mardi , 22 mai 2018
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Arrival of the M'Zee Laurent-Désiré KABILA Coffin in Cinshasa, 21 jan 2001.
Arrival of the M'Zee Laurent-Désiré KABILA Coffin in Cinshasa, 21 jan 2001.

RDC : 21 ans après, que reste-t-il de l’héritage de M’Zee ?

De Laurent-Désiré Kabila, l’Histoire retiendra sans doute deux dates. A savoir le 16 janvier 2001, jour de son assassinat et le 17 mai 1997, date de l’entrée triomphale de ses « kadogos » dans la capitale. Et synonyme de la chute du Régime trentenaire de Mobutu. Vingt et un ans après, que reste-t-il de l’héritage de M’Zee ? Voilà, la question qui devrait inciter les Congolais à la réflexion. Revivre M’Zee Laurent-Désiré Kabila est un état d’esprit. De même que les Chinois revivent du Maoïsme sans Mao Zedong, les Congolais devraient s’approprier la philosophie de M’Zee.

Jeudi, les Congolais se souviendront de ce jour historique. Pas seulement par simple nostalgie. Car, les propos et la praxis pour le moins iconoclastes- au sens positif du terme- de ce Président non moins atypique résonnent encore dans le pays réel.

L’actualité tant nationale qu’internationale n’en finit pas de donner raison sur pas mal d’aspects à celui que l’on appelait « Mzee », vieux, ancien et donc sage en swahili. « Ne jamais trahir le Congo » ce serment du « Soldat du peuple » a servi et sert encore d’antidote à la balkanisation de ce sous-continent.
Un pays auquel les Congolais, d’où qu’ils soient, tiennent comme à la prunelle de leurs yeux. A l’Est, plus que même les dirigeants, ce sont les populations qui se sont approprié cette « profession de foi » pour résister à toute tentative d’atteinte à l’intégrité du territoire.

C’est quasiment un secret de Polichinelle. Vu de certains lobbies, de certaines multinationales et de certains pays voisins, le saucissonnage de la RDC a cessé d’être une hypothèse d’école pour devenir un objectif stratégique à moyen ou à long terme. L’instabilité entretenue dans la partie orientale du pays n’est ni fortuite, ni gratuite.

L’autre idée-force de Mzee toujours d’actualité, le « prenez-vous en charge ». Dans son exercice du pouvoir, Kabila-père a démontré aux Zaïrois, redevenus Congolais, qu’ils avaient tout intérêt à compter d’abord sur eux-mêmes en se prenant en charge. Notamment sur le front de l’autosuffisance alimentaire. D’où, le Service National.

En 1998, le maïs, denrée de base au Katanga et dans le Kasaï, avait vu son prix baisser du fait de la production locale. La monnaie était stabilisée sans que le pays ne fût sous les fourches caudines des institutions de Bretton Woods. Un « redoux social » soufflait sur la RDC avant la guerre d’agression du 2 août 1998. Une autre date, un autre souvenir. Cauchemardesque celui-là.

21 ANS APRÈS, QUE RESTE-T-IL DE L’HÉRITAGE DE M’ZEE ?

Ce fut le 17 mai 1997, lorsque les troupes de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL), conduites par feu M’Zee Laurent-Désiré Kabila, renversèrent le pouvoir de feu le maréchal Joseph Désiré Mobutu. Jeudi 17 mai 2018, les Congolais de Kinshasa vont commémorer le 21ème anniversaire du changement de régime politique. C’est donc ce Laurent-Désiré Kabila, surnommé « le soldat du peuple », qui sera le principal personnage des discours politiques.

Jusqu’hier, on ignorait encore tout du programme de la journée de jeudi. Tout ce que le commun des Congolais sait, est que la date du 17 mai de chaque année, après la chute du régime du Président Mobutu, a toujours été fériée. Mais la question fondamentale consiste à savoir, ce qui reste du M’Zee Laurent-Désiré Kabila, 21 ans après. En quoi cet homme aura été un héraut et héros pour les Congolais nés après 1997 ?

