dimanche , 24 juin 2018
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ACCT tire la sonnette d’alarme sur la lutte anti-tabac en RDC

Le tabac est à la base de plusieurs maladies. C’est le cas notamment du cancer primitif des poumons, causé à 90% par le tabac. C’est dans ce cadre que la lutte contre le tabac s’avère bénéfique pour la santé de nos concitoyens, étant donné que fumer est préjudiciable voire nuisible à la santé. En République Démocratique du Congo (RDC) on peut distinguer deux formes de consommation dans notre pays. Il y a, d’une part, l’inhalation, pratique consistant à aspirer le tabac en poudre par les narines. Il y a, d’autre part, une deuxième forme, la plus répandue, qui consiste à consommer le tabac sous forme de cigarette, de cigare…ou de pipe. A ce niveau, on distingue deux types de fumeurs : « le fumeur actif » ou celui qui fume, consommant directement le tabac, et « le fumeur passif » ou celui qui ne prend pas du tabac, mais qui le consomme indirectement, en respirant la fumée émise par celui qui fume. Signalons que le fumeur passif est plus exposé que le fumeur actif.

L’Association Congolaise pour le Contrôle du Tabac (ACCT) tire la sonnette d’alarme. Elle plaide pour que la loi sur la santé publique, encore sous examen à l’Assemblée nationale, soit rapidement votée avant sa promulgation. Pour les dix organisations de la Société civile qui forment l’ACCT, cette loi doit respecter les exigences de la Convention-cadre de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), en matière particulièrement de lutte contre le tabac que la RDC a ratifiée en 2005.

« Signataire de la Convention-cadre de l’OMS, la RDC a le devoir de respecter le texte qu’elle-même a ratifié », a déclaré à la presse Blaise Kavula, administrateur de l’Office Chrétien pour le Secours des Vulnérables, une organisation membre de l’ACCT. S’adressant aux médias lors d’un point de presse tenu le samedi 26 mai dernier à Kinshasa, il s’inquiète du retard que connaît ce projet de loi au niveau de la Chambre basse.

Face à ce qu’il considère comme croc en jambe et convaincu que ’’la santé prime sur toute chose’’, Blaise Kavula condamne l’attitude de certains députés nationaux qui semblent privilégier leurs intérêts égoïstes, au lieu de rechercher l’intérêt général. Comme nombre d’organisations de la Société civile, l’Office Chrétien pour le Secours des Vulnérables multiplie à cet effet des pressions sur les parlementaires pour que ce projet de loi soit vite voté au Parlement.

Graver sur 80 % du paquet la nocivite du tabac

Aux dires de Blaise Kavula, il est nécessaire que la loi sur la santé publique tienne compte des avis émis par le Ministère de la santé publique, de concert avec les organisations de la Société civile. Nécessaire aussi que ce texte soit conforme aux prescrits de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac.

A titre illustratif, la Convention-cadre précise qu’il est impérieux que, ’’sur les paquets de cigarettes, un espace important soit réservé sur une surface d’environ 80% pour montrer, à travers l’image et le texte, la dangerosité du tabac’’. Pour leur part, les députés nationaux veulent, par contre, ramener cette option à 30%. Ce qui risquerait de rendre ce message invisible et d’exposer la population aux méfaits du tabac, a déploré Blaise Kavula.

Membre également de l’ACCT, Robert Kabwebwe estime que la Constitution de la République Démocratique du Congo est muette sur les lois spécifiques en matière de la santé. Il est ainsi d’avis que le vote de cette loi cadre permettra de résoudre toutes les matières spécifiques, notamment celles relatives aux mesures susceptibles de lutter contre les effets nocifs liés à la consommation du tabac.

La loi sur la santé publique actuelle date de l’époque coloniale, rappellent les membres de la Coalition de lutte contre le tabac. Ils précisent que cette loi existe depuis 1952. A l’époque, elle couvrait trois pays, en l’occurrence le Congo, le Rwanda et Urundi. Il est, dès lors, impératif d’actualiser cette loi et de l’adapter aux réalités du moment, a renchéri Robert Kabwebwe, tout en reconnaissant que, selon les statistiques, le tabac est à l’origine du décès de 7 millions des personnes chaque année sur l’échiquier planétaire. Il est ainsi considéré comme une pandémie mondiale.

