jeudi , 15 novembre 2018
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Guerre froide Russie – Occident

L’administration américaine de Donald Trump a annoncé vendredi pour la première fois des sanctions contre des « oligarques » proches de Vladimir Poutine. En pleine résurgence d’un climat de Guerre froide, la Russie a promis une « réponse dure » à cette « attaque antirusse » visant à « éliminer des concurrents sur les marchés ». Ces sanctions sont parmi les plus sévères depuis l’arrivée à la Maison Blanche début 2017 du président républicain. Sept « oligarques » et douze entreprises qu’ils contrôlent font partie de la nouvelle liste et ne pourront plus faire affaire aux Etats-Unis, ni avec des Américains. Parmi eux, Oleg Deripaska, propriétaire du géant de l’aluminium Rusal, Igor Rotenberg et Viktor Vekselberg, acteurs du secteur énergétique tout comme Kirill Chamalov, présenté comme le gendre du président Poutine. Les oligarques russes qui ne font pas partie de cette première liste doivent retenir leur souffle. Les relations, déjà glaciales, se sont de fait encore tendues entre les deux grandes puissances rivales après l’empoisonnement début mars au Royaume-Uni de l’ex-agent double russe Sergueï Skripal, imputé par Londres à Moscou. Par solidarité avec les Britanniques, Washington a expulsé 60 diplomates russes accusés d’être des « espions » et la Russie en a aussitôt fait autant.

Accusée de faiblesse face à la Russie, l’administration américaine de Donald Trump a annoncé vendredi pour la première fois des sanctions contre des « oligarques » proches de Vladimir Poutine, notamment pour les « attaques » de Moscou contre « les démocraties occidentales ».

En pleine résurgence d’un climat de Guerre froide, la Russie a promis une « réponse dure » à cette « attaque antirusse » visant à « éliminer des concurrents sur les marchés ».

Ces sanctions sont parmi les plus sévères depuis l’arrivée à la Maison Blanche début 2017 du président républicain, incapable de réconcilier Américains et Russes malgré ses promesses mais qui s’abstient toujours de critiquer frontalement son homologue russe.

Elles ont été prises sur la base d’une loi voulue par le Congrès pour punir la Russie notamment pour son ingérence dans les élections américaines de 2016, promulguée l’été dernier à contrecoeur par Donald Trump.

Les mesures punitives visent en tout 38 personnes et entreprises qui s’ajoutent aux 24 ciblées mi-mars en réponse à ces accusations d’ingérence électorale et à plusieurs cyberattaques. A l’époque, la décision américaine avait été jugée trop timorée par les démocrates.

Sept « oligarques » et douze entreprises qu’ils contrôlent font partie de la nouvelle liste et ne pourront plus faire affaire aux Etats-Unis, ni avec des Américains. Parmi eux, Oleg Deripaska, propriétaire du géant de l’aluminium Rusal, Igor Rotenberg et Viktor Vekselberg, acteurs du secteur énergétique tout comme Kirill Chamalov, présenté comme le gendre du président Poutine.

« Les oligarques russes qui ne font pas partie de cette première liste doivent retenir leur souffle », estime Boris Zilberman du think tank conservateur Foundation for Defense of Democracies (FDD).

Dix-sept « hauts responsables » russes sont aussi visés, dont des patrons d’entreprises publiques comme Alexeï Miller (Gazprom) ou Andreï Kostine (VTB, la deuxième banque russe) mais aussi le ministre de l’Intérieur Vladimir Kolokoltsev et le secrétaire général du Conseil de sécurité Nikolaï Patrouchev.

Plusieurs entreprises sont enfin sanctionnées, dont Rosoboronexport, chargée des exportations militaires, pour son soutien au régime syrien de Bachar al-Assad. Le conglomérat Rostec, maison-mère de cette société, a critiqué « une excuse pour écarter la Russie du marché mondial des armements ».

