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Cuba : Le successeur

Dernière mise à jour, le 20 avril 2018 à 08:03

Miguel Diaz-Canel Bermudez a gravi discrètement les échelons du pouvoir cubain jusqu’à devenir jeudi le successeur du président sortant Raul Castro. Professeur d’université au début de sa carrière, cet ingénieur en électronique est rapidement devenu un cadre du tout puissant Parti communiste cubain (PCC). En 1994, il est nommé premier secrétaire du PCC dans sa province, alors frappée comme le reste du pays par la crise causée par la coupure des subsides vitaux de Moscou. En 2003, alors en poste dans la province stratégique de Holguin (est), riche en matières premières, il fait son entrée parmi les quinze membres du bureau politique du parti, une fonction indispensable à tout aspirant au pouvoir. En mai 2009, Raul Castro, qui a hérité trois ans plus tôt du pouvoir de son frère Fidel malade, le convoque à La Havane pour lui confier le ministère de l’Education supérieure, puis en mars 2012 il accède à l’une des huit vice-présidences du Conseil des ministres. Ne manquait alors que sa présence au sein du Conseil d’Etat, où il entre spectaculairement en 2013, accédant directement au poste de premier vice-président, soit numéro deux de facto du régime, reléguant au rang de simple vice-président son prédécesseur, le vieux compagnon de route des Castro José Ramon Machado Ventura, 87 ans. Désigné unique candidat mercredi, M. Diaz-Canel a été comme attendu élu par les députés pour un mandat renouvelable de cinq ans, « avec 603 voix sur 604 possibles, soit 99,83% des suffrages », a annoncé devant l’Assemblée la présidente de la Commission nationale électorale Alina Balseiro. Les cubains attendent beaucoup du nouveau président.

Apparatchik modèle de 57 ans, Miguel Diaz-Canel Bermudez a gravi discrètement les échelons du pouvoir cubain jusqu’à devenir jeudi le successeur du président sortant Raul Castro.

Né après la révolution, ce civil aux cheveux poivre et sel et au regard perçant aura la lourde tâche de fédérer autour de sa personne, de consolider les acquis de la révolution et de poursuivre la transformation économique esquissée par Raul Castro.

Depuis qu’il a été désigné numéro deux de l’exécutif en 2013, l’homme qu’on dit abordable, quoique peu souriant et au talent d’orateur relatif, a pris de plus en plus d’espace dans les médias d’Etat et représente fréquemment Raul Castro lors de missions à Cuba et à l’étranger.

« Il y a cinq ans nous avions déjà la certitude absolue que nous avions visé juste » en nommant M. Diaz-Canel comme numéro deux du régime, a déclaré jeudi le président sortant, jugeant qu’il était considéré comme « le meilleur » candidat à ses yeux et pour le parti unique.

« Par ses vertus, son expérience et son dévouement, il remplira avec un succès absolu la tâche qui lui a été donnée », a insisté Raul Castro.

Dans les arcanes du pouvoir cubain, sa qualité de « civil » et son goût pour les jeans et les tablettes numériques détonnent. Il a su se donner une image moderne en se faisant l’avocat d’une ouverture accrue de l’île à internet et d’une presse plus critique.

Derrière cette représentation, il s’est appliqué cependant à éviter toute polémique, n’accordant pas d’interviews et ne s’exprimant que lors d’activités publiques ou dans l’anonymat de réunions à huis clos.

Ses partisans assurent qu’il « sait écouter » et insistent sur sa simplicité.

Il sait toutefois aussi se montrer inflexible, comme l’a illustré l’année dernière une vidéo que la dissidence a fait fuiter. Dans ce document, il prône devant des cadres du parti l’intransigeance contre les portails internet d’information indépendants, une poignée d’ambassades et bien sûr l’opposition, illégale à Cuba.

Parcours exemplaire

Professeur d’université au début de sa carrière, cet ingénieur en électronique est rapidement devenu un cadre du tout puissant Parti communiste cubain (PCC).

En 1994, il est nommé premier secrétaire du PCC dans sa province, alors frappée comme le reste du pays par la crise causée par la coupure des subsides vitaux de Moscou.

En 2003, alors en poste dans la province stratégique de Holguin (est), riche en matières premières, il fait son entrée parmi les quinze membres du bureau politique du parti, une fonction indispensable à tout aspirant au pouvoir.

D’autres dirigeants de sa génération, tels que l’ex-vice-président Carlos Lage ou les anciens ministres Roberto Robaina et Felipe Perez Roque, ont eu des carrières plus fulgurantes jusqu’à faire figure de dauphins potentiels avant lui, mais l’imprudence les a conduits à la disgrâce.

