lundi , 24 septembre 2018
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Avec la  » Chicha  » : Les jeunes Congolais s’exposent au Cancer

Pipe à eau très répandue dans les pays arabes, la « Chicha » est actuellement très prisée par les jeunes à Kinshasa. Trois sur cinq « dancing-bar » de la mégapole congolaise offre gratuitement, ou moyennant paiement, ce produit à la clientèle, généralement jeune. Les toxicologues interrogés mettent en garde contre la consommation de la « chicha ». Ce dernier, contribue au développement de plusieurs types de cancer et de bien d’autres pathologies nuisibles à la santé.

« C’est devenu presqu’un phénomène social à Kinshasa. Ce qui était, il y a cinq ans, le propre des restaurants et buvettes ciblant la clientèle asiatique, tend actuellement à se généraliser. Des terrasses publiques, des night-club et restaurants de la capitale congolaise ne jurent que par les efforts à mettre à la disposition de leurs clients de la  » chicha « . Des jeunes, eux, en ont fait un critère d’appréciation de la qualité moderne d’un débit de boisson », a indiqué un observateur averti.

APPEL A LA RÉGLEMENTATION DE LA CONSOMMATION DE LA CHICHA

« J’ai été frappé par l’épaisseur de la fumée qui m’accueillit le week-end dernier en ouvrant la porte d’une boite de nuit de la commune de Lingwala. Ça fumait partout à l’intérieur au point de ressembler à une chaudière. Sauf qu’à la différence, c’était une fumée légèrement colorée et parfumée. Un regard panoramique a suffi pour s’apercevoir qu’il ne s’agissait nullement de la fumée des cigarettes. Les boîtes à « chicha » étaient installées quasiment sur toutes les tables. Les jeunes, filles comme garçons, faisaient circuler à tour de rôle, le tuyau permettant d’aspirer de la fumee », apprend-on de Victor B.

Cette scène est loin d’être une particularité du centre ville de Kinshasa. Du quartier Matonge, dans la commune de Kalamu, en passant par Super Lemba, pour déboucher sur la très célèbre avenue  » Kimbuta » à N’djili, le constat est le même. Les jeunes s’adonnent à lalongueur des soirées à ces produits toxiques. Ils se gavent de cette fumée accompagnée de toutes sortes de boissons alcoolisées.

L’AVIS DES MÉDECINS

Les médecins interrogés à ce sujet appellent les autorités à réglementer l’usage de ces produits qui nuisent gravement à la santé des compatriotes. Au-delà des saveurs sucrées et parfumées qu’elle procure, expliquent-ils, la « chicha », détruit la santé. Elle tue plus que la cigarette et bien d’autres produits toxiques », ont-ils indiqué.

 » La composition de la Chicha est faite de plus ou moins 25 % du tabac, associée à un mélange de la mélasse, de l’arome de fruit et d’autres produits toxiques. Ces produits inhalés sont nocifs pour la santé. Fumer la « chicha » augmente le risque de cancer de poumon, de la vessie, des lèvres et des voies aérodigestives supérieures. La « chicha » peut provoquer aussi la bronchite chronique et des problèmes cardiovasculaires », a indiqué le docteur Mardoché Kuji, médecin à l’hôpital CBCO.

RISQUE DE CONTAGION MICROBIEN

Et d’ajouter : « La consommation de la chicha augmente aussi le risque de contagion microbienne, comme par exemple, la tuberculose. Car les consommateurs se voient contraints d’utiliser le même embout. Elle peut également entraîner l’accélération du déclin de la fonction respiratoire et causer l’emphysèmes pulmonaires précoces très grave dont la solution n’est que la greffe du poumon ».

« Ce que nous déplorons actuellement ce sont les produits qui entrent dans la composition du contenu des « chichas » que les débits de boisson mettent à disposition de leurs clients. Il s’agit généralement d’un mélange fou composé des liqueurs à fort dosage alcoolique, du chanvre, de la nicotine, des somnifères et de bien d’autres produits chimiques et toxiques », a déclaré un hôtelier.

Point n’est question d’intéresser qu’exclusivement des fumeurs traditionnels. La plupart de consommateurs de la chicha rencontrés le week-end dernier à « Metro bar » dans la très mouvementée commune de Bandalungwa, avouent ne pas avoir été fumeurs au départ. Les raisons qui les poussent à la consommation de ces produits toxiques sont à la fois multiples et complexes.

Certains de ceux approchés se disent être séduits par les saveurs sucrées et parfumées que procure ce produit. D’autres affirment consommer la « chicha » par effet de mode. « J’ai vu tous les potes toucher à cela. Je me suis dit « pourquoi pas moi aussi. J’ai essayé une fois et J’ai pris goût. Actuellement je me vois plus sortir un week-end sans la consommer. Il est même des jours où j’en consomme toute la soirée », a confié Jonathan M, étudiant à l’ISC/Gombe rencontré sur place.

Au-delà des variables relatives à l’influence interpersonnelle au des groupes restreints, force est de constater, qu’à l’instar de la cigarette des années 70-90, la chicha représente pour bon nombre de jeunes actuellement, un facteur d’ »identification sociale » et d’ »affirmation de soi », au sens psycho-sociologique des termes. « A l’époque actuelle, qu’un jeune de mon âge passe nuit dans un night club, en faisant complètement fi de « chicha », signifie qu’il vit à une autre époque, confie Jeanny, la vingtaine révolue.

La consommation massive de la « chicha » contraste avec la baisse croissante du pouvoir d’achat observée actuellement dans les milieux des jeunes. Le prix de la chicha varie entre 10 et 50 dollars, voire plus, selon le lieu et le confort du cadre.

[Orly-Darel NGIAMBUKULU et Dora Mbalu, stagiaire Ifasic]

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