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Syrie : Pas d’impact !

Dernière mise à jour, le 17 avril 2018 à 05:20

Peu après des frappes aériennes, la France, les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont remis samedi à leurs 12 partenaires du Conseil de sécurité un projet de résolution sur la Syrie à plusieurs facettes – chimique, humanitaire et politique -, incluant la création d’un nouveau mécanisme d’enquête sur l’emploi d’armes chimiques. Les experts estiment que ces frappes n’auront pas d’impact sur le conflit syrien, dont le président Assad semble en passe de sortir victorieux. Son armée a annoncé samedi la reprise intégrale de l’enclave rebelle dans la Ghouta orientale, la région proche de Damas dans laquelle se trouve la ville de Douma. Les raids occidentaux n’ont fait « aucune victime au sein de la population civile ou de l’armée syrienne », d’après l’armée russe, dont les installations sur place ont été soigneusement évitées.

Les négociations sur ce texte, rédigé par la France, doivent débuter lundi, selon des sources diplomatiques. Aucune date pour une mise au vote n’est encore avancée, Paris voulant se donner le temps d’une « vraie négociation », selon l’une de ces sources.

C’est la première fois qu’un texte regroupant les aspects chimique, humanitaire et politique du conflit vieux de plus de sept ans est proposé au Conseil de sécurité. L’objectif n’est « pas de changer d’équation » ni de faire « une compilation » des textes déjà existant, mais de montrer que l’intervention militaire occidentale en Syrie « est au service d’une stratégie politique », souligne un diplomate sous couvert d’anonymat.

Le projet de texte est diffusé aux 15 membres du Conseil de sécurité moins de 24 heures après une série de frappes aériennes des Etats-Unis, de la France et du Royaume-Uni en Syrie, pour punir le régime syrien d’avoir eu recours le 7 avril à des armes chimiques à Douma.

La Russie, comme Damas, nient que des armes chimiques aient été utilisées dans cette localité de la Ghouta orientale, près de la capitale syrienne.

Les Occidentaux estiment que leur action militaire samedi à l’aube en Syrie est restée « limitée ». La réaction de la Russie, premier soutien de Damas, a été « minimaliste », juge un diplomate occidental, laissant espérer une coopération de Moscou sur une nouvelle résolution.

Dans le domaine chimique, le texte de la résolution, obtenu par l’AFP, « condamne dans les termes les plus forts tout recours aux armes chimiques en Syrie, en particulier l’attaque du 7 avril à Douma ». Il prévoit de créer « un mécanisme indépendant » d’enquête et d’attribution des responsabilités « basé sur des principes d’impartialité et de professionnalisme ».

Il demande aussi à la Syrie de coopérer pleinement avec l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC).

Revitalisation

Dans le domaine de l’aide humanitaire, le texte commence par réclamer qu’un « cessez-le-feu durable » soit instauré et que tous les Etats membres usent de leur influence pour son application. Il « exige un accès humanitaire sans restriction » partout en Syrie et la possibilité « de procéder à des évacuations médicales en fonction des besoins et des urgences ».

En matière politique, enfin, le projet « exige des autorités syriennes qu’elles s’engagent dans des négociations inter-syriennes de bonne foi, de manière constructive et sans préconditions » en application des dernières discussions menées à Genève le 3 mars.

Ces négociations, au point mort, doivent porter sur la gouvernance, la question constitutionnelle, les élections, le contre-terrorisme et des mesures de confiance.

Le projet de texte réclame enfin au secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, de rendre compte de son application dans les 15 jours suivant son adoption.

L’avenir du projet de texte réside notamment dans une « revitalisation » à l’ONU du groupe des cinq membres permanents du Conseil de sécurité (Etats-Unis, Russie, Chine, France et Royaume-Uni), explique à l’AFP un diplomate occidental.

Depuis le début du conflit en Syrie, ces cinq membres clés du Conseil de sécurité ont plus souvent affiché des divisions que de l’unité sur ce dossier, avec notamment pas moins de douze veto de la Russie sur des projets de texte.