« Nous avons tenté de préparer une dizaine de jeunes, dont la majorité est parvenue au Bureau politique (du PCC), mais nous n’avons pas pu parachever leur formation. (Diaz-Canel) fut l’unique survivant de ce groupe », a expliqué jeudi le président sortant.

En mai 2009, Raul Castro, qui a hérité trois ans plus tôt du pouvoir de son frère Fidel malade, le convoque à La Havane pour lui confier le ministère de l’Education supérieure, puis en mars 2012 il accède à l’une des huit vice-présidences du Conseil des ministres.

Ne manquait alors que sa présence au sein du Conseil d’Etat, où il entre spectaculairement en 2013, accédant directement au poste de premier vice-président, soit numéro deux de facto du régime, reléguant au rang de simple vice-président son prédécesseur, le vieux compagnon de route des Castro José Ramon Machado Ventura, 87 ans.

Une aura à forger

« C’est le plus jeune parmi les hauts dirigeants, il a de longues années d’expérience, il a été le dirigeant du parti dans deux provinces (…) et il a été intégré de manière cohérente dans la vie publique », vante le politologue cubain Esteban Morales.

Mais à la présidence du Conseil, M. Diaz-Canel deviendra de fait chef des armées, et devra composer avec la vieille garde des commandants « historiques », dont plusieurs pourraient encore occuper de hautes fonctions au sein du PCC et du gouvernement.

Une tâche qui s’annonce ardue pour un homme dont l’expérience militaire se résume à un service de trois ans dans une unité de missiles anti-aériens entre 1982 et 1985.

« Il existe à Cuba une tradition d’hommes forts à la tête de l’Etat », souligne l’expert cubain Arturo Lopez-Levy, professeur à l’Université du Texas Rio Grande Valley.

Or « le profil de Miguel Diaz-Canel apparaît comme plus faible (…). Il n’a pas de pouvoir au-delà de celui qui lui a été donné », ajoute l’universitaire, soulignant aussi son silence sur les thèmes « décisifs pour le pays » tels que l’économie ou la diplomatie.

Raul Castro pourra l’accompagner en gardant les fonctions de secrétaire général du parti unique, qu’il n’abandonnera à M. Diaz-Canel qu’en 2021.

« Raul a l’expérience, le leadership, et la reconnaissance pour conseiller le gouvernement et donner une cohérence au travail politique du parti en fonction des changements à mener », note M. Morales.

Père de deux fils issus d’un premier mariage, M. Diaz-Canel est remarié à Lis Cuesta, universitaire spécialiste de la culture cubaine.

CUBA TOURNE LA PAGE CASTRO

Désigné unique candidat mercredi, M. Diaz-Canel a été comme attendu élu par les députés pour un mandat renouvelable de cinq ans, « avec 603 voix sur 604 possibles, soit 99,83% des suffrages », a annoncé devant l’Assemblée la présidente de la Commission nationale électorale Alina Balseiro.

Face aux députés, ce dernier s’est donné pour mandat « de poursuivre la révolution cubaine dans un moment historique crucial », mais aussi les réformes économiques entamées par Raul Castro, dans le but de « perfectionner le socialisme ».

Dans cette première intervention en tant que président du Conseil d’Etat, dépourvue d’annonces concrètes, le nouveau président a déclaré : « Je viens travailler, je ne viens pas promettre », avant de réaffirmer sa « fidélité au legs du commandant Fidel Castro, mais aussi à l’exemple, à la valeur et aux enseignements » de son prédécesseur.

D’ailleurs, a-t-il assuré, « Raul Castro présidera aux décisions de grande importance pour le présent et l’avenir de la Nation ».

Ce dernier, qui quitte la présidence à 86 ans après plus de six décennies de pouvoir exclusif de la fratrie Castro, a confirmé qu’il conservera ses fonctions de secrétaire général du puissant Parti communiste de Cuba (PCC) jusqu’en 2021, date à laquelle il cèdera les rênes du parti à son successeur à la présidence.

« A partir de là je deviendrai un soldat de plus au côté du peuple défendant cette révolution », a annoncé le président sortant, qui avait auparavant vanté les mérites de son dauphin, dont la nomination « n’est pas un hasard ».

« Il y a cinq ans nous avions déjà la certitude absolue que nous avions visé juste » en nommant M. Diaz-Canel comme numéro deux du régime, a-t-il ajouté, jugeant qu’il était considéré comme « le meilleur » candidat à ses yeux et pour le parti unique.

Transition générationnelle historique

Le président sortant l’a préparé à assumer les plus hautes fonctions, l’envoyant représenter son gouvernement à l’étranger tandis que les médias d’Etat lui accordaient de plus en plus d’espace.

