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RDC – UE : Soixante ans de partenariat

Dernière mise à jour, le 19 mai 2018 à 01:11

La Délégation de l’Union européenne à Kinshasa est en fête. Elle célèbre, depuis jeudi 10 mai, les soixante ans de partenariat avec la République démocratique du Congo. C’est dans ce cadre qu’elle a organisé une rencontre des réjouissances dans l’enceinte du complexe Texaf (Concession Utexafrica), au centre-ville de Kinshasa, en présence des membres du corps diplomatiques. Profitant de ce 60èmeanniversaire, Bart Ouvry, l’ambassadeur de l’UE en RDC, a émis le vœu de voir le pays évoluer dans un environnement plus sécurisé à l’approche des échéances électorales. « Aujourd’hui, dit-il, nous fêtons l’Europe. Mais, nous célébrons aussi les relations entre l’Union et la RDC. Même avant que le Congo n’obtienne son indépendance, déjà en 1958, la Commission européenne avait ouvert un bureau de représentation. Nous fêtons donc cette année 60 ans de relations et d’échanges entre le Congo et l’Union européenne ». Occasion pour Bart Ouvry d’interpeller la classe politique congolaise afin qu’elle s’investisse dans la quête de la paix et de la stabilité, tant nationale que régionale. Pour ce faire, martèle-t-il, « seul une bonne coopération entre les forces de l’ordre congolaises et la MONUSCO pourra nous apporter les résultats qu’espère la communauté internationale ».

LE DISCOURS DE L’AMBASSADEUR DE L’UNION EUROPÉENNE (UE) EN RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO (RDC), BART OUVRY

Boyei bolamu na bino pe mbote na bino nyonso !

Bienvenue et bonjour à vous toutes et tous !

Permettez-moi quelques mots de bienvenue et de remerciement :

  • Bienvenu au nom de mon épouse Carine et de moi-même et de tous mes collègues de la Délégation.

  • Tout d’abord, mes remerciements aux artistes de Kin Art Studio qui nous accueillent ici dans leur atelier, je dirai un mot de plus à leur sujet plus tard.

  • Merci à l’Institut français et Wallonie-Bruxelles qui ont prêté du matériel pour cet évènement ainsi que le site de TEXAF qui nous reçoit ici.

  • Merci aux musiciens de Jazzfroz, et aux deux amis de la chorale Mgr Luc Gilon de l’Unikin, tous, musiciens congolais de talent.

  • Puis un mot d’appréciation pour mes collègues, les Ambassadeurs des Etats-membres de l’Union européenne qui m’ont accompagné tout au long d’une année parfois difficile. Je crois que collectivement, nous avons contribué à une Union européenne qui fait preuve d’une vision cohérente sur nos relations avec la RDC. L’Union européenne c’est un engagement pour la paix et la prospérité en Europe, mais c’est aussi un engagement pour la paix et le développement et cela particulièrement en Afrique et en RDC.

  • Un mot d’appréciation et de bienvenue aussi pour mes collègues ambassadeurs d’autres pays, que je vois nombreux parmi nous. Tout au long de l’année, nous avons intensifié notre coopération et je suis convaincu que nous avons collectivement contribué à renforcer le consensus international sur la République démocratique du Congo. Plus nous sommes cohérents, mieux nous pourrons contribuer à émerger notre pays hôte de la situation politique et économique délicate à laquelle le Congo est confronté aujourd’hui.

  • Finalement, je me réjouis de voir nombreux nos partenaires congolais avec lesquels nous travaillons jour après jour pour remplir notre mission de partenaire de développement et d’interlocuteur diplomatique.

  • Vous aurez remarqué que je porte aujourd’hui une chemise en pagne produite à Kisangani aux couleurs européennes. Vous aurez également sans aucun doute observé plein de gens dans cette salle portant un même pagne aux couleurs européennes. Ce pagne mentionne un projet européen qui me tient particulièrement à cœur, le Projet d’appui à la navigabilité du Fleuve Congo. En posant des balises, en équipant des ports et en établissant des cartes fluviales, nous pouvons rendre le trafic sur le fleuve plus rapide et plus fiable. Permettre à nouveau aux populations riveraines du Congo et du Kasaï de produire des surplus agricoles et de les écouler à Kinshasa au profit d’une population mieux nourrie, à moindre coût et sans importations. C’est un grand enjeu pour l’économie de ce pays et je me réjouis de pouvoir aussi porter les couleurs de ce projet. Je sais que mes collègues de la Délégation de l’Union européenne en RDC ont la même pensée et je suis heureux de les associer à cet évènement. Je sais qu’ils sont fiers comme moi de vous accueillir toutes et tous dans ce studio.