Les industries de tabac interpeles

Robert Kabwebwe interpelle donc les parlementaires, à qui il demande de prendre des dispositions adéquates pour lutter contre le tabac, afin de protéger les générations présentes et futures des effets dangereux de la consommation du tabac. Cet acteur de la Société civile profite de l’occasion pour mettre en garde les industries du tabac qui exercent une forte interférence pour affaiblir les dispositions de lutte antitabac, reprises dans la loi de santé publique qui sera, dans les jours qui viennent, votée à l’Assemblée nationale.

’’L’article 5 point 3 de la Convention-cadre de l’OMS stipule que les parties doivent veiller à ce que les politiques de santé ne soient pas influencées par les intérêts commerciaux et autres de l’industrie du tabac’’, souligne à ce propos Robert Kabwebwe.

LE FUMEUR PASSIF EST PLUS EXPOSÉ QUE LE FUMEUR ACTIF

Le monde a célébré jeudi 31 mai la Journée mondiale sans tabac. Estimez-vous que le tabagisme représente aujourd’hui un problème de santé publique dans notre pays ?

Dr Michel Kelly Mfundu Khimy : Effectivement. Le tabac est à la base de plusieurs maladies. C’est le cas notamment du cancer primitif des poumons, causé à 90% par le tabac. C’est dans ce cadre que la lutte contre le tabac s’avère bénéfique pour la santé de nos concitoyens, étant donné que fumer est préjudiciable voire nuisible à la santé.

Quelles sont les différentes formes de consommation de tabac dans notre pays ?

Dr Michel Kelly Mfundu Khimy : On peut distinguer deux formes de consommation dans notre pays. Il y a, d’une part, l’inhalation, pratique consistant à aspirer le tabac en poudre par les narines. Il y a, d’autre part, une deuxième forme, la plus répandue, qui consiste à consommer le tabac sous forme de cigarette, de cigare…ou de pipe. A ce niveau, on distingue deux types de fumeurs : « le fumeur actif » ou celui qui fume, consommant directement le tabac, et « le fumeur passif » ou celui qui ne prend pas du tabac, mais qui le consomme indirectement, en respirant la fumée émise par celui qui fume. Signalons que le fumeur passif est plus exposé que le fumeur actif.

En quoi la consommation du tabac constitue-t-elle un danger pour la santé des fumeurs ?

Dr Michel Kelly Mfundu Khimy : Le tabac constitue un danger pour la santé des consommateurs par sa composition. Le tabac renferme, en effet, plusieurs substances dont certaines sont nuisibles. C’est le cas de la nicotine, du goudron… Il importe de souligner que c’est par les effets qu’il cause dans l’organisme, notamment l’accoutumance, la dépendance, la prostaglandines au niveau des muqueuses… que le tabagisme a un impact néfaste sur l’économie du fumeur. Le fumeur dépense, en effet, son argent en achetant régulièrement le tabac…

Quelles sont les différentes maladies que peut causer l’excès du tabac dans le corps du consommateur ?

Dr Michel Kelly Mfundu Khimy : Le tabac est le facteur favorisant de la plupart de cancer du tube digestif. Il provoque la gastrite par inhibition de la prostaglandine, le cancer du poumon et d’autres maladies respiratoires chez les enfants, en l’occurrence la bronchite, la bronchiolite, la pneumonie… L’amblyopie peut-être aussi être due au tabagisme. Généralement, le risque de décès dans l’athérosclérose augmente avec la prise de tabac.

Comme vous venez de le souligner, les fumeurs ont souvent du mal à arrêter de fumer, suite à la dépendance due à la nicotine. Quels types de traitement peut-on appliquer à ces patients pour qu’il puisse leur servir de sevrage ?