A priori, pas grand ’chose. Certains seraient même de penser que feu Laurent -Désiré Kabila fut un personnage mythique de l’histoire du pays. Non sans raison, dès lors qu’ils ne trouvent rien en face d’eux, qui pourrait bien immortaliser cet héritier de l’idéologie de Patrice-Emery Lumumba. Pourtant, Laurent-Désiré Kabila n’a pas seulement été que le tombeur de l’inamovible roi du Zaïre. Révolutionnaire né, Laurent-Désiré Kabila aura été le Fidel Castro congolais. « Ne jamais trahir le Congo » reste l’idée force de sa philosophie, que certains acteurs politiques actuels récitent parfois sans trop y croire. Laurent-Désiré Kabila aura donc été compté parmi les très rares leaderscongolais,qui croyaient en leur mère-patrie.

La guerre contre les valeurs negatives

Résumer la pensée de M’Zee Laurent-Désiré Kabila s’avère un exercice à la fois aisé et hasardeux. Facile, parce qu’on peut égrener les innovations qu’il a apportées dans la gestion de la Respublica. Laurent-Désiré Kabila avait donné le go d’un changement de mentalité des Kinois, en instaurant le fouet. En tout cas, l’impact fut aussitôt visible. Dans les transports en commun, par exemple, l’ignoble et avilissante pratique d’obliger les passagers à s’entrecroiser les jambes, avait tout de suite été éradiquée. Pas tout.

Dans les différents marchés de la ville, l’emprise des Kadogos fut ressentie au point que les badauds et autres racketteurs avaient disparu de nos lieux de négoces. Par ailleurs, dans différents carrefours de principales artères de Kinshasa, la tracasserie policière fut considérée comme des souvenirs mauvais vieux temps du régime déchu. Les policiers de roulage naguère enclins à la petite corruption des automobilistes, furent délivrés de leurs anciens démons. Car, des équipes d’inspecteurs non apparents furent mis à leurs trousses. Ce fut l’ère du retour à l’ordre ! A tout point de vue.

Laurent-Désiré Kabila aura également été cet homme d’Etat qui avait brisé le traditionnel mythe (de trop ?), de la fonction de Président de la République. C’est ainsi qu’il n’était pas étonnant de le voir parfois couper le cortège, descendre de son véhicule pour faire personnellement des petits achats dans un petit marché populaire.

Le service national : creuset du patriotisme

Aussitôt au sommet de l’Etat, M’Zee Laurent-Désiré Kabila n’ignorait pas la masse laborieuse qui, depuis des décennies, croupissait dans l’oisiveté. Il n’ignorait pas non plus les conséquences, les corollaires d’un environnement social où le chômage était la règle et l’emploi, l’exception. Face à ce tableau bien sombre, M’Zee proposa l’antidote : le Service National (SN). De leur mémoire collective, les Congolais en général et les Kinois en particulier, se souviennent encore des centaines de jeunes issus de différents coins du pays, qui furent brassés à Kanyama Kasese, dans l’actuelle province du Haut-Lomami. Objectif : cultiver du maïs sur d’importants hectares. Manière pour M’Zee Laurent-Désiré Kabila, de traduire en acte, la fameuse philosophie de l’autosuffisance alimentaire. Et, les conséquences du Service national se firent vite remarquer sur le marché de la farine de maïs. Car, le prix de cet aliment de base de plusieurs ménages dans les grandes villes du pays, avait baissé.

Au-delà de la simple volonté d’encourager la jeunesse au travail, le Service national fut un creuset de l’éducation civique et du patriotisme. Pour une fois, des jeunes gens condamnés à vivre ensemble, avaient tout de suite brisé les clivages ethniques. Ils cessaient ainsi d’être qui Mukongo, qui Muluba, qui Mungala ou Mushwahili…pour être Congolais. Peu leur importait donc leurs provinces d’origines. Dans cette perspective, le Service National paraissait, à juste titre, comme ce creuset de l’auto-prise en charge qui résumait toute la philosophie de M’Zee. Une pensée qui exhortait les Congolais à se détourner résolument de la politique de la main tendue. C’est-à-dire à ne pas toujours compter sur une assistance extérieure. Bref, développer une posture souverainiste, face à une aide aliénante.

