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Manipulé par Poutine : Trump, une tournée européenne désastreuse

Dernière mise à jour, le 21 juillet 2018 à 12:38

Le président américain Donald Trump se retrouvait mardi isolé jusque dans son propre camp, après une tournée européenne jugée désastreuse qui l’a vu tourner le dos aux alliés des Etats-Unis et donner des gages au maître du Kremlin, Vladimir Poutine. Lui qui a si souvent qualifié de « faible » ses opposants était taxé de faiblesse par des voix émanant de tout l’échiquier politique, lui enjoignant de reconnaître ses torts.

Mais, semblant imperméable à ce déluge de critiques et fidèle à lui-même, le président s’est accordé un auto-satisfecit sur son compte Twitter.

« Bien que j’ai eu une excellente rencontre avec l’Otan, levant d’importantes sommes d’argent, j’ai eu des entretiens bien meilleurs avec Vladimir Poutine de Russie. Malheureusement, les médias n’en font pas état – les médias +Fake News+ sont déchaînés », a tweeté M. Trump, qui devait s’exprimer mardi à 14h00 locales (18h00 GMT).

Cela n’a pas dissipé l’impression d’isolement entourant M. Trump, confortée par un précédent tweet dans lequel il avait remercié le sénateur Rand Paul, l’un des seuls républicains à avoir ouvertement défendu sa prestation au sommet d’Helsinki.

M. Paul a mis les critiques du président américain sur le dos d’un « syndrome mental anti-Trump », qu’il a opposé à un supposé harcèlement judiciaire du dirigeant des Etats-Unis.

« Merci Rand Paul, vous saisissez bien les choses ! », a écrit Donald Trump, au lendemain de cette première rencontre bilatérale entre le 45e président américain et le président russe.

Avalanche de critiques

Dans les jours précédant, à Bruxelles ou Londres, M. Trump a de l’avis général distendu les liens transatlantiques, avec notamment des charges contre l’Allemagne, l’Union européenne ou le Royaume-Uni.

L’hommage adressé par Donald Trump à Rand Paul contraste avec une avalanche de commentaires négatifs émanant de multiples élus et experts géopolitiques, allant de « surréaliste » à « traître », en passant par « embarrassant », « indéfendable ». « irréfléchi », « antipatriotique » ou encore « honteux ».

En adoptant un ton conciliant aux côtés de son homologue russe, et en mettant de nouveau en doute la justice et les services de renseignement américains qui ont conclu à la réalité d’une interférence russe dans la présidentielle de 2016, M. Trump a consterné jusqu’à des républicains du Congrès qui, d’habitude, ne se sentent pas autorisés à critiquer publiquement le président.

Lors d’une conférence de presse succédant à leur tête-à-tête d’environ deux heures, M. Trump a même semblé valider les dénégations de M. Poutine sur cette ingérence russe.

Signe de l’ampleur du malaise, la télévision préférée des conservateurs, Fox News, a laissé une place inédite aux détracteurs de la tournée présidentielle. Une demi-douzaine de journalistes vedettes de la chaîne ont critiqué le président dans leurs commentaires.

« Aucune négociation ne justifie de sacrifier votre propre peuple et votre propre pays », a tweeté Abby Huntsman, une chroniqueuse de Fox News.

M. Trump « doit immédiatement renverser la vapeur », a de son côté estimé Anthony Scaramucci, un éphémère ancien directeur de la communication de la Maison Blanche.

M. Scaramucci a estimé urgent que les alliés du président s’assoient avec lui pour lui expliquer combien il a fait fausse route.

Un message également adressé par Newt Gingrich, un proche du président et ancien président du Congrès, selon qui M. Trump a commis « la pire erreur de sa présidence, qui doit être rectifiée sur le champ ».

L’avis d’Obama

Dans une conférence de presse mardi sur la colline du Capitole, le président républicain de la Chambre des représentants a enfoncé le clou.

« Vladimir Poutine ne partage pas nos valeurs », a martelé Paul Ryan. « Nous venons de conclure une enquête d’un an sur l’interférence de la Russie dans notre élection. Ils ont bien interféré. C’est clair comme de l’eau de roche. Aucun doute n’est permis ».

Depuis l’Afrique du Sud où il est en voyage, l’ex-président démocrate Barack Obama a lui regretté une « époque incertaine », dans laquelle « chaque nouveau cycle d’actualité apporte son lot de titres préoccupants et donnant le tournis ».

« Actuellement le président n’a pas de rôle moteur, nous avons négocié hier en position de faiblesse et Vladimir Poutine est reparti d’Helsinki en ayant remporté la partie. C’est un désastre », a pour sa part résumé Ben Sasse, sénateur républicain du Nebraska.

