mercredi , 14 novembre 2018
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Migrants : Des ONG sous le feu de la critique

Face au risque de noyade en Méditerranée ou de mort de froid dans les Alpes, les organisations humanitaires sont dans leur rôle en intervenant, dans l’urgence, pour secourir des êtres humains en danger, quelles que soient les circonstances, assurent-elles. Mais elles font ainsi « le jeu des passeurs, en réduisant le coût du passage », a accusé mardi, à la suite d’autres officiels européens, le président français Emmanuel Macron. « On ne peut accepter durablement cette situation car au nom de l’humanitaire cela veut dire qu’il n’y a plus aucun contrôle », a-t-il ajouté. Le porte-parole du gouvernement français, Benjamin Grivaux, a pour sa part déclaré mercredi que « la France salue le travail des ONG (…) qui sauvent des vies », mais « leur travail doit se faire dans le respect du droit international ».

Sauver des vies sans tomber dans le piège tendu par les passeurs et faire leur jeu: c’est le dilemme auquel sont confrontées les ONG venant au secours des migrants, durement critiquées par les gouvernements européens.

Face au risque de noyade en Méditerranée ou de mort de froid dans les Alpes, les organisations humanitaires sont dans leur rôle en intervenant, dans l’urgence, pour secourir des êtres humains en danger, quelles que soient les circonstances, assurent-elles.

Mais elles font ainsi « le jeu des passeurs, en réduisant le coût du passage », a accusé mardi, à la suite d’autres officiels européens, le président français Emmanuel Macron. « On ne peut accepter durablement cette situation car au nom de l’humanitaire cela veut dire qu’il n’y a plus aucun contrôle », a-t-il ajouté.

Le porte-parole du gouvernement français, Benjamin Grivaux, a pour sa part déclaré mercredi que « la France salue le travail des ONG (…) qui sauvent des vies », mais « leur travail doit se faire dans le respect du droit international ».

Pour l’ancien député européen Daniel Cohn-Bendit, « les ONG ont raison d’aller sauver des gens, mais d’un autre côté les passeurs se servent des ONG (…) « Il y a aujourd’hui un problème objectif: les passeurs prennent l’argent, se disent +On envoie les gens en mer et on émet un signal SOS+. »

Au large de la Libye, par exemple, les trafiquants d’êtres humains ont compris qu’ils n’avaient pas besoin d’investir dans des navires de haute mer capables de gagner les côtes italiennes. Mais qu’ils pouvaient se contenter de bateaux pneumatiques, qu’ils surchargent de migrants et dont parfois ils récupèrent le moteur une fois franchie la limite des eaux territoriales libyennes, en laissant à un migrant un numéro de téléphone à appeler pour demander du secours.

État de nécessité

Dans les Alpes, des bénévoles ont récemment assuré à l’AFP que leurs numéros de téléphone personnels avaient été récupérés par les passeurs. « Ils les revendent aux migrants », a expliqué à l’AFP Philippe Wyon, responsable de l’ONG « Refuge solidaire ». « On se retrouve piégé alors que notre mission est de porter secours à des gens qui sont en danger dans la montagne, mais sûrement pas de faire le taxi pour les passeurs ».

Pour le docteur Philippe de Botton, président de Médecins du Monde – France, les associations sont cependant victimes d’un faux procès.

« Nous venons en aide aux migrants sur un plan humanitaire mais on ne fait absolument pas le jeu des passeurs », assure-t-il à l’AFP. « Ce qui fait le jeu des passeurs, c’est de criminaliser le sauvetage en mer ou de fermer les frontières. Si on accueillait les gens avant d’étudier leurs cas, comme ça devrait être la règle, on casserait le marché des passeurs. »

« Quand on sait ce qui se passe en Libye, la déclaration du président Macron est d’un cynisme incroyable, ajoute-t-il. C’est une position très politique de M. Macron, qui s’aligne sur la position populiste italienne, comme par hasard à la veille du Conseil européen qui aura lieu jeudi ».

Accusée d’avoir refusé d’obtempérer aux ordres de remettre les migrants qu’elle avait secourus aux garde-côtes libyens, l’ONG Mission Lifeline, dont le navire devrait accoster mercredi soir à Malte après une semaine d’attente en mer, s’est défendue mercredi, dans un communiqué

« Le seul ordre auquel le bateau a refusé d’obéir est celui de remettre ces personnes aux prétendus garde-côtes libyens car cela aurait été en contravention avec la convention de Genève sur les réfugiés, et donc criminel », a assuré l’ONG.

Dans la nuit de mardi à mercredi, l’ONG espagnole Proactiva Open Arms, dont le navire croise en Méditerranée, a estimé que cette mer était devenue un « gouffre insupportable transformé en échiquier politique où l’on négocie sans pudeur avec des vies humaines privées de voix, auxquelles on refuse les droits les plus basiques ».