Depuis le début de l’année, le Conseil de sécurité ne s’est montré unanime qu’à une seule reprise concernant la Syrie, pour exiger un cessez-le-feu qui n’a jamais été appliqué.

Il faut recréer « un concert des nations » pour avancer et essayer de mettre un terme au conflit syrien, résume le même diplomate.

LES ÉVACUÉS DE DOUMA SANS ILLUSION

Epuisés par des années de siège et de bombardements du régime syrien, les habitants évacués de Douma, ville rebelle théâtre d’une attaque chimique présumée, demeurent sans illusion après des frappes occidentales contre le pouvoir de Bachar al-Assad.

C’est à 400 kilomètres de leur foyer, déplacés dans un camp de tentes près d’Al-Bab dans le nord-ouest de la Syrie, qu’ils ont découvert samedi que des raids ont été menés par Washington, Paris et Londres contre des cibles militaires du régime.

Pour Nadia Sidaoui, rencontrée par un correspondant de l’AFP dans ce camp de déplacés, les sentiments se mêlent après cette action des Occidentaux.

« Nous sommes contents de voir que quelqu’un a enfin senti qu’on existait », glisse cette mère de huit enfants. Mais, ajoute-t-elle, « les frappes menées n’ont pas eu vraiment d’impact » sur Bachar al-Assad.

Douma, dans la Ghouta orientale près de Damas, avait été une des premières villes à se rebeller contre le président syrien en 2011 dans la foulée des Printemps arabes.

Après la répression dans le sang par le régime de manifestations pacifiques en faveur de réformes démocratiques, la Syrie avait alors basculé dans une guerre qui a fait plus de 350.000 morts.

Assiégés pendant cinq ans et soumis ces dernières semaines à des bombardements intenses et dévastateurs, les rebelles et des civils de Douma, comme Nadia Sidaoui, ont finalement accepté d’être évacués vers des zones rebelles dans le nord-ouest du pays.

Après ces années de souffrances –l’ONU a parlé d’enfer sur terre dans la Ghouta orientale– ils attendent davantage des Occidentaux.

Ils doivent « se venger de la Russie, de l’Iran et du régime, qu’ils nous débarrassent d’eux le plus vite possible parce qu’ils ont occupé notre pays et notre terre », peste-t-elle, en allusion aux combattants russes et aux milices chiites pro-iraniennes qui soutiennent les forces gouvernementales.

« On souhaite le voir (Bachar al-Assad) souffrir sans mourir, comme nous nous avons souffert », s’emporte-t-elle.

Piqûre d’anesthésie

Pour Ahmad, les frappes de samedi, ponctuelles et ciblées, ne sont « qu’une piqûre d’anesthésie ».

« S’ils ne poursuivent pas les frappes, Assad ne va pas tomber. Ils vont bombarder un ou deux jours, puis le régime va de nouveau utiliser la force contre nous », déplore ce mécanicien de 25 ans.

Depuis plus de sept ans que dure la guerre civile, « tout le monde nous a déçus, tout le monde nous a vendus », estime Ahmad.

« Nous ne sommes pas dupes. Cette comédie ne passe plus », lâche de son côté Abou Adnane al-Doumani, 42 ans.

« Les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni ont toujours dit qu’ils étaient les amis du peuple syrien. Ils se sont avérés être nos premiers ennemis car Bachar al-Assad est en réalité leur chouchou. Ils le laissent faire ce qu’il veut, en le rassurant que le Conseil de sécurité (de l’ONU) existe et que la Russie peut utiliser son veto » pour bloquer des actions contre lui, estime-t-il.

Il ne s’avère pas plus tendre contre les pays arabes.

« Pour moi, tout le peuple arabe est traître. Il n’y pas eu une seule manifestation dans la région en soutien au peuple syrien ou pour dénoncer l’usage d’armes chimiques », ajoute Abou Adnane al-Doumani.

