lundi , 23 juillet 2018
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Angleterre : Violente tempête gouvernementale

La Première ministre Theresa May fait face lundi à une violente tempête gouvernementale avec la démission de deux poids lourds de son équipe, signe de désaccords sur l’avenir de la relation du Royaume-Uni avec l’Union européenne après le Brexit. Le ministre du Brexit, l’eurosceptique David Davis, a claqué la porte dimanche soir, en signe de protestation contre le plan de Mme May de maintenir des relations économiques étroites avec Bruxelles après le Brexit, prévu le 29 mars 2019. Une option qualifiée de « Brexit doux » par opposition au « Brexit dur » souhaité par les partisans d’une rupture nette avec Bruxelles.

Lundi après-midi, le chef de la diplomatie britannique Boris Johnson a suivi la même voie, peu avant que Mme May ne prenne la parole devant les députés britanniques pour exposer son plan adopté vendredi soir lors d’une réunion de son gouvernement dans sa résidence de campagne de Chequers, à 70 km au nord-ouest de Londres.

« Ce rêve (du Brexit) est en train de mourir », a-t-il estimé dans sa lettre de démission. « Nous nous dirigeons vraiment vers le statut de colonie » de l’UE.

Mme May a elle expliqué qu’il y avait « désaccord sur la meilleure manière de mettre à exécution » le résultat du référendum » de juin 2016, au cours duquel les Britanniques s’étaient prononcés à 52% en faveur de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, tout en défendant sa stratégie comme la meilleure pour l’avenir du pays.

Après des mois de divisions de sa majorité conservatrice sur les futurs liens avec Bruxelles, elle pensait être parvenue à un consensus et avoir obtenu les coudées franches à Chequers pour aller proposer son projet à Bruxelles.

« Mais l’illusion d’unité n’aura duré que 48 heures », a dénoncé le chef de l’opposition travailliste Jeremy Corbyn au Parlement, critiquant deux ans d’atermoiements. « L’avenir des emplois et des investissements est en jeu », a-t-il averti, appelant le gouvernement à agir ou « à faire place ».

Les rumeurs allaient bon train depuis des mois sur le départ de M. Davis, 69 ans, visiblement mécontent du chemin que prenaient les négociations, même si en public il se montrait loyal envers Mme May.

En revanche, le flamboyant Boris Johnson, 54 ans, l’un des leaders de la campagne pour sortir de l’UE, ne s’est pas privé de critiquer ouvertement la Première ministre.

Visite de Trump maintenue

Son départ accroît les chances de voir Mme May affronter un vote de défiance des députés tory, auxquels elle devait s’adresser en fin de journée.

Ses soutiens estiment qu’elle est en capacité de remporter un tel vote, personne ne semblant actuellement en mesure de rassembler les conservateurs autour d’une position commune. Si elle perdait, Boris Johnson est sur les rangs.

Son successeur à la tête du ministère des Affaires étrangères sera désigné rapidement, a annoncé Downing Street.

Celui de David Davis est déjà connu: il s’agit de Dominic Raab, jusque-là secrétaire d’Etat au Logement.

Ce député eurosceptique de 44 ans aura la lourde tâche de ferrailler avec les dirigeants européens, qui s’impatientent de plus en plus de voir les négociations patiner à moins de neuf mois du Brexit.

La Commission européenne a affirmé lundi que la démission de David Davis ne constituait pas pour elle un problème pour les négociations. « Nous continuerons à négocier de bonne volonté avec la Première ministre May et les négociateurs britanniques », a déclaré son porte-parole Margaritis Schinas.

Le secrétaire d’État au Brexit Steve Baker a également démissionné pour protester contre le plan dévoilé vendredi soir par Mme May et qui prévoit de mettre en place une zone de libre échange et un nouveau modèle douanier avec les 27, afin de maintenir un commerce « sans friction » avec le continent.

Selon Mme May, Bruxelles a accordé « un accueil positif » à ces propositions.

Les milieux économiques et financiers se sont aussi montré plutôt satisfaits. Mais les marchés britanniques se sont inquiétés après la démission de Boris Johnson, craignant la chute du gouvernement, ce qui a fait nettement baisser la livre.

La crise au sein de l’exécutif britannique intervient à quelques jours d’une visite du président américain Donald Trump, avec lequel Mme May espère bien faire avancer les discussions sur un futur accord commercial.

