lundi , 23 juillet 2018
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Corées : Rencontre historique

Le président sud-coréen Moon Jae-in et le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un se retrouveront vendredi avant leur sommet historique sur la Ligne de démarcation militaire qui divise la péninsule, un événement qui promet d’être hautement symbolique. Quand M. Kim franchira cette ligne, il deviendra le premier dirigeant nord-coréen à fouler le sol sud-coréen depuis la fin de la Guerre de Corée il y a 65 ans.

Auparavant, M. Moon accueillera son visiteur sur la ligne en béton qui marque la frontière entre les deux Corées dans la Zone démilitarisée, a annoncé le directeur du secrétariat de la présidence sud-coréenne Im Jong-seok.

Ce sommet sera seulement le troisième du genre, après deux réunions intercoréennes à Pyongyang en 2000 et 2007, et résulte de l’effervescence diplomatique qui s’est emparée ces derniers mois de la péninsule. La réunion doit être le précurseur d’un autre face-à-face historique très attendu, entre M. Kim et le président américain Donald Trump.

La question de l’arsenal nucléaire nord-coréen devrait figurer parmi les sujets prioritaires.

Depuis son arrivée au pouvoir fin 2011 au décès de son père, M. Kim a présidé à une accélération fulgurante des programmes nucléaire et balistique nord-coréens, les tensions sur la péninsule atteignant des sommets.

En 2017, Pyongyang a mené son essai nucléaire le plus puissant à ce jour et testé des missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) mettant à sa portée le territoire continental des Etats-Unis.

Mais depuis que Kim Jong Un a annoncé le 1er janvier, à la surprise générale, la participation de son pays aux jeux Olympiques d’hiver de Pyeongchang, au Sud, un rapprochement spectaculaire s’est opéré.

Sujet difficile

M. Im a toutefois prévenu que rien ne serait aisé: « Parvenir à un accord sur la dénucléarisation au moment où les programmes nucléaire et d’ICBM nord-coréens ont considérablement avancé sera différent par nature des accords de dénucléarisation conclus dans les années 1990 et au début des années 2000 ».

« C’est ce qui rend ce sommet particulièrement difficile », a-t-il poursuivi. « Le plus délicat sera de voir à quel niveau les deux dirigeants seront capables de s’accorder sur la volonté de dénucléarisation » du Nord et comment « ceci sera couché sur le papier ».

Dans le passé, le concept de « dénucléarisation de la péninsule » a pu signifier pour Pyongyang le départ des 28.500 militaires américains stationnés au Sud et le retrait du parapluie nucléaire américain, toutes choses impensables pour Washington.

D’après Séoul, les deux dirigeants pourraient aussi aborder la question d’un traité de paix pour mettre formellement un terme à la Guerre de 1950-1953. Le conflit s’était achevé sur un simple armistice si bien que les deux pays sont toujours techniquement en guerre.

La reprise des réunions de familles divisées par la guerre pourrait également être discutée.

M. Moon a fait savoir au Premier ministre japonais Shinzo Abe qu’il évoquerait le problème de ses ressortissants enlevés par des agents nord-coréens dans le but de former les espions de Pyongyang, question très sensible à Tokyo.

Après s’être retrouvés, les deux dirigeants iront à pied vendredi jusqu’à la Maison de la paix, une structure de verre et de béton située du côté sud du village de Panmunjom, où fut signé l’armistice.

Avant la séance du matin, le dirigeant nord-coréen signera le livre d’or, a précisé M. Im.

Deux montagnes et un pin

Les deux délégations déjeuneront chacune de leur côté, les Nord-Coréens franchissant la frontière dans l’autre sens pour leur collation.

Avant la séance de l’après-midi, MM. Kim et Moon planteront un pin. Cet arbre « représentera la paix et la prospérité sur la Ligne de démarcation militaire, qui est le symbole de la confrontation et de la division depuis 65 ans », a ajouté M. Im.

La terre viendra du Mont Paektu, endroit sacré aux yeux des Nord-Coréens, et du Mont Halla, sur l’île sud-coréenne de Jeju.

Après la signature d’un accord, un communiqué conjoint devrait être publié. « Nous pourrions l’appeler +Déclaration de Panmunjom+ », a ajouté le haut responsable.

La délégation nord-coréenne comprendra la soeur du maître de Pyongyang, Kim Yo Jong, l’une de ses plus proches conseillères, qu’il avait déjà dépêchée au Sud pour les JO d’hiver, selon M. Im.

Kim Yong Nam, le chef de l’Etat nord-coréen aux fonctions largement honorifiques, sera également de la partie.

Le ministère sud-coréen de la Défense a annoncé de son côté jeudi que les Etats-Unis et la Corée du Sud termineraient avant le sommet les exercices militaires Foal Eagle et suspendraient toute la journée de vendredi les manoeuvres dites Key Resolve.

Par le passé, ces exercices annuels ont toujours provoqué des tensions sur la péninsule. La Corée du Nord, dotée de l’arme nucléaire, les considère comme la répétition générale d’une invasion.