En mars, son navire, l’Open Arms, avait été placé sous séquestre en Sicile sur des soupçons d’aide à l’immigration clandestine après que les secouristes eurent refusé de remettre des migrants aux garde-côtes libyens.

Le séquestre a été levé par un juge sicilien qui a estimé que l’ONG avait agi « en état de nécessité » parce que les droits fondamentaux des migrants secourus n’étaient pas garantis en Libye.

QUELLES SONT LES ROUTES D’ARRIVÉE EN EUROPE ?

Routes très longues, chiffres en baisse, et toujours des morts en mer: les migrations vers l’Europe, qui seront au coeur d’un sommet européen difficile jeudi et vendredi à Bruxelles, évoluent avec les efforts pour limiter les départs.

Par où arrivent les migrants ?

Le gros des arrivées se fait par la Méditerranée, rappelle le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR), avec l’an dernier 172.000 personnes entrées en Grèce, en Italie ou en Espagne.

Les flux sont toutefois en forte baisse, puisqu’au plus fort de la crise, en 2015, l’Europe avait vu arriver 1,02 million de personnes par la Méditerranée. Depuis le début de 2018, on est tombé à 44.370 personnes seulement — soit moins que le record de 48.000 personnes arrivées en cinq jours en Grèce en octobre 2015.

Quels parcours en Méditerranée?

La route principale, l’an dernier, était encore celle de la « Méditerranée centrale », via la Libye (ou la Tunisie) et l’Italie, avec 118.962 arrivées comptabilisées l’an dernier par l’agence Frontex, essentiellement des Nigérians, des Guinéens et des Ivoiriens.

Mais les arrivées par cette route ont chuté de 75% depuis des accords controversés passés mi-juillet 2017 par Rome avec les gardes-côtes libyens.

La route Turquie-Grèce (dite de la « Méditerranée orientale ») s’est elle aussi tarie: de près de 900.000 migrants en 2015, elle est passée l’an dernier à 42.000 entrées (Syriens, Irakiens et Afghans) selon Frontex. En 2016 en effet, un accord contesté a été passé entre l’UE et Ankara pour renvoyer les arrivants en Turquie.

En revanche la route Maroc-Espagne, quasi-abandonnée jusqu’en 2000, monte en puissance: 23.000 traversées l’an dernier (Marocains, Algériens et Ivoiriens essentiellement).

Cette route « de la Méditerranée occidentale » est d’ailleurs aujourd’hui en passe de devenir la principale voie d’accès à l’Europe: depuis le début de l’année, 17.522 personnes sont arrivées par l’Espagne, contre 16.452 par l’Italie, et 13.120 par la Grèce, selon le HCR.

Quid des routes secondaires?

Des routes secondaires existent, notamment par les Balkans occidentaux, pour relier la Grèce aux pays d’Europe de l’est. Selon Frontex, 12.000 personnes ont emprunté cette route l’an dernier (Pakistanais, Afghans et Irakiens notamment). En 2015, 760.000 personnes l’avaient prise.

Attention toutefois: cette route recoupe celle des migrants déjà passés par la Turquie et la Grèce, et les chiffres ne s’additionnent pas forcément.

Par ailleurs, les routes évoluent: selon une note de l’ambassadrice de France en Slovénie que l’AFP a pu consulter, « une nouvelle route migratoire est constatée depuis le début de l’année » depuis la Grèce, passant par l’Albanie, la Croatie et la Slovénie, avec près de 1.800 franchissements entre janvier et mai.

Pour réussir à franchir la frontière, alors que l’Europe intensifie ses efforts pour contenir les arrivées, l’inventivité est vaste: on a ainsi vu, en 2015, apparaître brièvement une « route de l’Arctique » entre la Norvège et la Russie, empruntée chaque jour à vélo par une centaine de migrants.

Quels trajets en Afrique?

Selon les pays d’origine, les parcours ne sont pas les mêmes, mais peuvent durer des années, sur des routes qu’illustrent les cartes de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Un Somalien parti de Mogadiscio pourra ainsi passer par Addis Abbeba, Khartoum, Le Caire puis Tripoli avant de gagner l’Europe.

Un Ivoirien pourra transiter, depuis Abidjan, par Ouagadougou, Niamey, Agadez et Sebah en Libye.

Au départ de Monrovia, un Libérien pourra passer par Bamako, Gao, Tamanrasset en Algérie et Ceita avant une traversée vers l’Espagne…

Combien de morts?

Le HCR chiffre à 16.607 le nombre de morts et de disparus en mer depuis 2014.

A ces chiffres il faut ajouter le bilan de la traversée du désert, sur la route menant à la Libye: selon l’OIM, « il y a probablement autant de morts dans le Sahara qu’en mer Méditerranée ». L’an dernier, des élus nigériens avaient parlé de « véritable cimetière à ciel ouvert ».

