lundi , 17 décembre 2018
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Venezuela : Les standard de la démocratie sont aboli

Il y a un an, tout le monde le disait perdu. Personne n’imaginait qu’il allait se représenter. Et pourtant, Nicolas Maduro, au coeur d’une des pires crises politique et économique traversée par le Venezuela, a été réélu dimanche pour un second mandat jusqu’en 2025. Il s’est imposé avec 67,7% des voix lors d’un scrutin marqué par une très forte abstention et sans adversaire de poids. « On a encore gagné ! (…) Nous sommes la force de l’histoire transformée en une victoire populaire permanente », a lancé dimanche devant ses partisans le chef de l’Etat. Un scrutin critiqué par la communauté internationale et déclaré illégitime par ses opposants qui ont dénoncé des pressions sur les électeurs et exigé un nouveau vote.

Il y a un an, tout le monde le disait perdu. Personne n’imaginait qu’il allait se représenter. Et pourtant, Nicolas Maduro, au coeur d’une des pires crises politique et économique traversée par le Venezuela, a été réélu dimanche pour un second mandat jusqu’en 2025.

Cet ancien chauffeur de bus de 55 ans, corpulent et à la moustache noire fournie, s’est imposé avec 67,7% des voix lors d’un scrutin marqué par une très forte abstention et sans adversaire de poids. Il avait lui-même choisi d’avancer la date de l’élection de décembre à mai.

« On a encore gagné ! (…) Nous sommes la force de l’histoire transformée en une victoire populaire permanente », a lancé dimanche devant ses partisans le chef de l’Etat, qui racontait peu avant que toute sa famille l’appelait « Nico ».

Pourtant, au départ, il a dû lutter pour se faire respecter comme légitime successeur d’Hugo Chavez (président de 1999 à son décès en 2013), qui l’avait adoubé personnellement en lui confiant les rênes de « la révolution bolivarienne ».

« Son autorité est née comme un héritage de Chavez, mais maintenant nous avons un Maduro différent, qui se sait fort et est plus agressif », explique à l’AFP Félix Seijas, directeur de la société de sondages Delphos.

Sous son mandat, le chemin n’a toutefois pas été rose: crise économique, manifestations, sanctions internationales… pour garder la main, il a fini par attribuer un pouvoir absolu à l’Assemblée constituante, uniquement composée de chavistes.

« Il y a cinq ans j’étais un novice », confiait-il récemment dans un meeting. « Maintenant je suis un Maduro debout, avec l’expérience de la bataille, qui a affronté l’oligarchie et l’impérialisme. Je suis là, plus fort que jamais. »

Malgré son taux d’impopularité (75% selon Datanalisis), il était le favori des sondages face à Henri Falcon, dissident chaviste qui devait lutter à la fois contre la mainmise institutionnelle du président et les appels à l’abstention des principaux partis d’opposition.

Discours enflammés

Elu de justesse en 2013 face à Henrique Capriles (depuis déclaré inéligible), Nicolas Maduro est accusé par ses détracteurs de mener une gestion économique erratique et d’être un « dictateur » accaparant tous les pouvoirs, surtout l’armée.

Seul bastion conquis par l’opposition, le Parlement s’est vu confisquer ses prérogatives par la Constituante.

Hugo Chavez, qu’il a connu en 1993, le considérait comme « un révolutionnaire pur et dur ».

Mais certains sont sceptiques: « Il est peut-être maduriste, mais pas chaviste », commente à l’AFP Ana Elisa Osorio, ancienne ministre d’Hugo Chavez.

Face aux critiques, il répond qu’il est un « président démocratique » et assure que c’est une « guerre économique de la droite », avec l’aide des Etats-Unis, qui a causé l’hyperinflation et les pénuries d’aliments et de médicaments.

« Il a été sous-estimé, non seulement par l’opposition mais aussi par beaucoup de chavistes », souligne Andrés Cañizalez, chercheur en communication politique.

« Mais il a su profiter des erreurs des uns et des autres, en parvenant aussi à neutraliser ses adversaires au sein du chavisme. »

Pressenti comme possible candidat présidentiel, Rafael Ramirez, ex-président du groupe pétrolier PDVSA et homme de confiance de Chavez, a été écarté de son poste d’ambassadeur auprès de l’ONU pour corruption présumée.

Audace politique

« Maduro a effectué une métamorphose et ces élections sont l’apogée de ce processus: nous pourrions être en train de passer du chavisme au +madurisme+ », estime M. Cañizalez.

Félix Seijas y voit beaucoup d’audace politique. Il a été « un grand équilibriste qui a réussi à maintenir une distribution du pouvoir » au sein du chavisme, en gagnant « de l’autorité pour imposer sa candidature ».

