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Allemangne : Du héros à zéro

Dernière mise à jour, le 29 juin 2018 à 06:42

L’Allemagne, éliminée du Mondial-2018 au premier tour, va maintenant devoir trouver les raisons d’un échec historique. Certaines se trouvent tout simplement sur le terrain, avec une défense instable et l’absence d’un véritable buteur. D’autres seront probablement à chercher dans la préparation et l’agitation extra-sportive qui a perturbé l’équipe ces dernières semaines, notamment la polémique autour de la « loyauté » des joueurs d’origine turque Ilkay Gündogan et Mesut Özil. Le porte-parole de la chancelière allemande Angela Merkel a exprimé mercredi la tristesse de tout un pays après le choc de l’élimination de l’équipe d’Allemagne de la Coupe du Monde mercredi. « Ce n’est pas notre Coupe du monde – que c’est triste! », a réagi Steffen Seibert dans un tweet peu après le coup de sifflet final du match contre la Corée du Sud, victorieuse 2 à 0 contre les Allemands, tenants du titre. Tour d’horizon:

1/ Le syndrome des tenants du titre

Au delà de toute superstition, Joachim Löw l’avait dit plusieurs fois avant le tournoi: « Conserver un titre est ce qu’il y a de plus difficile ». Qu’ils le veuillent ou non, les Allemands ont entendu et lu depuis des mois qu’ils étaient imbattables. Ils ont fini par le croire. A chaque match de préparation raté, on entendait comme un mantra: « Nous sommes une équipe de tournoi, nous serons prêts le jour J ». Mais face aux champions du monde, Mexicains (vainqueurs 1-0), Suédois (battus sur le fil 2-1) et Sud-Coréens (vainqueurs surprise 2-0) ont joué le match de leur vie, et il a manqué à la Mannschaft ce supplément d’âme qui permet à une équipe de se surpasser pour aller chercher la victoire.

2/ Les choix du coach

La défaite consommée, on reparlera à coup sûr de certains choix de Joachim Löw. D’aucun lui avaient reproché de ne pas avoir emmené en Russie le jeune feu-follet de Manchester City Leroy Sané. Personne, dans l’équipe éliminée mercredi, n’avait sa capacité à pénétrer les défenses compactes par la seule vivacité de ses dribbles.

La fidélité de Löw à ses joueurs d’expérience a été qualifiée « d’entêtement » par certains consultants. Mesut Özil, hors du coup dès le premier match, a été titularisé pour le match de la dernière chance contre la Corée du Sud. Mais d’autres vieux grognards, Khedira et Müller notamment, sont totalement passés à côté de leur Mondial malgré la confiance que le sélectionneur leur a témoignée.

De l’avis de tous les experts, cette élimination marque la fin d’une génération dorée, qui était encore représentée en Russie par Neuer, Hummels, Boateng, Kroos, Özil et Müller. Malheureusement pour l’Allemagne, la génération suivante, celle des Goretzka, Brandt ou Kimmich n’était pas encore suffisamment mûre pour prendre les rênes dans ce tournoi.

3/ Une équipe déséquilibrée

Les carences défensives ont provoqué la défaite initiale contre le Mexique. Quand l’Allemagne a dominé, elle s’est exposée à des contres qu’elle n’a pas su endiguer. Les matches de préparation l’avaient montré, les défenseurs centraux se retrouvent régulièrement en un contre un.

En 2014, Löw avait commencé le tournoi en alignant quatre défenseurs centraux de métier dans la ligne arrière. On lui avait reproché le manque d’apport offensif, mais au moins la stabilité était-elle assurée. En cours de tournoi, Philipp Lahm avait pris le flanc droit, mais le capitaine avait une expérience et une lecture du jeu qu’est loin d’avoir le jeune Joshua Kimmich.

Devant, le manque de réalisme a été fatal. Depuis la retraite internationale de Miroslav Klose, le recordman des buts en Coupe du monde (16), l’Allemagne se cherche un buteur. Au Mondial brésilien, Müller avait assuré l’intérim, sans être un véritable chasseur de but. A l’Euro-2016 en France, l’absence d’un avant-centre efficace et réaliste avait été un handicap, notamment contre la France en demi-finale.

L’Allemagne avait cru un peu vite que Timo Werner, 22 ans, brillant avec Leipzig, allait devenir le « Bomber » de la prochaine décennie. Le jeune avant-centre avait brillé l’an dernier en Coupe des confédérations, mais est resté muet en Russie.

