mardi , 22 mai 2018
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Arménie : Serge SARKISSIAN dégage !

Quelque 30.000 personnes, selon des journalistes sur place, ont manifesté vendredi à Erevan où la police a procédé à plus de 230 interpellations, au huitième jour de protestations contre la nomination de l’ex-président Serge Sarkissian au poste de Premier ministre. Arborant des drapeaux arméniens et des pancartes « Sarkissian est un dictateur », les manifestants ont à nouveau défilé dans les rues de la capitale, Erevan, et tenté de bloquer la circulation en s’allongeant sur la chaussée. Des véhicules ont été utilisés pour barrer certaines rues, les automobilistes klaxonnant en signe de soutien aux manifestants. « La corruption et l’injustice étouffent ce pays. Il faut donner des pots-de-vin aux fonctionnaires, au service des impôts… On ne peut plus supporter ça. C’est Sarkissian qui a créé cette situation », estime un manifestant, Moucheg Khatchatrian, 52 ans, au chômage.

Un porte-parole de la police arménienne a indiqué à l’AFP que plus de 230 personnes ont été arrêtés à Erevan alors que la deuxième ville du pays, Gioumri,a été également le théâtre de manifestations.

« Nous sommes soutenus par 80% des gens et le temps est venu pour Serge Sarkissian de réaliser qu’il doit partir », a déclaré aux journalistes le principal leader de l’opposition, Nikol Pachinian, avant un nouveau rassemblement vendredi soir.

Le taux de pauvreté de l’Arménie était de 29,8% en 2016 contre 27,6% en 2008 selon les données de la Banque mondiale, tandis que le Revenu national brut (RNB) par habitant stagnait à 3.770 dollars, une somme quasi identique à celle d’il y a dix ans.

« Nous sommes soutenus par 80% des gens et le temps est venu pour Serge Sarkissian de réaliser qu’il doit partir », a déclaré aux journalistes le principal leader de l’opposition, Nikol Pachinian, avant un nouveau rassemblement vendredi soir.

Au-delà des manœuvres de Serge Sarkissian pour rester au pouvoir après plus d’une décennie au poste de président, les manifestants reprochent à cet ancien militaire de 63 ans de n’avoir pas su faire reculer la pauvreté et la corruption, alors que les oligarques ont toujours la haute main sur l’économie du pays.

Le taux de pauvreté de l’Arménie était de 29,8% en 2016 contre 27,6% en 2008 selon les données de la Banque mondiale, tandis que le Revenu national brut (RNB) par habitant stagnait à 3.770 dollars, une somme quasi identique à celle d’il y a dix ans.

Désobéissance pacifique

La contestation est menée par le député Nikol Pachinian, 42 ans, ancien journaliste et opposant de longue date qui a brièvement été en prison après avoir déjà pris part à des mouvements de protestation contre Serge Sarkissian en 2008 qui avaient fait 10 morts.

« Le mécanisme que nous utilisons est celui de la désobéissance pacifique », a déclaré M. Pachinian à l’AFP.

« La révolution de velours, ce n’est pas une demande adressée aux autorités mais une action du peuple, qui veut que toutes les instances de l’Etat cessent d’obéir à Serge Sarkissian et passent du côté du peuple, y compris la police », a-t-il ajouté.

Ses appels à la désobéissance civile ne semblent cependant pas avoir rencontré d’écho favorable dans les administrations jusqu’à présent.

De son côté, après une rencontre avec Serge Sarkissian, le chef de l’Eglise arménienne, le catholicos Karékine II, a appelé l’opposition à « résoudre ces questions à la table des négociations et pas dans la rue ».

L’Arménie est considérée comme la première nation au monde à avoir adopté le christianisme comme religion d’État, en 301, les leaders de l’Église apostolique arménienne y gardant une influence majeure.

Les manifestations, qui se sont déroulées à Erevan et dans les deux autres principales villes du pays, Gioumri et Vanadzor, n’ont pas empêché les députés de voter, mardi, la nomination de Serge Sarkissian comme Premier ministre.

Arrestations arbitraires

« Nous respectons le droit des citoyens à se rassembler, mais nous excluons la possibilité d’une démission du Premier ministre », a indiqué aux journalistes le porte-parole du Parti républicain au pouvoir, Edouard Charmazanov.

Dans un communiqué, l’ONG Human Rights Watch a estimé que les « manifestations ne doivent pas être un prétexte aux arrestations arbitraires » de manifestants en Arménie.

D’importants effectifs policiers ont été déployés et les interpellations se sont multipliées ces derniers jours.

Les protestataires accusent Serge Sarkissian, qui vient d’achever son deuxième mandat présidentiel, de s’accrocher au pouvoir après s’être fait élire Premier ministre par les députés.

Alors que la Constitution interdit au président d’effectuer plus de deux mandats, M. Sarkissian avait fait voter en 2015 une réforme controversée donnant l’essentiel des pouvoirs au Premier ministre. L’opposition avait alors condamné cette réforme, craignant que Serge Sarkissian ne la mette à profit pour rester à la tête du pays.

Le nouveau président, Armen Sarkissian – sans lien de parenté avec son prédécesseur – a pour sa part prêté serment la semaine dernière, après avoir été élu par le Parlement début mars, mais il ne dispose que de pouvoirs protocolaires.

