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Moise KATUMBI [devant] et Co. au Rwanda.
Moise KATUMBI [devant] et Co. au Rwanda.

RDC : Katumbi est tombé dans un piège monstrueux à Kigali

Répondant à une question de Mohamed Ibrahim sur la crise en RDC, Paul Kagame persiste et signe : « (…) le problème du Congo est sérieux et nous ne savons pas comment il va être réglé. Peut-être que les leaders du Congo nous écoutent en ce moment, ils doivent avoir une idée de ce qu’il y a à faire. Aussi peut-être que quelqu’un sait ce que nous devons faire parce que les problèmes du Congo ne touchent pas que le Congo, ils nous affectent également en tant que voisins. Le Congo a 9 voisins et chacun d’eux est affecté. Certains plus que d’autres. C’est pourquoi, les voisins peuvent légitimement dire ou faire quelque chose afin de faire en sorte que la transition en cours au Congo ne nous affecte pas. Cet échange a le mérite de rappeler tout le mépris que Kagame ne cesse d’avoir pour la RDC. Il se permet même d’envisager que les dirigeants actuels du pays puissent demeurer en place. Il n’a que du mépris pour la constitution congolaise, pour les élections et pour la communauté internationale. » Moise Katumbi était peut-être de bonne foi en se rendant à Kigali, espérant orchestrer une action de lobbying utile, avec l’appui de Mohamed Ibrahim. Mais il est tombé dans un piège monstrueux à Kigali, où il est apparu comme un politicailleur congolais de plus, en quête de soutien auprès de Kagame. Compte tenu de l’expérience congolaise et de son expérience personnelle en kabilie, il ne pouvait pas commettre pareille erreur, allant jusqu’à des déclarations d’amour à l’égard du Rwanda et de ses dirigeants (notamment quand il dit que les autorités de Kinshasa n’aiment pas le Rwanda et que le Rwanda a un leadership enviable, c’est une façon de déclarer sa flame pour le pays mais surtout pour ses dirigeants).

Le verbatim de la conversation publique entre le Président Kagame et Monsieur MO IBRAHIM

MO IBRAHIM à KAGAME : Nous avons un gros problème africain c’est le dossier Congo. C’est un pays énorme plein de ressources, mais le pays est misérable, avec tant d’atrocités ; il y a un échec du leadership avec un président qui devait partir depuis quelques temps mais qui refuse d’organiser les élections. Où allons-nous avec ça ? Faut-il une intervention ? Quel genre d’intervention : armée ? diplomatique ? à travers des sanctions ? Quels moyens avons-nous pour gérer ce problème ? Vous avez probablement une des meilleures analyses de la situation au Congo vu du Rwanda puisque vous connaissez tous les acteurs… En fait, les gens vont vous faire le reproche parce que c’est vous qui avez placé de type au pouvoir franchement (Kagame acquiesce). Quelle est la marche à suivre ?

KAGAME : ….. Pour ceux qui tiennent le Rwanda pour responsable de ce qui s’est passé au Congo durant les années passées, je n’ai pas d’objection à ce que les gens aient leur opinion. Le Rwanda est allé en guerre contre le Congo certes, mais pour certaines raisons. En fait, c’est le Congo qui est venu (faire la guerre) au Rwanda le premier, quand Mobutu est venu en 1990 dans notre pays en appui au président Habyarimana. Donc c’est le Congo qui est venu ici le premier…. ça c’est l’histoire…

Présentement au Congo, il doit y avoir une sorte de transition si on peut dire, ce n’est pas moi qui ai créé ça. Bon, des élections sont supposées arriver en RDC. Il y a encore des contestations quant à savoir si ces élections vont se tenir et quand… On se demande si les dirigeants actuels doivent rester en place ou s’ils doivent être mis de côté… Il y a encore bcp de frictions sur ces questions tant à l’intérieur du pays qu’à l’extérieur. Ce sont autant de problèmes sérieux sur lesquels les gens travaillent et essaient d’y trouver des réponses…

Ils sont parvenus à signer une sorte d’accord définissant la manière d’aller de l’avant, mais maintenant la nature du problème a changé car il y a des signes qui permettent de douter de son application effective. Ce que l’UA veut c’est que les parties congolaises continuent dans la voie du dialogue, que leurs leaders poursuivent leurs discussions, et s’ils en ont besoin, qu’ils bénéficient de l’appui des voisins ou de la communauté internationale qui y est déjà engagée à travers l’ONU, qui d’ailleurs a une importante force sur place depuis 25 ans mais si vous me demandez ce qu’elles ont réussi à faire depuis si longtemps je serai incapable de vous répondre…

MO IBRAHIM : Au fait nous avons un responsable des casques bleus parmi nous ici, le Belge je crois…. (il le cherche dans la salle)

KAGAME : OK, peut-être qu’il peut aider, mais ce ne sont pas leurs problèmes, ce sont nos problèmes. Parce que [Kagame s’exprime ici avec sarcasme] les gens peuvent venir vivre avec nous en essayant de résoudre nos problèmes et en fin de compte on se retrouve avec plus de problèmes que nous en avions avant qu’ils n’arrivent…