TRUMP SOUS LE FEU DES CRITIQUES

Donald Trump a vanté mercredi sa « fermeté » face à Vladimir Poutine pour tenter d’apaiser la vive polémique née de ses déclarations très conciliantes vis-à-vis du président russe lundi à Helsinki comme de ses dénégations alambiquées depuis.

« Aucun président n’a été aussi ferme que moi sur la Russie (…). Je pense que le président Poutine le sait mieux que quiconque, sûrement mieux que les médias », a-t-il déclaré depuis la Maison Blanche. « Regardez les chiffres, regardez ce que nous avons fait, regardez les sanctions ».

Interrogé peu après sur le fait de savoir si la Russie, accusée d’interférence dans les élections américaines, visait toujours les Etats-Unis, il a répondu d’un simple « non ».

Face à cette énième controverse autour des propos du président, Sarah Sanders, sa porte-parole, a assuré qu’il avait été mal interprété et que ce « non » voulait seulement indiquer qu’il ne répondrait pas aux questions. « Nous pensons que la menace existe toujours », a-t-elle martelé.

Et M. Trump a affirmé, dans une interview diffusée mercredi sur CBS, avoir indiqué à son homologue russe Vladimir Poutine que l’ingérence de la Russie dans les élections américaines était intolérable: « Je lui ai fait savoir que nous ne pouvions tolérer cela. »

Lundi, le directeur du renseignement américain Dan Coats a mis en avant les évaluations « claires » de ses services sur une ingérence russe dans la présidentielle de 2016 et a évoqué les « efforts en cours » de Moscou pour « saper » la démocratie américaine.

La surprenante conférence de presse du président américain avec son homologue russe dans la capitale finlandaise a suscité un tollé dans son propre camp politique, nombre d’élus exprimant sans retenue leur consternation.

Face au scandale, M. Trump avait tenté mardi de limiter les dégâts, assurant –sans vraiment convaincre– que sa langue avait fourché lorsqu’il avait semblé prendre le parti de l’homme fort du Kremlin.

Paradoxe pour un président américain: il a été contraint de dire explicitement qu’il acceptait les conclusions… des services de renseignement américain selon lesquels la Russie a interféré dans l’élection de 2016.

Un enregistrement ?

Le tête-à-tête d’environ deux heures entre les deux dirigeants, en l’absence de leurs conseillers, fait désormais l’objet d’intenses spéculations. Certains élus ont même suggéré que l’interprète de M. Trump soit interrogée par le Congrès.

Existe-t-il un enregistrement de leur conversation? « Pas à ma connaissance », a répondu Sarah Sanders.

« Tellement de personnes haut placées dans le renseignement ont adoré ma prestation en conférence de presse à Helsinki », a tweeté M. Trump mercredi matin, renforçant le sentiment que son volte-face partiel de la veille lui avait été imposé par ses conseillers.

« Nous nous sommes très bien entendus, ce qui a vraiment dérangé beaucoup de personnes remplies de haine qui voulaient voir un match de boxe », a-t-il ajouté, promettant de « grands résultats à venir ».

« Certains DETESTENT le fait que je me sois bien entendu avec le président Poutine de Russie », a-t-il encore tweeté mercredi. « Ils préféreraient aller en guerre que de voir ça ».

A l’exception du sénateur Rand Paul, rares sont les républicains à avoir ouvertement défendu la prestation du président au sommet d’Helsinki, première rencontre bilatérale entre le 45e président américain et son homologue russe.

Dans les jours précédant son étape finlandaise, à Bruxelles ou Londres, M. Trump a, de l’avis général, distendu les liens transatlantiques, avec ses charges contre l’Allemagne, l’Union européenne ou le Royaume-Uni.

Sa tournée a déclenché une avalanche de commentaires négatifs émanant de multiples élus et experts géopolitiques, allant de « surréaliste » à « traître » en passant par « embarrassant », « indéfendable », « irréfléchi ».

Dans un entretien à Fox News, M. Trump a par ailleurs donné un nouveau coup de canif aux relations avec les alliés de l’Otan, déjà mises à l’épreuve lors d’un sommet extrêmement tendu à Bruxelles.

Le président américain a semblé remettre en cause le principe de défense mutuel, véritable pierre angulaire de l’Alliance.

« Si, par exemple, le Monténégro est attaqué, pourquoi mon fils devrait-il aller au Monténégro pour les défendre? », lui a demandé le journaliste.

« Je comprends ce que vous dites, j’ai posé la même question », a répondu M. Trump. « Le Monténégro est un tout petit pays avec des gens très forts (…) très agressifs », a-t-il poursuivi.

L’article 5 du traité de l’Otan stipule que toute attaque contre un des pays membres est considérée comme une attaque contre tous.

« En attaquant le Monténégro et en mettant en doute nos obligations au sein de l’Otan, le président fait exactement le jeu de Poutine », a déploré le sénateur républicain John McCain.

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