Jusqu’à présent, la manifestation la plus importante a eu lieu mardi dernier, avec quelque 40.000 personnes à Erevan. Il s’agissait du plus grand rassemblement de l’opposition de ces dernières années dans ce petit pays du Caucase.

NIKOL PACHINIAN, LE FUGITIF DEVENU MENEUR

Plusieurs dizaines de milliers d’Arméniens manifestent depuis une semaine contre la nomination au poste de Premier ministre de l’ancien président Serge Sarkissian, une façon de rester au pouvoir en contournant la Constitution, selon ses opposants.

La mobilisation est menée par Nikol Pachinian, un adversaire de longue date qui a goûté à la prison.

Pachinian, le fugitif devenu meneur

Il y a encore quelques semaines, peu nombreux étaient ceux qui pensaient que Nikol Pachinian serait capable de faire sortir des dizaines de milliers d’Arméniens dans les rues, bloquer les routes et paralyser l’économie pour protester contre le maintien au pouvoir de Serge Sarkissian.

Pour beaucoup d’Arméniens, cet ancien journaliste de 42 ans est associé à un souvenir tragique: la mort de 10 manifestants en 2008, dans des affrontements entre la police et les partisans de l’opposant défait à Serge Sarkissian, qui venait de remporter son premier mandat présidentiel.

Nikol Pachinian faisait déjà partie des meneurs de la contestation et il était passé dans la clandestinité pendant plusieurs mois avant de se rendre. Incarcéré, il avait été libéré en 2011, bénéficiant d’une amnistie.

Connu pour son franc-parler et ses questions gênantes, qu’il n’hésite plus à poser au Parlement depuis que le parti qu’il a créé (« Contrat civil ») y a fait son entrée en 2017, Nikol Pachinian s’est imposé comme l’opposant le plus efficace de Serge Sarkissian.

Il n’hésite pas non plus à donner de sa personne, quitte à se mettre en scène. Blessé lors d’échauffourées avec la police, lundi, il est apparu depuis avec le bras bandé et des coquards autour des yeux.

« Pachinian est différent de la plupart des personnalités de l’opposition car il est audacieux, il n’a pas peur, il est créatif », explique à l’AFP le sociologue Guevorg Pogossian.

Ce sont ces caractéristiques qui valent à ce père de quatre enfants une partie de sa popularité, notamment auprès des jeunes ayant grandi après la chute de l’Union soviétique et l’indépendance du pays, en 1991.

Pour l’analyste Alexandre Iskandarian, l’opposition arménienne a été quasiment réduite à néant et Nikol Pachinian en est aujourd’hui l’unique figure de proue. « Il a réussi à personnifier » ce mouvement, explique-t-il, jugeant que « l’opposition arménienne, aujourd’hui, c’est lui ».

Sarkissian, bilan correct à l’étranger, moins en Arménie

A 63 ans, Serge Sarkissian joue un rôle de premier plan dans la politique arménienne depuis l’indépendance du pays. Militaire, il s’illustra d’abord dans la guerre du Nagorny-Karabakh entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, qui fit près de 30.000 morts au début des années 1990 et lui vaut aujourd’hui encore une grande part de son aura.

« Il a joué un rôle énorme dans la guerre au Nagorny-Karabakh et dans le processus de négociation », souligne l’analyste Tatoul Akobian, qui rappelle que l’homme de guerre, chef des forces d’autodéfense de cette région séparatiste, sut se muer en faiseur de paix et « appela courageusement à faire les compromis nécessaires » pour un arrêt des combats.

Avant de devenir président, Serge Sarkissian a occupé presque tous les postes qui comptent au sein du pouvoir arménien: ministre de l’Intérieur, de la Défense, de la Sécurité nationale et enfin Premier ministre avant d’accéder à la fonction suprême, en 2008.

Sur la scène internationale, Serge Sarkissian s’est rapproché de la Russie, qui dispose d’une base militaire en Arménie, sans couper les liens avec l’Union européenne. « Il a été capable de maintenir un équilibre entre l’Europe et la Russie, ce qui est unique dans l’espace post-soviétique », affirme le sociologue Guevorg Pogossian.

Mais le bilan domestique est beaucoup plus mitigé. Depuis son arrivée au pouvoir, la corruption dans la police et la justice n’est guère combattue et le pays est maintenu sous une coupe serrée et la situation économique est préoccupante.

Le taux de pauvreté en Arménie était de 29,8% en 2016 contre 27,6% en 2008 selon la Banque mondiale et le Revenu national brut (RNB) par habitant stagne aujourd’hui à 3.770 dollars, le même chiffre qu’il y a dix ans.

Toutes les élections depuis que Serge Sarkissian est président ont été accompagnées de mouvements de protestation, rappellent d’ailleurs les experts. « Il y a beaucoup de mécontentement dans la société », explique Guevorg Pogossian.

La personnalité de ce père de deux filles, professeur de musique de formation qui est également président de la Fédération arménienne d’échecs, n’aide pas: Serge Sarkissian a souvent l’image d’un homme froid, calculateur et d’humeur maussade.

« C’est un bon joueur, mais c’est un très mauvais dirigeant (…) C’est un leader de type autoritaire, mais d’un autoritarisme mou », juge Tatoul Akobian.

[Afp]

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