LES LIGNES DE FRACTURES GÉNÉRATIONNELLES ET POLITIQUES

Dans la société démocratique sud-coréenne, les opinions sur le règne autoritaire au Nord, les perspectives de réunification et le sommet prévu vendredi entre le Nord-Coréen Kim Jong Un et le Sud-Coréen Moon Jae-in sont très contrastées.

L’AFP a parlé à trois Sud-Coréens aux vues on ne peut plus divergentes, les lignes de fractures étant générationnelles et politiques.

Le survivant

Professeur d’anglais retraité, Lew Je-bong, 84 ans, était adolescent durant la guerre de Corée (1950-53). Il se rappelle avoir erré avec sa famille à travers le pays en quête de sécurité après l’invasion de Pyongyang.

Il se méfie des intentions du Nord et prévient que le Sud ne doit pas tomber dans le panneau.

Pyongyang est le « meilleur menteur du monde », dit-il avec colère. Séoul doit tirer les leçons de la litanie des promesses brisées du passé.

« Mon espoir pour le sommet c’est que notre président ne se fasse pas avoir ».

« Ils ne renonceront jamais aux armes nucléaires et s’ils ne le font pas, rien ne doit être négocié ».

La politique dite du « Rayon de soleil » menée par le président Kim Dae-jung avait vu le Sud renforcer ses liens économiques et diplomatiques avec le Nord, et lui fournir une aide humanitaire considérable.

Quelques années après, Pyongyang menait son premier essai nucléaire.

« On leur a donné plus de 10.000 milliards de wons (7,6 milliards d’euros), dit M. Lew. « Mais ils s’en sont servis pour fabriquer des armes nucléaires et ils nous menacent avec ».

Comme pour beaucoup de sa génération, la sécurité nationale est sa priorité numéro un. Il croit fermement que l’allié américain ne permettra pas une nouvelle invasion nord-coréenne.

« Cela n’arrivera pas, l’Amérique ne le tolèrerait pas ».

Il croit en une « réunification pacifique » mais seulement selon des termes dictés par le Sud. Sinon, « nous serons balayés par le communisme. Et alors, nous mourrons tous ».

L’entrepreneur

Lee Jeong-jin, 52 ans, a presque pleuré de joie en apprenant la tenue du sommet intercoréen après une décennie de tensions.

L’homme d’affaires est de ceux qui sont passés par la fac dans les années 1980, au plus fort du combat pour la démocratie et contre les Etats-Unis, alimenté pour partie par le ressentiment contre la division de la péninsule et l’alliance américaine avec les dictateurs militaires de l’époque.

Il travailla un temps dans le complexe industriel intercoréen aujourd’hui fermé de Kaesong, en Corée du Nord, comme manager pour le sud-coréen Korea Telecom.

Chaque jour, il côtoyait des Nord-Coréens. « Je me suis rendu compte que nous pourrions rapidement parvenir à l’harmonie et devenir une nation prospère ».

M. Lee est optimiste quant au rapprochement en cours, qu’il voit comme la promesse d’une paix durable.

« Nous sommes un peuple. Nous sommes divisés depuis 70 ans. Le fait que les deux parties soient prêtes à discuter de la paix et à surmonter leurs divergences est un grand pas en avant ».

A ses yeux, une Corée unifiée sera bien plus forte.

« Si notre population atteint les 100 millions, nous aurons une économie forte qui résistera aux changements extérieurs ».

Il ne s’attend pas toutefois à ce que tout change du jour au lendemain après des années d’antagonisme. Mais il s’inscrit en faux contre les sceptiques.

« Au fil des années, leurs espoirs de paix ont pu s’accumuler, les poussant aujourd’hui à venir. Je ne sais pas pourquoi il faudrait parler de piège ».

Le jeune

Le sommet fait la une depuis des semaines en Corée du Sud et au-delà mais Choi Won-yong, 19 ans, artiste de hip hop, n’en a cure.

« J’ai vu un titre une fois mais je n’y connais pas grand chose. Je ne sais pas vraiment ce qu’ils font ».

« Je crois que c’est juste la Corée du Sud et la Corée du Nord qui vont se parler, mais ça ne m’intéresse pas trop ».

Cheveux teints en blond, arborant des boucles d’oreille, le musicien passe l’après-midi avec des amis à Sinchon, quartier universitaire animé de Séoul.

Les jeunes Sud-Coréens sont ceux dont les connections avec la Corée du Nord dotée de l’arme nucléaire sont les moins fortes. Ils ont passé leur vie d’adulte dans une démocratie où la scène culturelle est vivace, un pays menacé et attaqué à l’occasion par Pyongyang.

Certains s’inquiètent du coût d’une éventuelle réunification, d’autres de la concurrence sur le marché de l’emploi.

D’après un sondage réalisé par l’Institut coréen pour l’unification nationale, plus de sept Sud-Coréens sur 10 âgés d’une vingtaine d’années s’opposent à la réunification.

« Je n’en vois pas la nécessité », dit le musicien. « L’image de la Corée du Nord n’est pas très bonne. C’est bien connu que c’est un pays très autoritaire ».

[Afp]

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