Saleh Ibrahim, un jeune homme de 26 ans qui s’est battu dans les rangs du groupe rebelle islamiste Jaich al-Islam à Douma, n’est « pas optimiste » sur les conséquences des frappes occidentales.

Sa faction, qui tenait Douma, a été la dernière à quitter la Ghouta orientale après avoir accepté un accord d’évacuation au lendemain de l’attaque chimique présumée.

« On espère quand même, surtout dans notre situation de réfugiés, que les Occidentaux auront pitié des familles déplacées, qu’ils délogent Bachar al-Assad et qu’on puisse revenir chez nous », explique-t-il.

Ahmad le mécanicien veut aussi revenir dans la Ghouta. « J’espère qu’un jour, nous reviendrons dans notre région et que nous la reprendrons à ce régime corrompu et perfide ».

LES FRAPPES RÉUSSIES ?

Donald Trump et ses alliés français et britannique ont vanté samedi le succès de leurs bombardements contre le régime de Damas, une opération ponctuelle destinée à punir Bachar al-Assad pour son usage allégué d’armes chimiques, et brandi la menace de nouvelles frappes s’il franchissait encore cette « ligne rouge ».

C’est dans cette enceinte de l’ONU que l’ambassadrice américaine Nikki Haley est montée au créneau pour maintenir la pression sur Bachar Al-Assad mais aussi sur ses alliés russes et iraniens.

Donald Trump et ses alliés français et britannique ont vanté samedi le succès de leurs bombardements contre le régime de Damas, une opération ponctuelle destinée à punir Bachar al-Assad pour son usage allégué d’armes chimiques, et brandi la menace de nouvelles frappes s’il franchissait encore cette « ligne rouge ».

La Russie, soutien politique et militaire du pouvoir syrien, a répliqué sur le terrain diplomatique. Aux Nations unies, elle a demandé une réunion d’urgence du Conseil de sécurité mais échoué à faire voter sa résolution condamnant « l’agression » armée contre Damas, son représentant Vassily Nebenzia fustigeant « le néo-colonialisme » américain.

C’est dans cette enceinte de l’ONU que l’ambassadrice américaine Nikki Haley est montée au créneau pour maintenir la pression sur Bachar Al-Assad mais aussi sur ses alliés russes et iraniens.

« J’ai parlé au président (Trump) ce matin, il a dit que si le régime syrien continue d’utiliser ce gaz toxique, les Etats-Unis sont prêts à dégainer de nouveau », a-t-elle affirmé dans une nouvelle joute entre Washington et Moscou qui symbolise l’extrême tension entre les deux anciens ennemis de la Guerre froide.

Emmanuel Macron a pour sa part estimé qu’après les frappes, c’était maintenant au Conseil de sécurité de « reprendre, dans l’unité, l’initiative sur les plans politique, chimique et humanitaire ».

Le président français s’est une nouvelle fois entretenu samedi après les frappes avec son homologue américain et la Première ministre britannique Theresa May.

Les raids, dont la menace planait depuis plusieurs jours et qui ont donné lieu à une intense coordination entre les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni, ont été lancés dans la nuit de vendredi à samedi en riposte à l’attaque chimique du 7 avril à Douma imputée au régime Assad.

Une responsable de l’administration américaine a indiqué samedi à la presse que Washington pensait que du chlore et du gaz sarin avaient été utilisés par le régime lors de cette attaque.

Les frappes ont visé trois sites liés au programme d’armement chimique syrien près de la capitale et dans le centre du pays.

Cette opération semble avoir été ciblée pour éviter une escalade de la guerre en Syrie, plus complexe que jamais après sept années de conflit et la présence sur le terrain de plusieurs forces étrangères, dont les armées américaine, russe et iranienne.

Trop peu, trop tard, pour les évacués de Douma, rencontrés par l’AFP à 400 kilomètres de chez eux, dans un camp de déplacés.

« Nous sommes contents de voir que quelqu’un a enfin senti qu’on existait », a déclaré Nadia Sidaoui. Mais, ajoute-t-elle, « les frappes menées n’ont pas eu vraiment d’impact » sur Bachar al-Assad.