« Par ses vertus, son expérience et son dévouement, il remplira avec un succès absolu la tâche qui lui a été donnée », a encore assuré le président sortant.

Apôtre du développement d’internet et d’une presse plus critique sur l’île, le nouveau président s’est peu à peu imposé aux côtés de Raul Castro, se donnant une image de modernité tout en demeurant économe en déclarations. Mais il peut aussi se montrer intransigeant vis-à-vis de la dissidence ou de diplomates trop enclins à critiquer le régime.

Dans son discours de jeudi, il a proposé d' »employer mieux et davantage la technologie » pour promouvoir une révolution qu’il a « juré de défendre jusqu’à son dernier souffle ».

Chargé de conduire une transition générationnelle historique, il sera le premier dirigeant cubain à n’avoir pas connu la révolution de 1959 et devra se forger une légitimité. Hasard du calendrier, il fêtera ses 58 ans vendredi.

Le poste de premier vice-président, le numéro deux de facto du régime, est attribué à Salvador Valdes Mesa, un syndicaliste et cadre de haut rang du parti âgé de 72 ans, a annoncé Mme Balseiro, confirmant également que le Conseil d’Etat, l’organe exécutif suprême, comptera 13 nouveaux membres sur 31.

Miguel Diaz-Canel aura pour mission de maintenir l’équilibre entre la réforme et le respect des principes essentiels du castrisme, et devra d’emblée s’atteler à poursuivre l' »actualisation » d’une économie encore étatisée à 80% et entravée depuis 1962 par l’embargo américain.

Au plan diplomatique, il sera aussi confronté à un antagonisme renouvelé avec l’éternel « ennemi » américain, le président républicain Donald Trump imposant depuis un an un sérieux coup de frein au rapprochement engagé fin 2014.

Des résistances attendues

Pour le guider, le parti unique et le Parlement ont préalablement voté des « lignes directrices » qui dessinent les orientations politiques et économiques à suivre d’ici à 2030 et qui lui serviront de feuille de route.

« Il est assez difficile d’évaluer la capacité de Diaz-Canel à remplir les fonctions de président (…) Il vient du système mais c’est la rigidité du système qui constitue le plus grand obstacle pour avancer », note Michael Shifter, le président du groupe de réflexion Dialogue interaméricain, à Washington.

Ses débuts « constitueront un test sur ses capacités politiques et il peut s’attendre à des résistances », affirme l’expert.

Les Castro ont écrit une histoire unique de coopération au sommet, parvenant à résister pendant près de 60 ans à l’adversité de la super-puissance américaine et à l’effondrement du partenaire soviétique, aux conséquences dramatiques pour l’île.

Après avoir succédé en 2006 à son frère Fidel, mort fin 2016, Raul Castro a engagé une série de réformes autrefois impensables, comme l’ouverture de l’économie au petit entrepreneuriat privé, et a surtout orchestré un rapprochement spectaculaire avec les Etats-Unis.

Mais de l’avis des observateurs, les réformes ont été trop timides pour relancer une économie encore largement dépendante des importations et du soutien de son allié vénézuélien en plein déclin.

M. Diaz-Canel a annoncé que la nomination des membres du conseil des ministres ne devrait intervenir qu’en juillet, lors de la prochaine session du Parlement.

En attendant, le nouveau chef de l’Etat cubain a déjà donné une idée de la façon dont il entend gouverner, promettant « une direction de plus en plus collective » tout en maintenant « un lien permanent avec la population ».

RAUL CASTRO, L’ARCHITECTE DE LA SURVIE DU CASTRISME

Raul Castro, qui a cédé jeudi la présidence de Cuba, est longtemps resté dans l’ombre de son frère Fidel avant de prendre les rênes de cette île caribéenne voici 12 ans pour lancer des réformes que lui seul pouvait mener.

Aujourd’hui âgé de 86 ans, le cadet des Castro a engagé Cuba dans une transition historique avant de faire place jeudi à un représentant de la nouvelle génération, celui qui était le numéro deux, Miguel Diaz-Canel, un civil de 57 ans qui n’a pas connu la révolution de 1959.

Aussi réservé et patient que Fidel était exubérant et bouillonnant, Raul Castro est longtemps resté en coulisses avant de sortir en pleine lumière en juillet 2006, lorsqu’un soudain problème de santé a forcé son aîné à céder le pouvoir à celui qu’il a toujours présenté comme son successeur.

Ministre de la Défense depuis l’automne 1959, il devait ensuite prendre officiellement la présidence du Conseil d’Etat et du Conseil des ministres en février 2008, Fidel renonçant à revenir au premier plan.