4/ L’affaire Özil/Gündogan

Ils avaient beau assurer qu’ils pouvaient faire abstraction des polémique politiques, les joueurs ont été confrontés pendant des semaines en conférence de presse et en interview aux mêmes questions sur « l’affaire ».

Depuis que Mesut Özil et Ilkay Gündogan ont rencontré le président turc, l’Allemagne s’est déchirée pour savoir si ses enfants d’immigrés étaient loyaux ou non au maillot de l’équipe nationale.

L’encadrement de la Mannschaft a bien tenté de déminer, mais Joachim Löw l’a avoué, les deux joueurs « ont souffert » de cette affaire.

Les prochains jours diront aussi probablement si l’ambiance au sein du groupe était aussi idéale que les joueurs et l’encadrement voulaient bien la décrire.

TENANTE DU TITRE ÉLIMINÉE

L’Allemagne tenante du titre a été éliminée dès la phase de poule, après sa défaite contre la Corée du Sud (0-2), vendredi à Kazan. La Mannschaft, qui a cédé sur deux buts dans le temps additionnel (90e+2, 90e+6), termine à la dernière place, avec trois points, derrière la Suède (6 pts), le Mexique (6 pts) et leurs adversaires du jour, qualifiés pour les huitièmes de finale. La Suède s’est qualifiée en battant le Mexique (3-0) et termine première du groupe. Les Mexicains passent au tour suivant grâce à la victoire surprise de la Corée du Sud face à l’Allemagne. Suédois et Mexicains connaîtront mercredi soir leurs adversaires en 8e, issus du groupe E, où trônent Brésil et Suisse.

L’adage qui veut que l’Allemagne gagne toujours à la fin ne vaut plus: le champion du monde en titre s’est incliné mercredi contre la Corée du Sud (2-0) et est éliminé. La Mannschaft n’avait jamais quitté le Mondial avant les quarts depuis son retour en Coupe du monde en 1954.

Pas de but à la dernière minute comme contre la Suède (2-1) lors du deuxième match, et pas de phase finale. La malédiction du tenant du titre en Coupe du Monde a frappé. Celle-ci veut qu’au XXIe siècle, quatre des cinq champions sortants aient été éliminés dès la phase de poules.

Ca a été le cas de la France en 2002, de l’Italie en 2010, de l’Espagne en 2014 et donc de l’Allemagne en 2018. Seule exception, le Brésil champion du monde 2002 et quart de finaliste en 2006.

Mais c’est d’autant plus incroyable que la grande Allemagne a toujours été au moins demi-finaliste depuis 2002!

Leur défaite, concédée sur un but accordé après recours à l’assistance vidéo à l’arbitrage (VAR) à Kim Young-gwon (90+2), avant que Son Heung-min n’éteigne le suspense en contre (90+6), laisse les Allemands à la dernière place de ce groupe F, derrière la Suède, qui a battu le Mexique 3-0, la ‘Tri’ également qualifiée, et la Corée du Sud.

Löw conforté avant le match

Et le match? Forcément, il a été marqué du sceau de l’angoisse et étouffant, mercredi à Kazan. Et les Allemands, d’habitude si sûrs d’eux, ont cette fois clairement semblé être écrasés par l’enjeu.

Même le capitaine Manuel Neuer, meilleur gardien du Mondial-2014, s’y est laissé prendre en échappant un coup-franc un peu flottant mais pas si dangereux de Jung Woo-young, dégageant ensuite in extremis devant Son (19e).

Malgré les changements opérés par le sélectionneur Joachim Löw, conforté par sa Fédération avant la rencontre – « personne mieux que lui ne peut gérer la reconstruction qui sera indispensable après le Mondial quoi qu’il arrive » -, l’Allemagne a peiné à se montrer dangereuse.

Thomas Müller sur le banc, Mesut Özil titulaire… Rien n’y a fait pour la Mannschaft, seulement menaçante sur une tentative de Timo Werner (39e) puis une tête du milieu Leon Goretzka (48e), chaque fois détournées par le gardien coréen Jo Hyeon-woo.

En face, les Coréens qui ont perdu leurs deux premiers matches, 1-0 contre la Suède, 2-1 contre le Mexique, n’ont pas été franchement dangereux, avant les ultimes minutes.

La désillusion est d’autant plus cruelle pour l’Allemagne, qui peut surtout regretter sa défaite inaugurale contre le Mexique (1-0). Le fruit, peut-être, d’une pression trop grande ou d’un manque de repères entre les historiques et la jeune génération, qui avait pourtant gagné un an plus tôt la Coupe des confédérations.

[Afp]

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