En définitive le problème du Congo est sérieux et nous ne savons pas comment il va être réglé. Peut-être que les leaders du Congo nous écoutent en ce moment, ils doivent avoir une idée de ce qu’il y a à faire. Aussi peut-être que quelqu’un sait ce que nous devons faire parce que les problèmes du Congo ne touchent pas que le Congo, ils nous affectent également en tant que voisins. Le Congo a 9 voisins et chacun d’eux est affecté. Certains plus que d’autres. C’est pourquoi, les voisins peuvent légitimement dire ou faire quelque chose afin de faire en sorte que la transition en cours au Congo ne nous affecte pas.

MO IBRAHIM : Nous avons ici un des principaux opposants à Kabila ici, il était supposé être un des principaux candidats… ; où est Katumbi ? OK, vous n’êtes pas autorisé à rentrer dans votre pays c’est ça ? (oui). Avez-vous quelque chose à ajouter à ce que le Président vient de dire ? Y a-t-il de l’espoir pour la tenue d’élections crédibles dans votre pays ?

KATUMBI : Je crois que je n’ai rien à ajouter pour le moment. Je crois que le Président a tout dit.

MO IBRAHIM (souriant) : il sera un bon politicien (en allusion à sa réponse)

KATUMBI DEVANT LA COMMUNAUTE CONGOLAISE : « Ici (au Rwanda), il y a une vision et un leadership, c’est ce qui manque au Congo » « Maintenant que je suis au Rwanda, ils vont inventer d’autres fausses accusations parce qu’ils n’aiment pas le Rwanda. »

QUELLES CONCLUSIONS A EN TIRER SANS PASSION

  1. Mohamed Ibrahim est de bonne foi. Il veut saisir l’opportunité pour influencer le Président en exercice de l’UA en faveur d’un changement rapide et positif au Congo. Dans sa vision, il pense utile de promouvoir Moise Katumbi dans ce but-là. Mais il commet une faute grave car il ne peut oublier qu’il est au Rwanda, un pays sans démocratie. Il ne peut non plus ignorer le rôle de Kagame dans le drame congolais, rôle décrié et détaillé par les principaux anciens bras droit de Kagame eux-même.

  2. Cet échange a le mérite de rappeler tout le mépris que Kagame ne cesse d’avoir pour la RDC. Il se permet même d’envisager que les dirigeants actuels du pays puissent demeurer en place. Il n’a que du mépris pour la constitution congolaise, pour les élections et pour la communauté internationale. Il se moque de la MONUSCO en public, alors que, malgré ses faiblesses, c’est la présence de la MONUSCO qui a permis de réduire les attaques venues du Rwanda et de l’Ouganda et de pointer du doigt la complicité entre ces rebelles et certains responsables militaires congolais. La présence de la MONUSCO a également mis un terme aux ambitions territoriales de ces prétendus rebelles.

  3. Moise Katumbi était peut-être de bonne foi en se rendant à Kigali, espérant orchestrer une action de lobbying utile, avec l’appui de Mohamed Ibrahim. Mais il est tombé dans un piège monstrueux à Kigali, où il est apparu comme un politicailleur congolais de plus, en quête de soutien auprès de Kagame. Compte tenu de l’expérience congolaise et de son expérience personnelle en kabilie, il ne pouvait pas commettre pareille erreur, allant jusqu’à des déclarations d’amour à l’égard du Rwanda et de ses dirigeants (notamment quand il dit que les autorités de Kinshasa n’aiment pas le Rwanda et que le Rwanda a un leadership enviable, c’est une façon de déclarer sa flame pour le pays mais surtout pour ses dirigeants).

Il ne pouvait ignorer le risque politique d’un voyage médiatisé au Rwanda.

Etienne Tshisekedi l’avait vécu à ses dépens en 2002, alors que lui était porteur d’un message politique fort auprès de Kagame, parrain du RCD, comme il l’avait fait auprès de Mugabe parrain de Kabila, dans le but de sauver le dialogue inter congolais et préserver l’unité du pays.

  1. Moise Katumbi a ensuite été pris dans l’engrenage du protocole des rencontres internationales organisées à Kigali, où la visite du mémorial des victimes du génocide est devenu un passage obligé des invités, dans le cadre de leur politique diplomatico-militaire d’instrumentalisation de ce drame. Katumbi a été obligé de jouer un jeu qu’un candidat sérieux à la présidentielle en RDC ne pouvait se permettre de faire avec autant de médiatisation et en dehors de tout processus de réconciliation nationale porté par les peuples et les autorités des 2 pays. Katumbi a prouvé qu’il n’avait pas suffisamment de discernement politique, ni le caractère d’un futur commandant en chef de la RDC, mais plutôt celui d’un affairiste prompt au compromis facile pour faire avancer sa cause personnelle.

Dont acte.

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