vendredi , 18 janvier 2019
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Mandat d’arrêt européen : Chasse aux indépendantistes Catalans

L’ancienne dirigeante catalane Clara Ponsati, visée par un mandat d’arrêt européen pour avoir pris part à la déclaration unilatérale d’indépendance de la Catalogne, s’est rendue mercredi à la police en Écosse où elle s’est exilée. Elle sera présentée à un tribunal de la capitale écossaise dans la journée, a indiqué son avocat, Aamer Anwar. Une partie des élus indépendantistes catalans ont incité mercredi le parlement régional à investir Carles Puigdemont à la présidence, malgré sa détention en Allemagne où il attend que la justice se prononce sur son extradition vers l’Espagne. Le petit parti d’extrême droite Vox s’est joint à l’accusation. Vox (Voix en latin) se sert comme d’un tremplin de la procédure d’accusation populaire qui, en droit espagnol, permet à un particulier ou une organisation de saisir la justice, même sans être directement impliqué ni victime du délit.

L’ancienne dirigeante catalane Clara Ponsati, visée par un mandat d’arrêt européen pour avoir pris part à la déclaration unilatérale d’indépendance de la Catalogne, s’est rendue mercredi à la police en Écosse où elle s’est exilée, a constaté un journaliste de l’AFP.

L’ex-ministre catalane, arrivée peu avant 11H00 GMT au commissariat Saint Leonard d’Edimbourg, sera présentée à un tribunal de la capitale écossaise dans la journée, a indiqué son avocat, Aamer Anwar.

Elle demandera sa remise en liberté conditionnelle avant une audience sur son éventuelle extradition vers l’Espagne, où la justice l’accuse de « rébellion violente et de détournement de fonds publics en lien avec l’organisation du référendum » sur l’indépendance de la Catalogne, qui s’est tenu le 1er octobre 2017.

Clara Ponsati souhaite se « défendre vigoureusement » contre ces accusations qu’elle réfute et qui relèvent selon elle d’une « persécution politique », a ajouté son conseil. Elle soutient que les tribunaux espagnols ne peuvent garantir ses droits.

Une levée de fonds a été lancée mercredi sur internet pour soutenir sa défense, qui a déjà permis de récolter plus de 95.000 livres en quelques heures.

L’ex-dirigeante figure parmi les six indépendantistes catalans partis à l’étranger pour lesquels la Cour suprême espagnole a émis ou réactivé vendredi des mandats d’arrêt européens et internationaux.

L’ex-président indépendantiste catalan Carles Puigdemont, sous le coup lui aussi d’un mandat d’arrêt européen lancé par l’Espagne, a été arrêté dimanche par la police allemande près de la frontière avec le Danemark, après cinq mois d’exil.

Comme d’autres leaders catalans, Clara Ponsati s’était exilée en Belgique le 30 octobre 2017, après la destitution de leur exécutif et la mise sous tutelle de la Catalogne, décidées par Madrid pour punir la déclaration unilatérale d’indépendance du 27 octobre.

Elle s’est installée il y a peu en Ecosse où elle travaille pour l’université de St Andrews (côte est) en tant que professeur d’économie et où elle a reçu le soutien de membres du Parti nationaliste écossais (SNP), qui partage les aspirations des indépendantistes catalans.

INVESTIR CARLES PUIGDEMONT À LA PRÉSIDENCE

Une partie des élus indépendantistes catalans ont incité mercredi le parlement régional à investir Carles Puigdemont à la présidence, malgré sa détention en Allemagne où il attend que la justice se prononce sur son extradition vers l’Espagne.

« En ces temps d’urgence démocratique pour la Catalogne, nous devons dire publiquement que nous ne renoncerons pas à l’investiture du président Carles Puigdemont », bloquée par la justice espagnole, a déclaré Gemma Geis, de la liste de M. Puigdemont, Ensemble pour la Catalogne.

La majorité indépendantiste à la chambre a ensuite voté une résolution symbolique défendant le droit de Carles Puigdemont à être investi et réclamant la libération des neuf séparatistes incarcérés en Espagne.

Après l’arrestation de Carles Puigdemont en Allemagne en vertu d’un mandat d’arrêt international, Ensemble pour la Catalogne (34 députés sur 135) a remis sur la table son investiture, à laquelle il avait renoncé début mars en raison des obstacles judiciaires.

Cette hypothétique investiture ne pourrait se faire qu’à distance, ce qui est interdit par la justice et refroidit l’autre grand parti séparatiste, la Gauche républicaine de Catalogne (ERC, 32 sièges).

ERC, dont le chef Oriol Junqueras est déjà en prison, craint les retombées judiciaires pour le président du parlement catalan Roger Torrent, issu de ses rangs, s’il se risquait à faire élire M. Puigdemont .

Mais ce scénario ravit le parti le plus radical, la Candidature d’unité populaire (4 sièges), d’extrême gauche. « Nous demandons une séance d’investiture dès maintenant, pour investir Carles Puigdemont », a lancé son porte-parole Carles Riera, proposant de prendre à cette occasion la présidence la chambre, pour assumer toutes les responsabilités.

« Ce que vous voulez, c’est avoir un président en prison », a reproché Inés Arrimadas, cheffe de file du parti anti-indépendantiste Ciudadanos (centre-droit).

Après le renoncement de Carles Puigdemont, les séparatistes avaient tenté sans succès de faire investir le militant Jordi Sanchez, emprisonné, puis l’ex-porte-parole du gouvernement régional Jordi Turull, à la veille de son incarcération.