Dépourvu du charisme de Chavez, Maduro a tenté de l’imiter avec de longues apparitions quotidiennes à la télévision, un phrasé populaire et une rhétorique anti-impérialiste. Peu à peu, il est parvenu à construire sa propre image.

Se décrivant comme « président ouvrier », il conduit sa camionnette, se moque de son piètre niveau d’anglais, danse la salsa et le reggaeton et est omniprésent sur les réseaux sociaux.

Oublié le temps où il s’affichait comme modéré et fin négociateur comme ministre des Affaires étrangères et vice-président: place aux discours enflammés contre l’opposition et aux dénonciations de complots en tous genres.

Passionné de baseball, il était, adolescent, guitariste d’un groupe de rock.

Marié à l’ex-procureur Cilia Flores, avec qui il apparaît toujours, allant jusqu’à danser avec elle dans les meetings, il est le père de « Nicolasito », député de l’Assemblée constituante de 27 ans, fruit d’un premier mariage.

Signe de son changement d’image, son slogan de campagne est cette année « Tous avec Maduro, loyauté et avenir ». En 2013, c’était « Chavez pour toujours, Maduro président ».

PAS DES PRIMES AU VOTE AUX DÉTENTEURS DE « CARNETS DE LA PATRIE »

La musique s’échappe d’une tente rouge installée dans une favela de Caracas par le PSUV, le parti au pouvoir. Après avoir voté, les partisans de Nicolas Maduro viennent s’y inscrire, espérant recevoir la récompense promise par le président sortant, également candidat.

Mais ces « points rouges », situés parfois à quelques dizaines de mètres à peine des bureaux de vote, a constaté l’AFP, étaient au cœur d’une controverse dimanche. Dans la soirée, Nicolas Maduro a été déclaré vainqueur de la présidentielle par l’autorité électorale.

L’opposition et les adversaires du chef de l’État, Henri Falcon et Javier Bertucci, ont accusé le camp présidentiel d’exercer un « chantage » au vote et un « contrôle social » sur les citoyens à travers ce dispositif.

« Dans les points rouges on est en train de manipuler gravement le vote », a dénoncé M. Bertucci.

« C’est jouer avec la faim de nos compatriotes », a déclaré dimanche soir M. Falcon.

Tout au long de la campagne, le chef de l’État a promis des primes au vote aux détenteurs de « carnets de la patrie », un objet au format de carte de crédit qui permet de bénéficier des programmes sociaux.

Mais samedi, à la veille du vote, la présidente du Conseil national électoral (CNE), Tibisay Lucena, a exclu toute prime aux électeurs.

« Il n’y aura pas de versement de bonus ou de prime dans les points politiques » installés par les partis, a affirmé Tibisay Lucena lors d’une conférence de presse, assurant que ces sites ne pouvaient pas se trouver à moins de 200 mètres des bureaux de vote.

« Je suis chaviste 100% et qu’il y ait à manger ou pas, je continue d’être chaviste », déclare à l’AFP Magalis Torres, 51 ans, levée à l’aube pour tenir ce « point rouge » qui attend les électeurs.

Officiellement ouverts à tous les Vénézuéliens dans le besoin, les « carnets de la patrie » sont essentiellement distribués dans les quartiers populaires du Venezuela, où se trouve l’électorat traditionnellement chaviste, la doctrine politique créée par Hugo Chavez, prédécesseur de Nicolas Maduro de 1999 à 2013.

Tout dans un QR code

Malgré l’annonce de l’autorité électorale, les électeurs présents dans ces « points rouges », interrogés par l’AFP, s’attendaient à recevoir la prime promise par le chef de l’État.

« Je suis à la recherche des aides (du gouvernement), tout le monde veut les primes », a déclaré Maximino Ramos après s’être enregistré dans le quartier de Petare, dans une tente située à 50 mètres à peine du bureau de vote.

Si le « carnet de la patrie » n’est pas exigé pour voter, les électeurs chavistes, lors de leur inscription dans les « points rouges », se faisaient scanner le QR code apposé sur cette carte par des militants du PSUV.

Ce QR code contient, outre la photo du titulaire, ses informations personnelles: nom, prénom, numéro de carte d’identité, lieu de résidence, s’il milite ou non et les programmes sociaux dont il bénéficie.

Feliciano Tovar, 62 ans, assure que personne ne l’a obligé à venir s’inscrire. « Je suis venu volontairement. La dernière aide (de 1,5 millions de bolivars, soit 1,5 dollars au marché noir, qui fait référence) je l’ai reçue en mai pour la fête du travail ».

Avec son vote, il espère que « le pays va remonter la pente », alors qu’il explique que la situation « critique » a conduit une de ses trois filles à quitter le pays. « Les deux autres veulent partir aussi, je vais rester seul », se plaint-il.

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