Si j’ai choisi de vous accueillir ici, c’est pour la bonne raison que le mois de mai est la période de grandes pluies et que je veux vous éviter une douche congo-européenne dans le jardin de ma résidence pendant la fête de l’Europe. Notre présence ici, c’est aussi parce que je veux vous parler de talents congolais, je dirais plus, je veux vous parler de grands talents congolais.

J’espère que vous trouverez le temps de visiter les ateliers d’artistes que vous voyez ici à ma droite. Je suis très fier que l’Union européenne avec d’autres sponsors ait contribué à cette initiative culturelle. Permettez-moi de rendre hommage à Vitshois Mwilambwe Bondo.

Vitshois est le directeur de Kin Art Studio ; il est un artiste de talent qui, après un long séjour en Europe et ailleurs, est revenu au Congo. Il anime ici une pépinière de jeunes talents qui vont se développer et qui sont déjà en ce moment exposés en Europe, mais aussi en ce même moment à la biennale d’art contemporaine de Dakar. La qualité de leurs contributions renforce encore la réputation de la RDC comme terre fertile pour les arts contemporains. Je suis content que l’Union européenne soutienne ce talent congolais.

En matière culturelle aussi, le secteur cinématographique bouge depuis une décennie avec des nouveaux talents congolais émergents. Cette nouvelle génération accède à une renommée internationale, par exemple, à la Berlinale de 2017, le documentaire « Maman Colonel » de Dieudo Hamadi a remporté deux prix.

Nous soutenons par ailleurs le cinéma congolais avec le Festival du Film européen qui ouvre demain à la Halle de la Gombe – vous y êtes tous cordialement invités pour 19 heures. Le festival, à travers toute la RDC, montrera en outre 24 films européens, aussi 8 courts métrages congolais. Je suis content que l’Union européenne soutienne ce talent congolais.

Je viens de faire un voyage à l’Est du pays où l’Union contribue à la construction de centrales hydroélectriques pour assurer l’électrification des campagnes tout autour du Parc des Virunga. Des ingénieurs européens travaillent sur ces chantiers mais également des ingénieurs congolais, y sont à l’œuvre. Je me rappelle particulièrement de l’ingénieur Kamathe Kahumba Jonathan qui dirige l’équipe de la Centrale de Mutwanga.

L’Ingénieur Jonathan est un homme passionné et quand il a appris que j’allais parler de lui ce soir il m’a écrit une longue lettre. Il me parle de ses employés toujours nombreux et enthousiastes. De sa volonté de toujours faire mieux et de se dépenser pour avoir plus d’expérience et donner à Virunga le meilleur de lui-même.

La mission de Virunga étant la protection de la nature, il reçoit mensuellement plusieurs écoles qui viennent visiter la centrale. L’ingénieur Jonathan ne parle pas seulement de kilowatt et d’électricité, mais en profite aussi pour sensibiliser les jeunes à la protection de la nature. Je peux vous rassurer que les travaux pour construire des centrales additionnelles avancent à un rythme accéléré, même en des circonstances difficiles de cette zone en proie aux conflits armés. Je suis content que l’Union européenne soutienne ce talent congolais.

Permettez-moi de mentionner Rodrigue Mugaruka Katembo, un écogarde de l’Institut congolais pour la conservation de la nature. Depuis plusieurs années, il se consacre entièrement à la cause de la protection de la biodiversité et la lutte contre le braconnage, parfois au péril de sa vie. Initialement il a œuvré au Parc national des Virunga. En ce moment il est actif aux Parcs nationaux d’Upemba et de Kundelungu. Ses contributions ont été reconnues, par exemple comme lauréat du Goldman Environment Prize en avril 2017.

Permettez-moi encore un bel exemple. J’ai visité quelques-uns de nos projets pour le renforcement des services de santé au Congo central, en Ituri, dans les Kasai et dans d’autres provinces du Congo. Les circonstances matérielles ne sont pas toujours idéales, mais j’y ai rencontré des médecins congolais passionnés de leur mission tels que le Docteur Prudence Mitangala et le Docteur Jean Bosco Kahindo. Ils ont pleinement pris la mesure de leurs responsabilités.