Vingt et un ans après, que reste-t-il de l’héritage de M’Zee ? Voilà, la question qui devrait inciter les Congolais à la réflexion. Revivre M’Zee Laurent-Désiré Kabila est un état d’esprit. De même que les Chinois revivent du Maoïsme sans Mao Zedong, les Congolais devraient s’approprier la philosophie de M’Zee. D’aucuns pensent que si l’idée du Service National avait été amplifiée après l’assassinat de son initiateur le 16 janvier 2001, on aurait moins de Kuluna dans les rues de Kinshasa. Car, des jeunes gens acteurs de ce banditisme urbain, ne le sont pas foncièrement. Ils y sont contraints par leurs conditions de vie. L’oisiveté étant la source de tous les maux. Et donc, l’idée de M’zee ne fut pas un simple gadget. Bien au contraire. A chaque peuple, son leader !

TÉMOIGNAGE DE CÉLESTIN TUNDA YA KASENDE

Témoin de l’histoire, Me Célestin Tunda ya Kasende éclaire l’opinion sur le combat mené par ‘‘le Soldat du peuple’’ et son continuateur Joseph Kabila. Proche de Kabila père et de Kabila fils, il est d’avis que la célébration de cet évènement vaut son pesant d’or, d’autant qu’il cristallise la libération des Congolais de l’emprise des forces impérialistes et du régime néocolonial de Mobutu.

De prime abord, Me Célestin Tunda a commencé par saluer la lutte menée par Mzee Laurent-Désiré Kabila pour la libération de la République démocratique du Congo. Dès le seuil de la Révolution, il n’a pas tardé un seul instant à se mettre à la disposition de Mzee Laurent-Désiré Kabila. Normal voire naturel qu’il ait été parmi les députés triés sur le volet du patriotisme pour composer l’Assemblée Constituante et Législative –Parlement de Transition (ACL-PT), dont le siège se trouvait à Lubumbashi.

Juriste de talent, doublé d’opposant au pouvoir de Mobutu, il est fier d’avoir approché‘‘ le tombeur de Mobutu’’ et d’avoir échangé avec lui, à quelques jours de son odieux assassinat. Des souvenirs qui resteront à jamais gravés dans la mémoire de ce haut cadre du PPRD qui a eu le privilège d’être député à l’ACL-PT sous Kabila père et Vice-ministre des Affaires étrangères sous Kabila fils. Privilège également d’avoir été Secrétaire général de la commission préparatoire du Dialogue inter-congolais et Secrétaire général adjoint du parti présidentiel.

« Prenez-vous en charge »

Pour Me Tunda, au regard du combat mené par le porte-étendard de l’AFDL, ‘‘nous retenons principalement de Mzee sa détermination, pour d’abord, la défense de la souveraineté de la RD Congo, en veillant à la protection de nos ressources naturelles et en combattant la balkanisation du pays. Et en second lieu, pour la reconquête de la dignité de l’homme Congo, dans son pays et à l’étranger. Malheureusement, Mzee Laurent-Désiré Kabila ne fera pas longtemps. Plus de trois ans seulement après son avènement, il sera assassiné’’.

« Comme Lumumba avant lui, ‘‘le soldat du peuple’’, tel que nous l’appelions affectueusement, est tombé l’arme à la main. Il avait le Congo dans son cœur, au même titre que les autres héros d’ailleurs, qui avaient versé leur sang pour l’Afrique. En l’occurrence, Sekou Touré, Kwame Nkhrumah, Amilcar Cabral, Gamal Abdel Nasser, Louis Rwagasore, Thomas Sankara, Marien Ngouabi… », commente à ce propos Me Tunda.

D’après ce patriote, les recommandations de Mzee Kabila se résument par deux principes clefs, à savoir : « Organisez-vous » et « Prenez-vous en charge ».« Aussi, pour honorer son combat et sa mémoire, nous devons avec conviction accompagner Joseph KABILA, le nouveau soldat du peuple, à poursuivre la lutte pour consolider la souveraineté de la RDC et à transformer le vécu du Congolais, à travers la politique de la Révolution de la modernité », conclut Me Tunda ya Kasende.

[José NAWEJ, Laurel KANKOLE, Yves KALIKAT]

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