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Hommage à Mandela : Obama tire à boulets rouges sur Trump

Dernière mise à jour, le 18 juillet 2018 à 09:11

Dans un discours politique très attendu à Johannesburg à l’occasion du centième anniversaire de la naissance de Nelson Mandela, premier président sud-africain noir, Barack Obama a pris soin de ne jamais nommer l’actuel locataire de la maison Blanche, mais ses nombreuses allusions à Donald Trump ont fait mouche dans le stade Wanderers qui lui était totalement acquis. « Compte tenu de l’époque incertaine et étrange dans laquelle nous vivons, les informations apportent chaque jour leur lot de titres perturbants qui donnent le tournis », a lancé l’ancien président américain au début de son intervention devant plus de 10.000 personnes.

L’ancien président américain Barack Obama a multiplié à mots à peine couverts mardi les attaques contre son successeur Donald Trump, en s’en prenant aux climatosceptiques, aux politiques d’immigration basées « sur la race » et aux hommes politiques qui « ne cessent de mentir » et « brouillent les lignes entre divertissement et informations ».

Dans un discours politique très attendu à Johannesburg à l’occasion du centième anniversaire de la naissance de Nelson Mandela, premier président sud-africain noir, Barack Obama a pris soin de ne jamais nommer l’actuel locataire de la maison Blanche, mais ses nombreuses allusions à Donald Trump ont fait mouche dans le stade Wanderers qui lui était totalement acquis.

« Compte tenu de l’époque incertaine et étrange dans laquelle nous vivons, les informations apportent chaque jour leur lot de titres perturbants qui donnent le tournis », a lancé l’ancien président américain au début de son intervention devant plus de 10.000 personnes.

La veille, le président Trump avait consterné l’Amérique en tournant le dos aux alliés des Etats-Unis et en donnant des gages à Vladimir Poutine.

A Johannesburg, Barack Obama a également dénoncé « la politique de la peur et de la rancune » et celle « des hommes forts ».

Il s’en est pris aux politiciens qui « ne font que mentir ». « Les politiques semblent rejeter le concept de vérité objective, les gens inventent », a-t-il lancé, déclenchant des rires nourris.

« Il faut croire dans les faits », a-t-il insisté, alors que son successeur dénonce à longueur de journée les « fake news ». « Nier les faits peut mettre à mal la démocratie ».

« Je ne peux pas trouver de terrain d’entente avec quelqu’un qui affirme que le changement climatique n’existe pas, quand tous les scientifiques disent l’inverse », a poursuivi Barack Obama.

Un des premiers gestes de Donald Trump à la Maison Blanche avait été de retirer les Etats-Unis de l’accord de Paris sur le climat, l’estimant « injuste » pour l’industrie de son pays.

Hommage aux Bleus

Sur la politique d’immigration là encore, Barack Obama s’en est pris directement à son successeur.

« Il n’est pas faux d’insister sur le fait que les frontières nationales importent (…) mais cela ne peut pas être une excuse pour des politiques d’immigration basées sur la race », a-t-il estimé lors d’une de ses rares interventions publiques depuis son départ de la maison Blanche début 2017.

Son discours à Johannesburg a marqué le point d’orgue des célébrations du centième anniversaire de la naissance de Nelson Mandela, icône mondiale de la lutte anti-apartheid, né le 18 juillet 1918 et décédé le 5 décembre 2013.

Les deux hommes partagent un destin en commun: ils sont tous les deux devenus le premier président noir de leur pays.

Après vingt-sept ans dans les geôles du régime raciste blanc, Nelson Mandela avait été élu à la présidence en 1994, poste qu’il avait conservé jusqu’en 1999. Barack Obama a lui occupé la fonction suprême aux Etats-Unis de 2009 à 2017.

Il a salué mardi la mémoire d' »un vrai géant de l’histoire ». « La lumière de +Madiba+ (surnom de Nelson Mandela) brille toujours avec beaucoup d’éclat », a-t-il dit, défendant la « vision » de Mandela.

L’occasion pour l’ancien président américain de faire une digression et de saluer la victoire de la France à la Coupe du monde de football et la diversité identitaire des Bleus.

« Tous ces mecs ne ressemblent pas, selon moi, à des Gaulois. Ils sont Français », a-t-il lancé sous les applaudissements, regrettant cependant que « le monde n’a pas tenu les promesses » de Madiba.

« Les discriminations raciales existent toujours en Afrique du Sud et aux Etats-Unis » et « la pauvreté a explosé », a-t-il dénoncé.

Près d’un quart de siècle après la fin officielle de l’apartheid en 1994, le racisme attise toujours les tensions dans la « nation arc-en-ciel » et la pauvreté persiste dans le pays le plus inégalitaire au monde, selon la Banque mondiale.

« Mandela et Obama sont les symboles de la victoire sur l’adversité », a lancé mardi sur le podium la dernière épouse de Nelson Mandela, Graça Machel, vêtue d’une lumineuse robe et coiffe bleu roi.

« Ils ont tous les deux donné de l’espoir à des millions de jeunes qui se sont identifiés avec leur parcours humble », a-t-elle souligné.