Grâce à nos investissements, mais aussi grâce aux formations continues organisées par l’Union européenne, les diagnostics et les traitements dans les structures que nous appuyons sont corrects et appropriés. Ce sont des médecins congolais de grand talent qui, jour après jour, sauvent la vie d’enfants, de mamans et de papas. Je suis content que l’Union européenne soutienne ce talent congolais dans le secteur de la santé, avec des soins de qualité à des prix abordables de manière durable.

Avec ces quelques exemples, j’ai voulu rendre hommage à des travailleurs congolais qui, de par leur dévouement, développent le pays et offrent des opportunités à la population de se construire un meilleur avenir. Un an de voyages au Congo avec le plein de visites à nos projets m’a plus que jamais convaincu que la richesse et le potentiel de ce pays consistent avant tout en sa population et en le développement de leurs capacités et de leurs talents. Oui, bien sûr, les matières premières peuvent contribuer au produit intérieur brut du pays mais les vraies richesses viendront du développement des talents congolais. Et je peux vous rassurer l’engagement de l’Union européenne de développer et d’accompagner les talents congolais est bien réel. C’est eux qui vont nous rapprocher de ce Congo dont nous rêvons tous, un pays qui aura tenu toutes les promesses que sa nature si riche et si diversifiée nous fait espérer.

Mesdames et Messieurs, chers amis de l’Europe.

Aujourd’hui, nous fêtons l’Europe, mais nous célébrons aussi les relations entre l’Union et la RDC. Même avant que le Congo n’obtienne son indépendance, déjà en 1958, la Commission européenne avait ouvert un bureau de représentation. Nous fêtons donc cette année 60 ans de relations et d’échanges entre le Congo et l’Union européenne.

Je crois que la plupart d’entre nous et même votre orateur ce soir n’étaient pas nés en 1958. Plusieurs générations se sont succédées depuis cette date et je reste convaincu que l’Union européenne peut continuer à soutenir le Congo à lutter contre la pauvreté, à favoriser une croissance inclusive et durable qui apporte des bénéfices à la population et finalement aussi à préserver et exploiter durablement ses ressources naturelles.

Mais une de nos tâches principales est également de travailler avec les Congolais pour enraciner la démocratie, l’Etat de droit et les droits de l’Homme, de contribuer à la paix et à la stabilité en République démocratique du Congo et dans les 9 pays voisins.

Les défis ne manquent pas et nous avons tous appris hier les rapports sur une possible épidémie d’Ebola. Nous y prêtons grande attention et l’Union européenne, avec son bureau humanitaire et la DG ECHO, continue à apporter – et cela depuis plusieurs décennies – une assistance humanitaire de poids aux populations congolaises. Trop de citoyens congolais, parmi les plus vulnérables, se trouvent affectés par les crises sécuritaires, les catastrophes naturelles et les épidémies.

Vous savez que la situation des droits de l’Homme nous préoccupe particulièrement et l’Union européenne coopère avec la RDC dans la lutte contre l’impunité. Les premiers succès enregistrés au cours des derniers mois dans les procès à l’encontre de chefs de milices, de politiciens reconvertis en chefs de milices ou d’hommes en uniforme pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité doivent être salués.

Les efforts réalisés par les juridictions militaire et civiles, les avocats et défenseurs judiciaires spécialisés ainsi que les organisations de la société sont encourageants. Ils doivent être maintenus pour améliorer l’accès à la justice et à la réparation effective pour toutes les victimes de violations graves des droits humains et du droit international humanitaire partout où elles sont commises.

Dans le même contexte des droits de l’Homme, je tiens à rendre hommage au travail et au dévouement des femmes congolaises pour le bien-être de leurs foyers, maris, enfants et parents. En 2016, le code de la famille a été revu et c’est une porte d’entrée qui peut nous amener des avancées significatives pour l’égalité des femmes et des hommes partout dans la République.

C’est pourquoi en cette journée de célébration des valeurs de l’Europe, je souhaite encourager tous les garçons et les hommes du pays à soutenir les filles et les femmes dans cette lutte dont les avancées seront bénéfiques à tout un chacun. L’Union européenne y travaille activement et cela a été un souci dans notre action en appui aux élections en RDC.

Voilà, j’arrive à un sujet sur lequel vous m’attendez tous.