Changement d’attitude

« Les Etats-Unis prennent ces mesures en réponse à l’ensemble des attitudes éhontées et des activités néfastes du gouvernement russe, qui se poursuivent à travers le monde », a déclaré un haut responsable de l’administration Trump à la presse, citant son rôle en Syrie, en Crimée ou en Ukraine.

« Mais, avant tout, c’est une réponse aux attaques continues de la Russie pour subvertir les démocraties occidentales », a-t-il ajouté. Moscou « a choisi d’interférer de manière répétée dans les processus démocratiques », a renchéri un autre responsable américain.

Les relations, déjà glaciales, se sont de fait encore tendues entre les deux grandes puissances rivales après l’empoisonnement début mars au Royaume-Uni de l’ex-agent double russe Sergueï Skripal, imputé par Londres à Moscou. Par solidarité avec les Britanniques, Washington a expulsé 60 diplomates russes accusés d’être des « espions » et la Russie en a aussitôt fait autant.

Selon les services de renseignement américains, le pouvoir russe a mené une opération concertée pour influencer l’élection présidentielle en faveur du milliardaire républicain, notamment à travers l’utilisation des réseaux sociaux et la diffusion de « fausses nouvelles », ce que Moscou conteste. Et les responsables du renseignement américain préviennent déjà que la Russie va aussi tenter d’influencer les élections parlementaires de novembre.

Malgré les attentes de nombreux parlementaires américains en faveur de sanctions frappant le portefeuille des « oligarques » au coeur du pouvoir de Vladimir Poutine, le Trésor américain s’était borné, fin janvier, à publier une liste de 210 hommes d’affaires et responsables politiques russes. Face au mécontentement de plusieurs élus, l’administration Trump avait dû promettre que les sanctions viendraient dans un second temps.

« Personne n’a été aussi ferme face à la Russie que moi », a même tonné cette semaine le président américain. La Maison Blanche a publié vendredi un communiqué intitulé « Donald Trump se dresse contre les activités néfastes de la Russie », énumérant toutes les mesures prises par son gouvernement.

Mais le milliardaire répète aussi qu’il aimerait avoir une « bonne relation » avec Vladimir Poutine. « Cela dépendra » d’un « changement d’attitude » des Russes, a assuré vendredi la porte-parole de la Maison Blanche Sarah Sanders, précisant que Donald Trump n’avait pas renoncé à rencontrer son homologue « à un moment donné ».

« Nous conseillons à Washington de se débarrasser au plus vite de l’illusion qu’il est possible de discuter avec nous en employant le langage des sanctions », a répondu la diplomatie russe depuis Moscou.

L’ÉTAT DE SANTÉ DE L’EX-ESPION RUSSE SERGUEÏ SKRIPAL ET DE SA FILLE IOULIA « S’AMÉLIORE RAPIDEMENT »

Alors que les experts s’interrogeaient sur leurs chances de survie, l’état de santé de l’ex-espion russe Sergueï Skripal et de sa fille Ioulia « s’améliore rapidement », un mois après leur empoisonnement avec un agent innervant à Salisbury (Angleterre), ont annoncé vendredi leurs médecins.

Sergueï Skripal « répond bien au traitement, son état de santé s’améliore rapidement, il n’est plus dans un état critique », ont déclaré les médecins de l’hôpital de Salisbury (sud-ouest), où il est traité depuis le 4 mars.

L’état de santé de sa fille Ioulia, 33 ans, s’améliore « quotidiennement », a précisé un médecin, Christine Blanshard. « Elle attend avec impatience le jour où elle pourra sortir de l’hôpital ».

« Nous sommes très heureux que l’état de santé de M. Skripal et sa fille Ioulia s’améliore », a réagi le ministère britannique des Affaires étrangères. Le service public de santé britannique « continuera à prodiguer des soins au Skripal, lesquels continueront probablement à avoir des besoins médicaux », souligne un communiqué.