Dans la foule, les Sud-Africains étaient aux anges. « C’est un honneur d’avoir ici le premier président noir des Etats-Unis pour célébrer » Nelson Mandela, s’est félicité Welcome Morembe, 37 ans.

MANDELA : ICÔNE MONDIALE DE LA LUTTE CONTRE L’APARTHEID

Des townships aux quartiers plus chics de Johannesburg, l’Afrique du Sud a salué mercredi l’héritage de Nelson Mandela, avec de vibrants hommages de l’ancien archevêque Desmond Tutu et de Barack Obama à l’icône mondiale de la lutte contre l’apartheid, qui aurait eu 100 ans ce 18 juillet.

Chaque année, le « Mandela Day », qui coïncide avec la naissance de « Madiba » dans le village de Mvezo (sud-est), est célébré dans la « nation arc-en-ciel » à coups d’actions caritatives et de discours.

« Agissez, inspirez le changement, faites de chaque jour un Jour Mandela », exhorte la fondation qui porte son nom. Pour le centenaire de sa naissance, elle a vu grand en invitant l’ancien président américain Barack Obama.

« La plupart des gens dans le monde se rappelle de Mandela comme d’un vieil homme avec des cheveux (blancs) comme les miens », a-t-il lancé mercredi devant quelque 200 jeunes réunis à Johannesburg pour une formation de leadership.

Mais « il a commencé à essayer de libérer son pays alors qu’il était encore un très jeune homme. Il avait votre âge. Il m’a inspiré et je me suis lancé », a-t-il confié, appelant les jeunes à en faire autant. « Trouvez un moyen de ne pas vendre votre âme, mais vous devez toujours vous impliquer en politique », a-t-il vivement conseillé.

La veille, lors d’un discours dans un stade de Johannesburg, point d’orgue des célébrations en hommage à « Madiba », Barack Obama avait rappelé « la vague d’espoir qui avait déferlé dans le monde » à la libération de Nelson Mandela le 2 février 1990, après vingt-sept années derrière les barreaux.

Nouveaux billets

Quatre ans plus tard, sans effusion de sang après des décennies d’un régime raciste blanc, Nelson Mandela devenait le premier président noir de l’Afrique du Sud, poste qu’il a occupé jusqu’en 1999.

« Grâce à son sacrifice et son leadership résolu, et peut-être encore plus grâce à son exemple moral, Mandela (…) a personnalisé les aspirations des personnes dépossédées », a lancé Barack Obama, saluant, devant quelque 15.000 personnes, la mémoire d’un « vrai géant de l’Histoire ».

Toute la nation sud-africaine s’est mise à l’heure Mandela, avec spectacles, expositions, compétitions sportives, publication de livres, impression de nouveaux billets à son effigie ou encore confection de gâteaux géants, distribution de couvertures et de bicyclettes.

Desmond Tutu, compagnon de lutte de « Madiba », a salué mercredi un homme « parfait exemple d’humanité ». « Les principes qui ont conduit sa vie sont des principes universels d’amour, de justice, de respect des autres », a rappelé le prix Nobel de la paix de 86 ans, dans une vidéo diffusée par sa fondation.

« La chose la plus extraordinaire à propos de Mandela (décédé en 2013) était sa capacité à être comme le commun des mortels », a-t-il insisté, confiant toutefois avoir eu des dissensions avec lui.

« On n’était pas toujours d’accord », a-t-il expliqué, le sourire en coin. « Son style vestimentaire par exemple. Je lui disais qu’il devait porter un costume et une cravate pour les grandes occasions, au lieu de ses chemises colorées. Il m’avait répondu, dans un style bien à lui: +Et cette critique vient d’un homme qui porte en public une chasuble violine ! ».

« Terre promise »

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa, protégé de Nelson Mandela, a célébré la mémoire de « Madiba » dans son village natal de Mvezo, où il a inauguré une clinique.

Nelson Mandela « nous a conduits depuis la sauvagerie du conflit et de l’oppression vers la terre promise, une terre de liberté, démocratie et égalité », a-t-il salué.

Mais un quart de siècle après la chute de l’apartheid, le racisme attise toujours les tensions, la pauvreté persiste et l’économie patine en Afrique du Sud, pays le plus inégalitaire au monde selon la Banque mondiale.

Certains mettent en cause les successeurs de « Madiba » et la corruption qui a gagné le plus haut sommet de l’Etat, notamment sous la présidence de Jacob Zuma (2009-2018).

D’autres, plus rares, vont jusqu’à le traiter de « vendu » à la minorité blanche, qui détient toujours l’essentiel des leviers économiques du pays.

Ndileka Mandela, petite-fille de « Madiba », s’est indignée mercredi de ces prises de position. « C’est vraiment dégueulasse, surtout au vu des sacrifices qu’il a faits », a-t-elle estimé. « Je pense que lorsque des gens ne parviennent pas à résoudre leurs problèmes, ils s’en prennent à lui parce qu’il n’est plus là pour se défendre ».

[Afp]

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