Dr Michel Kelly Mfundu Khimy : La dépendance au tabac est due à la nicotine, effectivement. Mais, le fumeur lui-même doit d’abord décider d’arrêter de fumer. Sous d’autres cieux, il y a des groupes de soutien pour tabagiques. Des équipes qui font de séances psychothérapeutiques en groupe pour ceux qui ont du mal à arrêter le tabac. Il y a également le patch anti-nicotine qui est de plus en plus usité.

Quels conseils prodiguerez-vous aux fumeurs pour qu’ils ne puissent être à la base de contamination des non-fumeurs ?

Dr Michel Kelly Mfundu Khimy : Déjà que fumer est préjudiciable à la santé, non seulement pour eux, les fumeurs, mais aussi pour leur entourage « non-fumeur ». Pour donc arrêter, les fumeurs doivent diminuer progressivement le nombre de cigarettes consommées par jour. Ils doivent stopper d’envoyer des enfants leur acheter le tabac, car cela constitue un mauvais exemple. Ils doivent arrêter aussi de fumer là où il y a des mineurs. Enfin, ils doivent arrêter de fumer dans des lieux publics, notamment devant les écoles, les hôpitaux et autres endroits publics.

LA FUMÉE BLANCHE EST UN PROBLÈME MAJEUR DE SANTÉ EN RDC

Docteur, êtes-vous d’avis que le tabagisme constitue aujourd’hui un problème de santé publique dans notre pays ?

Dr Believe Mukala : Bien sûr ! Le tabagisme est un majeur problème dans notre pays où les conditions de vie sont compliquées et où, particulièrement, l’alimentation équilibrée pose problème. Nous avons le devoir de le dire : la fumée blanche est un problème majeur de santé.

Quelles sont les différentes formes de consommation de tabac dans notre pays ?

Dr Believe Mukala : Bon ! A cette question, je me réserve de préciser les formes de consommation, parce chaque tribu de notre pays a sa façon d’utiliser le tabac. Certains recourent à l’inhalation de la poudre à travers les narines, d’autres fument… Il m’est même arrivé, une fois, de voir des gens laisser la fumée monter au niveau des yeux… Vous voyez donc qu’il y a plusieurs méthodes auxquels on recourt dans notre pays !

En quoi la consommation du tabac constitue-t-elle un danger pour la santé des fumeurs ?

Dr Believe Mukala : Vous savez ? Un danger grave que les fumeurs ignorent, c’est le fait que tout ce que nous inhalons passe par les poumons, et la fonction majeure que jouent nos poumons dans l’organisme, beaucoup l’ignorent. Savez-vous que tout notre sang passe par les poumons pour être oxygéné ? En d’autres termes, les poumons donnent la vie à notre sang. Et donc, tout sang qui ne passe pas par les poumons n’est pas viable. Il devient ainsi toxique pour le corps. Vous comprendrez que quand le tabac passe par les poumons, il y draine ses particules toxiques pour le sang et les tissus du poumon. Et plus tard, le consommateur du tabac se verra atteint du cancer du poumon, ou encore de la tuberculose, sans compter d’autres maladies liées à la toxicité du sang par le tabac…. Comme vous l’aurez constaté, la fumée blanche détruit les poumons des fumeurs sans la moindre excuse…

Les fumeurs ont souvent du mal à arrêter de fumer, sans doute suite à la dépendance due à la nicotine. Quels types de traitement peut-on appliquer à ces patients qui puissent leur servir de sevrage ?

Dr Believe Mukala : A vrai dire, le traitement comme tel dans nos milieux, c’est encore difficile. Je tiens a signaler ici que le sevrage est la technique la plus utilisée. On recourt généralement soit au sevrage spontané, soit au sevrage progressif, associé à une bonne psychothérapie. Parfois, on recourt à l’isolement du fumeur de son milieu ambiant… Sous d’autres cieux, il ya des patches qui contiennent le dérivé de nicotine, qu’on place sur le corps qui lui permet de libérer la fausse nicotine. Et progressivement, on finit par associer le sevrage….

Quels conseils prodigueriez-vous aux fumeurs pour qu’ils ne puissent plus être à la base de contamination des non-fumeurs ?