Londres accuse Moscou d’avoir empoisonné l’ex espion et sa fille et l’affaire a provoqué une grave crise diplomatique entre Moscou et les Occidentaux, qui s’est traduite par la plus importante vague d’expulsions croisées de diplomates de l’Histoire.

Vendredi également, le ministère britannique de l’Intérieur a annoncé avoir refusé un visa d’entrée dans le pays à la nièce de Sergueï Skripal. « Sa demande n’était pas conforme aux règles d’immigration », a déclaré un porte-parole du ministère de l’Intérieur.

Viktoria, qui réside en Russie, avait indiqué avoir demandé un visa britannique pour pouvoir rendre visite dès lundi prochain à sa famille à l’hôpital de Salisbury.

« J’étais sûre que cela arriverait. Ils doivent avoir quelque chose à cacher », a-t-elle déclaré à la chaîne Sky News.

L’ambassade russe à Londres a qualifié ce refus de « regrettable ».

Guérison

Selon des experts, les chances de rétablissement de Sergueï Skripal sont d’autant plus élevées que le traitement adéquat est administré rapidement. Dans ce cas, « la guérison est généralement très bonne », a expliqué Chris Morris, du Centre de toxicologie médicale de l’Université de Newcastle.

« Pour autant que l’on sache, il n’y a pas d’antidote spécifique pour le Novitchok », l’agent innervant d’origine soviétique utilisé selon Londres, a précisé à l’AFP le chimiste et toxicologue Ralf Trapp. « Ce que vous faites en pareil cas, c’est stabiliser les fonctions vitales du corps (respiration, rythme cardiaque) et donner de l’atropine pour contrebalancer les symptômes » des agents innervants. Ceux-ci affectent le système nerveux en s’attaquant à une enzyme cruciale pour son fonctionnement, l’acétylcholinestérase.

Montrée du doigt, la Russie dément catégoriquement et a explicitement accusé les services secrets britanniques et américains d’être à l’origine de l’empoisonnement.

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a accusé vendredi les responsables britanniques de « chercher fébrilement et frénétiquement chaque jour une quelconque confirmation de leur position indéfendable ».

Porton Down russe

Moscou a nié aussi que le poison aurait été fabriqué dans la ville fermée de Chikhany (sud-ouest de la Russie), comme l’a affirmé The Times vendredi en citant des sources au sein des services de sécurité britanniques.

Chikhany ne serait rien moins qu’un « Porton Down russe », du nom du laboratoire militaire britannique spécialisé dans les recherches chimiques et biologiques, selon le journal.

« Toutes les bases où des armes chimiques ont été stockées sont bien connues. Chikhany n’est pas une d’entre elles », a balayé Mikhaïl Babitch, représentant du Kremlin dans le district fédéral de la Volga et ancien président de la Commission d’Etat russe pour le désarmement chimique, cité par Interfax.

Le nom de Chikhany n’est pas totalement inconnu. Cette ville où est installée une branche de l’Institut de recherches d’Etat pour la Chimie et les Technologies organiques (GNIIOKhT) a été citée par plusieurs scientifiques russes ayant travaillé sur le programme soviétique Novitchok.

Vil Mirzaïanov, le chimiste qui avait révélé dans les années 1990 l’existence de ce programme, a affirmé dans un livre qu’il a été mis au point dans les années 1980 à Chikhany.

Un autre scientifique russe, Leonid Rink, a affirmé en mars à l’agence de presse russe Ria Novosti qu’un « grand groupe de spécialistes développait le Novitchok à Moscou et à Chikhany », avant que ce média ne revienne sur ses propos.

Selon le site internet de l’Institut GNIIOKhT, sa branche de Chikhany est maintenant engagée dans un travail visant à « assurer la sécurité » du pays et à détruire des armes chimiques encore possédées par la Russie.

En septembre 2017, le président Vladimir Poutine avait déclaré que Moscou avait détruit ses dernières réserves d’armes chimiques héritées de l’époque de la Guerre froide, conformément aux termes de la Convention de 1997 sur l’interdiction des armes chimiques.

[Afp]

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