De fait, il s’est agi d’une opération très limitée dans le temps et par son ampleur. Elle est terminée, a confirmé samedi le Pentagone.

Les experts estiment que ces frappes n’auront pas d’impact sur le conflit syrien, dont le président Assad semble en passe de sortir victorieux. Son armée a annoncé samedi la reprise intégrale de l’enclave rebelle dans la Ghouta orientale, la région proche de Damas dans laquelle se trouve la ville de Douma.

Les raids occidentaux n’ont fait « aucune victime au sein de la population civile ou de l’armée syrienne », d’après l’armée russe, dont les installations sur place ont été soigneusement évitées.

Frappé avec succès

Le président américain a salué d’un tweet matinal une frappe « parfaitement exécutée » dont « le résultat n’aurait pu être meilleur ». « Mission accomplie! », a lancé Donald Trump — comme son prédécesseur George W. Bush en 2003, annonçant, de manière prématurée, la fin de la guerre en Irak.

Le Pentagone a réfuté une déclaration de l’armée russe selon laquelle la défense antiaérienne syrienne a intercepté 71 missiles de croisière sur 103.

« La campagne de désinformation russe a déjà commencé », a dit sa porte-parole Dana White.

« Nous avons frappé avec succès chaque cible », a martelé le Pentagone. Il estime que le programme chimique syrien « mettra des années à s’en remettre » mais sans pouvoir garantir que le régime Assad « ne sera pas en mesure de le reconstituer ».

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a aussi estimé qu’une « bonne partie de l’arsenal chimique » avait été « détruite ».

La porte-parole du ministère américain de la Défense Dana White a réaffirmé que les Etats-Unis ne cherchaient « pas à intervenir » dans la guerre civile syrienne.

La seule mission de l’armée américaine en Syrie reste le combat contre le groupe Etat islamique (EI), considérablement affaibli, et Donald Trump plaide désormais pour un désengagement le plus rapide possible.

Agression et insulte

Il était 04H00 à Damas (01H00 GMT) samedi matin quand le président américain annonçait, depuis la Maison Blanche, le lancement de « frappes de précision » près d’une semaine après l’attaque chimique attribuée par les Occidentaux au régime syrien.

Au même moment, de lourdes détonations résonnaient dans la capitale syrienne et des colonnes de fumée émergeaient depuis le nord-est de la ville, selon une journaliste de l’AFP. Les frappes ont duré environ 45 minutes.

Le président Assad a dénoncé une « agression » qui ne fait que « renforcer » sa « détermination à continuer de lutter et d’écraser le terrorisme », terme par lequel il désigne les rebelles.

Moscou a évoqué une « insulte » au président Vladimir Poutine, tandis qu’en Iran, le guide suprême Ali Khamenei a qualifié les dirigeants américain, français et britannique de « criminels ».

A Damas, les frappes ont galvanisé les partisans du régime. Au lever du soleil, plusieurs dizaines d’entre eux se sont rassemblés sur l’emblématique place des Omeyyades, au son de klaxons et de musiques patriotiques, arborant des drapeaux syriens, chantant et dansant à la gloire de Bachar al-Assad.

Dans la journée, l’armée a annoncé la reprise totale de la Ghouta orientale.

Une mission de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) devait entamer samedi son enquête sur l’attaque chimique présumée, qui a fait au moins 40 morts dans la ville de Douma, selon des secouristes sur place mais a été qualifiée de « fabrication » des rebelles par le régime et son allié russe.

RELANCER LA DIPLOMATIE

La France veut relancer le processus de sortie de crise en Syrie après les frappes occidentales, faisant le pari que c’est aussi dans l’intérêt de l’incontournable Russie, un allié indéfectible de Damas, en remettant en selle l’ONU.