On ne peut rappeler suffisamment que l’enjeu est historique, pour la première fois dans son histoire le Congo pourrait connaître une transition qui soit un fait des urnes et non des armes. On ne doit pas s’attendre à un long fleuve tranquille dans le déroulement de ce processus électoral ; cela reste une compétition.

Mais, nous devons porter un regard le plus objectif et équitable possible sur ce qui se joue en ce moment. Nous avons noté l’engagement de la CENI et du gouvernement en faveur d’élections le 23 décembre prochain et l’agenda est largement respecté, le chef de l’Etat vient il y a à peine quelques heures de promulguer la loi sur la répartition des sièges.

Nous observons que opposition comme majorité s’organisent pour concourir au scrutin et je m’en félicite. Le gouvernement nous a informés qu’il ne souhaite pas faire appel à un co-financement international des élections et nous en prenons note. Notre offre d’un appui financier et technique reste néanmoins valable. Il serait en effet peu responsable de ne pas respecter le calendrier, si jamais l’argent venait à manquer.

Avec nos collègues des Nations Unies, de l’Union africaine, de la SADC et de la Francophonie, nous sommes à disposition pour répondre à toute demande d’expertise et d’autres appuis qui peuvent contribuer à la qualité du processus électoral. Nous participons dans cet esprit en ce moment en tant que observateur à l’audit en cours du fichier électoral effectué ici à Kinshasa par l’Organisation internationale de la Francophonie et cela suite à une invitation de la CENI.

Rappelons aussi qu’en dehors des aspects matériels de la préparation des élections, la qualité de l’environnement en termes de droits de l’Homme et d’espace politique est essentielle pour arriver à un scrutin qui reflète effectivement la volonté de la population. Des pas ont certes déjà été accomplis dans la bonne direction, mais nous espérons nettement plus en termes de décrispation en conformité aux termes de l’Accord politique inclusif conclu le 31 décembre 2016.

Nous regrettons les décès et les blessures de personnes réprimées dans l’expression de leur opinion. Un rassemblement d’un parti d’opposition s’est déroulé récemment à Kinshasa et a pu se faire sans le moindre incident, ce qui est encourageant.

Je reste convaincu que les Congolais, qu’ils soient de l’Est, de l’Ouest, du Sud ou du Nord ou du Centre du pays sont ouverts à un véritable esprit démocratique et veulent exercer leurs droits politiques sans faire appel à la violence. Les groupes armés criminels qui sévissent dans des parties du pays ne sont pas le produit d’une volonté populaire, bien au contraire.

Je salue le rôle crucial joué par la MONUSCO pour assurer un environnement plus sécurisé pour les élections à venir et je rappelle que, seule une bonne coopération entre les forces de l’ordre congolaises et la MONUSCO pourra nous apporter les résultats qu’espère la communauté internationale qui a renouvelé le mandat de cette opération de maintien de la paix de manière consensuelle – c’est en soi déjà un signal important.

De par nos appuis à la société civile, nous constatons tous les jours le dynamisme de la population congolaise à travers son esprit entrepreneurial dans l’économie sociale et solidaire. La contribution de la société civile dans la fourniture des services sociaux de base n’est plus à démontrer. Tant au niveau de l’éducation que de la santé, les Congolaises se battent avec les moyens de bord pour soulager les souffrances de plus démunis des Congolais et Congolaises.

J’exprime ma confiance que la progression vers des élections est devenue incontournable. Nous sommes géographiquement ici proches du grand fleuve Congo et ses eaux stagnent rarement et descendent inexorablement vers l’embouchure du fleuve dans l’océan.

Avec nos partenaires des Nations unies, de l’Union africaine, de la SADC et de la Francophonie, nous sommes dans une démarche constructive et cohérente pour faire aboutir le processus électoral en conformité à l’Accord de la Saint Sylvestre et du calendrier électoral. C’est un enjeu pour la stabilité de toute l’Afrique centrale et, si mes voyages au Congo m’ont appris une chose, c’est bien l’aspiration profonde des citoyens congolais à exercer leurs droits lors d’élections crédibles et dans un climat apaisé.

Je conclus et lève mon verre pour un avenir radieux à la République démocratique du Congo et ses habitants.

Merci beaucoup, Matondo mingi, Tuasakidila, Asanteni sana. Boboto po na Congo, boboto na mabota na bino. Merci, paix pour le Congo et dans vos familles.

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