« Fidel est irremplaçable, à moins que nous ne le remplacions tous ensemble », déclara-t-il au moment de succéder à son aîné.

La fratrie Castro a écrit une histoire unique de coopération au sommet, parvenant à résister pendant plus d’un demi-siècle à l’adversité de la super-puissance américaine, à 150 km au nord des côtes cubaines.

Pour beaucoup d’historiens, c’est cette inébranlable alliance de Fidel et Raul qui a valu à Cuba de survivre, non seulement aux attaques de « l’ennemi impérialiste » américain comme ils l’appellent, mais aussi au lâchage d’un « grand frère soviétique » agonisant à la fin des années 1980.

Chef et lieutenant

Aux côtés de Fidel, stratège visionnaire d’un charisme débordant, a toujours veillé l’inusable organisateur Raul qui a patiemment tissé la toile des allégeances et des fidélités au régime. Il fut d’ailleurs le principal artisan de l’arrimage de l’île à l’Union soviétique en pleine guerre froide.

« Ils avaient une relation de chef à lieutenant. Dans cette configuration, Raul Castro a matérialisé les rêves de Fidel. Il fut l’architecte institutionnel de la révolution », explique l’expert cubain Arturo Lopez-Levy, coauteur d’un ouvrage sur le président sortant.

Alternant uniforme militaire, guayabera (chemise traditionnelle cubaine à quatre poches) et costume croisé occidental, Raul Castro n’aime pas les médias, mais il est connu pour son côté bon vivant et son sens de l’humour aussi subtil que décapant.

C’est pour ses talents d’organisateur méticuleux que Raul se voit très vite confier par Fidel les rênes des « forces armées révolutionnaires », qu’il a reconverties en leur attribuant des pans entiers de l’économie, première raison de la survie du régime dans les années 1990.

Ces mêmes talents porteront avec succès l’armée cubaine au cœur de l’Afrique, en Ethiopie et en Angola, dans les années 1970 et 1980.

Réformes inédites

Une fois au pouvoir, Raul Castro a procédé à des réformes auparavant impensables et ouvert Cuba à l’économie de marché en autorisant les Cubains à vendre leurs voitures et leurs logements et en les encourageant à quitter le secteur public pour devenir travailleurs indépendants.

Mais cette « actualisation » censée selon lui « changer ce qui doit être changé » dans un modèle économique obsolète a laissé acteurs et observateurs sur leur faim. Depuis 2016, l’île peine à relancer son économie dans un contexte plombé par l’embargo américain et les difficultés du proche allié vénézuélien.

En 2013, Raul a aussi levé les sévères restrictions imposées aux voyageurs pendant 50 ans, une revendication essentielle d’une dissidence brusquement devenue plus discrète d’autant que son gouvernement a progressivement vidé les prisons de ses opposants, privilégiant une répression moins axée sur les lourdes condamnations.

Mais surtout, il a été l’artisan d’un rapprochement longtemps considéré comme impossible avec les États-Unis, optant pour une diplomatie plus pragmatique. Toujours inflexible sur l’essentiel, il a su donner les gages nécessaires à Washington pour entamer fin 2014 un dégel aujourd’hui remis en cause par le gouvernement de Donald Trump.

Ces derniers mois, Raul Castro a suspendu les réformes et posé les jalons de sa succession pour laisser progressivement la main à la nouvelle génération. Gardien de la transition, il doit se maintenir à la tête du Parti Communiste de Cuba (PCC) jusqu’en 2021, l’année de ses 90 ans.

Raul a toujours exprimé un sens aigu de la famille, totalement à l’opposé de son frère. Son épouse Vilma Espin, qu’il avait connue dans le maquis et épousée en 1959, a longtemps présidé la Fédération des femmes cubaines avant de mourir en 2007.

Le couple a eu quatre enfants, dont un seul fils, Alejandro Castro Espin, un colonel spécialiste des relations internationales de 52 ans. Il a représenté son pays de 2013 à 2014 dans les négociations secrètes qui ont conduit au dégel avec les Etats-Unis et beaucoup le voient tenir un rôle important dans la transition à venir.

Prévoyant, Raul Castro a déjà désigné le site où il souhaite reposer après sa mort. Une pierre de granit semblable à la sépulture de son frère porte déjà son nom aux côtés de son épouse à Santiago de Cuba (sud-est), le berceau de la révolution des Castro.