L’ONG néerlandaise United for intercultural action, qui compile l’identité des victimes, estime ainsi à « au moins 34.361 » le nombre total de migrants morts en tentant de gagner l’Europe depuis 1993. « Des milliers d’autres n’ont jamais été retrouvés », selon elle.

FIN DE L’ODYSSÉE DU LIFELINE

« Je pense que le navire va rejoindre nos côtes ce soir », a dit M. Muscat en conférence de presse à La Valette.

Le temps pressait pour le navire battant pavillon néerlandais, en quête d’un port d’accueil depuis six jours en Méditerranée. Il avait renouvelé dans la nuit de mardi à mercredi sa demande d’entrer à Malte et fait savoir que « de nombreuses personnes à bord souffrent de mal de mer » et que trois se trouvent dans son hôpital.

Le Premier ministre maltais Joseph Muscat a annoncé mercredi que le navire humanitaire Lifeline avec 233 migrants à bord allait être autorisé à accoster sur l’île où il est attendu en soirée, mettant ainsi un terme à une odyssée de près d’une semaine.

« Des procédures d’identification et de redistribution des personnes parmi les Etats membres (de l’UE, ndlr) seront engagées en garantissant les soins médicaux nécessaires », a poursuivi M. Muscat.

Au total huit pays européens accueilleront les migrants — Malte, Italie, France, Espagne, Portugal, Luxembourg, Belgique et Pays-Bas.

Le Premier ministre maltais a précisé que le navire serait mis sous séquestre à son arrivée pour les besoins de l’enquête, estimant que son capitaine « a violé les lois internationales ».

« La situation a été causée par les décisions du capitaine du navire qui a agi contre les loi internationales et ignoré les directives des autorités italiennes », a assuré M. Muscat.

Naviguant jusqu’ici dans les eaux internationales, le Lifeline avait été autorisé en matinée « à entrer dans les eaux maltaises pour se protéger du vent », avait indiqué l’ONG plus tôt dans la journée.

La décision de faire accoster à Malte la navire humanitaire a été annoncée mardi par l’Italie et la France.

Une solution décidée, selon la presse italienne, lors de la rencontre discrète, lundi soir à Rome, du président français Emmanuel Macron avec le chef du gouvernement italien Giuseppe Conte, le tout en concertation avec diverses chancelleries européennes.

« Nous avons cherché cette solution, l’idée a été proposée ce dimanche sous l’autorité du président (de la Commission européenne) Juncker », a précisé M. Muscat pour sa part.

‘Cynisme terrible’

Alors que le dossier des migrants empoisonne les relations entre Paris et Rome, M. Macron, venu mardi rencontrer le pape au Vatican, a semblé jouer l’apaisement en acceptant que son pays accueille une partie des migrants du Lifeline.

M. Macron a même rejoint mardi certaines critiques de Rome sur le rôle des ONG en Méditerranée. Pour lui, l’ONG allemande Lifeline « est intervenue en contravention de toutes les règles », en refusant d’accepter de remettre aux garde-côtes libyens les migrants secourus. A la fin, « on fait le jeu des passeurs (…). C’est d’un cynisme terrible », a poursuivi le président français.

« Il est important de souligner que le seul ordre auquel le bateau a refusé d’obéir est celui de remettre ces personnes aux prétendus garde-côtes libyens car cela aurait été en contravention avec la Convention de Genève sur les réfugiés et donc criminel, » a réagi l’ONG dans un communiqué.

Selon elle, obéir à l’ordre reçu de « débarquer à Tripoli aurait constitué une violation du principe de non-refoulement ».

Le ministre italien de l’Intérieur, Matteo Salvini, qui est aussi le chef de file de la Ligue (extrême droite), s’est de son côté réjoui de ce qu’il considère comme une nouvelle victoire.

Propositions de l’Italie

Après l’annonce de M. Muscat, Matteo Salvini, également vice-Premier ministre italien, s’est félicité d' »un autre succès du gouvernement italien ».

« Le navire hors-la-loi arrivera à Malte et y sera bloqué pour enquête. Un autre succès du gouvernement italien: après des années de paroles, les faits arrivent en un mois », a-t-il écrit sur Twitter, faisant aussi allusion au navire Aquarius auquel les ports italiens ont été fermés et qui est finalement arrivé en Espagne avec ses plus de 600 migrants à bord.

L’Italie, qui a vu débarquer quelque 700.000 migrants sur ses côtes depuis 2013, estime ne pas avoir été suffisamment soutenu par ses partenaires européens sur la question migratoire. M. Conte a confirmé mercredi devant les députés qu’il présenterait jeudi au Conseil européen de Bruxelles une série de propositions.

Parmi elles figurent le renforcement des frontières extérieures européennes, l’affirmation du principe selon lequel les navires qui abordent sur les côtes italiennes arrivent dans l’UE, la création de centres de protection dans les pays de transit.

[Afp]

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