le contrôle des effectifs et de la masse salariale, ainsi que la mise à la retraite honorable de ceux ayant rendu des loyaux services à la Nation.

Il en est de même de l’organisation des concours d’admission sous statut et de la formation des jeunes recrues par notre Ecole Nationale d’Administration, fruit de la réforme engagée depuis une dizaine d’années, qui doit conduire notre appareil administratif à l’éclatement entre la fonction publique nationale et provinciale.

D’autres réformes institutionnelles importantes doivent encore être engagées dans tous les secteurs de la vie nationale, afin d’assurer et d’améliorer d’avantage la gouvernance politique et administrative du pays.

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