LES CUBAINS ATTENDENT BEAUCOUP DU NOUVEAU PRÉSIDENT

Ils savent que, contrairement aux frères Castro, il n’a pas fait la révolution, et certains ne le connaissent même pas, mais cela n’empêche pas les Cubains d’accueillir leur nouveau président, Miguel Diaz-Canel, avec l’espoir qu’il accélère les réformes sur l’île.

« Nous espérons plus de changements. Le pouvoir passe à une personne beaucoup plus jeune, avec de nouvelles idées, de nouvelles perspectives, donc nous espérons que les réformes aillent plus vite », témoigne Yani Pulido, 27 ans, serveuse dans un bar de La Havane.

Sans s’arrêter de servir les clients, Yani se dit « un peu impressionnée par sa ressemblance avec l’acteur américain » Richard Gere, mais affirme immédiatement: « Il n’a ni le charisme ni les capacités oratoires de Fidel. Si on le compare avec Fidel, et c’est difficile de ne pas le faire, alors bien sûr il n’est pas à sa hauteur ».

A la télévision, chez eux ou depuis leur travail, les Cubains ont suivi avec attention mercredi et jeudi la session historique du Parlement qui a désigné l’ingénieur Miguel Diaz-Canel, 57 ans, comme premier président de l’île après 60 ans de pouvoir exclusif des frères Castro.

Si Raul Castro restera au premier plan, à la tête du puissant Parti communiste cubain (PCC) jusqu’en 2021, les habitants comptent sur ce nouveau président pour poursuivre les réformes économiques lancées par son prédécesseur.

Diaz-Canel n’a rien d’un nouveau venu: homme du sérail, il a occupé ces 24 dernières années des postes importants au sein du PCC et du gouvernement. Mais, étonnamment, il intrigue beaucoup de Cubains qui avouent le connaître à peine.

« Homme de terrain »

A Villa Clara, la province du centre de l’île qui l’a vu naître et devenir dirigeant de l’Union des jeunes communistes puis du PCC, on se souvient de lui comme d’un homme simple et cordial.

Certains n’ont pas oublié le temps où il arpentait à vélo les rues de la ville, actif à la fois dans l’économie et dans la culture, à un moment où Cuba souffrait durement de la fin de l’Union soviétique – son grand soutien – en 1991.

« C’est un dirigeant de terrain (…). Quand il dirigeait le parti ici c’était génial, car il ne comptait pas ses heures et il était partout », se souvient le retraité José Gonzalez, qui vit à Santa Clara, capitale de la province.

Mais tout le monde n’est pas aussi familier de cet homme imposant qui multiplie pourtant les interventions dans les médias d’Etat.

« Je sais très peu de lui. Un nouveau président que nous connaissons à peine, moi ça me préoccupe », se plaint Raul Portillo, 79 ans, agent de surveillance d’un magasin d’Etat.

« Je sais seulement ce que retransmet le journal télévisé », confie aussi Hector Fuente, conducteur de vélotaxi de 36 ans.

« Suivre un programme »

L’heure est au changement d’époque pour les Cubains, dont plus de 80% sont nés sous le gouvernement des frères Castro, et l’espoir de changement est intact malgré le désir de continuité affiché par le nouveau président.

Car s’ils ont applaudi les réformes de Raul Castro destinées à « actualiser » le modèle économique du pays, beaucoup d’entre eux restent sur leur faim. Ils espèrent que leur nouveau dirigeant accélérera le rythme dans cette île où, avec un salaire moyen de 30 dollars, le quotidien est souvent difficile.

Pour Osmany Rojas, 41 ans, qui jongle pour s’en sortir entre un emploi de professeur de sport dans une école et un autre de videur dans un bar privé, il reste « des choses à accomplir » sur le chemin tracé par Raul.

Il espère donc que Diaz-Canel « reprenne la réforme économique avec de nouvelles perspectives, une autre façon de penser, peut-être plus ouverte, et surtout qu’il améliore les salaires et les options de travail pour les jeunes ».

Etudiante en première année de médecine, Dayana Cardenas, 18 ans, est du même avis: « Il faut que Cuba évolue, qu’on mette l’accent sur de nouvelles voies pour parvenir à ce socialisme prospère et durable dont on parle tant ».

Mais beaucoup s’interrogent sur la marge de manoeuvre du nouveau chef de l’Etat.

« Quand Fidel est tombé malade, il a placé son frère, mais il l’a toujours guidé, et avec Diaz-Canel cela va être pareil, Raul va le guider », assure le chauffeur de vélotaxi Hector Fuente.

Et il ajoute: « Diaz-Canel doit suivre un programme, ce sont les lignes qui ont déjà été approuvées par le congrès du parti. Jusqu’à quel point pourra-t-il sortir de ce programme? Je ne sais pas ».

[Afp]

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