Dr Believe Mukala : Voici ma recommandation : « Chers fumeurs, le tabac vous détruit. Evitez donc le tabac. Car, non seulement il est préjudiciable à la santé, mais il tue. Sachez que c’est une joie de mourir avec des poumons sains. Prière donc de prendre vos distances pour mourir avec de beaux poumons. Ça fera la joie de votre Dieu ».

« LA CONSOMMATION DU TABAC EXPOSE AU CANCER DES POUMONS »

Dr Hubert Kamuayi Kapaku est médecin interne à l’hôpital général de référence de Kintambo/Kinshasa. Confronté au quotidien aux patients qui sont victimes de tabagisme, il tâche, à travers cette interview, de sensibiliser l’opinion face à cette « denrée » à l’origine de plusieurs pathologies.

Le monde a célébré ce jeudi 31 mai la Journée mondiale sans Tabac. Etes-vous d’avis que le tabagisme constitue aujourd’hui un problème de santé dans notre pays ?

Dr Hubert Kamuayi Kapaku : Certainement. La lutte contre le tabac constitue un problème majeur de santé publique dans notre pays, la République démocratique du Congo. Il est vrai que je ne suis plus au parfum de dernières statistiques sur les méfaits du tabac.Mais vous allez vous étonner ! Je fais partie de ceux qui ont eu à mener une enquête et une campagne de sensibilisation contre le tabagisme en 2012. Dans la ville-province de Kananga, au Kasaï central, cette étude avait fait état de 37% des fumeurs passifs qui ont contracté les maladies pulmonaires contre 15 % des fumeurs actifs. L’étude a également révélé que le tabac reste parmi les facteurs majeurs qui prédisposent au développement des grossesses ectopiques chez la plupart des femmes dans notre pays.

Quelles sont les différentes formes de consommation de tabac dans notre pays ?

Dr Hubert Kamuayi Kapaku : La principale forme de consommation ? C’est celle qui consiste à fumer la tige de la cigarette, en aspirant la fumée par la bouche. Mais, il existe aussi d’autres formes de consommations prisées dans notre pays, telles que l’aspiration, par le nez, du tabac en poussière, couramment appelé ’’tumbako’’.

En quoi la consommation du tabac constitue-t-elle un danger pour la santé des fumeurs ?

Dr Hubert Kamuayi Kapaku : La consommation du tabac constitue un danger pour la santé des fumeurs, dans la mesure où le tabac contient des substances chimiques telles que la nicotine et le goudron. Ces substances prédisposent les fumeurs à plusieurs maladies pulmonaires, entre autres le cancer des poumons.

Les fumeurs ont souvent du mal à arrêter de fumer, sans doute suite à la dépendance due à la nicotine. Quels types de traitement peut-on appliquer à ces patients comme sevrage ?

Dr Hubert Kamuayi Kapaku : Il n’y a pas de médicament à prescrire aux fumeurs présentant une dépendance au tabagisme. Mais, nous apportons plus un soutien psychologique. Il s’agit concrètement d’une éducation comportementale des fumeurs face à leur manière de consommer le tabac, en commençant par une consommation modérée jusqu’à une restriction définitive avec le temps.

Quels conseils prodigueriez-vous aux fumeurs pour qu’ils ne puissent plus être à la base de contamination des non-fumeurs ?

Dr Hubert Kamuayi Kapaku : Je leur conseille de ne plus continuer à fumer en public. Car, la plupart des études menées révèlent que ce sont les non-fumeurs qui développent plus de maladies dues à la consommation du tabac par rapport aux fumeurs actifs. Je rappelle donc à tous les fumeurs que « fumer est préjudiciable à la sante ». Je lance ainsi un appel à tout le personnel de la santé, pour qu’ensemble avec notre Gouvernement et l’OMS, nous puissions continuer à sensibiliser notre population au danger que cause le tabac sur la santé.

[Yves KALIKAT et Alain MUZI; interview propos recueillis par Tania MUBUADI, Christelle GIBEMBA]

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