Le parlement catalan a jusqu’au 22 mai pour élire un président régional, faute de quoi de nouvelle élections seraient organisées.

Tant qu’un président n’est pas investi, la Catalogne reste sous administration directe du gouvernement central, qui l’a mise sous tutelle le 27 octobre après une tentative avortée de sécession.

VOX S’EST JOINT À L’ACCUSATION

Derrière les poursuites judiciaires intentées par le parquet espagnol contre les indépendantistes catalans, se profile aussi un petit parti d’extrême droite Vox, fondé il y a quatre ans, qui s’est joint à l’accusation.

Vox (Voix en latin) se sert comme d’un tremplin de la procédure d’accusation populaire qui, en droit espagnol, permet à un particulier ou une organisation de saisir la justice, même sans être directement impliqué ni victime du délit.

Son secrétaire général, l’avocat Javier Ortega, a ainsi endossé en 2017 un rôle d’accusateur dans l’enquête qui vise des dirigeants catalans pour le processus indépendantiste ayant abouti à la tenue d’un référendum interdit et la vaine proclamation d’une « République catalane » en octobre 2017. Et il surenchérit sur le parquet.

« Quand un prévenu comparaît devant le juge d’instruction à la Cour suprême, Javier Ortega lui pose des questions ainsi qu’aux témoins », explique à l’AFP le président de Vox, Santiago Abascal, même si les prévenus choisissent généralement de ne pas répondre. « Nous expliquons aussi notre position au juge » quand il doit prendre une décision.

Or la position de Vox est celle d’un parti d’extrême droite qui taxe sans cesse de « faiblesse » le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy (Parti Populaire, PP) et pourfend les dirigeants indépendantistes catalans comme des « ennemis ».

Pour Vox, il faudrait interdire les partis sécessionnistes – qui ont remporté les élections de décembre en Catalogne avec deux millions de voix – et reprendre aux communautés autonomes la plupart de leurs compétences.

Ne rien négocier

Surtout ne rien négocier: « ne pas donner davantage de pouvoir à la Catalogne mais lui en reprendre », résume M. Abascal.

Cet ancien député du PP au Pays basque, âgé de 41 ans, répète volontiers que l’organisation armée basque indépendantiste ETA a voulu tuer son grand-père, son père et lui-même.

Et il assimile les indépendantistes catalans aux « étarras » basques, même s’il admet que les premiers ont emprunté « la voie pacifique » tandis que l’ETA a fait plus de 800 morts.

« Cette accusation populaire obtiendra bientôt que les indépendantistes purgent de longues peines en prison », clamait Me Ortega, le 10 mars, dans un théâtre madrilène empli d’un millier de sympathisants.

Cette offensive a des effets concrets.

« C’est par exemple à la demande de l’accusation populaire exercée par Vox que le juge de la Cour suprême a décidé de maintenir en prison Joaquim Forn », ancien membre du gouvernement régional catalan, alors que le procureur général demandait sa remise en liberté, constate Ignacio Gonzalez Vega, porte-parole de l’association Juges pour la démocratie.

« Si personne ne le demandait, le juge ne pouvait pas le décider », souligne-t-il.

Vox « utilise l’accusation populaire pour participer à la procédure et évidemment peut faire de la politique, mais c’est totalement légal », souligne l’avocat pénaliste Raul Ochoa.

« C’est une affaire où l’on voit de toute évidence une interférence politique dans la justice », commente le professeur de droit Julio Pérez Gil, critique envers l’accusation populaire, à laquelle il a consacré une thèse.

Certes, « des questions très importantes ont fait l’objet de procès grâce aux accusations populaires », dit-il, « mais c’est un cheval de Troie dans le système: un intérêt qui peut-être économique, politique, électoral, publicitaire, etc. interfère dans l’accusation  »

Vox assure en bénéficier. « Nos meetings se remplissent, le nombre d’adhérents croît », affirme son président, « c’est la conséquence de notre position belligérante comme accusation populaire dont les médias se font l’écho ».

Dans son dernier film de propagande, le parti présente comme « un héros » le défunt procureur général José Manuel Maza, qui avait lancé contre les indépendantistes catalans les premières poursuites pour « rébellion » en invoquant un « soulèvement violent », qui selon d’autres juristes, n’a jamais eu lieu.

Après avoir obtenu le score infime de 0,20% aux législatives de 2016, le parti rêve de faire son entrée au Parlement européen (ratée de peu en 2014) puis à la chambre des députés.

Contacts avec le FN

Le parti se reconnaît des points communs avec les extrêmes droites européennes et a eu « quelques contacts avec le Front national » en France, selon M. Abascal.

Reste que le petit pourcentage d’Espagnols se situant à l’extrême droite reste stable: 2,5% en janvier 2018 comme en janvier 1998, selon les sondages du CIS.

« L’ultra-droite n’est pas représentée en Espagne par un parti spécifique qui aurait du succès depuis 1977 », année du retour à la démocratie après la dictature de Franco, rappelle l’historien Carlos Gil Andrés.

C’est « fondamentalement parce que le PP rassemble amplement les sensibilités et identités les plus nationalistes espagnoles, conservatrices et catholiques, du centre à l’extrême droite ».

Pour le politologue Gabriel Colomé, « Vox gagne du poids médiatique mais n’a pas de poids politique ni électoral et ne l’aura pas car même s’ils revendiquent que c’est grâce à eux que les indépendantistes se retrouvent en prison, l’opinion l’attribuera au PP et à Ciudadanos », parti libéral ayant obtenu le plus de voix en Catalogne en décembre.

[Afp]

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