« Le Conseil de sécurité des Nations unies doit maintenant reprendre, dans l’unité, l’initiative sur les volets politique, chimique et humanitaire en Syrie, pour assurer la protection des populations civiles et pour que ce pays retrouve enfin la paix », a déclaré samedi soir la présidence française.

« Nous allons prendre des initiatives dès lundi au Conseil de sécurité (de l’ONU, ndlr) à New-York, à Bruxelles lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères, pour tracer la feuille de route (vers un règlement pacifique) avec tous ceux qui voudront », a déclaré le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian sur la chaîne de télévision TF1.

« Nous sommes prêts à y travailler dès maintenant avec tous les pays qui peuvent y contribuer », avait-il auparavant lancé en tendant la main à Moscou, quelques heures après les raids.

Paris souhaite « travailler sérieusement » avec la Russie pour parvenir à « une solution politique », a souligné l’Elysée. La visite du président Emmanuel Macron prévue pour fin mai en Russie reste d’ailleurs programmée.

Moscou est fidèle soutien du régime de Bachar al-Assad que les Occidentaux, Américains, Français et Anglais, ont frappé dans la nuit de vendredi à samedi, l’accusant d’avoir utilisé des armes chimiques la semaine précédente dans sa guerre contre les rebelles.

Ces appels à la Russie, qui plus est dans le cadre de l’ONU, semblent bien ambitieux vu les premières réactions russes et compte tenu du fait que ce pays a tenté de son côté de mener des négociations diplomatiques contournant les circuits onusiens.

Dans une première réaction, Vladimir Poutine a vivement dénoncé les frappes, sans pour autant annoncer aucune mesure particulière de rétorsion, se bornant à demander la convocation d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU.

Pour l’ambassadeur de Russie à Washington, Anatoli Antonov, les frappes revenaient à « insulter le président russe » et pour la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères Maria Zakharova, les Occidentaux frappent la Syrie « au moment où elle avait une chance d’avoir un avenir pacifique », le régime, également soutenu par l’Iran, s’acheminant vers la victoire militaire.

Et le règlement de la crise syrienne ne peut pas se trouver sans Moscou. « Que cela nous plaise ou non, le processus politique (en Syrie) ne réussira pas sans la Russie », a déclaré samedi le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas.

Echec flagrant de Sotchi

La Russie a mis sur les rails son propre processus politique de règlement du conflit, avec l’Iran et la Turquie, compromettant d’autant plus celui sous l’égide de l’ONU à Genève, au point mort depuis des mois.

Mais, selon les Occidentaux, Vladimir Poutine n’a pas obtenu les résultats escomptés à la conférence de paix intersyrienne de Sotchi en janvier et peine à faire entendre raison à son allié Bachar al-Assad.

« Sotchi a quand même été un échec flagrant (…) Tout le monde est un petit peu dans une impasse sur le processus politique », relève un responsable français.

Pour remettre en selle les Nations unies, M. Le Drian estime « indispensable » de « faire en sorte » que les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU soient appliquées. « Je pense en particulier à une résolution que la Russie a votée » pour « un cessez le feu, c’est la première étape » pour qu' »on puisse entrer dans le processus politique qui patine déjà depuis plusieurs années ».

Paris semble aussi à la manoeuvre au-delà du cadre de l’ONU. M. Maas a annoncé que Berlin allait s’engager avec la France pour la mise en place d' »un format international de pays influents » afin de donner un nouvel élan au processus politique.

Pour Ziad Majed, politologue à l’Université américaine de Paris, les frappes pourraient paradoxalement relancer le processus de paix en montrant au Kremlin la détermination des Occidentaux.

« Les Russes n’arrivent pas à conclure politiquement, même si militairement ils sont en train de gagner », dit-il à l’AFP, rappelant que les Kurdes, soutenus par les Etats-Unis, contrôlent encore le nord-est de la Syrie et que les Turcs jouent leur propre partition sur le terrain.

Emmanuel Macron s’est d’ailleurs entretenu avec le président turc Recep Tayyip Erdogan, souhaitant là aussi que « la concertation entre la France et la Turquie soit encore intensifiée dans les prochains jours pour permettre une solution politique inclusive en Syrie ».

