mardi , 25 septembre 2018
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Crise de confiance : L’insécurité en RDC a atteint des proportions inquiétantes

Tueries en série en Ituri, massacres des civils à Beni-Butembo, enlèvements à Kinshasa, braquage à Lubumbashi, incursion des braconniers dans le parc national de Virunga, la liste n’est pas exhaustive. Preuve que l’insécurité a atteint des proportions inquiétantes. Mardi, des affrontements ont opposé à Lubumbashi la population aux forces de l’ordre soupçonnés d’entretenir l’insécurité dans la ville cuprifère. Du coup, entre le pouvoir et la population, c’est la crise de confiance.

Le drame est qu’en RDC, chaque qu’on parle insécurité, il y a généralement des militaires ou des policiers, censés protéger la population, qui sont mis en cause. Lubumbashi, chef-lieu de la province du Haut-Katanga, a connu une ambiance inhabituelle, hier mardi. A la base, des échauffourées qui ont opposé les forces de l’ordre à la population, visiblement énervée à la suite de nombreux actes de vandalisme commis dans la ville cuprifère. Le drame est qu’à chaque incident perpétré dans la ville  contre les populations, il y a soit des éléments des Forces armées de la RDC, soit ceux de la Police nationale congolaise(PNC) qui sont mis en cause. Lubumbashi n’est qu’un exemple parmi  tant d’autres.

A Kinshasa, c’est aussi pareil. Récemment, la PNC s’est félicitée d’avoir neutralisé dans la commune de Lemba, plus précisément au quartier Salongo une bande de malfrats qui semaient la mort dans cette partie de la capitale. Là aussi, ce sont des éléments de la police ou de l’armée qui ont été indexés. L’un d’entre eux, présenté comme le cerveau du réseau, ancien de la police, a trouvé la mort après l’opération lancée par la police.

A Lubumbashi, les événements de mardi ne sont donc que la goutte qui a fait déborder le vase. En réalité, la population s’en est prise aux forces de l’ordre qui, en lieu et place de la protéger, se livrent plutôt à des actes d’assassinat, d’extorsion, de vandalisme et autres tracasseries  de tous ordres. La crise de confiance s’installe. C’est le moins que l’on puisse.

Plus loin, dans le territoire de Beni, des éléments des Fardc, déployés en grand nombre pour sécuriser la population, assistent impuissants aux massacres en série perpétrés dans ce territoire depuis octobre 2016. A ce jour, plus de millier de civils sont déjà tombés.

Dans d’autres territoires du Nord-Kivu, ce sont des miliciens Maï-maï, réputés proches des forces loyalistes, qui font la loi.

Kinshasa, capitale de la RDC, ne fait pas exception. Il ne se passe plus un jour sans qu’on ne déplore des enlèvements ça et là. A la base, il y a, comme partout ailleurs en RDC, des gens armés, présentés comme des militaires ou des policiers, qui sont pointés du doigt. Hier mardi, le commissaire général de la PNC a annoncé le lancement dès ce mercredi d’une vaste opération de contrôle de véhicules taxi, dénommés « Ketch ». Il s’agit, motive le n°1 de la PNC, de neutraliser les bandes de malfaiteurs qui se distinguent dans la ville par des actes d’enlèvements et d’extorsions de la population.

Craindre l’effet contagion

A Kinshasa, comme ailleurs, l’insécurité est imputée, dans la plupart de cas, à des groupes généralement encadrés par des militaires ou des policiers. Alors que ceux-ci sont censés sécuriser la population. Comment, dès lors faire confiance aux mêmes personnes qui tout en faisant semblant de vous sécuriser vous terrorisent en même temps ? C’est le fond du problème.

Les événements de mardi à Lubumbashi sont le reflet de ce climat de méfiance qui lie la population aux forces de l’ordre. En réalité, ces deniers ne rassurent. A Lubumbashi, la population a opté, se rappelant l’appel lancé il y a quelques années par feu M’zée Laurent-Désiré Kabila, qu’elle devrait se prendre en change – l’Etat ayant montré ses limites à la sécuriser. Une rupture s’installe. Il faut désormais craindre l’effet contagion sur l’ensemble du territoire national.

Dans tous les cas, à Lubumbashi, la population a prouvé que, face à un Etat démissionnaire qui brille par son inaction là où on l’attendait agir, le peuple est prêt à prendre le relais. Le pont est rompu. C’est le moins que l’on puisse dire.

Radio Okapi a trouvé le mot juste pour décrire cette situation. « L’insécurité plonge la population de Lubumbashi dans l’émoi », a titré radio onusienne sur son site Internet. La source décrit les événements en ces termes : « Des heurts ont en effet opposé des policiers et les habitants de cette commune, qui protestaient contre le regain de l’insécurité dans leur milieu. La manifestation faisait suite à une tentative de vol à mains armées survenu la nuit dernière dans une résidence de la commune ».

En colère, les habitants de la commune annexe de Lubumbashi ont bravé la peur en défiant les forces de l’ordre. Jusqu’aux heures de midi, décrivait radio Okapi, la situation est restée tendue du côté du marché Zambia. Le commissaire provincial de la police a appelé la population au calme, la priant de collaborer avec les forces de l’ordre.

Prendre la mesure de la situation

Ce qui s’est passé à Lubumbashi n’est donc pas un cas isolé ; il traduit le désarroi dans lequel se trouve l’ensemble de la population. Du Kasaï jusqu’aux territoires de l’Est, en passant par le Grand Katanga et la ville de Kinshasa, la population ne croit plus en la capacité des forces de l’ordre et de sécurité de la protéger. Il y a une forte crainte que les affrontements de Lubumbashi consacrent définitivement la rupture entre la population et les forces de l’ordre.

Cette situation devrait servir de déclic pour éveiller l’attention des autorités politico-administratives et les pousser à mettre les bouchées doubles en vue de rétablir au plus vite cette confiance qui se brise. Le temps ne se prête plus aux belles promesses, c’est plutôt le moment d’agir en commençant par une vaste opération de nettoyage de l’armée et de la police d’où partent toutes les opérations mettant en mal la sécurité sur le territoire national.

A ce titre, les événements de Lubumbashi doivent être pris à leur juste valeur. Les autorités commettront une grave erreur en les minimisant ou en les classant dans les rangs des faits isolés sans impact réel sur le reste du territoire.  L’urgence est de travailler, en posant des actes qui rassurent. C’est ce qu’on attend de la majorité au pouvoir.

[lePotentiel]

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