La Maison Blanche a fait savoir que cette visite était toujours à l’ordre du jour et que M. Trump « continue d’attendre avec impatience de rencontrer la Première ministre le 13 juillet et de renforcer davantage la relation spéciale entre les Etats-Unis ».

JOHNSON FENDU

L’imprévisible ministre britannique des Affaires étrangères Boris Johnson, champion des partisans du Brexit, s’est fendu lundi d’un nouveau coup d’éclat en claquant la porte du gouvernement, rompant avec la Première ministre Theresa May dont il n’a cessé de saper l’autorité ces deux dernières années.

En quittant ses fonctions, M. Johnson, 54 ans, met fin à une collaboration pour le moins difficile avec la dirigeante conservatrice, qui l’avait nommé à ce poste en juillet 2016 dans la foulée du référendum sur le Brexit, une manière de donner des gages aux eurosceptiques de son parti.

A l’époque, sa désignation avait pourtant fait grand bruit, le costume de diplomate en chef ne semblant a priori guère compatible avec le tempérament exubérant de l’ancien maire de Londres, qui aime à faire les gros titres de la presse.

La suite a d’ailleurs confirmé à quel point il n’était pas du genre à tenir sa langue.

En mai 2017, il prône les exportations de whisky vers l’Inde dans l’enceinte d’un temple sikh, religion qui… bannit sa consommation.

Cinq mois plus tard, il s’attire une pluie de critiques en déclarant que la Libye pourrait devenir attrayante pour les touristes si toutefois elle parvenait à « se débarrasser des cadavres », avant d’émettre une idée surprenante : construire un pont entre le Royaume-Uni et la France.

Mais c’est sans doute vis-à-vis de Theresa May et de l’Europe que ses sorties ont été les plus incisives.

Les dizaines de milliards d’euros que le Royaume-Uni pourrait avoir à payer en raison de ses engagements en tant que membre de l’UE ? « Ils peuvent toujours courir », lâche-t-il en 2017.

La même année, quelques jours avant un discours majeur de la Première ministre, il lui damne le pion en publiant une longue tribune pour présenter sa « vision » de la sortie de l’UE. Plus récemment, l’homme à la tignasse blonde ébouriffée est même allé jusqu’à laisser entendre que Donald Trump s’y prendrait mieux pour négocier avec Bruxelles.

Comme à un enfant à qui on pardonnerait tout, Theresa May n’a jamais retiré sa confiance au trublion, les observateurs soulignant que Boris Johnson, à qui l’on prête l’ambition de devenir chef du gouvernement, serait encore plus encombrant hors de l’exécutif.

Car Alexander Boris de Pfeffel Johnson, « BoJo » comme il est surnommé, a de l’ambition.

‘Roi du monde’

Dès son plus jeune âge, il voulait être « roi du monde », à en croire les confidences de sa sœur Rachel à son biographe, Andrew Gimson.

Et le ministère des Affaires étrangères, aussi prestigieux soit-il, ne constitue probablement pas le pinacle d’une carrière qui l’a déjà vu présider, de 2008 à 2016, aux destinées de la puissante capitale britannique.

Au fil d’une éducation élitiste, cet aîné d’une fratrie de quatre, né à New York en 1964, n’a eu de cesse d’affirmer ses rêves de grandeur, ayant décroché une bourse pour le prestigieux Eton College et le non moins glorieux poste de président du club de débat Oxford Union.

Il entame ensuite une carrière journalistique au Times, qui le licencie à peine un an plus tard pour avoir inventé une citation, et avoir menti sur le fait de l’avoir inventée. Le Daily Telegraph le repêche et l’envoie à Bruxelles, où il officiera de 1989 à 1994.

Déjà, à coup d’exagérations et même parfois d’entourloupes, Boris Johnson bouscule la couverture des institutions européennes et devient « le journaliste favori » de Margaret Thatcher en relatant par le menu les actions les plus insolites de l’exécutif européen (taille des saucisses, toilettes, etc.).

C’est également à Bruxelles que son premier mariage avec Allegra Mostyn-Owen, rencontrée à Oxford, se délite et qu’il renoue avec une amie d’enfance, Marina Wheeler, aujourd’hui son épouse et la mère de ses quatre enfants.

Elu député pour la première fois en 2001, c’est en ravissant la mairie de Londres aux travaillistes en 2008 qu’il acquiert une stature nationale.

En démissionnant du gouvernement, Boris Johnson va retrouver les bancs des députés à la chambre des Communes. En attendant Downing Street ?

[Afp]

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