Le pire ou le meilleur

« Les négociations vont devenir de plus en plus décisives si les Russes comprennent que les Occidentaux cette fois ne sont plus dans l’ambiguïté », estime M. Majed.

Selon lui, les Russes peuvent « faire plus de compromis que les Iraniens ».

Ces derniers sont dans une logique régionale, de « continuité territoriale de Téhéran à Beyrouth en passant par Bagdad et Damas » pour sécuriser l’approvisionnement en armes de leur puissant allié libanais, la milice chiite du Hezbollah, décrypte-t-il.

« Les frappes ne servent militairement à rien et accroissent les tensions », juge Didier Billion, de l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris) à Paris. « Les moments de tension amènent souvent le pire, mais cela peut aussi amener le meilleur ».

PAS D’ARMES CHIMIQUES

Des gants en plastique et des masques médicaux jonchent le sol parmi un amas de décombres. Des employés du centre de recherche syrien détruit quelques heures plus tôt par des frappes occidentales assurent qu’ils ne produisaient aucune arme chimique.

Dans le quartier de Barzé du nord-est de Damas, une odeur de brûlé et des colonnes de fumée se dégagent des ruines d’un bâtiment de trois étages totalement effondré.

Des employés se sont dépêchés aux premières heures de la journée pour inspecter les lieux après avoir appris la nouvelle.

Dans la nuit, les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni ont frappé trois sites liés au programme d’armement chimique du régime de Bachar al-Assad, accusé d’avoir mené une semaine auparavant une attaque chimique meurtrière dans une ville rebelle près de Damas.

« S’il y avait des armes chimiques, nous ne serions pas ici », affirme, ironique, Said Said, un ingénieur qui travaillait dans le centre.

« Je suis ici depuis 05H30… et je suis en pleine forme et ne tousse même pas! », lance-t-il à l’AFP, lors d’une visite de presse organisée par le ministère syrien de l’Information.

« Nous menions ici des travaux de recherche et de développement dans la production pharmaceutique et l’industrie chimique civile », soutient-il.

Pour les Occidentaux, le bâtiment visé à Barzé abritait « un centre de recherche, de développement, de production et de test de la technologie d’armement chimique et biologique » du régime syrien.

« Grâce à Dieu, il n’y a pas eu de victimes civiles. Le bâtiment était vide lorsqu’il a été visé », dit M. Said.

Médicaments et jouets

Le régime syrien a dénoncé une « agression barbare et brutale » des Occidentaux, qui l’accusent d’être responsable de l’attaque présumée aux « gaz toxiques » le 7 avril à Douma, ancien bastion rebelle près de Damas, qui a fait plus de 40 morts, selon des secouristes locaux.

Damas et son allié russe ont nié toute responsabilité, dénonçant des « fabrications » et une « mise en scène » des rebelles.

En bombardant le site de Barzé, « nous avons atteint le coeur du programme d’armes chimiques syrien », a affirmé un haut responsable du Pentagone, le général Kenneth McKenzie.

Ces frappes occidentales ont coïncidé avec le début d’une enquête menée à Douma par l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), qui a assuré qu’elles n’allaient pas entraver ses investigations.

M. Said, qui se présente comme le responsable du département spécialisé dans la peinture et le plastique, ne comprend pas pourquoi le centre de Barzé a été pris pour cible.

« C’était un laboratoire d’analyse où s’effectuaient des tests sur des produits chimiques utilisés dans les produits alimentaires, les médicaments et les jouets pour enfants. On y produisait également des médicaments contre le cancer ou des antidotes au venin de scorpion et de serpent », assure M. Said.

Et selon lui, les enquêteurs de l’OIAC avaient déjà visité ce centre et « confirmé qu’il ne produisait aucune arme chimique ».

« Ils s’installaient et travaillaient dans nos laboratoires et nous avons entièrement coopéré avec eux », explique-t-il.

[Afp]

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